16/10/2013

350. "A PRENDRE" Miossec

miossecaprendre.jpgUne escapade, par définition, ça ne dure guère... Et pourtant, même pas quarante-huit heures dans le noir du stout, le vert du trèfle, le brun du malt tourbé, le bleu de la Liffey, le gris de la vieille pierre, le multicolore des enluminures de Kells auront semblé s'étirer à l'envi... Le constat ne faisait aucun doute mais cette fois, nous pouvons l'affirmer haut et fort, avec des sourires benêts et les pouces dressés: "Dublin en amoureux, c'est topissime !!"... Pendant ce temps-là, il y a quinze ans d'ici, dans un autre coin du monde celte, un Breton encidré trouvait que c'était mieux de se séparer que de s'aimer... "Voilà, c'est fini", qu'y disait Jean-Loulou; mais trois mots, c'est trop court... Et en 1998, Miossec va prendre tout un disque pour raconter, observer, étudier, disséquer cet indéfinissable moment, à la longueur variable, à l'intensité flageollante, cet instant, aussi furtif puisse-t-il être, durant lesquels les couples comprennent que la fin de la voie est là, au bout des rails... Que le choix se résume à continuer jusqu'à verser ensemble par-delà le précipice, freiner des quatre fers pour éviter la chute et risquer malgré tout l'embardée fatale ou, insensée version sentimentale du jeu du prisonnier, essayer d'être le premier à sauter en marche, au risque de s'arracher les chairs de l'épaule sur le ballast... Je n'ai jamais accusé Miossec, l'artiste presque chanteur derrière lequel se cache Christophe l'auteur-compositeur, de respirer la joie de vivre... Mais force est de constater que sur cette troisième (et dernière, on en reparle plus loin) plaque de Miossec, les sourires sont particulièrement renversés, comme les tasses de café, la vaisselle est brisée comme les petits coeurs à réparer, ça sent donc l'essence et le chien mouillé... Avec cette monomanie qui lui colle à la plume de dérouler ses soliloques au mètre comme du tissu bon marché avec des rimes croisées ultrarépétitives, au risque de devoir parfois louvoyer dangereusement ou, carrément, de se répéter, Miossec étale une espèce d'impudeur dont on se doute qu'elle est feinte... Le narrateur dans ce disque quitte sans cesse sa bien-aimée (c'est vite dit), sa partenaire sexuelle (ça reste à prouver), l'objet de son désir (au genre malicieusement indéterminé sur "Le Voisin"); en vrai, on a toujours douté que le Christophe soit capable de mener une vie de famille dans la réalité concrète mais qui sait... S'inquiéter de tout ça, c'est de toute manière people et c'est malsain... Malsaine aussi la manière dont ce disque a mis fin, sans ménagement, à la collaboration entre Christophe Miossec auteur de paroles et Guillaume Jouan, compositeur de la plupart des mélodies... Déjà, on l'avait vu à l'époque, le bassiste s'était tiré entre les premier et deuxième albums; qu'ici, le guitariste prenne aussi le large laissait Miossec sur le quai, au propre comme au figuré, son alter-ego chanté autant que lui-même... Par après, chacun a droit à ses options esthétiques et c'est sociologiquement bienvenu de laisser les gens exprimer leur mauvais goût mais le fait est, objectif et indéniable, que tout ce que Miomio va écrire, composer, enregistrer, chanter après ce disque-ci n'aura plus le même éclat, plus le même fil de rasoir... Le houblon alambiqué, le raisin fermenté, l'orge distillé, peut-être aussi, n'arrangeront rien à l'affaire mais ne débordons pas trop vite du support auquel cas on se retrouverait obligé à citer du Patrick Schulmann, à moins que ce ne soit déjà fait... A posteriori, ces défections en cascade permettent une relecture sémiologique intéressante de ce triptyque d'albums... Sur "Boire" (chronique 209, en 2007, déjà une autre époque, on utilisait des gsm Nokia), avec une guitare et une basse, le trio évoquait la prise de conscience du désir; sur "Baiser" (pas 'core sur ce blog, non, en effet, merci de le signaler), l'adjonction d'une batterie et d'un violon permettait le développement, aussi dans les paroles, d'une certaine forme d'assouvissement (assurément contrarié mais tout de même); ici, en ajoutant de l'électricité dans leur musique, les compères de fin de parcours dressent donc l'ignoble constat: l'amour est éphémère, si pas illusoire, et le retour à soi-même est impossible... Les partitions puisent dans le grand chaudron qui a nourri un certain rock indépendant américain mélodique de la fin des années 80 autant que les formations rattachées à leur corps défendant à l'invention médiatique de la Britpop... Les paroles, à force de se répéter, ressassent la misère des alchimies flétries, des chairs répulsives, la disette sentimentale dans une succession de saynètes presqu'instantanées, figées en tout cas dans une pose réflexive que le Nouveau Roman n'aurait pas nécessairement reniée... De l'amant qui s'enfuit en silence dans "Le chien mouillé" à un énième dépité qui, "Au haut du mât" dix chansons plus loin, constate, sur un surprenant fond musical aux relents électros: "Comment ça commence, comment ça se finit, comment ça se fait qu'on était ensemble", on découvre celui qui déménage ("C'est aujourd'hui que l'on se délaisse, c'est aujourd'hui que l'on se chasse, pour une nouvelle adresse, pour une nouvelle impasse"), on croise un pathétique peine-à-jouir à "L'auberge des culs tournés", on voit ce couple délité chercher du répit dans ces bières qui s'ouvrent manuellement, et on sent d'instinct que tout ça c'est du flan... Bien obligé car sinon, franchement, Miossec serait, dans la vraie vie, totalement infréquentable... Cela dit, il traîne (à ce qu'il paraît, j'en sais rien, c'est people et c'est malsain) avec Cali qui, dans son genre, a tout autant l'air lourdé par sa propre vie; Miossec, aussi, écrit pour Johnny "va encore dire que je meurs et blam nouveau procès dans ta face" Hallyday... Alors, peut-être pour donner le change, on a droit à deux déviations en fin d'album: un couple qui s'en sort malgré tout ("La maison") et se bat côte à côte au quotidien, à travers la métaphore filée un rien maladroite de "le couple, c'est une maison en chantier" et un portrait presque dispensable, chargé de clichés en tout cas, de ces assistants parlementaires dont le destin serait de sucer de l'os en attendant leur tour de s'asseoir au plantureux banquet... In fine, Am Ende, eventually, après tout ça, on ne peut plus affirmer grand'chose à part que, déjà, il y a quinze ans, l'inspiration du sieur Miossec commençait à fleurer mal l'huître rance et l'auto-parodie... On en ressort, à l'aune des Génération Goldman et des comédies musicales à la moulinette, avec cet horrible constat que l'on voudrait que des disques un rien bancals comme "A prendre" redeviennent la norme et non pas une brillante exception dans ce gazpacho glacé et gluant où l'on ne voit plus surnager que des Emmanuel Moire, des Florent Mothe, des Brice Conrad (quelle plaie, sérieux), des Mickaël Miro, jouant des coudes entre les bouts de poivron et de concombre, poussant vers le fond du saladier, des Grégoire et des Maé déjà dépassés par cette nouvelle génération qui n'a absolument plus rien à dire... Admettons que l'écriture de Christophe Miossec soit maladroite et cède trop vite à une certaine automatisation du moindre effort... Mais un refrain tel que celui d'"A table", à savoir "Elle trouve ça drôle alors elle rit / Je ris aussi mais moi, c'est les nerfs", ça a du sens, du contenu et de l'euphonie... Enfin, et ce n'est pas la moindre qualité de ces trois premiers albums de Miossec, le pathos qu'ils véhiculent est indubitablement cathartique (des fois, je m'arrête de taper des mots les uns derrière les autres, je relis ce que je viens d'écrire et je suis forcé de me dire que ce blog n'a que les lecteurs qu'il mérite, pas étonnant de plafonner à 50 visiteurs uniques par jour avec des phrases de cet acabit; allez, pour nos plaisirs de petits intellos, on se la refait: "Le pathos qu'ils véhiculent est indubitablement cathartique", ouais, on s'applaudit bien fort)... Et si un jour, qui n'arrivera jamais mais c'est un simple exercice de simulation pour conclure cet argumentaire, je devais me retrouver séparé de l'amour de ma vie, je pourrais gérer la plongée dans la dépression grâce aux paliers de décompression de ce disque... C'est infâme mais nous sommes des animaux grégaires et ne mesurons notre absence de malheur qu'en la comparant avec la misère et la tristesse des autres... Ou alors, vivez seuls dans une caverne moite au sommet d'une montagne (va d'abord trouver une montagne en Belgique, je vais te dire) mais vous risquez de ne pas pouvoir écouter des masses de disques; alors, où est l'intérêt ?

Écrit par Pierre et petit pain dans ACI d'Hexagone, Pankeltia | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

Commentaires

Je vous félicite pour votre article. c'est un vrai état d'écriture. Continuez

serrurier paris paris& serrurier paris paris; S. Le serrurier paris paris dépannage ou coincée à un cambriolage Serrurier à Vincennes. Serrurier paris dans Serrurerie sont formés dans l?entrée

91, serrurier, serrures Deals serrurier paris paris âges Traite Traite du mois. Deals Serrurier Paris 15. Serrurier ou professionnalisons tous vos besoin utilisante. Notre équipe serrurier , Paris 5, serrure cas de France. Pied de serrurier paris paris, dépannage en Île de serrurier paris paris ou la serrurier paris paris claquée, la Première serrurier confie tout de comme ( serrure.

Écrit par : serrurier paris 10 | 28/07/2014

Les commentaires sont fermés.