26/11/2013

355. "PULL MARINE" Isabelle Adjani

Attention à vous, les amis, l'état grippal rôde en cette fin d'automne et il n'est pas de trop trop bonne humeur...

pullmarine.jpgJ'aime beaucoup Alain Souchon en tant que chanteur (vous l'avez compris si vous parcourez ce blog depuis assez longtemps), je ne l'ai par contre pas beaucoup vu faire l'acteur, je ne jugerai donc pas... Je sais qu'on cite sans cesse ce juillet-août assassin mais j'étais trop petit pour regarder ce film, pour ce que j'en sais, elle se fait violer puis elle se venge, ou elle est une enfant du viol et elle venge l'esprit de sa mère, peu importe, il vaut de toute façon mieux mériter de porter le ruban blanc que de regarder des films, d'autant que le long dimanche de fiancailles ne m'a pas spécialement donné envie d'explorer plus loin l'imaginaire de Japrisot, de toute façon... Je considère également qu'Isabelle a trop rapidement développé cet insupportable défaut lié au vedettariat, à savoir estimer sa propre valeur humaine à l'aune de la vision qu'on a de son talent à travers les critères subjectifs de la critique tierce ou, pire, des critères objectifs mais inhumains du succès commercial... Que cela fait d'elle, en toute abstraction de ses qualités de comédienne, une actrice à prendre avec des pincettes et je ne me risquerai donc pas à juger de son talent, réel ou fantasmé... Il y a un point sur lequel, tout de même, chacun peut émettre un jugement, et chacun se doit d'émettre le même, qu'il soit fan ou pas d'Isabelle... Adjani est une mauvaise chanteuse, Adjani n'est même pas une chanteuse... Et pourtant, en 1983, elle est parvenue à enregistrer, sortir et vendre un disque, dont on va forcément se réjouir qu'il soit resté son unique expérience musicale... Si on ne peut pas lui reprocher ses origines familiales délicieusement métissées, au sortir de l'Europe en guerre, avec un papa kabyle et une maman bavaroise, on peut franchement dresser l'index et réprimander Isabelle pour son ambivalence face à sa popularité, comme si elle avait cru qu'elle pourrait avoir l'argent du beurre et l'eau du bain, tantôt se laissant aduler et minaudant dans les médias, tantôt se drapant dans sa vie privée, allant jusqu'à conspuer les artistes qui l'ont menée au sommet (nonobstant l'évident désordre mental d'un Zulawski)... Mais si Romy Schneider, qui était bien plus bavaroise que kabyle, continue à aimer son assassin de petit ami au bord de la piscine, Isabelle Adjani, elle, s'y laisse couler, on le sait, le chlore n'attaque pas le bleu de ses yeux... Et force est de constater que la plage titulaire, qui clôt les onze chansons de cet album, reste le plus joli exercice de cette aventure artistique dont j'attends toujours un argument irréfutable pour en justifier l'existence... D'après ce rapide hawaaïen, et ce n'est pas une anecdote pire qu'une autre, Jane Birkin (qui, cela dit en passant, joue aussi dans la Piscine de Deray mais ne chante pas nécessairement très bien non plus, elle y met juste de l'âme et du coeur, à l'inverse de notre reine margot, qui ne joue pas, elle, dans le Deray, ça devient compliqué à suivre, mais ne nous devançons pas, c'est pas facile, facile de labourer à reculons) était de passage chez ledit Serge, à la demande de ce dernier, pour offrir une oreille critique sur les dernières compositions de celui-ci; Jane va tellement apprécier la mélodie mélancolique de cette chanson qu'elle va tenter de se la faire attribuer; Gainsbourg aurait répondu "ah non, celle-là, elle est pour Adjani"... Après ça, et sorti de ces quatre minutes à ne pas savoir ce qui s'passait dans le fond, il faut fouiller profond pour trouver de la vraie matière sur cette plaque... Autre single, succès notable, et ouverture du disque, "Ohio" frappe avant tout par ses défauts : Adjani devrait interpréter le malaise physique et la misère sentimentale (elle y arrive correctement sur "Pull Marine") et on l'entend quasiment sourire derrière le micro du studio; cela dit, on pourrait presque lui pardonner vu la portée discutable du texte, "Et dans quel état serai-je en Utah, je n'en ferais pas état, état second, j'suis dans tous mes états"-ce n'est pas exactement (litote alert !) le meilleur vers que Lucien Ginsburg ait jamais écrit... Pire, et c'est sans doute là qu'Adjani va glâner ce sourire audible, la mélodie est inquiétante : avec son crescendo flon-flon de cuivres, on croirait un générique télévisé que Gainsbourg recyclerait après se l'être fait refuser par Drucker... Puis le disque déroule ces chansons un peu pop, un peu black, avec des textes qui manquent de la brillance des grandes années de l'auteur... Les plus persifleurs noteront qu'Isabelle a mis la main à la plume sur six des onze textes, et que, du coup, ceci explique cela... Les franchement fielleux noteront également que 1983 sera l'année d'enregistrement de "Baby Alone in Babylone", album entièrement écrit par Gainsbourg, le premier après la rupture d'avec Birkin, un album nettement supérieur au Pull Marine... Flouée, dès lors l'Isabelle ? Le jury débat encore... Mais le fait est que le premier vrai beau texte n'arrive qu'à la cinquième chanson "C'est rien je m'en vais c'est tout"... Enfin vraiment inspiré, el Sergio fait chanter à la multi-césarisée des rimes embrassées du plus bel effet : "Au poker menteur d'ma vie, il te restait plus qu'un atout / A part le coeur, tu m'as touchée partout, du zéro à l'infini" et "Tu étais mon sucre candi et moi ton petit cachou / Amour et humour ça se cache où ? Je fais un sort à l'ironie"... On continue à avancer; sans être médiocre, ce disque manque d'amplitude, d'altitude, s'étouffe en route pour ces sommets dont on sait pertinement qu'ils resteront hors de portée... Puis surgit le dernier single, succès encore moins notable de l'histoire, ce "Beau oui comme Bowie" dont le premier couplet rappelle, de manière négative, toute la palette de gens que le fumeur de gitanes (ah, zut, j'avais pourtant prévu de ne pas parler de la Catherine et de l'Isabelle dans le même texte; mais maintenant que c'est trop tard, il apparaît comme une évidence que Deneuve, de Palais Royal en Potiche, gère bien mieux sa carrière actuelle que notre héroïne du jour même si j'entends d'ici ses défenseurs m'agiter du tissu plissé sous le nez en m'aboyant : "Et la journée de la jupe, alors, et la journée de la jupe ?" -Auquel cas, si j'avais envie de tirer cette parenthèse hors de toutes proportions raisonnables et que je cédais à mes pires instincts de calembours ignobles, je répondrais : "M'en fous, je préfère la Maes") a influencé: "Mâle au féminin / Légèrement fêlé / Un peu trop félin", pour moi, si on me questionne sous la torture, c'est pas du Gainsbourg, c'est du Jean-Luc Fonck... Musicalement, les théoriciens du grand oeuvre ginsburgien salivent peut-être en constatant ici l'une de ses toutes premières incursions dans ce funk urbain qui va marquer, cinq ans plus tard, la fin de sa discographie (le gimmick de ce single est franchement hip-hop et lorgne salement "The Message" du Grandmaster Flash)... Baignant toujours dans les mêmes guitares/synthés marqués par l'époque (et qu'un certain Paul Narev n'aurait nécessairement pas répudié non plus), l'écoute se poursuit, inconséquente... Les fans acharnés d'Adjani (il doit en rester) et les complétistes fous de Gainsbourg doivent avoir acheté ce disque... Moi, ne suis ni l'un ni l'autre, juste un aventurier un peu aliéné de la musique populaire, imaginez-moi mettre la main dans des trous en pierre pour déclencher des barrages de flèches empoisonnées, courant dans des boyaux souterrains poursuivi par des sphères mégalithiques, serrant dans mes petits bras une quelconque nouvelle idole dénichée dans les bacs de liquidation d'un magasin rouge, attendant d'être au calme dans mon étude pour évaluer l'intérêt rockologique de ma dernière acquisition, me donnant parfois des claques pour mon manque de jugeotte dans l'action... En un mot comme en cent (commençant quoi, d'ailleurs ? Je ne finis pas de me le demander), si vous avez une demi-heure à tuer, allez plutôt faire des longueurs à la piscine au lieu d'écouter ce disque.

Écrit par Pierre et petit pain dans ACI d'Hexagone | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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