26/12/2013

358. "CHRISTMAS" Chris Isaak

chris isaak christmas.jpgVoilà, ça y est, on a de nouveau passé ce moment-là... Et puis, on s'est mis une indigestion de raclette et de pierrade, on a encore roulé des yeux en entendant la propagande saisonnière anti-gavage, on a repris un toast de foie gras en conspuant par devers soi tous ces ayatollahs du bien-être animal (et notez que j'utilise le terme ayatollah avec un aplomb particulièrement frondeur car ces messieurs-dames du lobby moralisateur ont une nouvelle fois, plus tôt cette année, profité de l'Eid pour se fendre d'un spot radio particulièrement tendancieux dans lequel, tiens donc, la condamnation du sacrifice ovin prenait de faux-airs d'islamophobie bien crasse et primaire)... Ce n'est jamais qu'un paradoxe de plus de vouloir en même temps défendre l'idée que le démiurge a créé ce monde pour votre bombance et qu'en même temps, il faudrait se réfréner quand il s'agit de goûter au meilleur... Que je sache, le consensus scientifique ne cesse d'avancer sur les capacités de communication, d'interaction, de prise de décision, de "conscience", tant qu'à dire, des arbres et autres grands végétaux... Si d'aventure, on venait à prouver que l'élagage est vécu comme une souffrance abominable, nous serions, humains-virus, colonisateurs ultimes de ce troisième rocher en partant du soleil, réduits à manger quoi-je-vous-le-demande puisque déjà les protéines animales, on ne peut plus et les légumes, qui sait, vivraient leur récolte comme un déchirement de la chair et de l'âme... Moi vivant, pas de réveillon avec rien que de l'eau et du lichen... Mais déjà, moi vivant, pas de réveillon tout court, vous le savez... Rézouss n'est pas mouru pour mes pêchés (déjà, j'aime pas manger du poisson, je vais pas en plus m'amuser à l'embêter dans son étang peinard), il n'est pas né pour moi non plus... Retournons sur l'image d'épinard, euh, d'Epinal de cette grange au milieu de nulle part... Si, comme l'association aujourd'hui incriminée veut le faire entre les lignes, il fallait lier la consommation de viande au dogme de Rome, je pourrais comprendre que l'on épargne les ânes (bon, on n'en mange jamais que la mortadelle, quand même) et les boeufs... Mais que je sache, je ne me suis jamais fait dire que les oies avaient soufflé de leurs naseaux pour tenir au chaud l'enfant-roi, le messie ultime, le prophète des prophètes, le transubstantué de luxe, le verbe fait chair... Allez hop, le Christ, c'est pas non plus Nils Holgersson, blam, au gavage, les oies, du foie gras dans nos assiettes et que ça saute... D'ailleurs, pensons-y aussi, peut-être qu'on nous a menti depuis des millénaires, peut-être que le bébé sorti de cet utérus vierge, de cette matrice immaculée, était une petite fille... Que Jésus se serait prénommé Ludivine, qu'on pourrait croire... Car elle est née, Ludivine enfant... Et s'papa, enfin, son tuteur, disons, le mec à sa mère, quoi; messieurs-dames les grignoteurs de graines, secoueurs de salades qui empêchez le bon peuple de s'engraisser avec la souffrance des bêtes, c'était quoi le métier à s'papa, notre Ludivine ? C'était charcutier, hé ouais... Charcu quoi ? Charputier ? Hein ? Charpentier ? Hmmmm, dis-je en feignant un court instant de réflexion... Cela n'aura tout de même rien changé à nos célébrations familiales du solstice d'hiver... De la protéine animale, nous en aurons bouffé notre dose (même si au final, le jambon forêt noire sera resté dans sa barquette à atmosphère protectrice, suite à un apéritif déjà copieux, pour ne pas gaspiller)... Et parce que le paradoxe, c'est tout autant le sel de la vie que le gris de Guérande dans la motte de beurre, tout ce beau repas se sera déroulé avec une bande-son de circonstance... En l'occurrence, tous les douze lecteurs quotidiens en moyenne de ce blog (selon les dernières statistiques en date, extraites du tableau de bord intégré de Skynet, émanation de Belgacom où ce canard Bellens a bien pris le temps de se gaver lui aussi jusqu'à la nécrose hépatique sous les millions d'euros) le savent bien, et même si je soupçonne une nouvelle chute du trafic après l'aprêté biliaire de cette chronique de Christmas, j'ai un vrai gros faible pour l'exercice a priori pas si rock'n'roll du disque de Noël (c'est ce pourri d'Anglais qui ronflotte en moi qui nourrit cette fascination pour la revisite des standards du Yuletide, vous lui pardonnerez, son pudding colle un peu trop aux dents)... Même si, en cette semaine Native (rien à voir avec les soeurs Mayne, en effet, bien anticipé de votre part), le disque choisi aura été particulièrement plutôt rock, au final... L'apôtre n'a pas attendu que le Saint Esprit vienne lui étronner une petite flammèche sur le sommet du crâne (pinaise, j'ai rarement blasphémé à ce point sur ce blog, c'est la magie de Noël qui me tire vers le haut, y'a pas à dire, tous ces téléfilms plus nunuches les uns que les autres qui encombrent les après-midis de nos plus bouffies chaînes commerciales, m'inspirent à tout crin; heureusement, tout est sauvé, tout, la paix sur terre qui ne vient pas, les hommes de bonne volonté qui s'assoupissent dans le silence de leurs pantoufles, les acquis sociaux qui se bradent encore plus vite que les soldes imminents; ne me démarrez pas sur les soldes et ses hordes de shoppers aux regards vides, ce n'est pas le sujet; tout est sauvé par le sourire émerveillé de notre fils devant les cadeaux emballés apparus par magie sous le sapin) et cet apôtre, donc, qui prêche la bonne parole du rock'n'roll sans avoir besoin d'épiphanie... C'est Chris Isaak (le suspens était inutile, y'a la pochette du disque dès le début de cette chronique, des fois, je suis encore plus bête que ce que je crois déjà) et son album de Noël, au titre particulièrement adéquat de "Christmas", reste très certainement mon préféré de ma légère collection (allez, une petite vingtaine) de galettes dédiées à l'événement... En mélangeant à l'envi, pour un goûteux lait de poule, la crème du répertoire traditionnel aux oeufs des compositions de sa ponte personnelle, le tout allongé, sans crainte de la céphalée, du nécessaire rhum des guitares électriques et de la cannelle de cette voix à cheval entre le crooner et le loubard, comme si l'Elvis du Comeback Special avait fusionné avec celui du Aloha from Hawaii (vous avez vu comment notre Paulo Vanhavero a fusionné avec lui-même, mi-homme mi-femme, chez cet Antoine de Caunes vieillissant qui ne mérite plus tant de belle télévision et dont il faut soupçonner une pointe d'ulcère de mauvais aloi et de mauvaise foi à découvrir les audimats qui récompensent comme il se doit les pitreries post-modernes de la clique du Hanouna ?) à l'intérieur de ce chanteur-acteur-surfeur dont la pochette résume bien tout l'esprit de l'entreprise : la belle américaine est d'époque, l'océan répond à la carrosserie bleutée, la planche de surf sur le toit de la bagnole est un conifère vert chargé de boules rouges... Et le feu de camp sur la plage résonnera de toutes ces irrésistibles mélodies : Rudolph le renne au nez rouge, "Have yourself a merry little Christmas", "The Christmas song", "Let it snow", "White Christmas", "Mele Kalikimaka" ou "Auld Lang Syne"... Au rayon des standards, j'épinglerai encore le très remuant "Santa Claus is coming to town" par pur aparté personnel, quasiment schizophrène, en fait, parce que là, je risque fort de me parler à moi-même; oui, forcèment, c'est excluant pour ma douzaine de lecteurs habituels mais en même temps, si ceux-là reviennent toujours par ici, ils savent qu'ils peuvent s'attendre au pire et n'être jamais déçus (et à propos de pire jamais décevant, je suis obligé d'écraser une dernière larme de plus suite à la disparition des "Escales à Nanarland")... Donc, mon poulet (oui, c'est moi), tu n'as pas eu l'air niquedouille l'autre matin, à écouter ce disque à fond la caisse, entre la crêche et ton boulot, à te dire, d'un coup, après tant et tant d'écoutes de cette plaque, en étant arrivés à "Santa Claus is coming to town": "tiens, mais c'est dingue comme cette choriste a une voix qui fait tant penser à Stevie Nicks"... et comment tu te serais tapé le front du plat de la main si tu avais pour habitude de te taper le front du plat de la main en découvrant, inscrit en tout petit (il faut toujours lire ce qui est inscrit en tout petit) à la fin du livret de ce CD : "Very special thanks to Stevie Nicks on vocals & percussion"... Voilà, c'est une anecdote pas pire qu'une autre et elle me permet de boucler ce nouvel apport à ce blog de plus en plus brinquebalant sous son propre poids... Je ne peux absolument pas promettre que la "périodicité déplorable" de cet exercice m'amènera encore par ici avant 2014, donc voilà, plein de bisous à vous tous, Joyeux Noël, Bonne Année, Saint Nicolas existe, le foie gras ah miam miam.

Écrit par Pierre et petit pain dans Xmastime | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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