18/04/2011

324. "LIVE" Desjardins & Abbittibbi

desjardinsabbittibbilive.jpgLa résidente Christina Yang s'en sort la tête en extirpant de l'eau une truite de douze kilos, le docteur Sheldon Cooper se convainc du comportement ondulaire des électrons après avoir fait tomber par terre les commandes de la table 6, le professeur Alessandro Regazzoni trouve sa guérison émotionnelle dans une tarentelle baroque, l'ancienne mutante Jubilation Lee se reconstruit grâce à une épistole longue d'une seule phrase... La chose est entendue: en fiction, le moindre détail, trivial, dérisoire, inattendu, peut faire toute la différence... Ma vie serait-elle une fiction puisque, caddie derrière caddie, chez ce hard discounter allemand (celui qui n'a pas la première lettre de l'alphabet dans son logotype), il a suffi d'une bribe de conversation, entendue à la volée, pour reprendre un tonus tout printanier ?.. L'homme: "Et comment ça va, vous avez le moral ?", la femme: "Et pourquoi ç'qu'on ne l'aurait pas ?"... Alors, commençons cette seconde semaine pascale par un disque plus doux qu'amer mais aussi plus acide que basique... Il n'est plus besoin, ici, de présenter Richard Desjardins ni même de rappeler qu'avant de démarrer la carrière solo qu'on lui connaît, il avait animé, fin des 70's, le fugace groupe Abbittibbi... Pas si fugace que ça, cela dit, puisqu'une fois le succès acquis et la reconnaissance installée, Richard a rameuté ses vieux potes, en 1994, pour un album studio, une tournée et, en toute logique, le live aujourd'hui présenté... Enregistré sur trois jours de novembre 1995, au vieux-clocher de Magog (la ville québécoise "nichée entre le lac Memphrémagog et le mont Orford, noyau d'une station touristique bien pourvue en infrastructures sportives", nous apprend le syndicat d'initiatives local; et non pas, évidemment, le Magog biblique, fils de Japhet, descendant de Noé), cette plaque permet, évidemment, des traverses musicales et des envolées harmoniques que Richard tout seul aurait bien du mal à atteindre... Francis Grandmont aux guitares, Claude Vendette aux saxophones, Rémy Perron à la basse et Richard Perrotte aux percussions entraînent nombre de classiques du répertoire de Desjardins dans des ambiances sublimées: "Miami" acquiert enfin l'atmosphère opressante adéquate à cette anti-fable sur le racisme ordinaire; "M'as mettre un homme là-dessus" devient un boogie de fin de siècle, poisseux et concentrique; "Les Yankees", en final, est conforté dans sa construction en crescendo et le climax des paroles, lorsque l'on découvre "qui est le chef ici", est soutenu par un apogée musical explosif... Mais ce disque vaut aussi, pour tous les amateurs de chanson francophone autant que pour les fans de Desjardins, par ses morceaux inédits, notamment le très delta-graisseux "Déboutonne ton blues", l'irrésistible chanson à répondre "Les Bonriens" ou le morceau de bravoure folk (et tout simplement l'un des meilleurs morceaux de Richard) "Au Pays des Calottes"... Par contre, bien sûr, ça risque d'être difficile, en 2011, de se procurer ce disque mais c'est définitivement le printemps, alors on va pas s'en faire pour ça, les coeurs palpitent, les oiseaux chantent, les coeurs sont des oiseaux.

Écrit par Pierre et petit pain dans Cousinages, Dust Blowin', Muddy Feet | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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