06/09/2013

343. "IN THE COURT OF THE CRIMSON KING" King Crimson

in-the-court-of-the-crimson-king-an-observation-by-king-crim-4ec8c9076271d.jpgOn ne peut guère me taxer de royaliste mais le fait est que j'ai apprécié la manière dont Bébert (jusqu'au bout car on a pas fini d'en parler de son "big kiss" même si, là tout de suite, c'est la volée d'impudeur de la mère de la fille qui agite plutôt nos muscles génioglosses de petits belges) a quelque peu humanisé la fonction tout en grommelant de manière opportune face aux nouveaux nazillons anciens bonshommes tout ronds qui prendraient, à déchirer cette Belgique, le même plaisir qu'un sale gamin livré à lui-même, qui arrache les pattes d'une sauterelle et fait griller des fourmis sous sa loupe, dans le terrain qui divague, derrière chez son beau-père qui dit bonjour en arrachant la languette de la cannette de sa pils marque distributeur et qui dit au-revoir du plat de la main à travers la face... Comme beaucoup dans ce pays où l'on n'a le choix, en matière de restaurant à hamburgers (c'est clairement l'un de mes oxymorons préférés), qu'entre des arches dorées dont les pépites de poulet contiennent 48 ingrédients différents (du poulet, de la panure, du sel, du sucre, d'accord; mais les 44 autres, bord**, c'est quoi ?) ou une enseigne qui fut belge (ah, quelle fierté de participer à l'obésité modiale mais c'est comme le chocolat à l'éléphant, la bière au taureau, voire tous les services aux publics, tout ça passe aux mains des autres) et dont la définition de l'adjectif "géant" fait hurler au délire les liliputiens dont la famille et les proches ont été écrabouillés par les pieds patauds de Gulliver, il peut m'arriver, à l'étranger, de confier mon envie de gras mou tiède au Burger King... Je ne suis pas non plus très fan du mouvement musical défini comme "prog-rock", dont les envolées faussement lyriques, les circonvolutions mélodiques inutilement tarabiscotées et les boursouflures sonores largement indigestes me laissent toujours les oreilles lourdes et l'envie d'aller vite me refaire un marathon de la musique punk la plus crassement primaire... Et pourtant, tout pas royaliste que je suis, je me plais à traîner dans ces jardins-là, à la botanique un rien vénéneuse, à plier le genou de la révérence à la cour de ce roi écarlate... Premier album, coup d'éclat, chef-d'oeuvre peut-être, cette salve inaugurale de King Crimson se trouve, de longue date, dans le dessus du panier de tout classement personnel d'albums de musique dont je peux, de loin en loin, avoir envie de procéder à la rédaction... Or, c'est du prog, c'en est, avec des chansons qui cachent d'autres morceaux de chansons, des échappées instrumentales et narratives, bon sang, un disque de 44 minutes pour une track-list de cinq titres à peine (comparez ça avec du Ramones ou du Minor Threat et comprenez que le rock est une bestiole métamorphe qui peut, en vérité je vous le dis, revêtir toutes les apparences qu'elle souhaite, comme cette Putain de Babylone dont on reste obnubilé par le dessus féminin dénudé alors qu'il faudrait très clairement beaucoup plus s'inquiéter de la monture difforme qu'elle califourche)... Mais ce "In the Court of the Crimson King", c'est aussi un de ces jalons fondateurs, à même d'enthousiasmer l'archéorockologue que je peux être, parfois... Car avec des sessions studio entamées au tout début de l'année érotique, on peut difficilement accuser King Crimson d'avoir consciemment coulé leur musique dans le moule de ce qui allait devenir le prog-rock, que les choses soient claires: ce sont Robert Fripp (guitare), Ian McDonald (bois, vents, claviers, mellotron, choeurs), Greg Lake (basse et chant), Michael Giles (batterie, percussion choeurs) et Peter Sinfield (textes et illumination) qui ont dessiné les patrons, cousu les premiers modèles et démarché les revendeurs; créé, de toutes pièces, ce fameux mouvement de la musique populaire mâtiné à la fois de jazz rageur et de prétentions symphoniques... C'est ce côté totalement free qui en impose sur la plage d'ouverture, ce "21st Century Schizoid Man" qui illustre également la pochette du disque (et dont une anecdote méritera d'être racontée plus tard); c'est un brûlot de plus de sept minutes dans lequel Fripp donne toute sa démesure, c'est une torpille qui cache un escadron de F-16 qui, en explosant, révèle une flotte de porte-avions... Que le reste de la plaque soit tout de suite plus planant et cosmique ne gêne pas, après ce coup de boule d'entrée de jeu... Et là, si c'est Fripp qui gèrera tout le reste de la carrière du groupe, on constate sans conteste que c'étaient les autres membres originaux qui tenaient la barre... Ian McDonald est sensationnel dans son rôle de lutin forestier manieur de flûtes et de hautbois, il signe d'ailleurs seul la musique de deux des cinq morceaux du disque dont "I talk to the wind", porté par sa virtuosité traversière et cette ahurissante plage titulaire qui clôt la galette et qui établit le cadre de toute l'exploitation de style qui aura lieu dans les décennies suivantes: "In the Court of the Crimson King", qui mélange philosophie new-age et mythologie vaguement arthurienne, dans un magma certes discutable, se présente sous la forme d'un collage de la chanson de base et de deux interludes musicaux... C'est également le cas de "Moonchild", qui ouvre la face B et qui, construction de 12 minutes introvertie et tressée autour du silence, aura forcément semé les graines de bien des groupes qui, à défaut de donner dans le somptuaire orchestral, iront plutôt récolter dans les champs du minimal et de la note de musique excessivement soupesée... C'est aussi un "trois-en-un" pour "Epitath" qui, en milieu de disque, assène son lot de leçons: avant tout, Greg Lake est l'un des chanteurs les plus sous-estimés et injustement oubliés de la riche histoire du rock; son tremolo contenu tout au long de ce tour de force ajoute le plus adéquat des désespoirs à une composition qui, incroyable mellotron en tête, est la plus plombée de ce disque déjà sombre et névrosé... C'est grâce à la puissance fêlée de la voix de Lake qu'on croit à ce narrateur qui affirme: "Le trouble de l'esprit sera mon épitathe tandis que je rampe sur ce sentier brisé / Si nous nous en sortons, nous pourrons nous asseoir et en rire mais je crains que demain je ne sois en train de pleurer"... Et donc, comme souvent, ajoutant à ce manque de primesauterie, il y a cette pochette, peut-être encore plus mythique que le disque lui-même... (vous l'avez compris, c'est l'heure de l'anecdote)... Au recto, l'homme schizo, qui hurle de terreur, en constatant que son crâne se fond et se délite dans un cosmos passablemment coloré (de un, ah la la, les ravages psychotropes des précipités de lysergamides et de deux, thématique très 1969, qu'on y verrait aussi Dave Bowman passer de l'autre côté de Jupiter pour finir dans un grand lit au coeur d'une chambre rococo) et au verso, le roi écarlate en personne, deux doigts dressés dans une pose de l'enfant christique, au sourire carnassier et au regard pourtant si triste... Deux dessins, peintures, gouaches, acryliques, que sais-je, j'ai pas suivi des cours avec Szymkovicz, moi !, qui résument assez bien les ambiances de ce gros disque... Deux dessins signés Barry Godber, un jeune informaticien qui allait être terrassé par une crise cardiaque en 1970... L'artwork de cet album reste, à tout jamais, la seule création connue de ce garçon; en voilà, de l'anecdote particulièrement pas joyeuse, avec des morceaux d'infarctus dedans et de la mort, beaucoup de la mort car même les souverains doivent tous crever.

King%20Crimson%20-%20In%20The%20Court%20Of%20The%20Crimson%20King%20-%20Booklet.jpgKing Crimson - In The Court Of The Crimson King [Original Master Edition HDCD] - GATEFOLD2.jpg

Écrit par Pierre et petit pain dans For the love of Liz, Psykédélires | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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