17/05/2011

326. "WATER" Arno & The Subrovnicks

water.jpgNon vraiment, la fulgurance de mes métaphores m'a souvent fait peur, comme si en tordant les mots, j'avais accès à une réalité mieux cachée... Et donc, il est bien clair que l'attraction foraine n'a plus de technicien qui la surveille, quand le Festival de Cannes laisse la place aux fesses triviales de Kahn... Allez, fendons-nous de notre rapide analyse de la situation: si les faits reprochés sont entièrement vrais, il sera plus que jamais temps de s'interroger sur la manière dont l'exercice du pouvoir tord le cerveau et brouille le sens commun (car on veut tout de même croire que l'inculpé ne soit pas simplement un pervers mêlant des envies de domination sexiste et raciale)... Si les faits reprochés sont entièrement faux, il s'agit donc d'un coup piégeux et une seule question s'impose: à qui profite le crime ?.. Et là, vu qu'on plonge dans la théorie du complot, ça fait froid dans le dos car les scénarios ne sont pas légion et incluent forcèment l'élection présidentielle de l'année prochaine... Si le but était de déforcer le camp socialiste pour l'empêcher d'accéder au second tour, ce qui se profile est ignoble: les Français inscrits sur les listes électorales (car, on vous le rappelle, nos voisins ne jouissent pas du devoir démocratique de voter... et non, ce n'est pas de l'ironie) risquent fort d'avoir le choix entre un président sortant ultra-droitiste et excessivement impopulaire et une louve des SS à la blondeur bonne aryenne et au programme bon à rien... Alors, on ressent de plus en plus l'envie, nonobstant (hopla) la situation inextricable du Fédéral belge, de reprendre à son compte la récente sortie médiatique de Charles "Arno" Hintjens, interrogé au JT du service public, sur son avis à propos de la classe politique: le majeur bien dressé, lâchons, rauques et hargneux, un "Fuck them all" bien senti... Et nous revoici donc sur les traces de la vieille éponge ostendo-bruxelloise, dont nous avons déjà dit, dans ces colonnes, tous les sentiments contradictoires qu'elle nous inspirait... A la rentrée scolaire 1994 ("Bleu, gueule en terre"), Arno commet l'un de ses tout derniers grands disques... Rassurant sur sa vision de lui-même, il répond au succès panfrancophonique de "Idiots Savants", sorti l'année précédente, par cet incisif "Water" dans lequel, pour commencer, il ne chante en français que sur un demi-titre... Mieux, Nono se place en retrait derrière l'éphémère groupe des Subrovnicks qui, au-delà du ridicule jeu de mots, regroupe en fait des complices de longue date, à savoir Ad Cominotto aux claviers et Rudy Cloet à la batterie... Un rien métallique, un peu funk-soul, ce "Water" est forcément de la meilleure eau, avec un Arno qui ne ménage pas sa voix, ne serait-ce que parce qu'à l'époque il pouvait encore se permettre de tirer sur la corde vocale... Et les petits morceaux de bravoure se suivent tout en ne se ressemblant que de loin en loin sur cette plaque peut-être peu digeste (treize morceaux pour pas loin d'une heure d'écoute) mais qui possèdent ses grands moments: une reprise des plus adéquates, "Hot Head" de Don Van Vliet, grâce à laquelle Arno prouve enfin qu'il doit bien plus au capitaine coeur de boeuf qu'à Salvatore Adamo; le fiévreux "Freddy" et ses gargarismes finaux; le tortillant "Watch out boy" et ses gimmicks synthés sans époque; un très rêche "Rock them out" co-écrit avec Roland Van Campenhout et, bien sûr, l'apothéotique "Mathilda" qui, en 6 minutes et demie et une cassure centrale de tempo, met fin, avec aussi des choeurs dynamités par BJ Scott, à ce qui, défiant le passage du temps aussi bien que la houle et l'écume de la mer du nord illustrant le livret de ce disque, reste, et comme si cette phrase n'allait jamais finir, et prouve ma théorie de l'adéquation nécessaire entre médiocrité artistique et succès grand public, l'une des galettes les moins bien vendues de la discographie d'Arno et pourtant, l'un de ses sommets d'inspiration, malheur quelle énorme dernière phrase, quelles circonvolutions, qui sait encore ce que j'ai voulu dire, pas moi, toujours, il est temps que ça cesse, il est parti où, ce forain, à la fin ?

Écrit par Pierre et petit pain dans Eendracht maakt kracht | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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