08/06/2011

327. "GENTLEMEN" Afghan Whigs

gentlemen.jpgOui, bien sûr, la pression monte, et à J-6, c'est encore heureux, je veux bien être associal, je ne suis quand même pas à ce point détaché de la vie que je ne commence pas tout doucement à tourner en rond à l'intérieur de moi-même en attendant la venue de qui vous savez... Ce qui en pur aparté avec moi-même (ce qui est idiot sur un blog lu par certainement quelques centaines de milliers de personnes chaque jour) est aussi rassurant quant à l'éventuel manque de diagnostic de mon léger syndrome asperger... Donc, finalement, au lieu d'entrer dans des détails intimes de monitoring ou de frottis, partageons plutôt ce qui sera peut-être (la postérité décidera, comme toujours) le plus mauvais calembour à avoir jamais germé dans mon esprit bancal: Pourquoi la douche à la tomate est-elle la plus précieuse ? Parce qu'elle a le pommeau d'or... Et donc, une fois n'est pas coutume, sans transition aucune, on passe du rouge de ce fruit qui joue au légume au jaune de la couverture cet album méconnu, riche de goûteux fruits musicaux... Gentlemen, premier grand sommet de la discographie d'un des groupes les plus mésestimés de l'histoire du rock, est sorti en 1993, déjà, et supporte sans mal bon nombre de superlatifs... D'une cohérence magnifique, tant dans la thématique des paroles que dans les ambiances musicales, touchant à l'album-concept tout en évitant les pires travers du genre, ce fruit des entrailles de Greg Dulli, auteur-compositeur à la voix rare, et de ses potes Rick McCollum à la guitare, John Curley à la basse et Steve Earle (non, pas le même Steve Earle) à la batterie, explore les circonvolutions physiques et mentales liées à la culpabilité du sexe sans sentiments... Maîtres de leur jeu musical, les Afghan Whigs brassent leurs inspirations et leurs envies de telle sorte que plus aucune étiquette ne peut leur être acollée... Ce que d'aucuns voudront trouver de soul dans les envolées laryngiques de Dulli sera brisé par la batterie souvent martiale, la guitare parfois indé, parfois folk ou la basse roulante et serpentante à travers toute l'histoire du rock... Côté paroles, d'entrée de jeu, "If I were going" égrène quelques gimmicks récurrents (on touche là vraiment à l'album concept, avec une partie du refrain de "Debonair", autre grand morceau du disque, qui apparaît ici et la phrase "Go ask the gentlemen who play it" en fin de couplet) puis se délite dans un fondu-enchaîné repris par la part de batterie de l'infernale plage titulaire... Là, Dulli annonce la couleur: "I stayed in too long but she was a perfect fit / And we dragged it on too long this time, started to make each other sick"... Plus tard, il ouvre "Be Sweet" sur une confession: "I got a dick for a brain"... Et les plages s'enchaînent, y'a peut-être de la houle mais ça ne tangue jamais... Chaque chanson est exceptionnelle et aucune ne mérite pas sa place ici... "Fountain and Fairfax" touche à l'épique, on croirait à la rédemption de l'alter-ego sex addict qui traverse ce disque: "Angel, I'm sober, I got off that stuff just like you asked me to"; "What Jail is like", qui suit immédiatement, est fiévreuse et met à bas les espoirs précédents: "If what you're shoveling is company, then I'd rather be alone"... Enfin, sur "My Curse", le drame se conclut, Marcy Mays (chanteuse du trio Scrawl) offre enfin le point de vue de l'éternel féminin mis en cause jusque-là... Une dernière chanson et le voyage se termine sur un instrumental planant, une "Closing Prayer" au titre adéquat... Mise en place, progression dramatique, climax, conséquences, épilogue, c'est un objet artistique complet et hybride, avant tout album de rock mais aussi, par certains aspects, oeuvre littéraire, pièce de théâtre en filigrane, anti-conte musical, qui se dévoile en moins de 50 minutes, c'est époustouflant, c'est intrigant également, c'est brillant, surtout... Il faut dire que le ton est donné dès la pochette, sans mention ni de titre ni du nom du groupe, avec ces enfants dans une apparente lumière matinale, dorée et chaude, coincés dans des poses d'adultes (c'est toujours délicieusement dérangeant), le garçon assis sur le bord du lit, n'osant plus tourner le regard vers la fille allongée... Allez, je ne lâche pas souvent le mot mais les faits sont ce qu'ils sont: "Gentlemen", réussite totale d'une richesse insoupçonnée, est un chef-d'oeuvre, non pas de la musique, mais du patrimoine artistique mondial.

Écrit par Pierre et petit pain dans TAS (talented american songwriters) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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