21/10/2013

351. "HER GREATEST HITS (Songs of long ago)" Carole King

Cette chronique doit nécessairement débuter par deux précautions importantes: premièrement, ce texte, rédigé il y a plusieurs semaines, n'entend nullement offrir de commentaires sur le récent accident d'avion de Gelbressée. Si les propos aéronautiques tenus dans les lignes qui suivent devaient blesser ou choquer certains lecteurs, qu'ils sachent que ce n'est nullement l'intention du rédacteur de ce blog mais simplement une vilaine coïncidence, dûe au délai entre l'écriture et la publication des chroniques d'"A chaque jour suffit son CD". Deuxièmement, ledit rédacteur de ce blog (c'est moi) vient d'entamer un nécessaire travail d'introspection et de consultation psychologique. Les tenants et aboutissants de l'affaire importent peu sur ce blog. Sans être trop impudique, j'ai un côté sombre dont j'ai pris conscience, qui m'a coûté le bonheur de ma cellule familiale et que j'ai grand besoin de pouvoir nommer, circonscrire et éliminer. La mise en ligne des futures chroniques de ce blog risque donc d'être chahutée dans les semaines (ou mois, on verra) qui viennent. Merci de votre fidélité, place à la musique. 

carole king greatest hits.jpgC'est l'histoire d'une reine dont le patronyme était roi (en vérité, son vrai nom c'est Klein mais n'ergotons pas, quand on est une vedette, seul le pseudonyme compte) et que nous allons plutôt appeler Carole... Des gens ont même réalisé le montage financier nécessaire à la production d'un film, "Grace of my heart", qui sans être totalement un biopic fidèle s'inspire de sa vie et romance sa carrière dans les grandes lignes... Je n'ai pas vu ce film et il y a deux bonnes raisons à cela: premièrement, je n'aime pas les biopics; deuxièmement, mon premièrement se suffit à lui-même... Mais survolons donc, plutôt en Beechcraft Bonanza qu'en Antonov 225 Mriya (pourquoi ? parce que c'est déjà la rentrée des classes bien entamée, vous avez cinq minutes pour me trouver trois arguments pertinents liés à la nature des aérodynes cités dans cette phrase; deux de ces arguments auront un rapport direct avec le sujet de cette chronique), le parcours exemplaire de madame King... Que je déciderais de commencer par des chiffres que vous diriez "d'accord, commençons par des chiffres" que je répondrais "merci, mes chéris, vous êtes bien conciliants aujourd'hui"... Or donc, finalement peu reconnue dans le grand public, vaguement programmée sur les stations de radio, toujours les mêmes, qui se nourrissent de nostalgie classique, Carole est une recordwoman hors-paire (si je place ici une remarque idiote sur son tour de poitrine, je risque d'avoir un troupeau de Femen devant ma porte en rentrant ce soir, alors je m'abstiendrai) de la chanson populaire américaine et, forcément, mondiale... En tant que compositrice (travaillant alors en couple, aussi à la ville, avec le parolier Gerry Goffin), Carole engrange son premier numéro 1 dans les charts en 1960, alors qu'elle est à peine âgée de 18 ans, avec "Will you love me tomorrow" interprété par les Shirelles... Aujourd'hui entrée dans la septantaine (preuve de plus que les Français ont tort de s'obstiner dans leurs multiples de vingt hérités des Gaulois, que je sache on ne dit pas "entrée dans la soixante-dixaine"), elle est l'artiste à avoir classé le plus de chansons dans le Billboard Hot 100 (top 100 américain des singles) avec 118 morceaux écrits ou coécrits par elle... On reprend son souffle, on tire les coudes vers l'arrière, on étend le cou et on hurle: "118 morceaux classés dans le top 100"... Vraisemblablement, elle détient le même record, mais les chiffres ne sont pas disponibles, pour le classement britannique... Au-delà, et l'on entre alors dans sa carrière solo, avec son physique à elle et sa voix, tous deux mis en avant, son deuxième album, "Tapestry", sorti en 1971, restera dans les charts US pendant plus de six ans et occupera le sommet des ventes pendant 15 semaines; un record qui ne flanchera que plus de vingt plus tard, détrôné par la bande-son du "The Bodyguard" (je dis ça comme je dirais rien mais Carole n'est pas morte émiacée, plus capable de chanter, d'une overdose sur le sol de sa salle de bains; Carole n'est pas morte du tout)... Autant dire que lorsqu'elle sort enfin ses premiers greatest hits en 1978, Madame King a du matériel à faire valoir; les douze morceaux de ce disque puisent donc dans ses albums solos, tous sortis dans le courant de cette décennie 70's... Loin des étiquettes et des petites boîtes où ranger les artistes populaires, Carole King avait alors développé un corpus cohérent, elle, la petite judéo-new yorkaise qui chanterait presque comme une diva noire, à la voix certes plus fragile qu'une Aretha, par exemple... Pianiste de haut niveau, Carole peut parfois surprendre l'auditeur actuel par l'absence totale de cordes grattées dans ses compositions... Mais la cohérence de l'ensemble, avec la récurrence assumée d'un saxophone, offre ces ambiances jamais désagréables de boîte à musique en fin de soirée, quand le café et le whisky se téléscopent... Il faut l'admettre, à certains moments (sur "Only love is real" ou "Sweet seasons", par exemple) on titube sur la corde raide entre la délicatesse d'un jazz smooth du meilleur tonneau et la charge mélodique d'une publicité Campari revisitée par l'orchestre du Pacific Princess... Mais Carole mérite à tout jamais d'engranger le bénéfice du doute, ne serait-ce que par son CV à rallonge, qu'elle garde enroulé, et qui traîne de plusieurs mètres à ses pieds lorsqu'elle le déploie, à la manière d'un contrat d'Otis B. Driftwood qui, cigare au bec, passe en revue toutes les clauses habituelles de ce type de documents (tant qu'on est à évoquer des Juifs du showbiz de la Grosse Pomme)... Succès le plus probant de cette envolée solo, "I feel the earth move" garde intacte, quarante ans plus tard, sa capacité à remuer le pied, à claquer du doigt, avec son irrésistible intro pianotée "papapam papapam papapapa popam" (je sais, je fais super bien les onomatopées de piano, et avec zéro année de solfège, s'il vous plaît)... "It's too late", beaucoup plus mélancolique, heureusement pas néphrétique, déjà qu'ça nous a enterré des moustachus au pieds des arbres heptagonaux (faut vraiment que j'arrête de laisser mon subconscient me dicter mes mots sur ce blog; cela dit, tout ça a aussi du sens mais ça n'arrangera rien à ma mauvaise réputation), est aussi l'un des gros tubes de Carole (qui a dit un gros tube, un petit tube, c'est l'heure de l'apéritube ? ça va se payer, ce genre d'interférence pendant le cours, faisez gaffe à vos moyennes, c'est pas parce qu'on est pas encore à la Toussaint que je peux pas skèter dins l'lard, si je veux)... J'aurai un seul très gros reproche (un gros reproche, un ptit reproche, c'est l'heure de l'apéreproche; punaise, vous devenez ridicules, on croirait que mon blog est pris en otage dans la caboche de Wade Wilson; et hop, une référence geek de plus au passage), le transfert sur CD, sur le label pourtant respectable CBS/Epic, de ce disque est un travail de total sagouin... En vérité, on imagine bien que c'est une machine mal réglée qui s'est occupée de la digitalisation de ces sons car le résultat est sous-mixé, complétement plat et étouffé, on croirait presque écouter du Mono sur un magnétophone aux piles fatiguées, au fond d'une cave remplie de jeunes filles asiatiques qui cousent des t-shirts le matin et roulent des nems le soir... C'est pas compliqué, quand j'ai tapé ce compact dans l'auto-radio, sur la route en prévision de cette chronique, j'ai dû pousser le volume sur 32 et j'avais encore l'impression que Carole et son piano jouait sur le tableau de bord, devant moi, en s'époumonant pour se faire repérer après être passés dans le rayon de la machine de Wayne Szalinski (j'ai perdu le fil mais c'est assurémment la nénième référence geek totalement dispensable de cette chronique, je ne m'améliore pas)... Si un être humain est responsable de cette masterisation dégueulasse, j'espère grandement, tout pacifiste que moi être, qu'on l'a donné à bouffer aux wendigos dans la forêt de la colline qui surplombe Haven, Maine... Bref, un bon album de plus grands succès, un CD au traitement infâme, une immense artiste qui mérite encore plus de reconnaissance que ce qu'elle n'a déjà, une chronique de plus en moins à écrire.

Alors, pour ceux d'entre vous qui se seraient pliés à l'exercice proposé en début de cette nouvelle divagation, voici quelques pistes de réflexion possibles. Tout d'abord, il est évident que le Beechcraft Bonanza est des milliers de fois plus léger que l'Antonov 225 qui est, tout simplement, le plus lourd avion de la création; Carole King, on ne l'a pas dit mais vous le saviez peut-être, étant une militante environnementale très active, nul doute que de deux maux, elle préférera les hélices du Bonanza plutôt que les six turbines du Mriya; cela dit, on parle de musique et il est impossible de passer sous silence que c'est dans un Bonanza que Buddy Holly, Richie Valens et The Big Bopper ont trouvé la mort le 3 février 1959; enfin, les plus astucieux d'entre vous auraient pu souligner que cette chronique parle de Greatest Hits: Antonov, avec 22000 avions en service, est la marque la plus répandue sur la planète tandis que le Beechcraft Bonanza n'est pas loin d'être l'avion personnel le plus vendu de l'Histoire, avec 17000 exemplaires écoulés depuis 1947. Voilà, vous repartez moins bêtes. 

Écrit par Pierre et petit pain dans TAS (talented american songwriters) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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