26/08/2013

339. "FLEET FOXES" Fleet Foxes

uncdparjour Fleet Foxes.jpgVous le savez, les grand-parents le savent, les voisins le savent, les puéricultrices le savent, la pédiatre le savent, les camions-poubelles, Thomas et Percy, Bumba Bumba Bumbaaaa, tout le monde le savent, ma vie a subi une inversion de ses pôles magnétiques il y a deux ans et fafiottes d'ici, un changement total de paradigme... Terminé les doigts de pied en éventail, l'ombrelle en papier dans le planteur glacé, fini tout le paquet de bonbons rien que pour moi, je ne suis plus, calife devenu vizir au service du nouveau calife, qu'un instrument, un outil du bonheur de monsieur le patron de notre maison, notre quotidien, notre vie... Et il en va, avec ce genre d'esclavage, que plus on souffre plus on aime plus on est heureux soi-même... Notre fils est magnifique, la question ne se pose pas, quiconque l'a jamais croisé en garde des supernovae explosées dans le regard, un souffle qui porte l'humanité vers son meilleur, l'envie un rien rongeante de parvenir à concevoir, à leur tour, des enfants aussi sensationnels... Il a pris son temps pour marcher, certes, c'est un calife qui, comme Haroun El Poussa, n'aime rien mieux que d'être bien engoncé dans sa part de tissu mou; à part courir à travers tout à califourchon sur sa moto mais c'est une autre histoire... Mais il parle, il assène, il analyse et commente, notre fils décortique cette réalité poussiéreuse avec le plumeau de son esprit déjà bien nettoyé... Alors, on imagine qu'il a bien compris, déjà, qu'il fallait donner le change... Et donc, pour quand même que ses géniteurs/éducateurs/protecteurs ne tombent pas dans l'idôlatrie la plus hébétée, il nous offre quelques insomnies à petit prix, sans autre raison que le plaisir de réveiller la maisonnée à trois heures du matin prétextant devoir être changé (il passe des nuits propres depuis des mois), ressentir une quelconque douleur (non, non, le loup n'est toujours pas arrivé au village pour de bon) voire simplement exprimer son désir de jeux et de chants... Je me souviens d'une période pas si lointaine où je choisissais tout seul, na, mes instants d'insomnie, leur durée et leur fréquence... Pourquoi, qui le sait, je me souviens d'une nuit particulièrement perturbée de la fin 2008, où j'étais descendu m'installer dans le salon dans l'espoir que la boîte magique m'assomme suffisamment... Et là, mini miracle, à cette heure indéfinissable mais totalement indue, quand les programmes télévisés semblent doués d'une conscience propre, loin du contrôle des programmateurs, comme dans un musée de sciences naturelles où une plaquette égyptienne ranime les dioramas, vous connaissez l'histoire... Mini miracle, donc, sur une chaîne musicale au logo à trois lettres (vous aviez remarqué qu'elles le sont toutes ?), je découvre, dans cet état second entre le rêve et l'esprit conscient qui attache au fond de la casserole, un drôle de petit clip animé avec des lettres découpées dans du papier qui se transforment en diverses formes, une espèce de chapi-chapo sous acide et, non, je n'avais alors pas souillé ce temple qu'est mon corps avec les divers gri-gris de l'homme au tambourin... Les arrangements vocaux, tout légers, diaphanes, vaporeux, la mélodie traîtreusement entêtante de ce morceau mystère, le mélange deux époques de cette musique, mâtinée, c'était évident, de quelque chose de totalement rétro et qui, pourtant, parlait à cette fin d'année, ce siècle, ce millénaire à peine né... Je jouis d'une mémoire capricieuse qui retient énormément de données à la demande mais qui en stocke aussi sans que je le veuille, je n'avais donc à craindre aucune étourderie, même à moitié enmorphéé sous les ondes alpha émises par le tube cathodique, je savais qu'au réveil, j'aurais toujours ce nom étrange à l'esprit... Les renards de la flotte... Une armada post-hippie qui avait digéré autant les crescendos vocaux des Beach Boys que les structures branlantes mais raffinées d'un certain folk anglais tout en restant, mais seul les cinq années à suivre le révéleraient, entièrement précurseur de ce renouveau folk-indie qui est devenu la seule alternative au flux electro-rock au menu des radios qui ne diffusent pas de la shit music only... Fleet Foxes, donc, collectif (les entrelacs de voix le prouvent), tribu (on l'entend dans ces percussions natives américaines), fratrie même (Robin Pecknold écrit et compose, Sean Pecknold réalise ces courts-métrages d'animations qui servent de clips au groupe, Aja Pecknold s'occupe de l'administratif en tant que manageuse de la troupe) dont la production musicale est sans conteste ce que j'ai entendu de plus enthousiasmant depuis que j'ai presqu'atteint l'âge adulte... Tant à dire et si peu de mots pour l'exprimer... Si mon âme existait, c'est à elle, directement, que s'adresserait Fleet Foxes... Mais l'intellect est chouchouté aussi, comme le prouve cette déclaration à double tranchant du groupe: "Il paraît que les groupes de musiques ont les publics qu'ils méritent; alors, nous devons être le meilleur groupe de l'univers"... Ce refus de la médiocrité transparaît aussi dans le choix de l'illustration de pochette: cette reproduction des "Proverbes flamands" de Brueghel l'Ancien trahit la volonté des Fleet Foxes de percer les poches de pus de l'absurdité humaine mais sans prendre de plaisir pervers à  ainsi martyriser l'épiderme de nos sociétés qui, somme toute, a peu changé depuis 1559... Sorti en 2008, ce premier album, éponyme (les lecteurs de ce blog de longue date auront immédiatement tracé une nouvelle petite croix dans leur carnet relié de trainspotter des albums éponymes), regorge de moments de brillance musicale à tel point qu'il devient plus facile de chercher les moments faiblards (indice: il y en a moins que un sur les quarante minutes de cette plaque) et de fulgurances poétiques au service d'une écriture particulièrement évocatrice; les quelques vers du premier single "White Winter Hymnal" illustrent à merveille la sublime simplicité du propos: "Je suivais la troupe, tous avalés par leurs manteaux, avec des écharpes rouges autour du cou pour empêcher leurs petites têtes de tomber dans la neige et je me suis retourné et, Michael, tu étais là, et tu allais tomber et colorer la neige comme des fraises en plein été"... Tout hommage doit aussi être rendu aux autres membres, pour leur maîtrise et leur engagement, ils participent tous à la vision et au message: l'imprononcable Skyler Skjelset à la guitare lead, Casey Wescott aux claviers et à la mandoline, Nicholas Peterson à la batterie et Craig Curran à la basse (deux de ces gens sont partis ailleurs, ne sont plus des renards de la flotte, mais c'est une autre histoire)... En conclusion, si vous ne connaissiez pas encore trop bien Fleet Foxes mais que, par exemple, vous aimez beaucoup l'un ou plus des artistes et groupes suivants, The Lumineers, The Passenger, Mumford&Sons, Phillip Phillips, sans vous brusquer, il est temps de revoir vos priorités, de foutre tous ces mp3-là à la corbeille et d'aller chez votre petit revendeur de disques exiger votre album (toujours éponyme) des Fleet Foxes.

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