20/08/2013

337. "THE WEIGHT OF YOUR LOVE" Editors

uncdparjour editors weightoflove.jpgC'est un dilemme facilement résolu mais qui laisse tout de même un drôle de goût en bouche, quand l'amour de votre vie vous offre en cadeau le dernier album d'un groupe que vous aimez bien mais dont le premier single vous avait laissé une impression plutôt mitigée... Ce n'est pas cette déesse faite chair qui chante, qui écrit et compose ce disque, ce n'est pas elle qui se met en jeu à travers ce présent... Et pourtant, qui n'aurait pas un peu peur d'avouer qu'au final, vous êtes déçu, que l'affaire n'est pas excitante, qu'Editors vous ont laissé tomber, que leurs intentions artistiques se sont dévoyées de vos propres balises esthétiques, que peut-être, ils ont déjà carrément commis le funeste "album de trop"... De ce côté, qu'on se rassure, Tom Smith et sa clique n'ont jamais tant eu de succès qu'aujourd'hui et ce ne sont pas leur placement en têtes d'affiches des plus gros festivals de l'été qui vont venir contredire cette bonne santé financière... Mais le fait est que "The Weight of your love" pêche, parfois en lettres et chiffres capitaux... Comme ce U et ce 2 invoqués de manière bien grossière (les "desire, desire" du refrain) sur "A Ton of Love", le mi-figue premier single précité... Comme ce R, ce E et ce M, dont, en interview, Editors semblent vouloir se réclamer, dont certains critiques croient entendre l'influence sur "The Weight", le poussif morceau d'ouverture qui personnellement nous frappe uniquement par les lampées faussement tremolo de Tom Smith entre un Lizard King d'outre-tombe et un King of Leon en mode strepsils... Reste, dans cette massive ouverture, cette phrase qui fait déjà craindre pour la suite : "Je me suis promis de ne plus parler de la mort, je sais que je deviens ennuyeux"... Car, certes, les premières plaques des Editors sont particulièrement plombées au niveau des idées morbides mais leur musique y correspondait, amenant une rare cohérence à leur production electro-gothique... En refusant ces étiquettes qu'ils s'étaient eux-mêmes cousus au revers, Editors se fourvoient probablement un rien... Car le changement est une vertu en soi mais ce qui en résulte reste toujours aléatoire, c'est l'histoire du diable que l'on connaît, de la proie et de l'ombre... Et quand "Sugar", le deuxième track, démarre, on sent qu'on va pas aimer non plus la réminiscence du jour; cette basse qui gratte et ces envolées de cordes arabisantes puent pas mal le faux-prog défendu par Muse (et le "It breaks my heart to love you" du refrain est de l'acabit de ce qu'on n'écrit plus une fois qu'on a fini sa puberté, normalement)... Puis, faut-il lui reconnaître au moins ce courage, Tom Smith, pour de plus en plus caméléon que soit sa voix, se frotte au ridicule le plus consommé en sortant sa voix de tête la plus aigüe sur "What is this thing called love"; et non, malgré de nouvelles nappes de cordes chantilly (dont Coldplay se ferait un festin), le flan ne tient pas... "Honesty" qui suit ne marque guère, on en viendrait presque à se réjouir qu'une chanson ne provoque pas de sentiment négatif... Mais on approcherait déjà de la moitié du disque sans grand'chose à tirer à part un sentiment diffus d'académisme par trop respectueux... La promo annonce un quatrième disque beaucoup plus libéré et foisonnant que les précédents, on a jusqu'ici une farandole des desserts sérieusement trop crémeuse, grasse, presqu'indigeste... Et puis, est-ce possible, l'épure de "Nothing" tombe comme un after eight glacé sur la pape qui alourdissait l'estomac, juste cette (belle) mélodie tenue par un filet de cordes aériennes et, surtout, Tom Smith, en équilmibre sur le câble entre puissance et retenue qui, enfin, chante d'abord comme lui-même... C'est indéniable, c'est même une évidence, c'est la chanson balise de cet album... Et ce qu'elle remet en place permet d'apprécier la suite... Le riff faussement americana, la batterie poum-tchac et la mélodie rebondissante, pour le coup on l'entend l'hommage annoncé à REM, sur "Formaldehyde"; et qui prépare à la folie, retenue du bout des dents et des médiators, de "Hyena" avec un Tommy au sommet de son art, qu'il pourrait être le meilleur chanteur rock de sa génération, malgré ce radical changement de look qui tendrait à prouver que le garçon en avait assez d'être mis en avant pour son physique... Et maintenant qu'on comprend enfin où le groupe a voulu en venir, le disque peut tirer ses dernières cartouches, qui seront d'ailleurs beaucoup plus noires et oppressantes ("Two-Hearted Spider" inciterait presque à se replonger dans ses manuels scouts pour être certain de ne pas louper son noeud coulant, la prochaine fois tandis que "The Phone Book" invite à la fête le spectre inattendu de Neil Diamond, plongé pour l'occasion dans l'introspection la plus morbide) que ces cinq premières chansons particulièrement dispensables... Et il n'y a à cela aucun déshonneur, quelques très grands albums (Let it bleed, The dark side of the moon, Highway 61 revisited, Low, Back in black, Bad, entre beaucoup d'autres), succès critiques et/ou commerciaux, présentent des face B bien supérieures à leurs face A... Il y aurait par contre une certaine malhonnêteté à utiliser "The weight of your love" (même ici, pochette noire, dans son édition limitée rehaussée de cinq titres bonus-trois inédits et deux sessions acoustiques) comme mètre-étalon de mon engagement sentimental... Ma chérie, si un jour je te dis, "je t'aime plus que le quatrième album des Editors", tu as le droit de m'envoyer mon bol de muesli à travers la tronche.

Écrit par Pierre et petit pain dans For the love of Liz, Glam blam blam | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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