19/05/2014

369. "METAL MACHINE MUSIC" Lou Reed

metalmachinemusic.jpgNous avons foulé les trottoirs de la grosse pomme, pour la première fois; cette grosse pomme qui assomme, avec ses bandelettes de ciel qui s'aperçoivent entre les sommets des pics urbains, la fourmi est humaine dans cet enchevêtrement, son repos est dans la verdure centrale ou sur la ligne haute, réhabilitée... Si la ville ne dort jamais, forcément, ses habitants peuvent parfois se parer d'atours morts-vivants, au détour de la 42ème rue... Les temps sont carrés mais la nuit ne tombe pas, de cinq à sept et 24 sur 24, la lumière éclabousse, les néons vomissent leurs réclames, le magasin le plus paresseux ne fermera ses portes qu'au jour suivant... Ca tape du pied, ça frappe des mains, claquettes et hauts de forme devant les box offices... Le tapis volant aguiche les caméras, c'est la première, le gratin sera là pour en faire tout un fromage... Les mots du prophète sont écrits sur les murs du métro et les sons de Gotham ne laissent aucune place au silence... Mais la verticalité... Tant qu'à être touristes, prenons la nécessaire hauteur; du 86e étage, le panorama n'est pas exceptionnel, il coupe le souffle, purement... A l'est, le New Jersey aligne son rivage industriel et l'on comprend pourquoi on a mis les pieds dans la plus grande mégalopole de l'Ouest... Au nord, on distingue la verdure du park, les chromes du Chrysler se laissent lècher par le soleil... Au sud, c'est la carte postale immanquable, les éperons de verre et d'acier du district financier qui viennent érafler les chevilles des nuages, les jumelles n'ont même plus de fantômes à défendre, une nouvelle tour se dresse, frondeuse... Nous verrons, dans la lanterne magique, toute la paranoïa tressaillir comme une génisse à l'abattoir... Dans la nuit, un gamin de onze ans a franchi les sécurités et est monté au sommet du WTC One, alors que l'immeuble n'est pas encore ouvert au public... Mais la boîte à images crache tant d'horreurs : tous les médicaments miracles pour des maladies qui n'existent pas chez nous entraînent des effets secondaires délétères; nous devons saisir tous les avocats de tous les états si nous avons vécu un jour à moins de cent mètres d'une plaque d'amiante ou si nous avons fumé des cigarettes après avoir vu une publicité pour le tabac; pire, nous refusons tous de sortir de chez nous et de mener une vie normale si nous n'avons pas des implants capillaires sur la tête et des bagues en porcelaine sur les dents... A l'ouest, les Reines abritent leur aéroport puis, plus bas, Brooklyn se débrooklynise... Sur Park Slope, les arbres longent les trottoirs, les maisons sont en briques, la vie est presque réaliste... Mais nous parviendrons à nous glisser à l'arrière du décor, au bout de la 9e rue, sur Smith street, l'aérien de la ligne G surplombe le viaduc routier qui enjambe un quelconque canal aux rives chargées de casses métalliques... Sous le viaduc, le passage piétonnier longe un grillage fatigué... Nous y avons vu une chaussure attachée par les lacets... Plus loin, l'ombre d'un gamin noir qui rentre au crochet rouge à cloche-pied... Le subway est un léviathan polyglotte -le fatra sé on pwoblèm- à double vitesse, il avale la foule sans appétit et la recrache de loin en loin, machouillée... Son ventre de fer blanc abrite aussi bien des danseurs urbains aux acrobaties époustouflantes que des rebuts paysans à l'halitose inévitable, la mère aux cheveux en palmier, les enfants aux bouches édentées, les anti-bimbos en joggings roses élimés... En sortant des illusions touristiques de Little Italy, après s'être dépêtrés des restaurateurs chinois qui tentent d'écouler, en invectives mandarines, des sacs à main contrefaits, nous avons croisé une famille Amish... La serveuse de chez Bill's Bar and Burger est francophile, toute l'île de l'homme-chapeau-bronzage est francophile, l'enseigne d'un restaurant nous fait sourire, c'est le "Petit Poulet"; notre petit poulet nous manque mais nous savons que là, il nage au milieu des mantas et des requins, tout va bien... J'ai trempé ma viande dans du gravy au Jack Daniel's et les frites se cachent sous le chili con carne et le fromage fondu... Nous mangerons aussi des crèpes au lard dans du sirop, des beignets troués, des cafés à emporter, en gobelets surdimensionnés, sirotés dans le matin frais, entre Riverside et Broadway... Les amoureux d'art deco se tapent des mini-orgasmes à chaque coin d'avenue... Le lobby marbre et métal de l'ESB est sensationnel... James Eckhouse nous a souri... Les frontons du Rockefeller assènent leurs slogans modernistes, Zeus en pierre aux éclairs forgés nous annonce que "la science et la raison seront la mesure de notre époque", Atlas en bronze porte un globe évidé, un dragon en briques lego surgit du plafond de la boutique; et ces gens-là nous parlent du passé, eux aussi étaient persuadés que la crise, la vraie, le krach ultime n'arriverait que plus tard, c'est-à-dire jamais et, pourtant, eux aussi se sont défenestrés, ruinés... Plus bas, à l'extrémité du sentier large, là où la verticalité est la plus omineuse, le taureau n'arbore-t-il pas quelques gouttelettes de sang séché ?... Nous mangerons le picnic acheté chez Walgreen's dans un recoin tranquille de la High Line... Réhabilitée, on l'a dit, c'est un endroit auquel les touristes se doivent d'accorder un peu de temps, sur ce caillebottis par-dessus les rails rouillés... Parce que finalement, et hormis l'immanquable panorama, ici, les meilleures choses sont gratuites... Même si rien ne vaut son prix, de taxes cachées en pourboires à 18%... A 15 heures 30, le vendredi, la file est aussi longue sur les deux trottoirs; d'un côté, on s'aligne pour se faire servir par les gars halal, de l'autre, on attend la gratuité du musée... Au fond de la salle, un rien à l'écart de la foule du Moma, la ballerine incarne les notes que le violoniste vient piocher sur la portée peinte à même la grande toile; et juste à côté d'eux, comme pour rappeler que la création contemporaine reste inaccessible aux esprits les plus serrés, les deux artistes remplacent la laitue pressée par un câble à un bloc de granit... La foule, donc, est souvent bovine, quand la visite d'un musée aussi riche se transforme en diaporama au pas de course... Au Louvre, vous les voyez se monter dessus pour apercevoir le timbre-poste de La Joconde alors qu'à l'arrière de cette cimaise, le même Léonard s'étale sur des mètres carrés de Dernière Cène; imaginez-les donc, ici, se donner du coude dans les côtes pour faire semblant de se pamoiser devant la Nuit étoilée de Van Gogh alors que tout autour, sur les murs de cette salle, se donnent à voir une litanie de chefs-d'oeuvre, du Parc de Klimt à La Bohémienne Endormie de Rousseau en passant par les paysages de Honfleur, Gravelines et Pont-en-Bessin de Seurat... Chaleur de la salle, crétinerie de la foule, surprise de retrouver le pointilliste de mon enfance, j'ai vécu là le premier syndrome de Stendhal de ma vie... Au-delà de Nolita, sur East Houston st., nous avons osé franchir le seuil du marchand de salamis... Si Grizabella chante la mémoire, il ne s'agit pas ici du même Cats; le ballet  incessant des bouffeurs de pastrami donne le tournis mais aussi un rictus qui oscille sans cesse entre l'étonnement apeuré et le sourire moqueur... Nous nous sommes assis sous les photos de vedettes variées, quand vint notre tour, enfin; la viande marinée, avec tous ses secrets de fabrication yiddish, fond dans la bouche pas dans la main, personne, par contre, ne sait ce que cache la pâte collante du knish... Et toujours cette verticalité... Maya Hayuk a barbouillé un mur entier, les hipsters se prennent en photo... Dans le village, les lois de la physique volent en l'air; la ville s'organisait orthogonalement, dans cette progression mathématique qui empêche les piétons les plus distraits de jamais perdre leur chemin mais là, soudain, les rues ont des noms, elle tortuent et s'entrecoupent dans des angles aigus... Les galeries d'art s'étalent dans les lofts reconvertis des hangars où s'échinaient les emballeurs de viande; nous ne pouvions pas le savoir alors mais l'esprit fictionnel de Marnie Michaels flotte par-là... Les taxis sont jaunes, les camions de pompiers sont chromés, les bus scolaires sont boursouflés, le semi-remorque est tellement long que même totalement adossé au quai de déchargement, à l'intérieur du hangar, son tracteur dépasse sur la moitié de la rue et interromp toute la circulation... Klaxons, sirènes, crissement de pneus, freins hydrauliques, gyrophares, lointains grondements aéronautiques... Le soleil ne manque pas en cette fin mars, il y a un Flamand qui vend des gaufres dans sa petite cahute au pied du city hall; il tourne le dos au pont pris d'assaut par les touristes, sur cette promenade en planches qui surplombe le flux constant de la circulation automobile... Ca tape dur et nous tombons la veste, tout en gardant, là-bas, un oeil rivé sur Battery... Nous ferons demi-tour sous les câbles de 1883, Max, Caroline et Williamsburg attendront; à 17 heures 30, nous monterons sur le ferry, en direction de l'autre île... Les cinq boroughs battent chacun à leur vitesse, Staten Island n'est pas le plus trépidant mais depuis le pont du bateau, nous l'avons vu : Liberty n'a pas de culotte sous sa jupe au bronze aussi lourd à porter que le rêve qu'elle est censée défendre... C'est poser le pied à terre pour aussitôt reprendre la mer mais au final un seul borough n'aura pas enregistré notre tachycardie sur son ECG... Nous ne serons pas allés plus au nord que cette 103e où se tapit notre hôtel... De la petite chambre au septième étage, on entend les vapeurs du réseau aquatique, les sirènes des véhicules d'urgence, le boum-boum constant de la ville que tous les t-shirts coeurent... Monsieur Douglass a construit des HLM en briques rouges... Le yaourt glacé se vend au poids... La pollution lumineuse éteint la voie lactée mais le hall de Grand Central est si haut que des constellations brillent dans son plafond... Un container accueille les scories métalliques de travaux en cours; le tintamarre amène le promeneur de chiens sur les rives de l'infarctus... Les marchands de souvenirs étalent leurs petites lunettes rondes devant le Dakota... Les animaux figés rendent foi dans la taxidermie même si certains dioramas fleurent cette étrange nostalgie d'une époque qui n'a jamais totalement existé... Ils sont bien vivants, par contre, les canards du Reservoir, qui regardent les joggeurs tourner en rond, tous dans le même sens... Plus loin, derrière un rocher affleurant, par-dessus le tunnel où Jodie s'est mis les nerfs à vif, en bordure d'une tranchée autoroutière, les écureuils gris se poilent, quel que soit le jour de la semaine, ils envoient des bras d'honneur à Pancol... Sur le trottoir du museum, en guise d'au-revoir aux sciences naturelles, en promesse de revenir à cette bestiole que nous avons à peine eu le temps de gratouiller, nous mastiquerons un hot-dog suspect... Une heure souterraine nous attend, JFK est au bout... Les divertissements embarqués de Delta permettront d'apaiser cet inattendu déchirement (on reparlera des joies et déboires de l'in-flight entertainment lors d'une prochaine rubrique)... Dans notre lopin belge, à peine plus peuplé que la Nouvelle-Amsterdam, la grande ville reste accessible, Lou Reed pensait entuber sa maison de disques, en 1975, en livrant un double album de feedback chaotique... Il prétendra, jusqu'à sa mort, l'année dernière, avoir maîtrisé les intentions artistiques floues et le modus operandi discutable de ce Metal Machine Music... Par sa volonté partielle, néanmoins, il a posé le premier jalon du rock bruitiste, de toute la mouvance noise... Mais, surtout, sans nécessairement le savoir, il venait de figer la bande-son de sa ville... Ce New-York qui frappe les sens, alourdit l'estomac, oppresse la respiration, envahit le champ de vision, arrache l'oreille, hypnotise et émerveille.

Commentaires

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Écrit par : serrurier paris 11 | 21/07/2014

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Écrit par : serrurier paris 15 | 28/07/2014

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