23/08/2013

338. "SOUTHERN ACCENTS" Tom Petty and the Heartbreakers

uncdparjour southern accents.JPGC'est une histoire de la trempe dont raffolent les rockologues, à la fois drame psychologique haletant, épopée initiatique édifiante, buddy movie déconnant, tout ça en même pas quarante minutes de longplaying... Car en 1985, le CD  reste un objet d'amusement jungien pour les foyers américains fortunés qui veulent surcompenser le fait que leurs voisins aient une plus grosse bagnole ou, au mieux, le CD constitue le dernier fixe des drogués de l'avancée technologique à tout crin mais quoiqu'il en soit, le support digital n'est toujours pas le maître-étalon qui sera capable d'envoyer à l'exil les galettes en polychlorure d'éthényle... Pour preuve, en fan acharné de Tom Petty and the Heartbreakers, c'est établi depuis la première chronique de ce blog, je possède le disque du jour (Southern Accents, donc, j'espère que vous lisez les titres des chroniques et que vous regardez la photo qui accompagne, en haut à gauche; photo, je le rappelle à toutes fins utiles qui, souvent, apparaît en plus grand dans une nouvelle fenêtre quand on clique dessus, je vous gâte ou quoi ?),  en plusieurs supports (forcément) mais aussi en plusieurs versions, notamment cette édition compact-disc américaine (la référence catalogue MCAD-5486) de "Southern Accents" qui, contrairement à la version britannique, pourtant aussi de 1985 (référence MCD 03260), présente, sur son verso, la track-list selon les face A et B du LP... Je viens de me rendre compte que cette anecdote ne peut absolument intéresser aucun des lecteurs de ces pages mais bon, vu que je viens de m'embêter à aller vérifier les références catalogues sur les tranches des disques, je considère qu'il est trop tard pour revenir en arrière et tout effacer... De toute manière, on n'apprend que des erreurs du passé puisque personne ne peut connaître celles qu'on commettra dans le futur... Et une erreur à leçons, lors de l'enregistrement de ce disque, Tom Petty en a commise/apprise une fameuse... Elle se résume comme suit: "Quand on est guitariste, il vaut mieux pas taper sa main de rage contre un mur"... Sortis de trois disques à succès, avec une carrière bien soutenue par MTV, le groupe, et son leader auteur-compositeur, décide de se lancer dans un projet un rien ambitieux, réaliser un album méta-concept dont les chansons brosseraient, par touches, par impressions ou par portraits, un panorama de ce sud des états-unis qui les a vu grandir avant d'aller chercher un contrat de disques en Californie (épopée initiatique édifiante)... Mais non seulement l'inspiration est beaucoup plus une dominatrice cruelle, en cuir et cravache, qu'une maîtresse éprise, dentelles entre les dents, qu'en plus, dans ce milieu des années 80, l'ambiance restait tendue entre Petty et MCA Records... Après le retentissant procès de 1979 et le conflit larvé de 1981, la maison de disques se moque des intentions artistiques annoncées pour "Southern Accents" et voit surtout que les sessions studios se prolongent... Deux ans sans aucune nouvelle sortie, à l'époque du vinyle, quand certains sortent deux albums et huit singles dans le même laps, ça commence à faire long... Avec cette inutile pression et la frustration de ne pas parvenir à sortir de la table de mixage le son qu'il a dans la tête (drame psychologique haletant) pour le pressenti premier single "Rebels", Tom va s'offrir un coup de sang au coût exorbitant: en balancant, de rage, un coup de poing dans le mur, il se fracasse tout le métacarpe... Bye bye la guitare, le piano, adios la musica... Faisant contre mauvaise fortune bon coeur (les troupes postées sur les plages, elles, elles faisaient bunker; mais qu'est-ce que je peux débiter comme débilités, s'il vous plaît), le groupe se résoud, la mort dans l'âme, enfin, dans la mimine, à boucler le work in progress un peu dans l'urgence... Cinq morceaux sont complétés, ce n'est évidemment pas suffisant pour un album; il va falloir trouver un arrangement... On (quelqu'un mais dont l'identité n'est pas clairement établie, c'est l'usage le plus fréquent du pronom indéfini) décide de mercenariser un certain David Alexander Stewart qui se trouve au sommet des charts des deux côtés de la flaque atlantique avec le groupe qu'il anime avec sa copine/épouse/égérie/cuir-cravache Annie Lennox; le Dave Stewart d'Eurythmics donc, on a compris... Et là, tant mieux, le Petty plâtré va se trouver tout un tas de petits atomes crochus avec le guitariste britannique (buddy movie déconnant) qui finira par composer trois morceaux pour la plaque, dont deux sortiront en single et coloreront in fine "Southern Accents" de touches funky et cuivrées que le projet initial ne devait pas avoir... Mais voilà, malgré tout ça, ça reste un peu court, huit chansons, trente-quatre minutes, bientôt trois ans que le public attend un nouveau disque... Alors là, est posé le geste qui finit de déstructurer le projet: "Southern Accents" va sortir, ne sera en rien la vision initiale de Tom Petty, se conclura donc même sur un morceau repêché dans les masters de 1979 et pas utilisé sur le disque d'alors, ce fameux "Damn The Torpedoes" qui avait enclenché les inimitiés entre le groupe et MCA Records... Reste donc au final un disque de bonne facture (et même si c'est le fan purdur qui parle) qui aura connu son succès commercial et s'accompagnera d'un clip, pour le single "Don't come around here no more", resté dans les mémoires (mais oui, cette variation du non-anniversaire d'Alice, du Chapelier fou et de toute cette clique des merveilles)... Subsiste, pour l'aficionado, à jouer à la rock-fiction... Car nul doute que sans cette main massacrée, Petty et ses briseurs de coeurs seraient allés au bout de l'aventure et auraient, peut-être, réalisé le meilleur album de leur carrière... Les cinq morceaux composés, enregistrés et mixés dans cet esprit d'inventaire sudiste doux-amer sont tous excellents, chargés d'âme et de sentiments vrais, broutant dans des prairies situées bien au-delà du simple rock efficace et vendeur... Quand sur la plage titulaire, portée par un piano et une section de cordes, Petty évoque ces nuits d'insomnie où le fantôme de sa maman vient s'agenouiller et prier pour lui, on comprend que tout doute est levé, ce n'est pas ici un narrateur anonyme qui se balade dans ces cinq chansons-là, l'intention artistique était bien de plonger dans une semi-autobiographie... Finalement, Petty replongera une fois de plus dans les affres juridiques: une grand emarque de pneus détournera le morceau "Mary's New Car" sans avoir consulté le premier interessé, que l'on sait chatouilmleux sur toute exploitation tierce et commerciale de son oeuvre... Le goût de trop peu et d'acte manqué de ce disque est d'autant plus aigü qu'une autre chanson, "Trailer", portée par un harmonica alors bien rare chez TP&HB, ressurgira peu après en face B de 45 tours, petite pépite qui aurait largement mérité sa place sur l'album... De plus, une démo pleine de promesses, enregistrée (mais jamais terminée, os broyés oblige) en duo avec Stevie Nicks deviendra, sans Stevie Nicks, "The Apartment Song", morceau de "Full Moon Fever" (1989), premier album chroniqué sur ce blog, mis en ligne il y a quasiment sept ans, tout ça ne me rajeunit pas, du coup je déprime alors j'arrête cette chronique sans chute convenable, avec arrêt sur image sur un visage qui sourit de guerre lasse et le générique qui commence à défiler de bas en haut, comme dans un mauvais téléfilm.

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