04/04/2014

367. "IN THE HELL OF PATCHINKO" Mano Negra

inthehellofpatchinko.jpgHormis une ridicule moustache (il n'y en a pas de plus ridicule que celle des Twin Twin, j'imagine aisément que tout le pot aux roses aura éclaté en mille morceaux au moment où ces quelques mots prendront vie en ligne sur le réseau des réseaux mais là, tout de suite, à la rédaction frénétique de ces quelques phrases, la version officielle reste qu'ils ont écrit leur rengaine plus d'un an avant que la francophonie ne commence à s'inquiéter de savoir où était passé le paternel de l'autre; mon avis, même si je n'ai aucun droit de le donner, c'est que nous ne nous préparons pas ici le second round de Jouret vs. Deprijck; je m'attends même à un règlement à l'amiable en coulisses, à savoir toute la famille Vanhaver leur tenant les bras dans le dos et Paulo tapant dans le bide des Twin Twin avec un rire tonitruant et des poings vengeurs) mais, donc, à part une éventuelle moustache, en écho aux trois poils sous le nez de Ron Mael, rien ne relie Richard Gotainer et sa chenille processionnaire au bouc vaguement guévariste d'un Manu Chao alors tout gamin... Quoique, on se convainc vite, à l'écoute de cet enfer dans le pachinko, qu'à leur grande époque, les concerts de la Mano Negra étaient des grandes fêtes qui se mangent entre amis, à l'instar des boîtes de couscous incriminées... Ici, tout de suite, je dois signaler que la conserve est bien cabossée; dans un élan autistique supplémentaire, j'ai décidé, il y a déjà un certain temps, de garder ce CD en son état de délabrement... Je l'ai beaucoup écouté, au fil du temps, il s'est peu à peu abîmé, à le traîner de PC de bureau en autoradio et aller-retour via l'un ou l'autre discman (pouah, la référence technologique de vieux con)... Les tututtes (si des francophones d'ailleurs que la Belgique passent par ici, qu'ils lisent "les petites dents", ça fonctionne aussi) en plastique noir qui sont censées tenir le disque en place à l'intérieur du boîtier ont toutes volé en l'air, comme des quenottes déchaussées par quelques crochets du droit trop impulsifs (à moins que l'on revienne se délecter de cette image certes violente mais tout autant jouissive de notre grand Bruxellois de classe internationale qui leur met leur branlée à ces trois petits Parisiens de classe à peine tout juste eurovision)... Mieux, le volet mobile du boîtier ne tient plus que par une de ses deux attaches, donc, c'est clair, il ne tient plus du tout... Bref, c'est le CD le plus déglingué de mes deux mille et tant et plus de disques et ça le restera, c'est ma décision, c'est ma prérogative (je suis obligé, suite à l'usage inopiné du mot prérogative, même si ça n'a strictement mais strictement rien à voir avec le disque du jour, de placer ici toute ma circonspection quant au bien fondé du mariage de Christina Jo Brown avec son frère adoptif; personne ne le souhaite mais si on vient nous dire dans quinze ans qu'elle est morte, comme sa mère, les yeux grand ouverts dans sa salle de bains, le flot de sang séché en-dessous des deux narines, personne ne s'en étonnera plus que ça; oui, les pauvres petites filles riches, ça existe)... En tout cas, direct, tout de suite, au premier pouet-pouet des trompettes joyeuses, dès le sautillement de la batterie et le roulement de la basse, dès la charge au galop de la guitare, on sait que le festin est là... La plage d'ouverture, un scud assez ska et totalement éponyme, est foutraque, en même temps, la Mano Negra était plutôt bordélique (c'est pour ça, mais oui, que je conserve ce disque dans un si mauvais état, voilà, bien sûr, c'est évident)... Sur disque, le choc culturel s'entend peu mais on pourrait s'imaginer bien des scènes de décalage cocasse entre ce peuple nippon réputé pour sa psychoraideur sociale, plutôt propre sur lui dans les travées du club Chitta de Kawasaki (2 novembre 1991) et le collectif débraillé, bariolé, sur scène, ces titis lumières qui ont tant rêvé d'être sud-américains qu'ils sont devenus, malgré eux et à grands coups de téquila, l'une des plus vraies légendes du rock hexagonal... C'est aussi, on le sait, la troisième assiette qui commence à coincer quand on est en mode goinfrage de couscous; les deux premières glissent toutes seules, entre cette semoule évidemment pétrie de sonorités brésilo-colombiennes ("magic dice", "indios de Barcelona", "el sur", "mala vida" pour les moments les plus probants), à la viande de guitares qui frisent le hard rock ("bring the fire", "killing rats"), aux légumes qui s'extirpent du bouillon forcément primordial de la musique keupon ("mad man's dead", "I fought the law", "darling darling") ou au poulet qui se rôtit aux feux du hip-hop ("king kong five", "the rebel spell")... On le comprend vite, sorti en 1992, ce live est quasiment le testament du groupe, qui par son titre portemanteau, évoque tout à la fois cette actualité du soleil levant, et par là le succès absolument mondial atteint par la clique des frères Chao, en donnant à imaginer ces salles de jeux verticaux à petites billes métalliques qui dévalent derrière des vitres, le bruit doit être insupportable dans les salles de pachinko, c'est évidemment l'une des étapes que nous ne voudrons pas rater quand, enfin, nous plongerons dans l'enfer aseptisé de la plus grand métropole terrestre; et tout à la fois, par le truchement de ce T venu s'inviter entre le C et le H (on se croirait dans une question de sélection de Slam avec ce Cyril Féraud certes trognon mais qui n'est quand même pas parvenu à vendre au public particulièrement passif de France3 un concept aussi efficace que Pointless, que tous les anglophones de Belgique feraient bien de regarder, chaque jour, 18h15 -heure de chez nous-, sur la BBC, voilà la conclusion d'une des plus inutiles parenthèses jamais rédigées sur ce blog), un T de trop qui, de suite, fait écho au titre de la première plaque du groupe, ce Patchanka qui doit encore trouver son chemin jusque dans notre collection de disques mais ça n'est pas le sujet (cela dit, si un fidèle lecteur de ce blog, vous êtes pas loin de douze par jour, les filles et les gars et les trans plus les inter et les asexués plus lui plus elle et tous ceux qui sont seuls, veut me l'offrir, c'est gentil mais c'est non car je ne donne pas mon adresse à n'importe qui et, clairement, pour sans cesse revenir lire les inanités de ce blog, a contrario du gaillard Rémy qui est devenu quelqu'un en faisant quelque chose, pour sans cesse me faire croire que ce que je raconte vous intéresse, vous êtes vraiment n'importe qui)... Avec 23 morceaux (enfin, c'est à voir, ce "Mano Negra" d'ouverture revient de loin en loin, par quatre fois, comme un jingle publicitaire entêtant qui nous dirait qu'il n'y a rien à faire; que tout est déjà prêt) pour 51 minutes de concert, on comprend vite qu'on n'est pas là pour se contempler, pour s'introspecter... La Mano tape sec, la Mano emballe vite... L'institutrice voudrait que le travail se fasse vite et bien (contrairement à d'autres maîtresses qui apprécieraient, à ce qu'on me dit, que ça dure longtemps et que ça soit sale; voilà, le quota graveleux de cette chronique vient d'exploser) mais Manu, Tonio, Santiago, Jo, Pierrot, Thomas, Daniel et Philippe avaient clairement le goût du fouilli fiévreux dans cette optique véritablement communiante mais faussement anarchiste... Il n'y a qu'un gag qui vise dans le mille dans la poussive parodie NegraBouch'Beat des Inconnus, et c'est quand Didier Manu Bourdon Chao interrompt les autres pour annoncer à la caméra : "Non, y'a pas de leader dans le groupe; j'écris les paroles et la musique, je chante et je produis les disques mais y'a pas de leader"... Une vérité de plus, dans cette entrée bloguesque bien bien décousue (cette fois, ça y est, le dernier morceau de navet ne veut plus se laisser déglutir, rajouter de la harissa ne fera rien à l'affaire, je l'avais dit que j'avais pris trop de pois chiches dans ma deuxième assiette), c'est que si Manu Chao a, par la suite, capitalisé cette percée mondiale réalisée par la Main Noire, il l'aura fait, on le sait, avec des disques particulièrement lisses et digestes... Pourtant, tout comme le naturiste revient au bungalow (et déjà un quart de siècle sans Desproges), le Manu, en concert, reste particluièrement habité par son alter ego de l'époque... C'est simple, à la sortie d'un concert de Manu Chao, on croise deux types de personnes : des moins de 30 ans étourdis d'avoir découvert l'énergie encore déployée sur scène et qui sourient et des plus de 30 ans ravis de constater l'énergie toujours déployée sur scène et qui sourient... Mais revenons à nos moutons, en l'occurrence, cet infernal chaudron extrême-oriental, Manu Chao hurle dans son micro "Que pasa, Kawasaki ?" et je souris... La troupe poursuit son joyeux saute-mouton, dans un coq-à-l'âne musical qui reste cohérent par ce liant jamaïco-cubain plutôt élastique, qui permet de passer d'une reprise de Chuck Berry ("county line") à un emprunt à Zachary Richard ("Madeline") en passant par un trad./arr. berbère, ce "sidi h'bibi" qui force la question : le meilleur morceau de rock français serait-il un chant arabe, interprété, au Japon, par des ibéro-parisiens ? J'en mettrais ma main au feu !... ah, merde, ça c'était Garbit et pas Saupiquet.

Écrit par Pierre et petit pain dans Black-beur, Outside the box, Safety Pin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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