09/11/2008

281. "FUZZY" Grant Lee Buffalo 08/11/08

Grant Lee Buffalo FuzzyCeux qui fréquentent par trop les entraîneurs sportifs ou les coachs de développement émotionnel (en vous souhaitant d'avoir affaire à quelqu'un d'autre qu'à Marine Méchin) ne le savent que trop bien, tout dans la vie ne tient qu'à un concept idiot et indéfinissable, lâchement recouvert par le mot "déclic"... Pour Grant Lee Phillips (voix, guitares, chansons), Paul Kimble (basse, piano, choeurs, production) et Joey Peters (batterie, percussions), le déclic leur est tombé sur le coin de la tête lorsque Michael Stipe, ubiquiste chanteur de R.E.M., s'est attribué comme mission de devenir le bateleur de Grant Lee Buffalo, clamant partout où on l'écoutait (et sur MTV et dans Rolling Stone) que son groupe préféré de tous les temps était cette formation virtuellement inconnue... Avec à peine un single sorti fin 92, l’abrasif « America snoring » (l’amérique ronflottante) le trio californien se retrouve chargé d’une belle pression… Quand l’album paraît, les critiques s’enflamment, le clip de la plage titulaire tourne à fort rendement sur MTV et pendant quelques mois, dans un climat général de ressac de la vague grunge, GLB deviendrait presque tous les superlatifs que Stipe leur déverse dessus… Heureusement, Phillips, l’auteur-compositeur de la clique, est un gars inspiré et Fuzzy est un très bel album… Musicalement cohérent, les pieds dans la poussière, les mains dans la boue, en plein dans une marmite cannibale d’americana roots mais également électrique, le disque aligne onze morceaux sans déchets, dans lesquels chacun piochera ses préférés… De plus, côté paroles, Grant Lee touche sa bille et se permet quelques incursions dans l’engagement, ce qui ne gâche jamais rien… « And they called the National Guard / The tanks came rolling down Sunset boulevard / And I hear America snoring // See the shoemaker and his shoes / Silver needle, thread and glue / He’s closing up the shop / Move it all to Timbuktu / Where the labor force is cheap / And the rivers there run deep / I hear America snoring » ou aussi, dans Stars ‘n’ Stripes (autre évocation immédiate de leur pays auquel de toute évidence ils ont bien mal) « When the earth is ripe / All the worms wake up / In their stars ‘n’ stripes / And their swastikas / There’s a cure in sight / Put your mind at ease / For the red and white / and the blue disease »… Quinze ans plus tard aujourd’hui, dans une puissance mondiale qui s’est élue un métis (c’est bien) mais continue à se ronger les pattes à coup de Patriot Act (c’est mal), on doit se demander si ce genre de lucidité aurait droit de diffusion médiatique… Qu’on nous annoncerait d’ailleurs que ce premier album de Grant Lee Buffalo se trouve sur la liste noire de ClearChannel qu’on ne serait même pas plus étonné que d’apprendre que Nick Jonas ne respecte pas son purity ring ou, pire, horreur, malheur, que Zac Efron et Vanessa Hudgens ne sortent pas vraiment ensemble… Pourquoi, oh, pourquoi, ne pouvons-nous nous contenter de la béatitude aliénante de savoir que Britbrit sera sur la scène de la StarAc’ le 28 novembre, pour la toute première fois en huit saisons de show, ça c’est l’Histoire en marche… Mais non, nous restons là, à espérer que ces masses à peine pubères, hurlantes, gesticulantes, à l’esprit bourré de rien, se prennent bien vite leur « déclic » à travers la tronche, qu’on puisse passer à autre chose.

Écrit par Pierre et petit pain dans TAS (talented american songwriters) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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