09/12/2013

357. "BUSINESS AS USUAL" Men at Work

uncdparjourmenatwork.jpgLe koala est tout joli... C'est une petite boule de poils particulièrement trognonne, avec son regard eucalypté, ses promesses d'exotisme austral, de nonchalance toute marsupiale... C'est aussi, ce koala, (au-delà, et c'est la dernière fois que j'en parle, que c'est Leïla Aissoui qui devait gagner la saison 7 de Nouvelle Star) une preuve irréfutable de l'éclatante vérité de l'Evolution par sélection naturelle (et, en cadeau bonux, une forte présomption de plus de l'inexistence d'un quelconque démiurge) car cet animal, qui vit, depuis quelques pelletées de dizaines de milliers d'années, accroché du soir au matin aux troncs d'arbres, possède l'ouverture de sa poche vers le bas... Cela dit, si je voulais vraiment utiliser ce blog pour tenter de repousser l'obscurantisme et le dogme (et risquer l'ignoble paradoxe d'ériger mon copain Richard en idole d'un culte rationnel et scientifique; mais la question ne se pose même pas puisqu'approcher la réalité de manière scientifique présuppose la capacité à dépasser le dogme et puis, article premier des statuts de l'alma mater, Libre Examen et tout ce tintouin, y'a pas de risque de se fabriquer des veaux d'or avec des maîtres à penser de la trempe de Dawkins), je vous parlerais de l'ichneumon; car le fait est historique, Charlie-Charlot, Darwin lui-même, s'est détourné de la face du Seigneur lorsqu'il a découvert la procédure de couvée de cet hyménoptère cousin de la guêpe (qui est déjà à elle-seule une sale bestiole qui oblige à douter de la bienveillance de YHWH)... Vous n'êtes pas en train de manger en lisant ces quelques lignes ? Vous n'êtes pas sujet au syndrome de vomissements cycliques (alors, cette saison 9 de Grey's, elle a scotché sa mère ou bien ?) ? Vous avez le coeur accroché ? Car ce qui vient, c'est la vérité pure et dure de la nature, pas une astuce imaginée pour le director's cut de la saucisse (ça y est, mon esprit tape des mots à nouveau plus vite que mes doigts; cette saucisse se rapporte j'imagine à la série de films de goreporn dont forcément, le sixième épisode porte un nom de charcuterie et le septième un nom de sous-vêtement pair; Saw 6, Saw 7), pas le délire d'un Stephen King trop fier de la réussite grandissante de son fils sous pseudonyme, pas de la propagande pour nous faire croire que seuls les méchants pratiquent la torture et qu'on boit des cocktails à petites ombrelles dans la cour d'Abu Ghraib... Non, si vous ne la connaissez pas, l'histoire de l'ichneumon va vous dresser les poils mais tant pis... La bébête, sentant venu le temps de pondre la larve de son descendant, va, avec son dard, s'attaquer à une bonne grosse chenille toute charnue (vous voyez arriver le truc ?)... Pic, pic, picpicpic, madame ichneumon va systématiquement piquer la chenille sur précisément chacun de ses ganglions afin de la paralyser tout en la gardant en vie (vous sentez le crescendo horrifique ? entendez le lancinant violon tandis que l'ombre lève le bras derrière le rideau de douche ?)... Et là, paf, elle lui pond sa larve à l'intérieur... Déjà, c'est dégueu... La suite est délicieusement pire... La larve va s'épanouir au sein de la chenille, y trouvant toute sa subsistance, grignotant son hôte de l'intérieur (attention, révulsion totale en approche, même en étant conscient qu'il faut évacuer tout anthropomorphisme de ce modus operandi, ça reste supercrade; ah, le concept de super-héros tout pourri : supercrade, il élimine ses ennemis avec ses mycoses de pied et son halitose) selon une hiérarchie héritée de millions d'années de sélection naturelle, bouffant toute la viande, toutes les entrailles, sans toucher aux organes vitaux, s'assurant ainsi que sa chenille-placenta phénotypique reste bien fraîche et juteuse jusqu'au bout, jusqu'au moment de naître pour de bon, un ichneumon tout formé qui déchire le reste des chairs en s'extirpant de la chenille... Et si l'on pourrait presque imaginer le terrible single "Down Under" agir de même au sein de ce premier album des Men at Work, notre transition est plus sage, le groupe du jour étant tout simplement australien, au même titre que le koala ou l'ichneumon... D'ailleurs, cette possible transition, pour jolie qu'elle eût été (comme Remus et Romulus qui eurent têté aux mamelles lupines mais on verra ça plutôt la prochaine fois, tout en prévenant les trekkies que non, il s'agira bien des frères mythiques et pas des planètes du Quadrant Beta), aurait été (Abattue, ta tatie Tabatha t'a tâté le tutu) malhonnête et déplacée... Car bien sûr, "Down Under" est l'un des plus grands singles de la musique populaire des années 80 et on risque bien de ne jamais se lasser de l'écouter, que tout de même tout le disque tient un niveau qualitatif de taille... Déjà, la plage d'ouverture, "Who can it be now ?", avait également empoché le numéro un des ventes un peu partout sur le globe, portée par un gimmick au saxophone qui témoigne beaucoup plus de l'ambiance globale de la plaque que l'espèce de flutiau de roseau qui emprisonne les neurones sur ce "Down Under" dont il va encore falloir parler tout du long... Le second couplet de ce véritable classique se devrait d'être étudié dans tous les cours d'anglais de nos athénées royaux (désolé, possibles lecteurs de Francophonie, ce blog verse quelques secondes dans sa belgitude intrinsèque) : "I met a man in Brussels, he was 6'4 and full of muscles / I said "do you speak my language ?" and he just smiled and gave me a vegemite sandwich"... Nous n'entrerons pas dans les détails de quoi, comment, pourquoi une partie de la planète se goinfrerait de vegemite du matin au soir et qu'une autre partie est prête à tomber en syncope rien qu'en reniflant le pot de cette mixture (légumes et épices dans de la levure de brassin) mais par contre, par un soudain éclair de cohérence et d'auto-citation, je rappelerai que dans le clip de "Down Under", juste aussi remuant et irrésistible que la chanson elle-même, l'un des membres du groupe traîne derrière lui une peluche, pas n'importe laquelle, un koala tout trognon... Mais donc, et c'est ça la beauté (comme cette énorme île que nous n'avons toujours pas vue, comme la grande barrière, comme des mégalopoles bruissantes aux opéras en forme de conques, comme cette urne pleine de cendres -bloody aussies-, comme Uluru endormi au coeur de l'outback) de l'opération : je l'ai dit, je le répète, "Business As Usual" ne compte, à travers ses dix chansons (pour 38 minutes), aucun temps mort ("I can see it in your eyes", "Underground" ou "Johnny Be Good" auraient, par exemple, tout aussi bien pu être publiés en 45 tours)... De la mort, malheureusement, et au-delà de chenilles rongées de l'intérieur et de bébés koalas qui se brisent la nuque en tombant des eucalyptus comme des fruits gâtés, les "Men at Work" en ont eu une sale part l'année dernière : le membre fondateur, choriste, claviériste, flûtiste et, surtout, saxophoniste Greg Ham ne saxophonise plus rien du tout pour cause de cessation d'existence... Or, je l'ai déjà dit, c'est son bout de laiton qui imprimait l'identité du groupe autant que la voix d'entre mille (et, aussi, la gueule cassée au regard dévié) du chanteur Colin Hay... Sorti en 1981, ce premier album, on l'a déjà évoqué, va connaître un rare succès, en Australie forcément, au Canada aussi, Commonwealth oblige, mais aussi aux Amériques où le disque va notamment engranger un record pour l'époque : celui du plus de semaines classé numéro 1 (en l'occurrence 15) pour un premier album... Une fois n'est pas coutume, le consensus critique rejoindra même ce succès commercial : Men at Work recevront le Grammy du meilleur nouvel artiste (ou du nouveau meilleur artiste ?) en 1983... A l'écoute, trente ans plus tard, cette distinction reste amplement méritée, même si, mais c'est le poids de l'Histoire a posteriori et le propre de ces récompenses qui prennent des paris sur l'avenir, les gars au boulot ne dureront pas... Leurs grandes années passeront vite, le temps de trois albums, de 1981 à 1985... Le groupe se reformera au milieu des années 1990 mais vous le savez déjà, le ver était dans le fruit, la larve dans la chenille...

Écrit par Pierre et petit pain dans Far East & Down South | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

Les commentaires sont fermés.