08/03/2011

322. "IT'S A SHAME ABOUT RAY" The Lemonheads

it's a shame about ray.jpgPour diverses raisons enfouies dans les brumes de mon adolescence, ce pur chef-d'oeuvre des Lemonheads, sorti en 1992 et l'un des dix premiers disques que j'ai acheté de ma vie, reste l'un de mes albums de chevet... Il y a, bien sûr, l'apparente facilité d'écriture d'Evan Dando, le gringalet chevelu, cerveau de l'opération... Il y a ce mélange des genres et des codes, avec une dose de folk, une pincée de punk, un soupçon de country-americana et un zeste de rockab pour un cocktail au final explosif... Des paroles simples mais pas simplettes, inscrites dans ce zeitgeist grunge (on est malheureux même en étant amoureux, on prend de la drogue mais on plane pas, ça souffre vraiment sous les éclats de rire qui sont eux aussi authentiques) qui valut aux Lemonheads, actifs dès 1986, d'être nassés avec les autres crabes seattliens (alors qu'Evan est originaire de Boston, sur la côte étazunienne la plus proche de chez nous)... Le look du Dando, à l'époque, a aussi pesé dans l'équation (ou résolu la balance ?): avec ses cheveux trop longs, pas assez propres, ses t-shirts informes sur sa musculature de mollusque, il incarnait aussi, à sa manière, cette génération Y, celle des rejetons des hippies qui avaient vécu un rêve et mal géré le réveil... Mais tout ça, aussi, est d'une autre époque et finalement, c'est à la plage titulaire de ce disque qu'incombe, au premier degré, de réussir une éventuelle transition... Car si c'est une honte ce qui se passe avec Ray, c'est tout autant une honte ce qui se passe avec Marine... Personne n'a pu louper "le sondage"... Et nonobstant (non, vraiment, je maîtrise le nonobstant, cherchez pas) le statut inhéremment (là, je suis moins certain de maîtriser, mais bon) conditionnel d'un sondage, force est de constater que la France a l'intention de verser pour de bon dans l'ultra-droite populiste si pas dans l'extrême le plus nauséabond... 1992, année de sortie du disque de ce jour, c'est aussi la signature du Traité de Maastricht... Qui pouvait penser que vingt ans plus tard, l'Autriche, les Pays-Bas (et où se trouve Maastricht, vous prie-je ?), une moitié du pays qui se sera appelé Belgique ainsi que partie de la Scandinavie et du pourtour méditerranéen connaîtrait de terribles pousées de fièvre haineuse, xénophobe, nationaliste... Tout de suite, deux erreurs que nos voisins (et possibles rattachés) français ne doivent pas commettre: premièrement, sous-estimer la beauté du diable de Marine... Alors que son père n'avait pour lui que l'odeur du Malin et pas le charme, on a déjà vu les exploits électoraux qu'il s'est offert... Deuxièmement, ne pas compter sur les leçons de l'Histoire pour que la situation se désamorce d'elle-même... La montée des fascismes italien, espagnol et, bien sûr, allemand était une conséquence directe du krach boursier de 1929... Le contexte est là aujourd'hui, et depuis l'effet domino de la crise des subprimes en automne 2008, les masses laborieuses s'appauvrissent tout en travaillant plus que jamais tandis que les planqués dans leurs tours d'ivoire étouffent de graisse et de fric, les forces progressistes sont muselées par un pouvoir certes démocratique mais plus que jamais en génuflexion devant le grand capital... La bête se réveille dans le Vieux Monde et, pire, si les gentils cow-boys devaient revenir avec leurs blue-jean's, leurs chewing-gums et leurs cigarettes au menthol, ils ne pourraient plus peser moralement... L'homme métis, élu par le peuple, honoré d'un Nobel de la Paix, n'a toujours pas retiré ses joujoux de mort d'Irak ou d'Afghanistan... Et, c'est bien pire qu'un sondage qui donne Eva Blondasse gagnante (car après tout, en démocratie, on a les dirigeants que l'on mérite), monsieur Obama vient d'annoncer, en ce 8 mars, Journée internationale de la Femme (un autre domaine dans lequel les victoires sociales du 20e siècle sont tout doucement rabotées, à vitesse suffisamment lente pour que ça passe inaperçu) que, c'est un peu le propos d'aujourd'hui, les leçons de l'Histoire ne servent à rien... Plus personne n'oserait encenser le travail rigoureux et méthodique de la Sainte Inquisition ou applaudir la productivité et la plus-value ethnique de la main d'oeuvre esclave dans les champs de coton, alors pourquoi entendons-nous une mouchette zinziner là où l'indignation devrait vociférer ?... En ce 8 mars 2011, Barack Obama, président des Etats-Unis d'Amérique, a officiellement annoncé (sources AP et AFP) la reprise des procès pour les prisonniers du camp de Guantanamo, balayant du même coup sa promesse post-électorale de fermer au plus vite cet ignoble outil de torture, de coercition et de négation des droits de l'Homme... Ce blog n'a jamais eu pour mission d'être polémique pour le plaisir mais quand ça suffit, ça suffit... Toutes proportions gardées, et du simple point de vue de respect de l'humain, la différence n'est tout de même pas bien grande entre les baignoires de Guantanamo et les douches de Dachau.

Commentaires

J'ai enfin été voir ... Tu écris si bien (logique, tu me diras ! Et il est un peu tard pour m'en rendre compte vu la situation, aussi... !)
Dommage ... Je ne pense pas pouvoir trouver chroniqué ici un groupe que j'aime vraiment. Mais j'aime le concept du blog en soi.

Écrit par : Ophélie | 19/03/2011

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