21/03/2011

323. "THE HURTING" Tears For Fears

the hurting.jpgAlors là, on peut difficilement se sentir autrement que comme l'anonyme gamin qui se prend la tête dans les mains sur la pochette du premier album des Tears For Fears... On glosera plus tard des implications mystiques liées à la révélation mondiale que même le peuple le plus technologiquement développé et le plus empreint du respect des conventions sociales n'est qu'une poule sans tête face au hachoir du fermier, une fois que la terre tremble et que la planète reprend son statut de maîtresse intraitable qui tolère, sûrement plus de guerre lasse que par jeu, notre présence à sa surface... Au surplus, peut-on espérer que la catastrophe de la centrale Fukushima Daiichi parviendra, là où Three Mile Island et Chernobyl ont échoué, à purger notre marché énergétique de la bestiole atomique... Cela dit, l'ampleur du désastre et sa gestion subséquente qui s'annonce comme un nouveau calvaire de cinquante ans pour la société japonaise devrait réfréner notre envie de poser cette question mais, et avec tout le respect que l'on doit aux victimes: comment la collectivité du soleil couchant a-t-elle pu autant investir dans le nucléaire après s'être pris Big Boy et Little Man au coin de la tronche ? ...Donc oui, on oublie pour un temps les frappes offensives en Libye qui cachent, sous un réel besoin de liberté démocratique exprimée par le peuple, la partie d'échecs des stocks pétroliers; on passe sous silence le réveil de la bête immonde, haineuse et génocidaire dans une Europe qui n'a toujours pas compris que l'Union doit être celles des humains et pas celle des marchandises; on ferme les yeux un instant sur cette déliquescence belge, d'autant que le scénario en a révélé son twist final (plus le temps passe sans instance fédérale et moins le pays implose, plus les nationalistes avaient raison et moins le Royaume n'a de sens à survivre) et on a le choix entre trois attitudes... Un, on se révolte contre l'entièreté du biome terrestre global, ce qui est débile puisque notre planète est l'entité la plus proche de la divinité (et nonobstant vos délires religieux hallucinatoires les plus divers) que vous côtoyerez de toute votre vie; Deux, on se laisse sombrer dans le désarroi le plus complet, on en revient à l'image de la poule sans tête, on est pas plus avancé, les populations vivant dans la peur sont celles qui sont le plus facilement contrôlées par ces messieurs qui tiennent les cordons de la bourse; Trois, on active son moteur à résilience et, bien sûr, on utilise la musique populaire pour faire son deuil... Sorti en en mars 1983, The Hurting n'est pas un album joyeux (ça tombe bien, non ?), l'empathie des textes de Roland Orzabal, sublimés par la voix tranchante de désespoir de Curt Smith se love puis se recroqueville sur la catharsis des compositions (principalement toutes d'Orzabal aussi), portées par une guitare sèche et un synthétiseur glacial... Les percussions parfois bien tarabiscotées ajoutent au climat étrange et souvent oppressant de cette plaque... Pop, oui; pas que, c'est sûr... Tous deux alourdis, à l'époque, par des bagages psychologiques ramassés dans leurs enfances difficiles (familles nombreuses mais monoparentales, entassées dans les cités sociales de Bath), tant Orzabal que Smith déversent ici toutes leurs obsessions et névroses, réclamant comme influence première ni un grand poète ni les Beatles ni aucun artiste musical mais bien un certain Arthur Janov... Né en 1924, Janov est le créateur de la "thérapie primale", sujet de controverse dans le mileu médical de longue date mais qui a connu son engouement médiatique dans les années 70... Le fameux "cri primal" est censé être la clé pour permettre aux patients de débloquer leurs traumatismes enfantins, ceux-là même qui influent sur la vie adulte et dont, vraisemblablement, les Tears For Fears avaient décidé de se débarasser à travers ce disque... Les titres des chansons sont sans équivoque (et vous épinglerez les quelques singles à succès du LP, en passant): "The Hurting", "Mad World" (n°3 au Top 40 britannique), "Pale Shelter" (n°5 au Top 40 britannique), "Ideas as Opiates", "Memories Fade", "Suffer the Children", "Watch Me Bleed", "Change" (n°4 au Top 40 britannique), "The Prisoner" et "Start of the Breakdown", dix chansons en 42 minutes, dont on extraira deux phrases du refrain de Mad World: "The dreams in which I'm dying are the best I've ever had / When people run in circles, it's a very, very mad world"... Voilà, après ça, on essuie ses joues, on retrousse ses manches et on s'arrange pour que, cette fois, une catastrophe aboutisse enfin sur un monde meilleur. 

Écrit par Pierre et petit pain dans Bibibiiip, For the love of Liz | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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