13/09/2013

345. "DEATH BY SEXY" Eagles of Death Metal

death by sexy.jpgNi panade californienne calibrée pour les auditeurs édentés des radios du tout-venant, ni culte finlandais mâtiné de rivalités intestines et de guitares lourdingues, non, la musique des Eagles of Death Metal, ce n'est ni du Eagles, ni du Death Metal... C'est, par contre, un cas d'école intéressant qui nous rappelle combien Henri-Désiré pouvait avoir autant de charme que de stock de charbon, combien Giacomo Girolamo avait de la sensualité et de la syphilis... Car Eagles of Death Metal est avant tout l'éjaculat d'un seul homme, Jesse "Boots Electric" Hughes (parfois Jesse "The Devil" Hughes), pas mal schizophrène dans son genre... Jesse Hughes est un homme que nous ne fréquenterions que sous la menace d'un grand black bas du front qui tiendrait un taser chargé dans une main et une batte de base-ball enroulée de fil barbelé dans l'autre... Hughes l'affirme lui-même à tire-larigot... alors, je me tape mes lunettes demi-lunes de petit professeur mesquin sur le bout du nez et je m'en vais vous expliquer que le larigot était une flûte, l'instrument de musique oui, pas le pain allongé, même si en l'occurrence, la métonymie de l'aspect pour l'objet est également en cause ici; une flûte, donc, dont la forme oblongue a pu, à une époque, rappeler celle des bouteilles de vin; quant à tirer, le terme subsiste dans le vocabulaire oenologique, lorsqu'on extrait le breuvage de son tonneau; par extension, toute action répétée à outrance devient à tire-larigot, en analogie aux bacchanales qui ont forcé la chrétienté naissante à superposer sur le sympathique dieu cornu païen l'image du satan violeur d'âmes... ce qui nous ramène à ce "Devil" Hughes qui n'a jamais tenu ses options politiques secrètes: "Je suis un Conservateur, mec. Bon sang, j'ai toujours voulu être un politicien Républicain"... Il se laisse d'ailleurs dire que Hughes a, plus qu'à son tour, participé à la rédaction de discours et de documents de l'Administration Bush junior... Depuis 2012, Jesse Hughes est également ordonné prêtre de la Universal Life Church, l'une des grandes organisations new age californiennes... A côté de ça, "Boots Electric" est donc le leader, guitariste, chanteur, onomatopeur (le refrain de "Don't speak", même si ce n'est pas le cas, sonne comme "Ah bang a bang hey oww") de ces Eagles of Death Metal aussi hautement jouissifs que le titre du disque le laisse entendre... "Nous vous livrons à la mort par le sexy" annonce le livret de cette plaque sortie en 2006... Derrière sa grosse moustache orange et ses fines lunettes de nerd, on imagine aisément ce "Boots" tout gamin, sauvé des petites brutes de ce quartier tranquille de Palm Desert (bourgade so-cal dont la devise à double sens est déjà tout un programme: "ressentez la chaleur") par "Baby Duck", celui-là même appelé à devenir son meilleur ami et, un gros vingt ans plus tard, son partenaire de jeu au sein de ces Eagles of Death Metal... Un caneton qui cache Josh Homme, homme-orchestre infatigable, grand animateur de cette scène musicale attachée à son désert de palmiers, chanteur, guitariste, producteur, gueule cassée, voix d'ange, moral élastique, célébré par le commerce et la critique à travers le groupe fondateur Kyuss et l'iceberg visible du stoner rock, les Queens of the Stone Age... Forcément omniprésent sur ce "Death by Sexy", on sent que Homme y apporte un contrepoids à la libido autodestructrice de Hughes (on saura plus tard que Josh a conduit, lors des sessions de ce disque, Jesse en cure, a payé pour toute la réhab, bref, a sauvé la vie de son poteau)... Objet finalement sans âge (ou alors un dix-sept ans particulièrement turbulent), "Death By Sexy" et les Eagles of Death Metal de manière générale, giclent un rock'n'roll qui n'hésite jamais à rappeler son étymologie (vraiment, faut vous le redire que dans l'argot renoi des 50's, "berce et roule" était un euphémisme pour la chose, cette dégueulasserie pleine de fluides corporels qu'on donne à bouffer à la bête à deux dos, le esse-euh-ixe-euh, voilà de quoi il s'agit)... Globalement teintée de distortion qui emprunte sans vergogne aux pionniers du rock sale (Motor City Five ou Stooges viennent à l'esprit), l'ambiance a aussi quelque chose de glam avec le mélange des deux voix, l'organe de Hughes à la fois viril et suraigü rehaussé par ce filet angélique qui triture les cordes vocales de Homme, on entendrait presque un T.Rex à ses débuts (et quoiqu'il advienne, on reste donc coincé dans cet incontournable 1969)... Pas avares, en tout cas, de réminiscences et de citations musicales, les EDM y vont sans scrupules aucuns, résumant ici en un riff ("I like to move in the night") toute la tétralogie new-yorkaise des Rolling Stones (la pochette du disque, déjà, évoque Sticky Fingers), crapahutant par-là ("Chase the devil") dans le même psychogarage qui colle aux basques d'un Jon Spencer, s'offrant carrément un exercice de style autoparodique avec ce "Eagles Goth" qui désosse sans ménagement les charognes vermoulues des Sisters of Mercy... 39 minutes, rallongées pour son édition européenne par un morceau bonus annoncé, sur la plaque, par un joyeux métacommunicatif "And now, a bonus track for Europe", pour 13 morceaux, on navigue donc dans des formats de chanson qui puisent aux racines du genre, ne dépassant qu'une fois les quatre minutes, flirtant rarement au-delà des trois minutes un quart... Pour renforcer ce feeling old-school (après tout, Boots Electric annonce dans le livret tout son idolâtrie de Richard Wayne Penniman), l'album s'ouvre, bang bang bang, sur ses trois singles, tous intenables et sautillants dans leur genre, "I want you so hard (boy's bad news)", "I gotta feeling (just nineteen)" et "Cherry cola" qui permettent aussi de dévoiler la longue liste de copains invités à ce masturbathon d'après beuverie; on y entend tout plein de rockeurs bien poilus, souvent rompus à l'ambiance de ces Desert Sessions chères à Josh Homme : Joey Castillo, Troy Van Leeuwen, Liam Lynch, Mark Lanegan et un Jack Black qui, pour sa part, n'est pas le dernier à souffler le chaud et le froid, à susciter tout à la fois sympathie et méfiance, entre rapace majestueux et fer fatal.

En cadeau, le premier single, en live pour Letterman mais sur le trottoir, boum papam.


Écrit par Pierre et petit pain dans Glam blam blam, Krang Kerrang | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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