16/09/2013

346. "JONATHAN LIVINGTON SEAGULL OST" Neil Diamond

jonathan neil livingston diamond seagull.jpgCe blog ne doit nullement me servir à régler des comptes vieux de vingt ans ni a évacuer de pseudo-rancoeurs toutes fripées... Mais le fait est que l'adolescence est toujours plus matière au blâme qu'à la récompense, un temps trouble dont j'ai eu grand plaisir à franchir les zones de brouillard... Surtout un bia gamin comme moi, beaucoup trop malin pour son bien, passons... Cette professeure de français s'était vraisemblablement donnée comme mission, en marge de son sacerdoce pédagogique, de nettoyer tant qu'elle le pouvait la propagande gauchiste (le vrai mot est encore plus sale, il commence par un C majuscule, en Hongrie, en Moldavie, au Belarus, aujourd'hui, on peut vous jeter en prison si vous revendiquez ces trois syllabes un peu trop fort) dont mes parents avaient eu le bon goût de m'abreuver... En un mot comme en cent, tout le monde dans la classe avait pu choisir le roman qu'il voulait lire dans la liste imposée... Tout le monde sauf... "Sebastien, toi, je voudrais que tu lises La Ferme des Animaux, je pense que ça te fera réflechir" (bon, on est en 1990, là, alors ne demandez pas du discours direct mot pour mot à l'exactitude de ce qui a réellement été dit, je veux surtout conserver l'esprit du propos, merci à vous)... De un, j'avais vu le dessin animé quand j'étais petit donc c'était tintin pour le plaisir de découvrir un récit dont j'ignorais tout et de deux, je n'étais pas dupe de son petit jeu et j'allais lui en donner pour son argent... Fiche de lecture rédigée, dans ces grandes lignes-là: "Evidemment, on peut estimer que George Orwell, dans le contexte de l'époque, a voulu caricaturer le Komintern et le Soviet Suprême à travers Napoléon et ses amis cochons. Mais le recours à l'allégorie et l'utilisation d'animaux pour porter le récit évoque tout autant les fables antiques d'Esope que celles plus récentes de Jean de La Fontaine. Celles-ci avaient des portées universelles, traitant de la nature humaine, au-delà de la simple critique politique. Il ne fait donc aucun doute que George Orwell, comme dans 1984, dénonce ici toutes les tyrannies et dictatures, et certainement beaucoup plus celles qui taisent leur nom, plutôt que de s'attaquer au seul système stalinien"... Tiens, dans ta face... Cela dit, pour le même prix, dans cette apparente volonté de me nettoyer le cerveau, la madame aurait pu me forcer à lire la pénible bouillie métaphysique de Richard Bach... Car si on peut reconnaître de jolis effets de plume dans cette fable animalière panthéiste, force est de constater que l'auteur n'était pas éthologue... Moi, qui suis anglais, je vous le rappelle, je peux l'affirmer sans mal: les goélands n'ont pas de pulsion philosophique qui les amène à s'interroger sur Dieu, le soleil et le rôle d'un volatile gris-blanc dans toute cette machinerie démiurgique... Oh non, les goélands, ça crie fort, ça vole des frites dans les raviers en terrasse, ça marche sur les toits des bagnoles et ça fait caca partout, principalement là où ça embêtera le plus les humains et si possible le plus près des visages... Mais ça ne perd pas son temps à rêvasser en plein vol, à fomenter des pamphlets new age passablemment opiacés, à s'imaginer transcendé en piquant du bec vers le pied de la falaise... Mais à récit discutable, un film encore plus... Et à ce film bancal, régulièrement conspué par les nouvelles générations mises en ligne de critiques autoproclamés, une bande-son qui ne l'est pas moins... Faites entrer le coupable, son dossier est lourd, son passif inévitable, il sera condamné sans jury... Neil Diamond est l'un des pires mégalomanes de toute l'histoire de cet art mineur de la chanson... Et Neil Diamond est aussi l'un des plus horribles cas que quiconque aura jamais à traiter car monsieur possède, en abondance, le talent de ses ambitions... Et l'original soundtrack de Jonathan Livingston Seagull résume bien toute la carrière de celui qui reste l'un des plus gros vendeurs de tous les temps, avec plus de 125 millions de disques écoulés: ce disque est boursouflé, grandiloquent, s'écroulant sous sa propre amplitude et pourtant, fiente, ce disque est beau... Bien sûr, il faudra continuer, ad libitum, à s'interroger sur la véritable nature de cette oeuvre totalement hybride: Diamond a-t-il voulu se lancer à l'assaut d'une symphonie pour retomber dans ses habitudes d'auteur-compositeur de ritournelles ou, au contraire, est-il parvenu à fusionner, dans une espèce de méta-cycle narratif, les quatre, cinq chansons qu'il avait écrites, librement inspiré par le discours post-hippie de ce goéland neurasthénique ?... Car le livret de la plaque est sans équivoque, il n'affiche des paroles que pour cinq morceaux, paroles souvent parcellaires et sybillines (on en parle juste après) tandis que le disque annonce douze plages d'écoute... Les mélodies et leur propos encore plus crassement chrétien ("and the one God will make for your way", "Glory looking day, glory day", "Dear father, we dream while we may") que dans le matériau d'origine, cette nouvelle qu'il vaut mieux lire avant l'âge adulte, se répercutent de loin en loin, Neil et son choeur d'une trentaine de gamins y allant crescendo jusqu'à cet hymne ("Anthem") qui, comme un oiseau maritime qui vient de se bourrer le bec de carcasses de poisson piqués dans les chaluts pendouillants, déverse, sur fond de clavecin, ses "Sanctus Kyrie Gloria" en veux-tu, tu n'en veux pas, en voilà quand même pour toi... Musicalement, c'est dès lors évident, les thèmes et partitions se répondent et s'évoquent, à travers ces envolées de cordes, de piano, de guitare classique, de timbales; on a convoqué plus de 110 musiciens à cette somptueuse foire qui, en 1973, prouvait, par l'absurde, que la révolution était loupée, la libération des moeurs atteinte mais le changement de société pas pour ce pape-ci, ni l'intérimaire qui allait suivre, ni le dramaturge d'après, ni le HJ subséquent, encore moins notre actuel guide qui, on s'échappe du disque du jour mais ça mérite d'être souligné, vient d'en décider une belle en matière de libération de la parole et de la pensée: tout en inscrivant dans l'arsenal punitif du Vatican (23 ans après la ratification de la Convention ONU des Droits de l'Enfant par le Saint-Siège, ah la la, les méchants délais administratifs) des sanctions revues à la hausse pour la pédocriminalité, nostra papa a trouvé bon d'inventer également une nouvelle mesure: deux ans de prison minimum pour quiconque livre au monde extérieur la moindre information interne au Vatican... En ce incluse, donc, toute dénonciation de comportements délictueux constatés au sein de ces 440 mètres carrés de vieilles pierres; belle progression du schmilblick, je suis épaté... Face à pareil double langage, on ne peut que définitivement se réjouir de l'éclatante arrogance d'un Neil Diamond au sommet de sa forme, et se consoler que le zoziau, in fine, s'écrabouille dans les galets et la craie... Les falaises sont en craie contrairement aux craies d'école; belle preuve de plus de la malhonnêteté intellectuelle de certains professeurs qui auront omis de mentionner à leur élèves qu'ils manipulaient du gypse.

Écrit par Pierre et petit pain dans TAS (talented american songwriters) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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