23/06/2010

295. "PENTHOUSE AND PAVEMENT" Heaven 17

album-penthouse-and-pavement-713394Si vous avez plus de 25 ans d'ancienneté dans ce coin nord-ouest de notre boule de boue, je ne devrais pas avoir à vous rappeler combien, dans nos années d'enfance pourtant proches du cap de l'an 2000, on nous promettait encore des voitures volantes, des trottoirs-tapis roulants, de la domotique à tous les coins de rue, des trains spatiaux pour les centres commerciaux installés en orbite... Il y a forcément de cette naïveté qui transparaît à travers la pochette peinte du premier album d'Heaven 17... Peinture dont, cela dit en passant, le trait d'airbrush et les tons pastels ne sont pas non plus sans évoquer les visions du second avénement des témoins de jéovah, avec des executive women qui se roulent dans l'herbe avec des tigres pendant que des cornes d'abondance déversent des brouettes de fruits sur des tables où s'alignent des enfants de toutes les couleurs (la prochaine fois qu'ils seront à votre porte dimanche matin, demandez plutôt une tour de garde qu'un réveillez-vous, les illustrations y sont bien plus marrantes)... Mais c'est donc surtout la vague yuppie du début des 80's, en début de détente de la guerre froide, qu'il faut voir ici, à travers cette poignée de main, cet homme au téléphone, ces immeubles de verre et d'acier... Le visuel a pu troubler à l'époque, car, dès la plage d'ouverture, le très dansant "We don't need this fascist groove thang", Heaven 17 annonce leur couleur et c'est clairement du rouge, le rouge des travailleurs, le rouge des révolutionnaires... Mais on aura donc droit à une révolution interne, avec des couverts en plastique, des stores à lamelles, du plexiglas... Passablemment conceptuelle, cette première plaque se découpe en deux époques, Pavement (le trottoir) qui met en scène des losers, des bannis du bien-être économique, des déchets du régime Thatcher qui n'ont pas pour autant perdu hargne et goût du sang et Penthouse (le penthouse) où l'appel à la révolte et au rejet du système ("let's all make a bomb", dont le titre n'est pas une recette pyrotechnique mais une digression ironique sur le vocabulaire des jeunes loups de la finance) se précise... Le tout sur un mur sonore, si pas sonique, évidemment construit à coup de synthétiseurs, séquenceurs et boîtes à rythme, ce qui ne peut que confirmer l'agenda à peine caché mais totalement abrutissant du capitalisme industriel et émotionnel... L'être unique, propre, respectable, n'est-il pas devenu simple ressource humaine que le trio composé de Martyn Ware, Ian Craig Marsh et Glenn Gregory continue, trente ans après la sortie de ce premier disque, à propager leur discours en parallèle à leur affolante capacité à faire danser les foules... C'est aussi que Ware et Marsh n'en étaient déjà pas à leur coup d'essai quand sort Penthouse and Pavement... Après tout, ce sont bien eux qui ont codifié, si pas purement inventé, la pop synthétique, à travers les deux premiers albums de leur précédent groupe, un certain "The Human League"... Entre la séparation d'avec Phil Oakey, chanteur-héritier qui allait faire de Human League l'usine à tubes que l'on sait et la rencontre avec Glenn Gregory, puissant vocaliste d'Heaven 17, les deux compères créeront leur structure, British Electric Foundation, à travers laquelle ils sortiront quelques énormes instrumentaux, dont plusieurs se retrouvent ici, en morceaux bonus, réédition quart-de-siècle en 2006 oblige... Terminons gentiment sur une anecdote trivial pursuit et une vidéo extraite du site de partage toituyau : le nom d'Heaven 17 provient du classique littéraire post-moderne d'Anthony Burgess, "A Clockwork Orange/L'Orange Mécanique" (à lire absolument), à un moment, Alex et ses drougies sont au bar à moloko et hésitent quant au morceau à passer dans le juke-box, Heaven Seventeen est l'un des groupes (alors fictionnels) au menu de ce juke-box... Et c'est donc parti pour qu'on se quitte sur "Geisha Boys and Temple Girls", épique morceau central de cet album que quiconque apprécie le son des années 80 se doit de chérir jusqu'à la mort.

Écrit par Pierre et petit pain dans Bibibiiip | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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