05/08/2013

331. "ADAM ANT IS THE BLUEBLACK HUSSAR IN MARRYING THE GUNNER'S DAUGHTER"

Uncdparjour Adam Ant 1.jpgPour sa nénième résurrection, ce blog se devait de dérouler le tapis rouge (en l'occurrence, le tapis bleunoir, on y reviendra) à un véritable ressuscité, môssieur Stuart Leslie Goddard... Et qu'on dirot què s'appeloriot Adam Ant... Silencieux pendant quasiment vingt ans, à peine vu dans de quelconques téléfilms ou épisodes de séries, la fourmi vient (ou presque, la plaque est sortie le 21 janvier dernier) de publier son premier album depuis 1995... La question, c'est keskilafait pendant tout ce temps ? Ben, ressuscité, on vous a dit... Adam Ant a titubé entre la vie et la mort, au fil de la montagne russe que reste ce méconnu et sous-estimé désordre bipolaire, dont lui-même ne prendra conscience qu'après des lustres sans lumière... Bien sûr, Adam n'a pas passé ces derniers vingt ans assis entre deux ours blancs, ce n'est pas sakondi... De ses propres mots: "J'ai été un robot, j'ai subi une expérience décorporée. On m'a prescrit du sodium valproate (Epilim/Depakine) pendant sept ans. Je n'arrivais plus à dormir, plus à faire l'amour. J'ai perdu mes cheveux, je ne pouvais plus lire par manque de concentration. Je n'ai plus tenu de guitare ni écrit de chanson et j'ai pris du poids, beaucoup. J'aurais aussi bien pu être mort"... Sauf que là, il y a ce "Adam Ant est le hussard bleunoir (ah, on y est revenu) qui épouse la fille du cannonier" qui nous prouve assez joliment que l'homme est vivant... Partiellement concept, passablemment old school et parfaitement réalisé "à l'ancienne", ce LP a atteint la 25e place dans ce pays où Adam fut prophète... Car bon sang de jambe de bois, c'est bien cela le sujet, si sir Goddard est aujourd'hui ressuscité, c'est qu'il fut le messie d'une pop-punk anglaise du meilleur acabit, pleine de rythmiques tribales et de guitares délayées... Sexy à en bouffer son certificat d'hétérosexualité, Adam a été, de 1980 à 1985, au sommet de la chaîne alimentaire des charts british, avec ses fourmis complices puis en solo... Années formatrices autant que formatées durant lesquelles, guidé et salivé dessus par Malcolm McLaren et Vivienne Westwood (pas nécessairemment dans cet ordre, d'ailleurs mais chacun à droit à un hommage dans cette nouvelle galette), il se façonnera son alter-ego, moitié Jack Sparrow avant l'heure, moitié Dick Turpin (un célèbre bandit de grand chemin du 18e siècle auquel Adam empruntera le look "loup et tricorne") baptisé depuis "le Hussard bleunoir" et devenu une véritable marque qu'Adam utilise notamment pour sa ligne de vêtements et son label de disques... Car si vos yeux, chers lecteurs enamourés et tout autant détransis de retrouver ce blog en pleine activité, vos yeux, donc, voulaient remonter quelques lignes, vous reliriez "parfaitement réalisé à l'ancienne"... Oui, ce disque a quelque chose d'artisanal, Adam y a mis ses billes, ses boules et sa boudine, pour un résultat qu'il faut qualifier d'adéquat... Le relatif succès obtenu dans le classement des ventes UK le prouve: malgré une atmosphère qui brinqueballe et un mixage des voix en dents de scie (tantôt au fond d'une cave moite tandis que les musiciens jouent sur le seuil du manoir, tantôt couvrant le tout comme vingt centimètres de poudreuse sur le toit en pente), l'artiste renoue aussi avec une véritable inspiration et livre quelques pépites, de celles forcément que le hussard bleunoir a trouvé dans la carcasse d'un bateau-pirate... Le propos de l'album en son début est limpide: oui, Stuart Leslie revient de loin mais garde la niaque ("Cool Zombie", "Stay in the Game") et assume ce passé à la fois psychiatrique et superstar, notamment dans cette plage titulaire qui demande un rien d'explication de texte... Car les épousailles avec la fille de l'armurier n'ont rien de quelconques noces, "marrying the gunner's daughter" était une des nombreuses pratiques d'humiliation et de punition dans le monde de la flibuste; qui consistait à attacher quelqu'un au fût du canon, ce qui est déjà fort désagréable en soi, surtout lors des coups et des tirs, et d'ensuite profiter de cette immobilisation douloureuse pour infliger divers sévices à la victime (ah, ces pirates, suintant la romance par tous les pores)... Adam l'annonce, par le truchement de la troisième personne, comme s'adressant au reflet dans le miroir: "En épousant la fille de l'armurier, tu me connais, je vais trop loin / Comme une génisse à l'abattoir, le voici, le hussard bleunoir / Etre attaché à un canon, c'est pas si marrant mais c'est tout ce qui lui restait / Il a été numéro un et, juste pour le fun, il s'est mis à la roulette russe"... Musicalement, les guitares sont toujours aussi délayées, la batterie tribale refait surface de loin en loin, Marco Pirroni, la fourmi numero uno de l'époque, a contribué à quelques mélodies mais des claviers et des tchictchic électroniques se laissent aussi entendre... Bref, les fans d'avant resteront des fans de maintenant; pas sûr qu'Adam séduise une jeune génération, en même temps celle-là se goinfre trop au Redfoo ou au Maître Gims pour encore y comprendre quoi que ce soit au rock'n'roll... Quant aux vingtenaires qui brûlent des cierges à Matthew Bellamy, Chris Martin, Tom Smith (on en reparle bientôt), Ricky Wilson (pas feu le génial guitariste bombardier, évidemment) ou Tom Meighan, je ne peux rien pour eux mais je peux anticiper la critique: oui, je vous semble être un vieux con et oui, je n'en ai rin n'à fout' de votre avis de blanc becs... Car c'est là que se trouve tout le véritable enjeu de ce comeback, Adam Ant était un pu*biip* de chanteur, maniant l'ironie jusqu'au fond des cordes vocales, capable de s'envoler dans un falsetto à la maîtrise académique comme d'autres prêtent serment sur la constitution sans avoir les doigts qui tremblent... Et Adam Ant reste un excellent chanteur qui s'offre quelques moments de bravoure ("Vince Taylor", "Darlin' Boy" et, surtout, le refrain de "Cradle your Hatred")... Au final, cette résurrection n'a rien du gaspillage de karma... Je suis content de retrouver Adam Ant en forme, vous êtes content de retrouver un blog qui ne sent plus le formol, kedmantlepeup'      

Écrit par Pierre et petit pain dans For the love of Liz, Safety Pin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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