25/01/2011

316. "ELASTICA" Elastica

elastica elastica.jpgIl y aurait beaucoup à dire et si peu de temps pour reprendre sa respiration, risquant de voir les plus faibles tomber en syncope le cerveau trop peu perfusé, que nous allons plus que probablement nous rendre (mais sans drapeau blanc) à l'essentiel... Même si, ne nous voilons pas la face (en tout cas ni niqab ni burka), Michel de Nostredame lui-même n'avait pas la moindre idée de ce qu'il racontait... Or donc, pour comprendre Elastica, sa percée fulgurante des deux côtés de l'Atlantique au printemps 1995, son record glâné à l'époque de "premier album d'un groupe rock à s'être vendu le plus vite au Royaume-Uni" et, surtout, sa disparition aussi rapide à l'été 1996, il faudrait aussi se lancer dans une longue analyse mémétique qui dépasse allégremment le cadre bon enfant de ce blog léger, agréable, primesautier et diablement sexy (tout moi, quoi)... J'esquisserai plutôt, tel un action painter fébrile, le portrait de ce groupe à grands traits... A savoir, la leadeuse (et principale auteure-compositrice) Justine Frischmann avait été, au tout début de la décennie, amante de Brett Anderson et cofondatrice, avec lui, du groupe Suede... Lorsqu'elle quitte Anderson pour Damon Albarn (âme de Blur, aujourd'hui chef des Gorillez), leur couple devient le chouchou des tabloids britanniques... En ce même temps (nous sommes donc en 1993-94), NME (l'hebdomadaire New Musical Express) décide d'aligner sa force de presse et de promo derrière un petit groupe de bands émergents, dont forcément Elastica, qui se retrouvent affublés de la grotesque étiquette "New Wave of New Wave"... Trois premiers singles ("Stutter", "Line Up" et "Connection", pas loin d'être les trois meilleurs morceaux de la plaque) égrénés de 1992 à 1994 finissent d'exciter le public, qui passe donc massivement à l'acte d'achat quand le disque arrive "enfin" (on peut aussi soupconner une tentative de créer le manque de la part de la maison de disques, Deceptive Records, fondée par un DJ de BBCRadio1) dans les bacs... Quid, dès lors, après l'ascension, de la dégringolade ?... Le contexte dépasse les seuls Elastica (trois filles et un gars) et touche toute la "New Wave of New Wave" : le 14 août 1995, Blur et Oasis sortent de manière concomitante le premier single de leurs albums respectifs, la rivalité que la critique veut y déceler ne laissera plus la place à d'autres groupes que ceux étiquettés "Britpop"... Surtout, la véritable New Wave (les groupes Wire et The Stranglers en tête) va attaquer Elastica de front, pour suspicion de plagiat; les tribunaux ne se saisiront jamais de l'affaire (tout est réglé à l'amiable par transactions pécuniaires) mais la réputation du groupe s'égratigne salement... Enfin, Annie Holland, la brightonienne bassiste de la bande (c'est pas de l'allitération, ça ?), dont le frais minois de petit chaperon rouge a certainement participé au succès multimédiatique du quatuor (dont les trois autres ont, franchement, plus l'allure du grand méchant loup), décide de rentrer chez elle, revoir son pier, son aquarium, sa famille et ses amis... Pont d'chance (comme on dit chez nous), cette défection tombe juste avant le départ du groupe en tournée américaine via le festival Lollapalooza... Et re-enfin, pour de vrai, après c'est vraiment fini, on voudrait croire que c'est le seul argument qui a réellement entraîné la disparition d'Elastica mais le public d'il y a quinze ans est globalement le même qu'aujourd'hui et le public d'aujourd'hui il écoute les Black Eyed Peas et il vote pour M.Pokora aux NRJ Music Awards, mais, donc, mais, surtout, on espère, mais, avant tout, l'album éponyme d'Elastica n'est pas bon... Pas bon du tout... Enérgique, d'accord, nerveux, oui, incisif, peut-être... Mais mélodieux, inspiré, durable, ça non, alors, misère que non, pas bon, pas bon, même Nostradamus, sur ce coup, pourrait vous le dire. 

Écrit par Pierre et petit pain dans For the love of Liz, Safety Pin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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