12/08/2013

334. "STEREO TYPICAL" Rizzle Kicks

uncdparjour rizzle kicks.jpgVous, mes fidèles sexy mignoutrognons chouchous lecteurs en sucre impalpable que je vous relèche tout le long de la fraise de votre admiration pour ce blog enfin revigoré (mais jusqu'à quand, persiflent à juste titre les plus sceptiques d'entre vous, mes poulets-poulettes), vous l'ignorez... Et à bien y penser, les Anglais l'ignorent aussi et pourtant, je suis, par bien des côtés, comme eux... Pas britannique, non... Pas la lame entre les dents, la grenade prête à dégoupiller, courant vers la mort pour mon petit rédempteur à la croix de bois, dans les ghettos de Belfast ou Derry... Pas gargarisé à la tourbe, vêtu, les bonbons à l'air frais, d'un essuie-vaisselle ancestral, dans des vieilles pierres battues de courant d'air, à l'ombre de Saint-André sa cathédrale... Pas non plus, même pas, berger tranquille, accroché à mes collines, à rire des touristes ferrovipathes qui bavent d'envie sur mes tickets de train à rallonge; Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch, toi-même, d'abord... Non, silly old sods, je suis une saloperie d'anglais, l'idex et le majeur dressés à la face du continent qui se permet du vin et du tabac pas chers, aux dents cariées, à l'establishment vacillant, qui accélère à l'approche des passages pour piétons, qui signe des hypothèques qui engageront jusqu'à mes arrière-petits-enfants (those ungrateful bastards), qui se rue au comptoir en jouant des coudes pour se faire remplir sa pinte de real ale (I'm a southern ponce, mon doigt d'évèque se sert en draught, contrairement au Dog de ces inbred geordies qui ne se boit qu'à la bouteille) quand la cloche sonne le fatidique 11pm, qui claque ses derniers quids chez William Hill en pariant sur la couleur du premier caca du bébé royal, qui clamera partout que la Beeb est la meilleure du monde mais qui regarde Corrie sur Independent et ne se réjouit que peu de l'explosion du freeview digital (même si la Pepsi IPL commence in a quarter sur ITV4)... Et quand on est un anglais pareil, un numéro NHS parmi 51 millions de numéros NHS, on sait que Henry est un meilleur Carry On que Abroad mais que ni l'un ni l'autre ne vaut Camping, on trouve que sa majesté assure dans son job (qu'elle est restée calme et a continué comme si de rien n'était durant le blitz) et que la petite soeur de la duchesse de Cambridge est pas mal aguichante dans son genre, on se réconforte dans l'idée que malgré l'infâme crise, que ni les Conservateurs ni les Travaillistes n'ont pu éviter, ni contourner, ni atténuer, ni même expliquer avec honnêteté, on garde la devise la plus forte de la planète, une planète dont, il n'y a pas si longtemps, on était encore copropriétaire d'une bonne moitié (et incidemment, des plus beaux morceaux)... On se méfie, bien sûr, du flux constant de basanés de toute sorte qui a l'air de surgir des ventres des navires, faudrait-il pas dépêcher les SAS à Douvres, si pas vite lancer une frappe préventive sur le ferry-port de Calais ?... Mais on est capable de se réjouir quand des enfants des communautés moins blanches parviennent à tirer leur épingle du jeu... Jamie Oliver, après tout, est un abruti de cockney ras du bonnet; Gok Wan est beaucoup plus amusant dans son excentricité criarde... Et tout en époussetant les portraits côte à côté de Diana Spencer et de Jade Goody, en se rongeant les ongles pour savoir si on va garder les Cendres à la maison cette année (those bloody Aussies) et qu'on retourne chez William Hill pour gager quel nouveau record The Rocket va exploser du bout de sa queue, on se surprend aussi à remuer la tête sur les beats urbains de Rizzle Kicks... Fondé en 2008 à Brighton, le duo hip-hop a réussi, en un disque et quelques singles, à se faire sa place sur un marché musical particulièrement brutal, où il n'était pas évident de se faufiler entre The Streets et Dizzee Rascal... Mais la recette des Rizzle Kicks est la bonne, les chiffres ne mentent jamais (un million de singles vendus et 600000 albums écoulés en date ancienne de mai 2012), à vouloir mélanger le flow faussement décontracté et réellement incisif du rappeur Jordan "Rizzle" Stephens au brin de voix du chanteur Harley "Sylvester" Alexander-Sule, le tout sur des rythmes plutôt enjoués, agrémentés de-ci de-là de cuivres ou de guitares électriques... Et puis, comme il se doit, malgré ces options musicales festives et assez légères, les textes des Rizzle Kicks, comme pour casser les "têtes de gagnants" que nos gars affichent sur leur pochette, trouvent toujours plus à dire que tout ce que le rap commercial US a pu déverser comme insanités depuis, au moins, vingt ans... Et avec un rare goût du calembour (puny puns) tel qu'illustré par le titre même de la galette: s'agit-il bien des deux mots "stereo typical" (qu'on peut traduire par "typique de la radio") ou faut-il y lire "stereotypical" (relevant, dès lors, du stéréotype, en l'occurrence social et racial)... Mais le contenu est rarement sacrifié au simple bon mot; ainsi, le désenchantement du narrateur dans "When I was a youngster" frappe juste dans cette société en perte de vitesse et en jonglerie de valeurs: "J'voulais être un pompier mais j'en ai perdu l'envie à la seconde où j'ai eu l'âge de m'acheter une cannette de cidre / Ouais, j'étais un gamin fûté, mais depuis, j'ai perdu ce côté et aujourd'hui, on peut me trouver sur un banc du parc, avec une pils et des chips"... Tout en exhortant, par leur exemple, la jeunesse enbétonnée à croire à un mieux via le travail et l'éducation: "Laisse moi poser cette brique à terre, à terre sur le sol, il était temps que vous découvriez ce son, qui traîne entre les HLM, discret, certainement, mais pourtant nous voulons être entendus, ne devrions pas nous laisser décourager. Avec des marteaux et des outils, nous comptons nous imposer (...) C'est facile de construire pour s'isoler du reste mais c'est beaucoup plus facile jeter ces barrières à terre (...) je suis l'homme de la démo, je suis l'homme de la démolition" dans "Demolition Man"...  Plus loin, la métaphore filée de l'addiction à la nicotine en tant que relation amoureuse autodestructrice, "Miss cigarette", permet de prouver sans conteste les capacités d'écriture du duo d'interprètes qui, c'est aussi à souligner, met la main à la pâte dans la réalisation de chaque morceau et ce malgré leur tout petit âge... Les Rizzle Kicks ont tout juste 21 ans et se sont entourés, pour cette première plaque, d'invités de choix, dont le polymorphe Norman Cook qui sera aussi de service sur leur prochain album, annoncé pour cette rentrée des classes 2013... Sur ce, il est 14 heures, je vais aller manger un petit-déjeuner de tartines plongées dans l'huile, d'oeufs au plat, d'haricots sauce tomate, de demi-tomates grillées, de galettes de patates, de bacon mi-carbonisé, de saucisses mi-molles et d'une giclée de sauce brune à m'en faire sténoser mes artères puisque, mes petites grenouilles, si je ne m'amusais pas tant dans cette grande foire Belgique désunie où, seul bémol, je ne peux que fantasmer mon miam-miam et me contenter du sempiternel sandwich américain/poulet curry/boulette mayonnaise, je pourrais être anglais à en crever.

Écrit par Pierre et petit pain dans Black-beur, For the love of Liz | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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