14/08/2013

335. "RUMOURS" Fleetwood Mac

uncdparjour rumours.jpgVous me croyez fier comme un coq et têtu comme un âne, particulièrement friand dès lors de cet exercice de libre association, de ricochets sémantiques et circonstanciés qui, cette fois, m'amènera à notre sujet du jour par le truchement des derniers artistes chroniqués sur ce blog entre volailles à crête dressée et équidés à longues oreilles... Or, Adam and the Ants sortirent leur premier album en 1979, intitulé "Dirk wears white sox", faisant référence à l'acteur américano-flamand Dirk Bogarde dont la petite nièce, une certaine Jasmine Van Den Bogaerde, entame de nos jours une carrière prometteuse sous le pseudonyme de Birdy qui est également un film de 1984, réalisé par Alan Parker (traitant notamment de la guerre du Vietnam) dans lequel jouent Matthew Modine et Nicolas Cage qui est le neveu de Francis Ford Coppola qui a réalisé Apocalypse Now (en 1979, année de sortie du premier album d'Adam and the Ants), un film qui traite de la guerre du Vietnam et dont l'une des scènes marquantes voit un escadron d'hélicoptères se détacher sur un soleil rougeoyant au son de la Marche des Walkyries, composée par Richard Wagner dans le cadre de sa Tétralogie de l'Anneau (des Nibelungen), oeuvre inspirée par des légendes germano-scandinaves qui ont également nourri "Le Seigneur des Anneaux", le magnum opus de John Ronald Reuel Tolkien qui était né en 1892 à Bloemfontein, ville d'Afrique du Sud, pays où sévissent également les garnements de Die Antwoord dont l'imagerie scénique vient parfois piocher dans "District 9", film réalisé et coécrit en 2009 par le Sud-africain Neill Blomkamp (film, par ailleurs produit par le Néo-zélandais Peter Jackson qui a fait fortune avec ses adaptations ciné des oeuvres de Tolkien) et dans lequel le rôle principal est tenu par Sharlto Copley qui a également interprété le rôle de Looping dans le remake long-métrage "L'Agence tous risques" basé sur la série télévisée du même nom, qui s'appelait, en VO, "The A-Team", titre également du premier single à succès de l'auteur-compositeur-interprète Ed Sheeran qui est naturellement roux, contrairement à David Bowie qui se teignait les cheveux en rouge à l'époque de son single "Starman", qui a été repris, le 27 juillet 2012, dans la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Londres, au même titre que "When I was a youngster", single du duo rap Rizzle Kicks qui sont originaires de Brighton, qui compte deux piers sur lesquels il est totalement habituel de côtoyer des goélands qui sont des oiseaux maritimes comme les cormorans, les fous de bassan (de Petite-Vallée, en Gaspésie, évidemment) ou les albatross qui est également un énorme tube instrumental, de 1968, du groupe Fleetwood Mac qui, en 1977, sortira donc cet indiscutable chef d'oeuvre qu'est "Rumours"... Oh, misère... Chapeau à vous d'être encore là, j'espère n'avoir pas réussi à me perdre moi-même en chemin... Des rumeurs, donc, qui, on le sait avec le recul et les nombreux témoignages historiques, sont celles qui percolaient dans la presse people d'alors et n'avaient guère tort quant à la désintégration sentimentale du Mac... Rétroactes; lorsque Peter Green, l'adorable lutin de ce conte de fées qu'était le blues anglais, décide de partir jouer tout seul dans la forêt, Mick Fleetwood (batterie), John McVie (basse, le mari de l'une) et Christine McVie (piano, la femme de l'autre) décident de s'exiler à l'autre bout de la planète rock, sur cette côte californienne bien moins graisseuse que la campagne londonienne... Là, via diverses péripéties que nous ne relaterons pas ici car franchement nous en ignorons pour ainsi dire tout, les trois Angliches s'acoquinent avec un duo (sur scène comme à la ville) d'auteur-compositeurs-interprètes bien éloignés des boogies de John Mayall, les cidevants Lindsey Buckingham (qui est un garçon, comme son prénom ne le laisse pas nécéssairement entendre) et Stevie Nicks (dont le prénom présente les mêmes atours unisexes)... Ce yin-yang post-hippie, biberonné à tout ce que les scènes musicales angeline et franciscaine ont pu offrir de meilleur, vont évidemment tirer le quintet nouvellement formé dans des contrées mélodiques beaucoup plus vaporeuses... L'album éponyme de 1975 marque l'enclenchement des boosters à poudre, la sortie de "Rumours", deux ans plus tard, place les Fleetwood Mac sur une orbite dont ils ne descendront plus, gageons que leurs cadavres lentement flétris (je vous rappelle qu'il y a bien trop peu d'air dans l'espace pour que les chairs pourrissent) dériveront ad vitam ad libitum assurance vivium et tout ce tralalam... Et pourtant, peut-être qu'au lieu de devenir le huitième disque LP le plus vendu de toute l'histoire de cette sainte calice de crisse d'osti d'humanité, "Rumours" aurait pu ne jamais voir la lumière des néons plafonniers des disquaires, moisissant, oublié, en bandes masters mal étiquettées, recherchées par d'ahuris saintgraliques archéorockologues dans les studios décatis de LA ou de Miami, écartant, au passage, une énième version du Old Ways 1 de Neil Young, crachant sur le Black Album de Prince, se taillant même des cure-ongles dans la bakélite d'un pressage test de Smile... Mais non, "Rumours" est paru, a conquéru, a tout vendu, a rendu ses géniteurs riches pour toujours... Et dieux savent que je me méfie des énormes succès commerciaux dans les matières culturelles (avec tout le respect qu'on peut porter à Marie-Claude Pietragalla, je peux sans tousser citer cinq artistes du corps bien plus forts qu'elle et pour lesquels personne ne remplira jamais le dixième des 984 places du Palace), force est de constater que "Rumours" mérite toutes ses accolades, tous ces succès, tout ce flon-flon... Et peut-être d'autant plus, on ne le dira jamais assez mais à force de l'insinuer sans jamais l'expliquer, les gens vont se lasser, d'autant plus que ce disque s'est enregistré dans des circonstances plutôt particulières... La maison de disques pressent que le succès planétaire est au tournant, elle veut que les choses fassent, qu'elles se fassent bien et, si possible, qu'elles se fassent vite... Et pendant ce temps, les Fleetwood Mac, qu'est-ce qu'y font ? (La banquise, nous répond Gustave Parking mais c'est un rien hors propos)... Qu'est-ce qu'y font, les Fleetwood et les Mac, les Buckinghman et les Nicks ? Ils s'engueulent, ils se déchirent, ils se disputent, ils se tapent, ils divorcent, ils ne veulent plus s'aimer (mais ils s'aiment toujours, c'est ça le noeud gordien dans ce mélo particulièrement entremêlé) et ils ont l'intention de le faire savoir aux autres: Lindsey chante en premier; la plage d'ouverture, "Second Hand News", annonce la couleur: "Je sais qu'il n'y a rien à dire / Quelqu'un a pris ma place"... "Dreams", énormissime tube de ce gigantesque disque, bouillonné dans son chaudron par la semi-sorcière Nicks, démarre pourtant sur une sentence prosaïque bien éloignée de la poésie habituellement expresionniste de Stevie: "Voilà, tu recommences / Tu dis que tu veux ta liberté"... Plus loin, Christine commet même un crime de lèse-masculinté, à travers "You make loving fun", un des autres tubes de la plaque; s'adressant à son petit ami, sur une ligne de basse jouée par son mari pas entièrement divorcé, elle sussure: "Oh, toi, tu rends l'amour si amusant / Et je n'ai pas besoin de te dire que tu es le seul à le faire"... Seule chanson écrite collégialement, collage, en fait, d'une proposition de Nicks et d'un bout de mélodie de Buckingham, "The Chain", hormis l'un des bridges les plus irrésistibles de toute l'histoire de la chanson populaire, avance, elle aussi, son lot de venin sentimental: "Ecoute le vent souffler, regarde le soleil se lever, cours dans l'obre, maudis ton amour, maudis tes yeux / Et si tu ne m'aimes pas maintenant, tu ne m'aimeras plus jamais et je peux encore t'entendre dire que tu ne briserais jamais la chaîne"... Mais à ce jeu fielleux, c'est bien Buckingham, clairement l'amoureux le plus dépité de la clique, qui remporte la timbale, avec les horreurs qu'il assène dans "Go your own way", la chanson la plus musicalement crispée de cet album qui ne mérite de toute manière pas l'étiquette péjorative de "soft rock": "T'aimer, ce n'est pas la bonne chose à faire / Si je pouvais, je te donnerais mon monde / Mais comment le pourrais-je si tu ne veux pas le prendre ?"... Pendant ce temps, Mick Fleetwood et ses deux mètres et quelques, assis derrière ses fûts, sans l'exutoire de l'écriture dont jouissaient les autres, subissait aussi l'éloignement de son épouse... Nul doute, dès lors, que les pépètes sonnantes et trébuchantes qui ont suivi ce succès, à l'appétit du public forcément creusé par les "rumeurs" de disette sentimentale au sein du groupe, ont permis de sparadrer les petits coeurs tout mous... Preuve en est que le Mac, à part Christine qui préfère ne plus battre le pavé par tous temps et se contente du piano de son salon, continue, comme le 9 octobre à venir déjà sold-out, à remplir des Sportpaleis d'Anvers dans le monde entier (enfin non, juste à Anvers, mais vous voyez ce que je veux dire)... La recette est là, et bon nombre de marmitons s'y sont attachés au fond de la casserole; car c'est le talent indiscutable de ces artistes (et tous les superlatifs qui ne suffiront jamais à rendre justice à la grâce de Stevie Nicks) qui leur permet de s'asseoir, musicalement, à mi-chemin de ces deux versants de la colline pop-rock californienne que sont les indolentes ballades au piano et les petits rocks plein de guitare... à mi-chemin des deux versants ? Au sommet, quoi !...

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