28/04/2014

368. "HOMO PLEBIS ULTIMAE TOUR" Hubert-Félix Thiéfaine

hft homoplebisultimaetour.jpgAllez, pour une fois, je vous invective d'emblée, mes lecteurs z'adorés... On va voir si vous commencez tout doucement à intégrer le mauvais esprit thérapeutique (si pas catarthique, n'ayons pas peur d'une racine étymologique ancestrale; ce qui, immédiatement, est déjà un aparté idiot car tant katharsis (nettoyage) que theraps (serviteur) proviennent tous deux de l'Hellas antique dont les habitantes étaient peut-être belles comme des poires au chocolat mais qui n'avait pas d'hélice, c'est là qu'était l'os) de ce blog car je vais vous poser une question dont la réponse est normalement assez évidente si vous ne venez pas juste par ici en faisant pas exprès, ou vous avez oublié, ou y sentaient pas bons (cela dit, c'est donc un an de prison ferme dans les gencives de ce Marseillais qui a trouvé malin de torturer un petit chat)... La voici, la voilà, la question de monsieur Franc (dont le prénom, forcément, est Emile)... Est-ce que moi, que vous pouvez appeler "le gars qui rédige ce blog auquel je comprends pas toujours tout mais il me fait un peu rire et beaucoup pitié alors je continue à lire ses élucubrations, voilà le genre de mot après lequel il ouvrirait une parenthèse pour peut-être parler d'Yvette Horner ou des opticiens Atol, qu'est-ce que j'en sais, moi, après tout, mais donc, ce gars-là sur skynetblogs avec ses histoires de CD sans queue ni tête, je vois de qui je veux parler", aujourd'hui, je vous le demande, est-ce que j'apprécie le politiquement correct ?... Je vous laisse un peu réfléchir si vous n'avez pas déjà hurlé votre réponse, dans un réflexe quasi-pavlovien... Réfléchissez encore quelques secondes si vous en avez vraiment besoin mais au-delà, ça devient ridicule et je vais commencer à me demander si vous ne venez pas sur mon blog uniquement pour regarder les photos cochonnes... Donc, la réponse, la bonne réponse, c'était "Non, mec, tu n'apprécies pas le politiquement correct" (ce à quoi, immédiatement, je vous réponds que, certes, c'est bien la bonne réponse mais aussi que je ne vous permets pas de me tutoyer)... Pour un rien développer mon idée, je me sens même porté à affirmer que le politiquement correct participe de facto à la pensée unique et à la novlangue; que cette idée qu'il ne faut pas offenser les gens qui se sentent offensables (alors qu'il apparaît de plus en plus comme une évidence que les gens qui se sentent offensables sont justement ceux dont les idées et les propos sont les plus sujets à caution et à critique) entraîne nécessairement une auto-censure et, par là, une restriction de la liberté d'expression et, en bout de chaîne, un déni de démocratie... C'est aussi pourquoi le politiquement correct, par ses capacités à bouturer les saillies imaginatives et créatrices ne devrait jamais avoir sa place ni dans la recherche scientifique fondamentale ni dans la création artistique désintéressée... Que les choses soient claires, déjà que nous sommes plus proches de la décadence que de l'essor de cette civilisation industrielle-financière basée sur le capitalisme, la société civile se rognerait les ailes de manière criminelle en se privant consciemment de ces deux bulles où doivent régner toute exemption moraliste... Dès lors, mais aussi parce que je suis trop sensible pour mon propre bien, je le prends en pleine figure quand l'une de mes balises culturelles se met, sans raison apparente, à verser dans l'auto-censure politiquement correcte... Voici le cas d'étude... Hubert (oui, forcément, c'est de lui qu'il s'agit, j'espère tout de même que vous lisez les titres des chroniques de ce blog, en plus de mater les photos cochonnes de pochettes de CD affriguichantes) écrit et chante, il y a trente ans, en conclusion du premier couplet de la "113e cigarette sans dormir" : "Mais ils rêvent d'être en hélico, à s'faire du nèg' et du youpin"... Sur ce live d'aujourd'hui, édité en 2012, à la suite de la tournée de l'album "suppléments de mensonge", voilà-t-y pas que le Félix nous lâche, devant public : "Mais ils rêvent d'être en hélico, à s'faire du gniak et du tonkin"... Boum, les bras m'en tombent... Les "ils" en questions étant établis plus tôt dans le texte comme "les partouzeurs de Miss métro (qui) patrouillent au fond des souterrains", on comprend immédiatement que l'on évoque ici une quelconque bande extrémiste, au pire des néo-nazis réellement meurtriers, si pas tout de même des racistes ordinaires qui ne pisseraient même pas sur un étranger en flammes... Donc, la question s'exacerbe d'office; d'où vient ce glissement, pourquoi, quelles modalités de pensée amènent l'artiste à tripatouiller ses vers ?... Je ne vois malheureusement qu'une réponse : la pression du politiquement correct puisque l'on sait combien nègre et youpin sont devenus des mots sensibles et offensants dans une France qui n'est jamais parvenue à garder le silence institutionnel sur les tortures génitales à coup de câbles électriques dans les médinas d'Oran et qui n'arrive pas plus à faire taire les gesticulations au brochet sauce nantua d'un comique qui ne l'est plus depuis longtemps... Là où Hubert se trompe et me déçoit, c'est évidemment dans le retrait même des deux mots, comme si taire le vocable pouvait éteindre les idées, comme si la limitation de la pensée avait jamais étranglé la petitesse d'esprit (ça m'a même tout l'air d'être le contraire; la formule est éculée depuis la marche sur Washington mais le docteur avait raison d'affirmer que c'est la lumière qui conquiert les ténèbres, c'est la paix qui met fin à la guerre, c'est la tolérance qui peut faire reculer les intégrismes)... Mais là où l'homme passe carrément à côté de la plaque, c'est dans son choix de remplacement; bien sûr, il y avait une rime à conserver, et admettons que "tonkin" puisse faire grincer des dents les vétérans du charnier d'Indochine (non, pas Sirkis et sa clique, demandez à vos grand-parents de vous expliquer Bien Bien Fou et tout ça) mais tout de même, les pages faits divers de nos médias ne regorgent pas de compte-rendus d'agressions ni de ni vers les communuatés asiatiques... Nonobstant un rapprochement philosophique, nourri de gloriole sioniste et de musulmanophobie primaire, entre certaines formations politiques de droite-droite et certains penseurs juifs, la xénophobie ordinaire et le passage à l'acte violent se teinte quand même toujours de ces vieux atours antisémites, anti-africains, anti-arabes (et anti-gitans, misère, que vous êtes tous sans cesse remontés contre les Roms, les Tziganes, les Manouches, les Yéniches; la crise socioéconomique n'excuse pas tout, il est temps de lâcher un peu la grappe des nomades, sérieux !) et donc, je ne vois franchement pas en quoi inviter dans ce texte deux termes péjoratifs envers les Asiatiques apporte quoi que ce soit au propos, à part, peut-être, prouver par l'absurde, que les communautés jaunes sont franchement moins offensables que les autres... Bref, je suis conscient que là, ça ne me concerne que moi et mes diverses échelles de valeurs, mais cette auto-censure sans raison et qui, pire, déforce le propos de cette chanson, ne fait qu'ajouter aux récentes frustrations que m'a causé Hubert... Je sors, mentalement, le dossier : après des années à creuser son sillon seul, loin des sirènes des médias, à ne rendre des comptes qu'à lui-même et son public, l'artiste a finalement signé chez un grand éditeur (en l'occurrence, Sony, difficile de faire plus major) et connu la "consécration" d'écrans pubs avant le grand film de TF1, comme tout vrai chanteur de variétés populaires... Mais impossible, alors, de lui reprocher quoi que ce soit, c'était le système en marche et Hubert avait suffisamment trimé à contre-courant pour mériter d'un peu se laisser porter par la vague... Quand, par la suite, ces messieurs-dames qui font bien de rester anonymes de décideurs de qui reçoit les Victoires de la Musique, décident donc d'épingler Thiéfaine pour un album loin de figurer au sommet de ses meilleurs moments (les "suppléments de mensonge" précités), déjà, les fans de la première heure hésitent entre des applaudissements exaltés et un grincement de dents : pourquoi le Jurassien accepterait-il cette reconnaissance tardive et déplacée, avec, pour durcir le trait, la crainte, de la part de l'intelligentsia,  d'un rattrapage à la Bashung, pour raisons médicales impérieuses ?... Mais là où ça a vite tourné au vinaigre, c'est de découvrir, un dimanche après-midi de 2011, l'artiste, ses fesses enfoncées dans les sofas de Chabada... Ca n'est pas là qu'est le reproche, même si le décalage est évident et un rien gênant entre la posture du poéte solitaire et la camaraderie de buffet de la gare des autres invités... Là où, tout de suite, j'ai crispé mes doigts fins et élégants sur le tissu de mon fauteuil, c'est quand Hubert s'est senti obligé de décoder quelques-uns de ses vers, de régurgiter ses sources d'inspiration, d'arracher le drap lourd qui maintenait la confiture de son univers intime hors de portée de ce cochon de grand public... Et puis, maintenant, ça, cette auto-censure difficilement explicable et absolument incompréhensible... Une fois ce fiel évacué, la collecte sonore de cet Homo Plebis Ultimae Tour prouve sans mal, au surplus, qu'Hubert-Félix Thiéfaine reste le plus grand dans sa partie... Et il est évident, je le concède, que le poids que pèse l'oeuvre du gaillard sur mon propre monde intérieur, peut justifier à lui seul le fil de pensée que je viens de démêler... Dès que je me pique de jouer au poète, alors que je me suis autant nourri, dès la prime adolescence, des strophes de Charlot, Paulo et Arturo, mon premier réflexe, ma première crainte, c'est toujours d'être victime de cryptomnésie thiéfainienne... Ce double disque plus DVD aurait donc cet usage aussi, comme une piqûre de rappel, une remise à plat de l'EEG de ma propre pose artistique... Tout démarre, en tout cas, et ce seul tour de force pourrait justifier l'achat de l'objet, par une livraison intense du long poème/chanson fleuve "Annihilation" qui apparaît comme un inventaire de fin de stock... Ouvrir un concert sur cet épique exposé à la fois viscéral et cérébral, postulat de plus de dix minutes, étourdissante récitation, prouve que s'il se plie à la pantomime des médias, Hubert reste l'unique metteur en scène de son théâtre chanté... On l'a déjà dit plus haut, on le constate à chaque morceau qui s'en extrait pour le traitement en concert, l'album soutenu par cette tournée n'est pas le meilleur d'une discographie riche de dents de scie... On constate par contre tout aussi vite qu'Hubert s'est replongé dans sa période la plus faste, de ces 80's naissantes où il va aligner coup sur coup deux disques à inscrire dans tous les cours ex cathedra de rock'n'roll, de chanson française, de poésie brute, de littérature instantanée, de pop culture, de philosophie peut-être... Le vieux fan salive à l'avance, le nouveau fan s'essuiera les babines a posteriori mais le résultat est le même : les incursions dans les albums "Autorisation de délirer", "Dernières balises (avant mutation)"-chronique 181 et "Soleil cherche futur"-chronique 182, restent les moments les plus apétissants de ce live... "Garbo XW Machine" (voilà, par contre, un titre pour lequel Daniela Lumbroso aurait dû demander des comptes, la réaction de Bébert aurait pu valoir de l'or) ou "Les Ombres du soir" sont parmi les rares morceaux plus récents à surnager réellement, vraies chansons à grand texte avec des mélodies inventives et des arrangements efficaces... Car si, musicalement parlant, il reste un ultime reproche à formuler, c'est celui-là : le temps passe, l'âge marque les coins des yeux, une certaine redondance (je n'irai quand même pas parler de facilité, Hubert, c'est pas Obispo non plus, dieu merci) percole de plus en plus dans les mélodies de cet anti-ménestrel solitaire... Par défaut, de toute manière, vu l'état de la chanson française diffusée dans les médias de masse, Hubert, pour peut-être fatigué qu'il donne l'air, reste indispensable et nécessaire... Et, soyons grand seigneur, mon Bébert, je nous propose même, en conclusion, de passer l'éponge sur cet injustifiable moment d'auto-censure. 

Écrit par Pierre et petit pain dans ACI d'Hexagone | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

Commentaires

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Écrit par : serrurier paris 4 | 28/07/2014

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