04/04/2014

367. "IN THE HELL OF PATCHINKO" Mano Negra

inthehellofpatchinko.jpgHormis une ridicule moustache (il n'y en a pas de plus ridicule que celle des Twin Twin, j'imagine aisément que tout le pot aux roses aura éclaté en mille morceaux au moment où ces quelques mots prendront vie en ligne sur le réseau des réseaux mais là, tout de suite, à la rédaction frénétique de ces quelques phrases, la version officielle reste qu'ils ont écrit leur rengaine plus d'un an avant que la francophonie ne commence à s'inquiéter de savoir où était passé le paternel de l'autre; mon avis, même si je n'ai aucun droit de le donner, c'est que nous ne nous préparons pas ici le second round de Jouret vs. Deprijck; je m'attends même à un règlement à l'amiable en coulisses, à savoir toute la famille Vanhaver leur tenant les bras dans le dos et Paulo tapant dans le bide des Twin Twin avec un rire tonitruant et des poings vengeurs) mais, donc, à part une éventuelle moustache, en écho aux trois poils sous le nez de Ron Mael, rien ne relie Richard Gotainer et sa chenille processionnaire au bouc vaguement guévariste d'un Manu Chao alors tout gamin... Quoique, on se convainc vite, à l'écoute de cet enfer dans le pachinko, qu'à leur grande époque, les concerts de la Mano Negra étaient des grandes fêtes qui se mangent entre amis, à l'instar des boîtes de couscous incriminées... Ici, tout de suite, je dois signaler que la conserve est bien cabossée; dans un élan autistique supplémentaire, j'ai décidé, il y a déjà un certain temps, de garder ce CD en son état de délabrement... Je l'ai beaucoup écouté, au fil du temps, il s'est peu à peu abîmé, à le traîner de PC de bureau en autoradio et aller-retour via l'un ou l'autre discman (pouah, la référence technologique de vieux con)... Les tututtes (si des francophones d'ailleurs que la Belgique passent par ici, qu'ils lisent "les petites dents", ça fonctionne aussi) en plastique noir qui sont censées tenir le disque en place à l'intérieur du boîtier ont toutes volé en l'air, comme des quenottes déchaussées par quelques crochets du droit trop impulsifs (à moins que l'on revienne se délecter de cette image certes violente mais tout autant jouissive de notre grand Bruxellois de classe internationale qui leur met leur branlée à ces trois petits Parisiens de classe à peine tout juste eurovision)... Mieux, le volet mobile du boîtier ne tient plus que par une de ses deux attaches, donc, c'est clair, il ne tient plus du tout... Bref, c'est le CD le plus déglingué de mes deux mille et tant et plus de disques et ça le restera, c'est ma décision, c'est ma prérogative (je suis obligé, suite à l'usage inopiné du mot prérogative, même si ça n'a strictement mais strictement rien à voir avec le disque du jour, de placer ici toute ma circonspection quant au bien fondé du mariage de Christina Jo Brown avec son frère adoptif; personne ne le souhaite mais si on vient nous dire dans quinze ans qu'elle est morte, comme sa mère, les yeux grand ouverts dans sa salle de bains, le flot de sang séché en-dessous des deux narines, personne ne s'en étonnera plus que ça; oui, les pauvres petites filles riches, ça existe)... En tout cas, direct, tout de suite, au premier pouet-pouet des trompettes joyeuses, dès le sautillement de la batterie et le roulement de la basse, dès la charge au galop de la guitare, on sait que le festin est là... La plage d'ouverture, un scud assez ska et totalement éponyme, est foutraque, en même temps, la Mano Negra était plutôt bordélique (c'est pour ça, mais oui, que je conserve ce disque dans un si mauvais état, voilà, bien sûr, c'est évident)... Sur disque, le choc culturel s'entend peu mais on pourrait s'imaginer bien des scènes de décalage cocasse entre ce peuple nippon réputé pour sa psychoraideur sociale, plutôt propre sur lui dans les travées du club Chitta de Kawasaki (2 novembre 1991) et le collectif débraillé, bariolé, sur scène, ces titis lumières qui ont tant rêvé d'être sud-américains qu'ils sont devenus, malgré eux et à grands coups de téquila, l'une des plus vraies légendes du rock hexagonal... C'est aussi, on le sait, la troisième assiette qui commence à coincer quand on est en mode goinfrage de couscous; les deux premières glissent toutes seules, entre cette semoule évidemment pétrie de sonorités brésilo-colombiennes ("magic dice", "indios de Barcelona", "el sur", "mala vida" pour les moments les plus probants), à la viande de guitares qui frisent le hard rock ("bring the fire", "killing rats"), aux légumes qui s'extirpent du bouillon forcément primordial de la musique keupon ("mad man's dead", "I fought the law", "darling darling") ou au poulet qui se rôtit aux feux du hip-hop ("king kong five", "the rebel spell")... On le comprend vite, sorti en 1992, ce live est quasiment le testament du groupe, qui par son titre portemanteau, évoque tout à la fois cette actualité du soleil levant, et par là le succès absolument mondial atteint par la clique des frères Chao, en donnant à imaginer ces salles de jeux verticaux à petites billes métalliques qui dévalent derrière des vitres, le bruit doit être insupportable dans les salles de pachinko, c'est évidemment l'une des étapes que nous ne voudrons pas rater quand, enfin, nous plongerons dans l'enfer aseptisé de la plus grand métropole terrestre; et tout à la fois, par le truchement de ce T venu s'inviter entre le C et le H (on se croirait dans une question de sélection de Slam avec ce Cyril Féraud certes trognon mais qui n'est quand même pas parvenu à vendre au public particulièrement passif de France3 un concept aussi efficace que Pointless, que tous les anglophones de Belgique feraient bien de regarder, chaque jour, 18h15 -heure de chez nous-, sur la BBC, voilà la conclusion d'une des plus inutiles parenthèses jamais rédigées sur ce blog), un T de trop qui, de suite, fait écho au titre de la première plaque du groupe, ce Patchanka qui doit encore trouver son chemin jusque dans notre collection de disques mais ça n'est pas le sujet (cela dit, si un fidèle lecteur de ce blog, vous êtes pas loin de douze par jour, les filles et les gars et les trans plus les inter et les asexués plus lui plus elle et tous ceux qui sont seuls, veut me l'offrir, c'est gentil mais c'est non car je ne donne pas mon adresse à n'importe qui et, clairement, pour sans cesse revenir lire les inanités de ce blog, a contrario du gaillard Rémy qui est devenu quelqu'un en faisant quelque chose, pour sans cesse me faire croire que ce que je raconte vous intéresse, vous êtes vraiment n'importe qui)... Avec 23 morceaux (enfin, c'est à voir, ce "Mano Negra" d'ouverture revient de loin en loin, par quatre fois, comme un jingle publicitaire entêtant qui nous dirait qu'il n'y a rien à faire; que tout est déjà prêt) pour 51 minutes de concert, on comprend vite qu'on n'est pas là pour se contempler, pour s'introspecter... La Mano tape sec, la Mano emballe vite... L'institutrice voudrait que le travail se fasse vite et bien (contrairement à d'autres maîtresses qui apprécieraient, à ce qu'on me dit, que ça dure longtemps et que ça soit sale; voilà, le quota graveleux de cette chronique vient d'exploser) mais Manu, Tonio, Santiago, Jo, Pierrot, Thomas, Daniel et Philippe avaient clairement le goût du fouilli fiévreux dans cette optique véritablement communiante mais faussement anarchiste... Il n'y a qu'un gag qui vise dans le mille dans la poussive parodie NegraBouch'Beat des Inconnus, et c'est quand Didier Manu Bourdon Chao interrompt les autres pour annoncer à la caméra : "Non, y'a pas de leader dans le groupe; j'écris les paroles et la musique, je chante et je produis les disques mais y'a pas de leader"... Une vérité de plus, dans cette entrée bloguesque bien bien décousue (cette fois, ça y est, le dernier morceau de navet ne veut plus se laisser déglutir, rajouter de la harissa ne fera rien à l'affaire, je l'avais dit que j'avais pris trop de pois chiches dans ma deuxième assiette), c'est que si Manu Chao a, par la suite, capitalisé cette percée mondiale réalisée par la Main Noire, il l'aura fait, on le sait, avec des disques particulièrement lisses et digestes... Pourtant, tout comme le naturiste revient au bungalow (et déjà un quart de siècle sans Desproges), le Manu, en concert, reste particluièrement habité par son alter ego de l'époque... C'est simple, à la sortie d'un concert de Manu Chao, on croise deux types de personnes : des moins de 30 ans étourdis d'avoir découvert l'énergie encore déployée sur scène et qui sourient et des plus de 30 ans ravis de constater l'énergie toujours déployée sur scène et qui sourient... Mais revenons à nos moutons, en l'occurrence, cet infernal chaudron extrême-oriental, Manu Chao hurle dans son micro "Que pasa, Kawasaki ?" et je souris... La troupe poursuit son joyeux saute-mouton, dans un coq-à-l'âne musical qui reste cohérent par ce liant jamaïco-cubain plutôt élastique, qui permet de passer d'une reprise de Chuck Berry ("county line") à un emprunt à Zachary Richard ("Madeline") en passant par un trad./arr. berbère, ce "sidi h'bibi" qui force la question : le meilleur morceau de rock français serait-il un chant arabe, interprété, au Japon, par des ibéro-parisiens ? J'en mettrais ma main au feu !... ah, merde, ça c'était Garbit et pas Saupiquet.

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19/02/2014

364. "WHAT'S GOING ON" Marvin Gaye

uncdparjour whatsgoingon.jpgC'est bien beau de s'inquiéter de comment sera la planète dans le futur, d'aller chercher de sinistres augures dans les entre-lignes du papier bible, de stocker du riz, des pâtes, du sucre, de l'eau lyophilisée dans un trou calfeutré, il y a aussi un véritable intérêt à s'insurger des sévices que l'on fait subir à la terre nourricière depuis deux bons siècles d'industrialisation massive et de fuite en avant technologique... De manière concomitante, quiconque est déjà venu au moins une fois sur ce blog aura compris que je ne me plonge dans le mainstream qu'en me bouchant le nez et que je rejette bien volontiers les indénombrables tentatives, tant sur papier que sur la toile, de compiler la liste ultime annonçant de manière indiscutable les x et y indéniables meilleurs albums de musique de l'Histoire... D'ailleurs, à la pratique, il apparaît que seule une méta-liste extraite par algorithme de cette foultitude de top autant pourrait espérer s'approcher un tant soit peu d'un consensus des opinions subjectives les plus diverses en la matière... Mais vous aussi, indécrottables surfeurs, vous en souriez car, sortis des Beatles et, parfois, de Pink Floyd, Elvis Presley, Led Zeppelin ou, éventuellement, Michael Jackson, les Beach Boys ou The Clash, il ne reste pas grand-monde à taper sur le podium et ces classements tournent bien souvent en rond, dans ce cadre de "constantes goldilocks" grand public, alors qu'avec un rien d'expérience et de goût, l'on sait qu'il suffirait de modifier l'une des coordonnées, tirer l'un des indicateurs dans un sens ou dans l'autre, chipoter un curseur par-ci par-là, pour que Captain Beefheart, Black Sabbath, Joy Division ou Cypress Hill apparaissent, comme par génération spontanée, au sommet de ces pyramides particulièrement creuses... Cela dit, parfois, ces messieurs les compileurs veulent tenter une petite, toute petite, pichenette dans la fourmilière... Et là, probablement parce que ça évite aussi tout un débat sur la négation constante des origines ethniques du rock et de la pop, on voit "What's going on" se laisser couronner... L'avantage étant, nonobstant ces sempiternels goûts et couleurs qui n'en font qu'à leur teintes, que la prise de risques reste minime : une seule première écoute suffit à s'en convaincre, "What's going on" est un énorme album... Une cinquantaine ou quelque chose d'écoutes et l'on se rend compte que toutes les subtilités de l'entreprise ne sont pas encore mises au jour... De ce gimmick improvisé au saxophone alto sur la plage titulaire d'ouverture jusqu'à la ligne de basse cafardeuse qui clôt la plaque (sur "Inner city blues (makes me wanna holler)"), tout emporte l'esprit (si pas l'âme) et le coeur, des cuivres froids aux choeurs chauds, des violons plaintifs aux arrangements conquérants du Detroit Symphony, "What's going on" est, musicalement, d'une richesse rare... Une preuve comme une autre : le disque, sorti en 1971 sur le label subsidiaire Tamla (envisagé plus adulte, moins commercial que la maison-mère), reste constamment cité comme l'une des références ultimes du catalogue de la Motown... Mais là où la plaque frappe tout aussi fort, c'est dans son propos... Au tournant de la décennie, Marvin Gaye, qui n'a jamais été un joyeux drille, n'est pas au mieux de sa forme... Avec cette prémonition qui fera froid dans le dos par après (pour rappel, c'est une arme à feu, dans la main de son père, qui le terrassera en 1984), Marvin Gaye, pour célébrer la fin des années 60, a loupé de rien son suicide, le doigt sur la détente, stoppé dans son geste, de justesse... Autant dire que le mal-être constant de l'artiste transpire à chaque coin de strophe; il s'invente ici un alter-ego probablement inutile, le narrateur dans "What's going on" est un vétéran du Vietnam, rentré au pays, qui, tiens donc, ça alors, ne reconnaît plus son Amérique chérie et n'y trouve plus de place... Ses deux premiers constats, qu'ils s'appliquent précisément au conflit du sud-est asiatique d'alors autant qu'à la fracture sociale grandissante au pays, sont sans appel : "Mothers, mothers, there are too many of you crying / Brothers, brothers, there are too many of you dying"... La brutalité policière envers les grévistes sera aussi évoquée, en écho à l'incompréhension du soldat à qui on avait promis d'apporter la paix et le bonheur et qui a largué du napalm et de l'agent orange sur des enfants hurlant de douleur... Le narrateur, dont on comprend vite qu'il est tout de même beaucoup Marvin lui-même, en vient vite à citer le Docteur King, Martin, ce lutteur (Luther, lutteur, oui, non ? Je ne suis pas convaincu moi-même) : "Nous n'avons pas besoin de cette escalade, la guerre ne sera jamais la réponse / Car seul l'amour peut vaincre la haine"... Puis, le disque se poursuit et, si on ne le savait pas déjà, on découvrirait la vraie puissance de cette plaque : on entre ici dans un album concept, les neuf chansons y sont quasiment entremêlées, un choeur sert de fondu-enchaîné, une ligne de basse annonce la portée de piano suivante, tant et si bien que l'unicité de l'oeuvre ne permet pas de l'envisager comme une simple collection de chansons, on a bien ici un cycle narratif d'une cohérence plutôt intéressante... Car après les constats et les questionnements ("What's happening, brother ?", "Flyin' high (in the friendly sky)"), vient déjà le temps des revendications, pour ainsi dire de la révolte... "Save the children" reste en tête avant tout pour son impressionnante double piste vocale, avec un Marvin Gaye au sommet de sa soul chantée qui donne l'écho à un Marvin Gaye au sommet de ses préoccupations sociales, la voix grave, à mi-chemin entre la mélodie et le meeting... Mais ici aussi, paroles et musiques avancent main dans la main vers une rédemption rêvée, qui reste cependant tout illusoire... "Qui s'en soucie vraiment / Qui est prêt à essayer / A sauver un monde qui est destiné à disparaître ?"; à moins d'une décennie des premières grandes crises socioéconomiques de cette civilisation de capitalisme financier, on ne va pas faire de Marvin un énième et inane Michel de Nostredame, mais l'on se convainc une fois pour toutes que ce disque dépasse, avec succès, le simple divertissement, que les moyens sont ici à l'unisson des ambitions, fonciérement grandioses... Le groove se poursuit, on ne sait bientôt plus du tout quand finissent et commencent les morceaux, si le mixage de cette plaque est pur génie ou si l'on écoute une prise unique, ces cinq morceaux joués d'une traite, à l'orée de la perfection... "God is love" annonce forcément sa couleur, elle est noire de peau, ce sera celle du gospel... Mais ici, le glissement philosophique se produit, d'aucuns pourraient, avec le temps et le talent, en tirer des dissertations d'une centaine de pages : le narrateur exalte sa foi, il est persuadé que son démiurge peut tirer le peuple vers le haut et pourtant la chanson change, c'est presque imperceptible, le rythme ne va même pas sourciller, c'est comme passer la frontière entre Quiévrain et Quiévrechain (si, à tout hasard, j'ai ici des lecteurs qui viennent de loin, un rapide mot d'explication : la frontière franco-belge n'existe pas entre ces deux villages, c'est la même rue, les mêmes maisons, les mêmes gens, dans l'alignement des façades et des trottoirs) mais voilà qu'on écoute "Mercy, mercy me" et le sous-titre du morceau, "The ecology", donne les clés pour comprendre ce qui vient de se passer... Le salut se trouve beaucoup plus dans l'action concrète à panser les blessures de notre planète nourricière que dans l'annonement béat de prières figées à une quelconque force externe qui n'est même pas là pour vous écouter... Joli morceau de bravoure de sept minutes, "Right on" ouvre la face B (certes, ça, ça reste toujours moins audible sur support digital) et annonce déjà la fin de ces réflexions d'un vétéran sous la pluie... L'espoir n'a jamais vraiment pris, l'image qui compte pour le narrateur (et clairement pour Marvin caché derrière cet alter ego) est celle de ce dieu d'amour et de protection ("Wholy holy") mais le gars va nous quitter comme il est venu, désespéré par "le blues du centre-ville qui lui donne envie de hurler" : drogue, délinquance, pauvreté, prostitution, ignorance et crasse apparaissent comme les seuls héritages qui seront refourgués aux générations futures... Marvin Gaye a écrit, cocomposé, chanté, signé, produit "What's goin on" en 1970; nous sommes plus de quarante ans plus tard, son alter ego préfère continuer à se tenir la tête dans les mains. 

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02/09/2013

341. "WARM LEATHERETTE" Grace Jones

uncdparjour Warm Leatherette.jpgIl était une fois, replongeons-nous derechef dans cette enfance dont les souvenirs se font de plus en plus poisseux, moi qui suis pourtant encore bien loin de ma midlife crisis, un artiste qui, en phase avec son époque, avait décidé de laisser éclater sa folie plastique à travers le médium de la publicité... Précedemment, une amazone nubienne post-moderne et passablemment androgyne avait pris d'assaut les podiums parisiens et, par sa seule présence, remué tout le landerneau de la haute-couture... Une muse peut être une égérie et vice-versa... Jean-Paul et Grace versèrent donc dans le vice (d'où sortira tout de même un petit Paulo) et s'en vinrent commettre ce spot pour la Citroën CX qui reste l'une des images les plus marquantes de mes jeunes années téléphagiques (si je le trouve sur toituyau, je le mets en fin de chronique, promis)... Publicité qui, pour le coup, sera censurée dans pas mal de pays (à moins que la censure n'ait touché l'une des publicités du même couple pour une marque de jean's avec des vrais morceaux d'interrogation raciale et de nudité dedans; peu importe, ça prouve surtout que Grace était tellement impresionnante qu'elle en devenait censurable)... Mais cette censure, de toute manière, n'a pas eu lieu dans cette France où André construisait ses voitures à amortisseurs hydrauliques, cette France qui aura été la première à accueillir et faire prospérer miss Jones, cette inimaginable ogresse multi-tâches qui, à peu près aussi vite qu'elle s'était mise à défiler, s'est mise à chanter et à faire l'actrice... Rapidement signée, grâce à son enfance jamaïcaine, sur le label Island, l'étonnante créature assumera des débuts plutôt disco avant d'embrasser, de ses longs appendices tentaculaires, la new wave naissante... Warm Leatherette, porté en studio par l'irrépressible duo rythmique, probablement le meilleur tandem basse-batterie de l'histoire, Sly Dunbar/Robbie Shakespeare va marquer, mais qui le sait alors ?, le début d'une trilogie d'albums qualifiée de "Compass Point trilogy", du nom des studios d'enregistrement construits, à Nassau, par Chris Blackwell (par ailleurs fondateur du label Island, n'oubliez jamais que tout est dans tout)... Ce disque-ci, que je me suis procuré plutôt récemment dans un bac de liquidation après tant d'années à me languir de posséder des oeuvres de Grace Jones, sera, surtout, celui qui va installer l'artiste dans son image définitive, les traits au couteau, les lunettes noires, la tête surmontée d'une petite touffe de cheveux, les longues tenues color block mi-robe mi-descente de lit, avec cette peau d'ébène à faire tomber en syncope bien des fabriquants de meubles (peut-être Robert Mailleux qui, selon nos sources, n'est pas allé dans les mêmes écoles de publicité que Jean-Paul Goude, cela dit)... Cette amazing Grace qui va dès lors manger des voitures au milieu du désert, qui va tout à la fois susciter le désir et l'effroi chez un James Bond vieillissant dans sa peau de Roger Moore, qui va même particulièrement secouer son époque et imposer d'autres canons, en posant nue pour Playboy... Musicalement, Warm Leatherette nage donc dans ces eaux que l'on imagine à la fois chaudes et troubles, au large des Bahamas, engrangeant le bon son plutôt que le mauvais argent, paradis fiscal dont on préférerait savoir les requins dans ces flots caribéens plutôt que dans les comités de direction... Des synthétiseurs particulièrement cinglants et des guitares froidement artificielles se téléscopent avec cette section rythmique reggae dont on a déjà dit tout le plus grand bien pour fournir un album pétri de reprises, à l'instar de cette supra-diva, totalement jouissif... Déjà, la plage titulaire, empruntée à l'éphémère non-groupe The Normal (fondateur du label Mute, c'est une toute autre histoire), place l'ambiance, avec cette nature morte tirée des obsessions de JG Ballard, entre fascination glauque et protubérances tumescentes... C'est Chrissie Hynde, probablement à son corps défendant, qui est ensuite invitée au festin, à travers une languissante et parfois martiale relecture du "Private Life" des Pretenders... Plus loin, Grace et sa clique vont prouver leur capacité à la transcendance avec une version de 9 minutes du "Love is the drug" de Roxy Music qui passe pas loin de l'apocalypse glam la plus complète (et qui, à moins d'être un acteur porno au self-control anormal, vous achève dans les râles de circonstance, au cas où vous seriez suffisamment aventureux, ou inconscient, pour utiliser Grace Jones en bande-son de vos galipettes, ça ne me regarde pas, chacun fait ce qu'il veut de ses fesses)... La troupe du Compass Point citera aussi Smokey Robinson ("The hunter gets captured by the game") et, touche parisienne oblige, Jacques Higelin ("Pars", qui ferme le disque)... Mais la reprise sur laquelle je me dois, moi, de terminer, c'est évidemment ce qui était un énorme manque à mon CV de fan ultime et dont, en même temps, l'ignorance me rassure sur mon taux finalement correct d'idolâtrie... En cause, miss Grace Jones chante ici sa version de "Breakdown", standard issu du premier album de Tom Petty and the Heartbreakers... Mais là où le fan en moi se rebiffe (et se rassure en même temps, je l'ai dit), c'est qu'il s'agit d'un tout petit peu plus qu'une reprise... En effet, dans cette version-ci, la chanson présente un troisième couplet; quelques paroles, en l'occurrence, qui ont été écrites par Petty lui-même, à la demande de la chanteuse dont on ignore si elle a utilisé la menace ou le charme pour obtenir cette faveur... Peu importe, cette sculpture faite chair l'a prouvé pas plus tard qu'au jubilé de diamant de Lizette (cela dit, ce genre de bonne blague mérite d'être répétée: soixante ans sur le trône, sacrée constipation), Grace Jones maîtrise les deux et c'est bien parce qu'elle fait peur autant qu'elle fait saliver que nous allons la regarder manger une voiture en plein désert.

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12/08/2013

334. "STEREO TYPICAL" Rizzle Kicks

uncdparjour rizzle kicks.jpgVous, mes fidèles sexy mignoutrognons chouchous lecteurs en sucre impalpable que je vous relèche tout le long de la fraise de votre admiration pour ce blog enfin revigoré (mais jusqu'à quand, persiflent à juste titre les plus sceptiques d'entre vous, mes poulets-poulettes), vous l'ignorez... Et à bien y penser, les Anglais l'ignorent aussi et pourtant, je suis, par bien des côtés, comme eux... Pas britannique, non... Pas la lame entre les dents, la grenade prête à dégoupiller, courant vers la mort pour mon petit rédempteur à la croix de bois, dans les ghettos de Belfast ou Derry... Pas gargarisé à la tourbe, vêtu, les bonbons à l'air frais, d'un essuie-vaisselle ancestral, dans des vieilles pierres battues de courant d'air, à l'ombre de Saint-André sa cathédrale... Pas non plus, même pas, berger tranquille, accroché à mes collines, à rire des touristes ferrovipathes qui bavent d'envie sur mes tickets de train à rallonge; Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch, toi-même, d'abord... Non, silly old sods, je suis une saloperie d'anglais, l'idex et le majeur dressés à la face du continent qui se permet du vin et du tabac pas chers, aux dents cariées, à l'establishment vacillant, qui accélère à l'approche des passages pour piétons, qui signe des hypothèques qui engageront jusqu'à mes arrière-petits-enfants (those ungrateful bastards), qui se rue au comptoir en jouant des coudes pour se faire remplir sa pinte de real ale (I'm a southern ponce, mon doigt d'évèque se sert en draught, contrairement au Dog de ces inbred geordies qui ne se boit qu'à la bouteille) quand la cloche sonne le fatidique 11pm, qui claque ses derniers quids chez William Hill en pariant sur la couleur du premier caca du bébé royal, qui clamera partout que la Beeb est la meilleure du monde mais qui regarde Corrie sur Independent et ne se réjouit que peu de l'explosion du freeview digital (même si la Pepsi IPL commence in a quarter sur ITV4)... Et quand on est un anglais pareil, un numéro NHS parmi 51 millions de numéros NHS, on sait que Henry est un meilleur Carry On que Abroad mais que ni l'un ni l'autre ne vaut Camping, on trouve que sa majesté assure dans son job (qu'elle est restée calme et a continué comme si de rien n'était durant le blitz) et que la petite soeur de la duchesse de Cambridge est pas mal aguichante dans son genre, on se réconforte dans l'idée que malgré l'infâme crise, que ni les Conservateurs ni les Travaillistes n'ont pu éviter, ni contourner, ni atténuer, ni même expliquer avec honnêteté, on garde la devise la plus forte de la planète, une planète dont, il n'y a pas si longtemps, on était encore copropriétaire d'une bonne moitié (et incidemment, des plus beaux morceaux)... On se méfie, bien sûr, du flux constant de basanés de toute sorte qui a l'air de surgir des ventres des navires, faudrait-il pas dépêcher les SAS à Douvres, si pas vite lancer une frappe préventive sur le ferry-port de Calais ?... Mais on est capable de se réjouir quand des enfants des communautés moins blanches parviennent à tirer leur épingle du jeu... Jamie Oliver, après tout, est un abruti de cockney ras du bonnet; Gok Wan est beaucoup plus amusant dans son excentricité criarde... Et tout en époussetant les portraits côte à côté de Diana Spencer et de Jade Goody, en se rongeant les ongles pour savoir si on va garder les Cendres à la maison cette année (those bloody Aussies) et qu'on retourne chez William Hill pour gager quel nouveau record The Rocket va exploser du bout de sa queue, on se surprend aussi à remuer la tête sur les beats urbains de Rizzle Kicks... Fondé en 2008 à Brighton, le duo hip-hop a réussi, en un disque et quelques singles, à se faire sa place sur un marché musical particulièrement brutal, où il n'était pas évident de se faufiler entre The Streets et Dizzee Rascal... Mais la recette des Rizzle Kicks est la bonne, les chiffres ne mentent jamais (un million de singles vendus et 600000 albums écoulés en date ancienne de mai 2012), à vouloir mélanger le flow faussement décontracté et réellement incisif du rappeur Jordan "Rizzle" Stephens au brin de voix du chanteur Harley "Sylvester" Alexander-Sule, le tout sur des rythmes plutôt enjoués, agrémentés de-ci de-là de cuivres ou de guitares électriques... Et puis, comme il se doit, malgré ces options musicales festives et assez légères, les textes des Rizzle Kicks, comme pour casser les "têtes de gagnants" que nos gars affichent sur leur pochette, trouvent toujours plus à dire que tout ce que le rap commercial US a pu déverser comme insanités depuis, au moins, vingt ans... Et avec un rare goût du calembour (puny puns) tel qu'illustré par le titre même de la galette: s'agit-il bien des deux mots "stereo typical" (qu'on peut traduire par "typique de la radio") ou faut-il y lire "stereotypical" (relevant, dès lors, du stéréotype, en l'occurrence social et racial)... Mais le contenu est rarement sacrifié au simple bon mot; ainsi, le désenchantement du narrateur dans "When I was a youngster" frappe juste dans cette société en perte de vitesse et en jonglerie de valeurs: "J'voulais être un pompier mais j'en ai perdu l'envie à la seconde où j'ai eu l'âge de m'acheter une cannette de cidre / Ouais, j'étais un gamin fûté, mais depuis, j'ai perdu ce côté et aujourd'hui, on peut me trouver sur un banc du parc, avec une pils et des chips"... Tout en exhortant, par leur exemple, la jeunesse enbétonnée à croire à un mieux via le travail et l'éducation: "Laisse moi poser cette brique à terre, à terre sur le sol, il était temps que vous découvriez ce son, qui traîne entre les HLM, discret, certainement, mais pourtant nous voulons être entendus, ne devrions pas nous laisser décourager. Avec des marteaux et des outils, nous comptons nous imposer (...) C'est facile de construire pour s'isoler du reste mais c'est beaucoup plus facile jeter ces barrières à terre (...) je suis l'homme de la démo, je suis l'homme de la démolition" dans "Demolition Man"...  Plus loin, la métaphore filée de l'addiction à la nicotine en tant que relation amoureuse autodestructrice, "Miss cigarette", permet de prouver sans conteste les capacités d'écriture du duo d'interprètes qui, c'est aussi à souligner, met la main à la pâte dans la réalisation de chaque morceau et ce malgré leur tout petit âge... Les Rizzle Kicks ont tout juste 21 ans et se sont entourés, pour cette première plaque, d'invités de choix, dont le polymorphe Norman Cook qui sera aussi de service sur leur prochain album, annoncé pour cette rentrée des classes 2013... Sur ce, il est 14 heures, je vais aller manger un petit-déjeuner de tartines plongées dans l'huile, d'oeufs au plat, d'haricots sauce tomate, de demi-tomates grillées, de galettes de patates, de bacon mi-carbonisé, de saucisses mi-molles et d'une giclée de sauce brune à m'en faire sténoser mes artères puisque, mes petites grenouilles, si je ne m'amusais pas tant dans cette grande foire Belgique désunie où, seul bémol, je ne peux que fantasmer mon miam-miam et me contenter du sempiternel sandwich américain/poulet curry/boulette mayonnaise, je pourrais être anglais à en crever.

Écrit par Pierre et petit pain dans Black-beur, For the love of Liz | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

07/08/2013

332. "S.O.S." Die Antwoord

Uncdparjour Die Antwoord SOS.jpgJ'en ai vu des horreurs en tant de temps passé au front des concerts, dans les tranchées des plaines de festivals, dans les nids d'aigles de salles tout autant exigues qu'enfumées, ou, au contraire, totalement nues, sans aucun sac de sable ni croisillon de barbelés pour tenter d'échapper aux rafales de décibels vicieux et entortillonnés... J'aurai des attaques d'acouphène jusque sur mon lit de mort, peut-être, peu importe, est-ce même là le propos du jour ?... que nenni, mon valet de pique... Mais j'en ai vu des horreurs, j'ai vu Christophe Miossec suant d'alcool (à l'époque, ce n'était pas encore un complet pléonasme) se taper la tête sur son micro jusqu'à s'en pêter le front, le pompier de service fébrile à chercher l'aiguille et les sutures pour la sortie de scène... J'ai vu Till Lindemann, cette improbable engeance de la princesse Fiona et d'Andreï Chikatilo, sodomiser son claviériste avec sa prothèse pénienne avant de gicler sa simili-semence sur la foule... J'ai vu Loredana se réjouir d'avoir des "adeps" dans la foule de bovins motards d'une quelconque escale basse-sambrienne... J'ai vu la danseuse de Bonaparte, dans cette déjà très utérine Rotonde, effectuer une espèce de parade précopulatoire avec des abats sanguinolents... J'ai vu le petit Serge, sur le seuil de la mort, à ce point bafouiller les mots de l'autre Serge (déjà décédé et pas moins imbibé) que ce Maxim's a failli se terminer en dentier gigotant sur les planches de la plus belle salle de Wallonie... Oui, donc, c'est établi, j'en ai eu des visions d'angoisse, de dégoût, de misère... Et pourtant, il se peut que rien de tout cela ne soutienne la comparaison avec l'effroi causé par Watkin Tudor Jones et Anri Du Toit lorsque leurs surprojections jungiennes, aka Ninja et Yo-£andi Vi$$€r, ont révélé leurs gueules de monstres (zombie décharné au rictus de Jason Voorhees pour lui, lentilles opaques et crâne à l'iroquois post-lobotomie pour elle) en soulevant leurs capuches fluorescentes, sous le chapiteau Univers d'un Couleur Café 2013 qui a, en ces quelques centièmes de secondes de tissu rejeté en arrière, effacé les traces du chemin cool/green/conscientisé creusé depuis dix-neuf ans... Oh oui, jou ma se poes in a fishpasse jar, Die Antwoord font peur et le public de Die Antwoord fout les chocottes... Car, bien sûr, le parti pris de ce "foutjeuristek" mélange de rap et de rave est à la fois comique et navrant mais toute cette masse (majoritairement flamande, attrait linguistique de l'Afrikaans oblige) qui avale, de sa grosse langue ovine, la bouillie du trio sud-africain au premier degré, est absolument détestable... La tension (titre, par ailleurs, de leur second opus) était telle sous la toile de cette tente, pour ce cirque post-nihiliste de clowns démembrés, que j'avoue avoir quitté ledit chapiteau en plaçant quelques violents coups de coude dans les côtes flottantes des baudets plantés devant moi... C'est donc admis, Die Antwoord est une machine live d'une rare efficacité qui, in fine, se regarde plus qu'elle ne s'écoute... Pourtant, S.O.S, notre disque du jour, recèle quelques moments dignes d'intérêt, dévoile Tudor Jones comme l'un des grands rappeurs actuels, avec ce flow transcendé par le recours à cette langue mourante des sud-africains blancs, et fait exploser le baromètre mémétique à chaque fois que Du Toit ouvre la bouche... Totalement anormal, le filet de voix de Yo-Landi s'écoule comme l'impossible mixture entre un manga érotisant, le plus hystérique des muppet shows et un véritable manifeste de création plasticienne contemporaine... Car c'est là que se situe la faille (Ay, there's the rub, nous disait le prince danois): puisque Die Antwoord est un objet culturel construit, fruit d'une réflexion et d'une stratégie, il est important d'en comprendre les enjeux et la sémiologie... Dis comme ça, ça semble évident: Guernica est un tableau intéressant mais étrange quand on manque du contexte culturel; Guernica est peut-être le plus grand tableau du vingtième siècle quand on sait de quoi il traite (en vérité, le plus grand tableau du vingtième siècle ce serait La Trahison des Images de notre ami René si un certain Kasimir, dont on ignore si'l était un monstre gentil, n'avait pondu son Quadrangle)... Or donc, foin d'intellectualisation extrême, la lecture adéquate de la production musicale de Die Antwoord passe par la conscience, en filigrane, de cette vérité trop souvent tue: l'apartheid, pour ignoble qu'il fut, ne peut se résumer à des blancs riches et des noirs pauvres; et la fin du système n'a certainement pas amélioré la vie du quart-monde blanc qui continue plus que jamais à grouiller dans sa crasse et sa bêtise endémique... Intéressante aussi, sur cet album dont nous possédons la version internationale éditée en 2010 par Cherry Tree Records (soit un pressage avec moins de morceaux mais à un prix plutôt rikiki, constaté et acheté à 6€, par exemple, chez les Rouges), la chanson "Evil Boy" cache, derrière son apparente fixette priapique, un véritable réquisitoire contre la circoncision à vif, rite de passage de nombreuses tribus zoulous, xhosas et autres, qui laisse pléthore de jeunes hommes au mieux handicapés à vie du zgeg, au pire vidés de leur sang au fin fond de la brousse... Et bien sûr qu'il faut rebattre les oreilles de l'Occident avec les ignominies de l'excision vulvaire et bien sûr qu'il faut souligner que l'on ne parle jamais des rites équivalents masculins, qui sont tout autant barbares... Plus loin, Yo-Landi Visser se tranforme en "Rich Bitch" et, une nouvelle fois sous un vernis d'humour parodique, règle son compte au gangsta rap et à ses valeurs vomitoires (champagne au goulot, liasses de billet et armes à feu, voitures qui rebondissent sur leurs amortisseurs-verrins, jeunes femmes dénudées encore plus objectisées que les pitbulls aux colliers de diamants)... Et si les plus sceptiques d'entre vous doutaient encore du véritable contenu artistique de l'entreprise, je rappelerai simplement que le groupe travaille sur ses clips avec le photographe Roger Ballen, père malgré lui du Zef, ce courant culturel du Sud-africain blanc sans le sou précédemment invoqué, et que Leon Botha faisait carrément partie du posse, au même titre que Ninja, Yo-Landi Visser, DJ Hi-Tek et DJ Vuilgeboost... Ce Leon Botha décédé il y a deux étés, à l'âge record de 26 ans, plus âgée victime de la progéria de tous les temps, ce Léon Botha omniprésent dans les premiers visuels du groupe, ce plasticien hip-hop, petit lutin qui avait mangé Keith Haring et était occupé à le recracher pour baliser ce vingt-et-unième siècle qui fait de plus en plus peur... Ce Léon Botha, enfin, dont le visage anémié, stigmatisé par cette horrible maladie, a surgi, d'outre-tombe, par la magie de la vidéo, sur les grands écrans dressés de part et d'autre de la scène, sous ce chapiteau Univers qui, vraiment, ne pourra plus jamais être le même après avoir subi les assauts déguelasses, la saillie extatique de "Die Fokken Antwoord".

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11/06/2010

291. "THE STAR AND THE WISEMAN-THE BEST OF" Ladysmith Black Mambazo

ladysmithblackmambazoEt comme dirait l'autre, c'est donc parti pour un bon mois d'adoration du dieu-ballon et ses vingt-deux apôtres... D'aucuns n'auront pas raté les catastrophiques prestations télévisées, hier soir, des actuels ténors de la scène (et je parle bien des black eyed peas et de shakira, pas d'elio di rupo et didier reynders)... Cela dit, on peut encore, et il faudra toujours, se poser la question de l'opportunité d'avoir fait chanter l'hymne de la première édition de la Coupe du Monde de football sur sol africain, par une libano-colombienne blanche, blonde et maigrichonne... On regrettera aussi que la bande à Will.I.Am (et surtout cette ignoble Fergie) ait préféré chanter en voix directe... Pour une fois, le playback fût plus judicieux... On en vient donc à des gens qui se moquent bien du système de la bande-orchestre et du mime labial... Ladysmith Black Mambazo, véritable institution en Afrique du Sud, sortait son best of en 1999, un joli exercice de styles qui voit ce groupe, qui tend largement vers la chorale si pas la tribu (ils sont dix, dont six membres de la famille Shabalala), aligner 18 morceaux aussi disparates que ne le reste sa longue et pérégrinatoire carrière... Déjà stars incontestées chez eux, c'est au milieu des années 80 que Ladysmith Black Mambazo prend d'assaut l'occident riche et gras, par le truchement d'un certain Paul Simon, qui a fait appel à eux pour instrumentaliser son album d'alors "Gracelands" et y assurer choeurs et harmonies... Se retrouve ici "Diamonds on the soles of her shoes" dont on peut honnêtement se demander s'il s'agit d'une chanson de Simon avec les LBM ou l'inverse... Plusieurs autres collaborations, glânées à la suite du succès mondial de la tournée avec petit Paul, apparaissent également sur cette copieuse compilation... Une reprise de "Knockin' On Heaven's Door" avec Dolly Parton ou une enième version de "Swing Low Sweet Chariot" avec China Black assurent, avec aussi le standard gospel "Oh Happy Day", les arômes d'hémisphère nord aux côtés de nombreuses plages issues du répertoire plus terroir du groupe, tels que le chant traditionnel "Shosholoza" ou les compos de Joseph Shabalala (le premier qui fait une blague sur la fille barbapapa qui se transforme en note de musique, il s'en prend une) "Kangivumanga", "Yibolabafana" ou "Sisesiqhingini", ce qui veut dire, "tout est si stupide"... Et à quelques heures du début de la grande foire aux nationalismes sportifs, je ne vois rien de mieux à dire... Sisesiqhingini, en effet, même si c'est l'Allemagne qui gagne à la fin. 

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24/01/2009

284. "IV" Cypress Hill 28/12/08

cypress hill ivLa guerre d'indépendance éclate entre l'Ethiopie et l'Erythrée... Matoub Lounès tombe sous des balles qui restent anonymes, pour la plus grande quiétude du gouvernement algérien... L'US Navy attaque une usine pharmaceutique au Soudan pour découvrir qu'on y fabrique bien des médicaments et non pas de l'armement pour Ben Laden... Pendant ce temps, au pays, la populace se gave des rebondissements de la supercherie brodée autour de l'adultère présidentiel... Jean-Paul II se rend à Cuba, accueilli à bras ouverts par Fidel Castro (Le Castro en terre cuite, je vous laisse y réfléchir)... Pinochet est arrêté pour ne jamais être jugé... En Australie, enfin, des excuses officielles sont présentées aux Aborigènes par le gouvernement... Les Talibans entament leur marche sur l'Afghanistan... Chez nous, un accord de paix sans échéance est signé à Belfast, Schröder monte et Prodi tombe... L'un dans l'autre, 1998, il y a encore tout juste dix ans, n'était pas pire qu'une autre année... Tapi dans mon kot, j'écoute, entre autres, ce virulent "bâton vé" des Cypress Hill... Tout doucement, mais sans flancher, le posse latino-black de la côte Ouest (tes palaces n'abritent que mensonges et passions, oh oh) annonce son glissement dans un univers plus rock hardcore que pur hip hop... D'ailleurs, aux côtés de DJ Muggs et des MCs Be-Real et Sen Dog (qui effectue ici son retour après trois ans d'absence), le percussioniste et bassiste (Eric) Bobo et le guitariste Mike "Fingers" Sims ont droit de cité dans les crédits de la pochette... Assez rèche musicalement, donc, la plaque est surtout dense, gonflée de dix-neuf morceaux (dont un bonus uniquement dispo sur cette première édition en boîtier carton aujourd'hui présentée) et voit la bande de la colline aux cyprès aborder tous les thèmes qui lui sont propres et chers... Aliénation urbaine (Checkmate, From the window of my room, Nothin' to lose), Violence policière (Looking through the eye of a pig, Riot starter), un peu de vie de gangsta (I remember that freak bitch, Tequila Sunrise, Dead men tell no tales) et, bien sûr, "des modalités d'un usage excessif du delta-9-tetrahydrocannabinol" (Dr. Greenthumb, High Times)... En couverture, trois squelettes prennent la pose: celle des singes de la sagesse japonaise... Pour rappel, Mizaru, Kikazaru et Iwazaru indiquent aux hommes que la voie de la plénitude passe par la capacité à ne pas dire ce qui ne doit pas être dit, ne pas voir ce qui ne doit pas être vu et ne pas entendre ce qui ne doit pas être entendu... Le quatrième album des Cypress Hill s'entend pourtant assez bien, j'en ai vu la pochette plus d'une fois et, même, je viens de vous en parler aussi éloquemment que possible... Comme quoi, nous ne sommes pas aussi sages que nous pourrions l'être... Enfin, surtout qui vous savez...
Seb

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24/06/2007

193 "III TEMPLES OF THE BOOM" Cypress Hill 15/06/07

Cypress Hill III temples of the boomConçu et enregistré en 94/95 dans un climat de tensions internes entre B-Real et Sen Dog, le troisième album des Cypress Hill ne soutient évidemment aucunement la comparaison avec "Black Sunday" (relire chronique 159)... L'ouvrage, avant tout enfanté par DJ Muggs, donc, ne manque pour autant pas d'intérêt... Le DJ-compositeur du trio s'est laissé aller à ses envies de l'époque et malgré sa longueur (plus de septante minutes au total des deux disques), le tout est cohérent, soutenu par des ambiances de choeurs quasiment tibétains et une ambiance franchement plus zen et méditative que ce que Cypress Hill avait produit jusque-là... Cette cohérence a cependant un coût puisque Temples of the Boom ne contient à proprement parler aucun hit-single et hormis "Throw your set in the air", le single d'accroche paru avant l'album, n'a d'ailleurs placé aucune chanson dans le Top 100 du Billboard US... 15 chansons pour 55 minutes constituent donc le gros oeuvre (et le CD1) de ce double album, une unique plage remixée de plus de vingt minutes occupe le CD2... Ce "Buddha Mix", qui laboure donc encore plus profondément les ambiances himalayennes esquissées sur Temples of the Boom, est, ce n'est pas innocent, crédité au seul DJ Muggs... Composé d'auto-samples de morceaux des deux premiers albums du groupe, ce long trip hip-hop qui baise les pieds d'or et de miel de Siddhartha Gautama reste peut-être la meilleure raison d'acheter "III Temples of the Boom".

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192. "THE BEST OF" Alpha Blondy 14/06/07

Alpha Blondy The Best OfC'est acquis, l'Ivoirien est une légende vivante du reggae, statut d'autant plus facilité en nos contrées par son multilinguisme francophile... C'est au milieu des années 80 qu'Alpha s'impose un peu partout dans les zones historiquement acquises au rastafarianisme musical avec deux albums à la fois réellement authentiques et suffisamment grand-public, Jerusalem (accompagné des mythiques Wailers, en 1986) et Revolution (qui, en 1987, impose The Solar System comme ses accompagnateurs, encore à ce jour)... Le problème de ce best of, c'est qu'il a été conçu de manière plus exhaustive que logique au regard de la production discographique et étale donc, en treize morceaux à peine, des chansons issues des huit albums de l'artiste édités de 1984 à 1994... Or, comme souvent, une crise mystique et religieuse a radicalement tari la source d'inspiration d'Alpha dès la fin des 80's, rendant quasiment redondante la moitié de cette compilation... De plus, conçu pour le marché international, ce "best of" évite avec une circonspection suspecte les morceaux les plus francophones de monsieur Blondy... Enfin, "Brigadier Sabary", la chanson la plus connue de son répertoire, est absente de la track-list, pour des raisons inexplicables... Par contre, un inutile bonus track, "cool summer mix" du morceau "Rendez-Vous", déjà présent dans sa VO sur ce disque, conclut ce "best of" qui sert bien mal la cause de son sujet... Les fans auront de toutes façons, au minimum, les albums qui comptent, les autres peuvent passer leur chemin sans regrets. 

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30/04/2007

159. "BLACK SUNDAY" Cypress Hill 22/04/07

Cypress Hill Black SundayWhaddaya say, Ese ? Don't you know I'm loco en el coco ? Ah ah, prosternez-vous devant notre brillant éclectisme... ou roulez-vous un oinj, c'est comme vous préférez, on est pas regardants... L'année, c'est 1993, le lieu c'est LA, man, la claque, c'est Cypress Hill qui te la retourne dans les dents... Annoncé par l'imparable single "Insane in the Brain", ce brûlot, le deuxième album du trio composé par Sen Dogg, B-Real et DJ Muggs reste une balise éblouissante dans l'océan poisseux et pollué du rap moderne... Là où Cypress Hill change immédiatement la donne, c'est dans sa nature, ses goûts et ses choix... Le groupe est multiculturel, avec des apports blacks et latinos, plutôt que de pomper James Brown, George Clinton et Stevie Wonder, Cypress Hill tire ses samples du registre country et de la discographie de Black Sabbath... Enfin, le posse reste le seul de la Côte Ouest a n'être jamais entré dans la malsaine concurrence entre Pacificois et Atlantiquiens... Bien sûr, il y a la manière outrancière avec laquelle Cypress Hill milite pour la légalisation du chanvre à fumer qui peut gêner mais malheureusement, aux States, les personnes raisonnables n'ont pas voix au chapitre... Seul petit reproche, la plaque démarre en enchaînant ses cinq singles et après ces intenables vingt premières minutes, l'affaire a parfois du mal à tenir sur la longueur (il est tout de même question ici de 14 morceaux pour une durée de 45 minutes)... Mais malgré cette légère faiblesse, Black Sunday, c'est "le" album de rap qui doit se trouver dans toute discothèque rock digne de ce nom.

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