11/05/2011

325. "MUSIC FROM THE FILMS OF HAL HARTLEY"

Music_Hartley_518745.jpgIls sont toujours désagréables, ces moments où le monde a juste l'air d'être un manège dont le forain a coincé le moduleur de vitesse au maximum et s'est barré boire une bière à la barbapapa avec ses copains forains... Et donc, là, tout de suite et depuis plusieurs semaines, c'est fatigant d'être gavé de mauvaises réponses avant même d'avoir pu poser les bonnes questions... En l'occurrence, et c'est une donnée philosophique fondamentale, en quoi la mort d'un homme, aussi détestable soit-il, peut être considéré comme un acte de justice ? Et pire, d'autant plus si l'on croit à la loi du talion qui seule permet de répondre positivement à la première question, comment la mort voulue d'un seul homme peut-elle être un acte de justice face au décès aveugle de quelque 2700 personnes ? Enfin, et c'est certainement le plus insupportable dans la rhétorique guerrière déversée une fois de plus par "le camp des gentils", comment la mort d'un seul homme pourrait-elle réellement paralyser ce qui est censé être l'organisation terroriste la plus puissante de la planète ?... Mais si la disparition de l'ennemi mondial numéro 1 n'était déjà matière à exciter les penchants les plus patriotiques, nationalistes, xénophobes, arabophobes, forcément nauséabonds du "bon peuple", voilà-t-y pas que Dame Justice traumatise le royaume par une décision d'une froideur technique, au final trop opaque, et agite encore un peu plus le chaudron de la haine ordinaire... Ici, le principe démocratique éclairé veut que la Justice soit la même pour tous, du voleur de pain en guenilles jusqu'à l'affameur en costume-cravate, en passant, forcément, par l'ex-femme du catalyseur de tous les cauchemars belgo-honteux... La vraie question est: sur quels arguments la décision de cette libération anticipée a-t-elle été décidée ? Car asséner l'info au public sans la lui expliquer, c'est participer un peu plus à l'ambiance de défiance envers les institutions... Dans un pays dont plus du tiers d'une moitié a déjà préféré l'égoïsme d'extrême droite à la solidarité citoyenne, une Belgique qui s'enlise dans des réunions de négociations communautaires à répétition, dans le contexte plus large d'une crise socio-économique dont ne ressort que l'impunité renouvelée des organismes bancaires, dans un climat, donc, de découragement et de suspicion, quand la république voisine se prépare à offrir d'ignobles succès à la fille du faux borgne, on peut comprendre que d'aucuns n'ait d'autres solutions que de se réfugier dans les rassurants pixels de leur écran plat... Ouais, sauf que... Je n'ai pas besoin d'agiter mon 17 sur 20 à l'examen de Sociologie générale pour comprendre que le public votant à X-Factor se constitue avant tout de gamines de 13-15 ans... Que Maryvette Lair (qui ne gagnera pas mais qui est la seule véritable artiste complète de cette saison) se trouve en ballotage la semaine dernière était déjà difficilement compréhensible mais que Vincent Léoty (certes, un artisan-coiffeur de 30 ans sans pose de star mais un époustouflant chanteur, certainement le meilleur de ce cru 2011) soit éliminé dès le troisième prime est totalement ahurissant... Surtout lorsque ce limogeage se fait au profit d'autres candidats qui n'ont pour eux qu'un petit look et aucun talent vocal... Ou, du moins, passé les superficielles émotions procurées par ce nouveau télé-crochet, l'élimination d'un gars apparemment simple mais indéniablement talentueux aussi vite dans la compétition, prouve, aussi, d'une certaine manière, à quel point les maux de la société percolent à travers tout et pourrissent même les recoins les plus anodins du divertissement télévisé et musical... Resterait alors à se terrer le plus loin possible de cette inondation de daube, peut-être dans un monde de fiction si pas utopique, au mois quasiment idéal... Un monde où personne n'est vraiment idiot mais personne n'est vraiment heureux, un monde où personne ne parle peu mais où tout le monde écoute suffisamment, un monde où l'amour est équivalent à la somme du respect, de la confiance et de l'admiration, un monde qui est un endroit dangereux mais où personne ne meurt complétement, un monde, enfin, où, "un homme honnête a toujours des problèmes"... Un monde pas loin du nôtre mais certainement pas le même non plus, le monde qui vit, respire et désire dans les films d'Hal Hartley... Prix du meilleur scénario au Festival de Cannes 1998 et "godfather" du cinéma américain indépendant, Hal Hartley reste un de ces artistes parfaitement inconnus du grand public et totalement adulés par ceux qui ont la chance de connaître son oeuvre... Le natif de Long Island réalise, écrit, monte ses films depuis 1989, creusant un sillon cinématographique, plastique et philosophique sans véritable fausse note... Car en plus, sous le pseudonyme de Ned Rifle, Hal Hartley signe la musique de ses courts, moyens et longs métrages... Sortie en 1993 chez Phonogram, la compilation aujourd'hui présentée est un objet de collection à plusieurs titres... Tout d'abord, elle est totalement épuisée et virtuellement introuvable sous cette livrée rougeâtre (notez qu'une réédition, sous pochette bleutée, que vous trouverez en fin de cette rubrique, a été réalisée au début des années 2000 par Possible Films, la propre structure de production d'Hal Hartley); ensuite, c'est la seule trace sur disque des bandes-sons des premiers films du cinéaste; enfin, les chansons égrenées à travers les 14 plages sont, à l'exception de deux morceaux des (également longislandais) Yo La Tengo, les seules traces sur disques des obscurs Hub Moore & The Great Outdoors, Ether et The Brothers Kendall... Et donc, pendant les quelque 40 minutes que dure ce disque, c'est bye-bye les Ben Laden, Martin et autres Omega de mes deux... Bon, sinon, merci de demander, la grossesse se passe bien, et se termine dans pas longtemps, préparez-vous donc à une période d'inactivité d'un certain temps sur ce blog, ça vous fera des vacances, mettez-les à profit pour réfléchir à comment massacrer la bête immonde qui rouvre un oeil dans les tréfonds du vieux monde.

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Écrit par Pierre et petit pain dans Outside the box | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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