09/08/2013

333. "CHANTER PLUS FORT QUE LA MER" Petite-Vallée Les chanteurs du village

uncdparjour chanterplusfortquelamer.jpgReplongeons-nous donc sans pudeur, ou avec impudeur, c'est selon le taux de démarche active que l'on veut y insuffler, dans un passé déjà plus si récent que cela, quand les coeurs frétillaient sans savoir pourquoi et que les corps ignoraient encore qu'ils s'étaient retrouvés après que la boule de plasticine a été coupée en deux (cherchez pas à comprendre, on est dans l'impudique, certes, mais pas dans la crasse monstration des sentiments)... Dans le grenier aménagé, dans la soupente boisée de cette ferme-théâtre, à la fois sans géographie et en même temps tellement d'ici, ce centre-sud d'un pays du centre-nord, comme pouvant être de là-bas, ces grandes étendues vertes, brunes, grises sous des cieux d'un bleu cristallin où se détache, telle une breloque porte-bonheur sur le pendentif du nouveau-monde, cette croix plantée par Jacques Cartier... L'action donc, dont l'exactitude des souvenirs ferait pâlir d'envie le premier Sherlock venu (ce qui permet une disgression du plus éhonté freestyle en soulignant ici tout le talent de Benedict Cumberbatch), démarre dans ces combles scéniques, avec, sur l'estrade, presqu'autant de monde que dans les gradins... C'est qu'à Petite-Vallée, sous ce ciel fantasmé d'une Gaspésie bien trop lointaine, on a décidé, il y a quelques années, de se mettre à chanter, tous à chanter... L'épicier jouerait-il des cuillères que le maître d'école s'attribuerait les notes les plus aigües, l'aubergiste se claquerait sur les cuisses au rythme du violon de l'infirmière et des guitares du comptable... Par des chemins de chasse nécessairement détournés par les tempêtes de neige, les raquettes détressées et les collets à l'abandon, voilà toute cette petite troupe débarquée de l'autre côté de l'océan, dans une banlieue carolorégienne qui n'en demandait certainement pas tant mais en recevait à foison... Bien sûr, nous regrettons tous le temps béni du festival Mars en Chansons, mais ses revenances sont constantes et pour toutes les raisons de coeur, de corps et d'âme soeur précitées, cette édition 2005 ne s'effacera jamais de nos boîtes noires, où que ce soit que l'on aille finalement nous crasher... Animés par Alan Côté, auteur-compositeur de la part du lion de ce répertoire forcément très chanson française classique mais mâtinée d'ambiances "sam'di souèr à Saint-Dilon", les Chanteurs-citoyens de Petite-Vallée continuent à mettre sur pied leur festival en chanson (pour info, en juillet dernier, ils ont notamment reçu Daran, qu'on imagine bien content de cette invitation en rive du golfe du Saint-Laurent)... Un événement culturel d'autant plus méritant qu'au dernier recensement, les habitants de Petite-Vallée sont au nombre faramineux de 248... Et pourtant, donc, c'est bien suffisant pour chanter plus fort que la mer, cette mer nourricière, cette eau elle aussi bleu cristal, étouffée de poissons et de baleines, cette mer, surtout, qui, un jour, a fixé son prix: la vie de deux pêcheurs... "C'était pourtant un matin clair, la mer en huile, deux gars, deux frères" entame Alan Côté dans cette plage titulaire qui dévoile combien un accident somme toute simple, arrivé deux générations plus tôt, peut marquer toute une communauté... C'est là aussi toute l'élasticité relative de l'esprit humain, de sa morale et de la sensation du malheur... Soyez un milliard d'Indiens et qu'un traître mascaret du Gange vienne engloutir dix-mille ablutionnaires, c'est pas sûr qu'on en parle encore six mois plus tard... Habitez à 248 entre les épinettes noires et les bouleaux jaunes et une barque qui chavire va traumatiser tout votre petit monde pendant un siècle... De les avoir vus en vrai, l'on sait que les chanteurs du village sont généreux, de les entendre sur ce disque, il est impossible de ne pas le deviner... Avec cette inspiration sans cesse ancrée dans le quotidien cocasse de simplicité ("Ma tante Lolâ aime beaucoup l'Académie des vedettes, elle les appelle ses p'tits choux, elle a voté sur Internet") et les irrépressibles souvenirs d'enfance (la première personne de couleur rencontrée dans ces landes écartées, les tempêtes de neige qui bloquaient l'accès à l'école, etc.), les Chanteurs du village parviennent à boucler cette quadrature du cercle du message artistique: toucher à l'universel en se focalisant sur le particulier... Enfin, ce disque, que vous aurez malheureusement bien du mal à trouver, à moins de ne parvenir à engager une longue correspondance amicale avec ces Gaspésiens eux-mêmes, compte aussi un fabuleux bijou, une de ces chansons que je peux écouter en boucle un milliard de fois à la puissance un milliard avec encore un milliard de zéros derrière (donc, beaucoup de fois, vous l'aurez compris): les "Fous de Bassan" issue du répertoire bien méconnu chez nous (c'est un euphémisme, contrairement à "va, je ne te hais point" qui est une litote, "Esope reste ici et se repose" qui est un palindrome et "l'économie de marché va se réguler d'elle-même et assurer le bonheur des humains" qui est probablement la plus criminelle des propagandes que j'ai entendue de mon vivant, moi qui ai connu la planète coupée en deux par un rideau de fer) de l'ACI montréalais Jacques Blanchet, décédé en 1981 à 50 ans seulement... Je vous aurais bien mis ça en vidéo cadeau mais non, on ne trouve pas tout sur toituyau... Y'a tout de même un montage de photos de Gaspésie avec " Chanter plus fort que la mer" en bande-son, ne boudons pas... 

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18/04/2011

324. "LIVE" Desjardins & Abbittibbi

desjardinsabbittibbilive.jpgLa résidente Christina Yang s'en sort la tête en extirpant de l'eau une truite de douze kilos, le docteur Sheldon Cooper se convainc du comportement ondulaire des électrons après avoir fait tomber par terre les commandes de la table 6, le professeur Alessandro Regazzoni trouve sa guérison émotionnelle dans une tarentelle baroque, l'ancienne mutante Jubilation Lee se reconstruit grâce à une épistole longue d'une seule phrase... La chose est entendue: en fiction, le moindre détail, trivial, dérisoire, inattendu, peut faire toute la différence... Ma vie serait-elle une fiction puisque, caddie derrière caddie, chez ce hard discounter allemand (celui qui n'a pas la première lettre de l'alphabet dans son logotype), il a suffi d'une bribe de conversation, entendue à la volée, pour reprendre un tonus tout printanier ?.. L'homme: "Et comment ça va, vous avez le moral ?", la femme: "Et pourquoi ç'qu'on ne l'aurait pas ?"... Alors, commençons cette seconde semaine pascale par un disque plus doux qu'amer mais aussi plus acide que basique... Il n'est plus besoin, ici, de présenter Richard Desjardins ni même de rappeler qu'avant de démarrer la carrière solo qu'on lui connaît, il avait animé, fin des 70's, le fugace groupe Abbittibbi... Pas si fugace que ça, cela dit, puisqu'une fois le succès acquis et la reconnaissance installée, Richard a rameuté ses vieux potes, en 1994, pour un album studio, une tournée et, en toute logique, le live aujourd'hui présenté... Enregistré sur trois jours de novembre 1995, au vieux-clocher de Magog (la ville québécoise "nichée entre le lac Memphrémagog et le mont Orford, noyau d'une station touristique bien pourvue en infrastructures sportives", nous apprend le syndicat d'initiatives local; et non pas, évidemment, le Magog biblique, fils de Japhet, descendant de Noé), cette plaque permet, évidemment, des traverses musicales et des envolées harmoniques que Richard tout seul aurait bien du mal à atteindre... Francis Grandmont aux guitares, Claude Vendette aux saxophones, Rémy Perron à la basse et Richard Perrotte aux percussions entraînent nombre de classiques du répertoire de Desjardins dans des ambiances sublimées: "Miami" acquiert enfin l'atmosphère opressante adéquate à cette anti-fable sur le racisme ordinaire; "M'as mettre un homme là-dessus" devient un boogie de fin de siècle, poisseux et concentrique; "Les Yankees", en final, est conforté dans sa construction en crescendo et le climax des paroles, lorsque l'on découvre "qui est le chef ici", est soutenu par un apogée musical explosif... Mais ce disque vaut aussi, pour tous les amateurs de chanson francophone autant que pour les fans de Desjardins, par ses morceaux inédits, notamment le très delta-graisseux "Déboutonne ton blues", l'irrésistible chanson à répondre "Les Bonriens" ou le morceau de bravoure folk (et tout simplement l'un des meilleurs morceaux de Richard) "Au Pays des Calottes"... Par contre, bien sûr, ça risque d'être difficile, en 2011, de se procurer ce disque mais c'est définitivement le printemps, alors on va pas s'en faire pour ça, les coeurs palpitent, les oiseaux chantent, les coeurs sont des oiseaux.

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01/11/2010

308. "L'EAU ROUGE" The Young Gods

L'eau rouge TheYoung Gods.jpgC'est la fin du suspense... que le Limbourg faisait partie de nos préoccupations de ce week-end car nous fûmes du festival indoor Sinner's Day, à l'Ethias Arena d'Hasselt... Là, vîmes moultes prestations musicales, par ailleurs bien inégales mais globalement jamais bancales (à part l'acharnement de Nina Hagen, qui fait quinze ans de plus que son âge, à écouler des gospels à la guitare sèche)... La faune était amusante, sa moyenne d'âge pas loin des plus de 40 balais et le noir, comme de juste, de rigueur dans le dresscode... Appréciâmes, l'âge mûr du public aidant, l'atmosphère de non-agression dans les travées... Le bruit et la fureur étaient avant tout sur les planches, surtout avec nos trois (plus si) jeunes dieux suisses, finalement plus francophones que prévu et qui, comme d'autres mousquetaires, étaient quatre sur scène... Champions du rock industriel, chantres de la cassure de rythme, les Young Gods ont offert l'une des très grandes prestations de ce tout jeune festival (c'était la deuxième édition) dont, cela dit, pour enthousiasmant qu'il soit, le concept porteur risque de rapidement tourner court... En effet, des groupes ou artistes de la période punk/post-punk/new wave qui sont encore physiquement, mentalement et artistiquement montrables en 2010 et des, il n'en reste pas tant... Mais bref, les Young Gods, eux, ont assurés, à notre grande satisfaction de pouvoir secouer nos cheveux en agitant violemment la tête sous les coups de boutoir de leur batterie, avec ces claviers grinçants, une guitare percussive, un chanteur guttural à souhait... Pour illustration, afin de garder un minimum de sens avec l'objet premier de ce blog, et en vous remerciant, leur deuxième album, aux textes entièrement en français, sorti en 1989 sur PIAS... Plus tard, nous parlerons d'autres beaux moments de ce Sinner's Day, là maintenant, il est surtout temps de souhaiter une bonne fête à tous les gens qui sont morts. 

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20/08/2010

304. "BOOM BOOM" Richard Desjardins

boomboom.jpgCharles d'Avray nous l'avait dit dans son "triomphe de l'anarchie" dont chacun préfèrera la version historique des Quatre Barbus ou la réinterprétation des René Binamé : "Tout est à tous, rien n'est à l'exploiteur"... Moins dogmatique, tout aussi efficace, l'ami Richard conclut "Y va toujours y avoir" (dont on reparle plus loin) sur le lapidaire : "Y'en a qu'on tout' pis toutes les aut' y'ont rien"... C'est l'un des arguments objectifs qui permettent d'affirmer que Richard Desjardins, aussi peu productif soit-il (on en est à six albums studios depuis 1981) est le plus grand auteur-compositeur-interprète vivant de langue française : personne n'a son talent pour conclure ses textes, trousser des épilogues à ses histoires chantées... Et "Boom Boom", sorti en 1998, n'échappe pas à la règle... Je ne pourrais pas entrer dans les détails sans déflorer la beauté intrinsèque de ces morceaux mais faites-moi confiance si je vous dis que "Senorita", "La maison est ouverte", la plage titulaire, "Söreen", "L'engeôlière" et "Y va toujours y avoir" (soit la moitié du disque, quasi) jouissent de chutes qui coupent le souffle et enragent tous les aspirants-ACI à l'aune du cruel "pourquoi j'y avais pas pensé moi-même"... Autre argument, de poids et absolument irréfutable, en faveur du statut de Richard au sommet de la chaîne alimentaire des poètes vivants : il n'en a rien à faire et, mieux, il niera toute tentative de l'en convaincre, sans fausse modestie... "Boom Boom", autant le surnom de l'héroïne de cette même chanson que l'irrépréssible battement du palpitant, c'est du pur Desjardins : sa voix, ses émotions, un piano ou une "guétard", jamais les deux en même temps... Si Richard annonçait qu'il arrétait d'inventer de nouvelles chansons, on oserait même affirmer que "Boom Boom" est son meilleur album... Je suis vraiment trop décousu aujourd'hui, trop donné dans le coq à l'âne de la fois passée, c'est pas bon, mes lecteurs vont être déçus, oups, j'ai tapé mes pensées tout haut... Coupons court et quittons nous, alors, sur un joyeux exercice de comparaison entre la version dépouillée qui prend aux tripes de "Y Va Toujours Y Avoir" telle qu'offerte sur "Boom Boom" et la version full orchestre, un rien reggae, du groupe Abbittibbi (dans lequel bien sûr, un certain Richard Desjardins fournissait textes, piano, voix) sur son premier LP, aujourd'hui introuvable graal, sorti en 1981... Et à une prochaine fois avec plus de peps, je vous laisse aussi sur ce problème facile à résoudre : si Paul et Jacques assurent chacun 50% de travail, combien de pourcents de travail en plus Jacques se prend-il dans la tronche quand Paul prend ses vacances ?


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30/07/2008

268. "LA MALINE" Marie-Jo Thério 30/07/08

Marie-Jo Thério La MalineJe ne vous apprendrai rien en vous disant qu'il fait chaud à crever à travers cette fin juillet de pays déliquescent... Déjà de bon matin comme là maintenant, il y a des pièces de la maison, exposées plein est, où il est déjà difficile de respirer... De l'air frais, heureusement, je sais où en trouver: dans les sensibles mais solides chansons de Marie-Jo... Acadienne de souche survivante à la déportation, citoyenne du Nouveau-Brunswick, Marie-Jo a la plume et le piano des plus grands auteurs et l'exubérance contagieuse des plus grands interprètes... La Maline, finalisée en plein changement de millénaire, est son deuxième album mais Marie-Jo elle-même vous le dira, il s'agit réellement de sa première oeuvre... C'est que la petite poétesse, pourtant toujours relativement jeune, avait vécu une première vie, plus brunette que blondinette, de carrière en parallèle d'actrice de soap opéra et de chanteuse de variétés... Tout ce qui va suivre n'a plus rien à voir mais c'est l'heure du petit déjeuner et si vous qui lisez ceci vivez en Belgique, je vous invite à essayer un nouveau produit à base de pain d'épices et de lait, commercialisé sous emballage bleuté par le leader du marché des speculoos... Si vous n'aimez pas le pain d'épices, vous pourriez être conquis, si vous aimez ça, vous risquez fortement d'avoir des pointes d'extase à la consommatioon de ce produit qui compte le mot "double" dans sa marque (bon, je peux vraiment pas faire plus, après c'est carrément de la pub gratuite et plus de la réclame bon enfant)... Et avec sa voix qui peut, selon ses besoins et envies, se faire cannelle ou clou de girofle, Marie-Jo vous promet le même effet... Si vous en avez décidemment marre de n'avoir pour choix en provenance d'outre-océan que les gueuleuses à la Saint-Pier ou les geigneuses à la Lemay, il est plus que temps que vous accueilliez Marie-Jo dans votre vie musicale... Dès le premier souffle d'accordéon sur la plage titulaire qui ouvre le disque jusqu'aux derniers soupirs de la "Jam à Beaumont" qui closent les festivités, il y a cet époustouflante réussite d'avoir cultivé sur le même lopin de 46 minutes de long des chansons calmes, des morceaux bien plus psychés, un arbre à fruits et un oiseau de paradis, le tout dans une cohérence de sons pastels qui donne à ce disque une rare consistance... De plus, tout comme Julos Beaucarne, fan avéré et l'un des ambassadeurs culturels de Marie-Jo en ce vieux monde, vous saurez à votre tour ce que les garçons et les filles d'âge indéterminé mais restés adolescents peuvent se dire comme horreurs blessantes ("une fille c'est comme un livre que tu sais que tu finiras pas", "t'es tellement cool quand t'allumes ta smoke mais t'as tellement peur du feu que ça se peut même pas", etc.) tout en faisant des bulles dans leurs cafés... Maintenant, bien sûr, La Maline doit être à peu-près introuvable dans nos magasins, cela dit, le premier album européen de Marie-Jo, sorti en 2005, doit, lui, être toujours en stock chez qui de droit (maison de disques Naïve) et avait été soumis à votre sagacité en des temps anciens, je dirais le 20 novembre 2006.

Seb  

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17/12/2007

231. "LES DERNIERS HUMAINS" Richard Desjardins 15/12/07

desjardins derniers humainsUn mois, ce n'est bien sûr pas un deuil complet mais si on ne reprend pas maintenant de bonnes habitudes créatrices et positives, on ne le fera jamais... Un dernier mot, compréhensible à l'aune des événements de novembre, quand (si ?) nous mourons un jour, Rox voudra, pour ses obsèques, que l'on écoute, entre autres, la reprise par Beverly Jo Scott du "Coquelicot" de Mouloudji... Quant à moi, face à pléthore de chansons potentiellement adéquates, je choisirai notamment "Le Coeur est un Oiseau", qui clôt (ou presque, passons sur la 1:17 de "The King is dead" qui finit réellement l'album) "Les Derniers Humains" de Richard Desjardins. Et c'est à partir de maintenant qu'il y a plusieurs doigts qui se lèvent dans la classe pour demander "Richard qui ça, m'sieur ?"... Or donc, nous voici il y a un bon vingt ans déjà, de l'autre côté de la flaque, dans la province qui, aussi belle qu'elle soit, est surtout glacée froide... Isabelle Mayereau, vedette vachtément populaire en ces contrées à cette époque, est en concert... Ou du moins, devrait l'être car pour première partie, elle a une espèce de gars pas connu mais dont les premières rides et cheveux grisonnants laissent entendre qu'il aurait déjà une certaine expérience derrière lui... Richard Desjardins, seul avec son piano, seul avec sa guitare, seul avec ses chansons étourdissantes de réalisme, d'engagement et de poésie, va tellement séduire le public que la salle ne laissera pas Mayereau faire son show, réclamant de plus en plus fort que le petit gars à lunettes, cheveux dans la nuque, pas beau, pas moche, continue à déverser son talent à la louche sur l'ensemble de l'auditoire... A l'aube des années 90, un certain Francis Cabrel s'inscrit au fan-club de celui qui est encore aujourd'hui le plus grand talent le moins connu de toute la francophonie et lui ouvre carrément la porte du vieux monde en reprenant "Quand j'aime une fois, j'aime pour toujours" (issu de l'album qui suit celui présenté aujourd'hui)... "Les Derniers Humains" étaient sorti en 88 et en vinyle dans un anonymat peu relatif, qu'à cela ne tienne, devenu vedette en 1992, Richard Desjardins réenregistre cette plaque, seul dans une église, avec toujours sa guitare dans le dos et son piano en bandoulière et le disque sort, sous cette nouvelle forme, en CD... Vous l'aurez compris, si vous connaissez déjà Desjardins et son oeuvre, vous savez à côté de quel monument vivant vous ne passez pas, sinon, il est plus que temps d'ouvrir les yeux, les oreilles, d'être à l'affût et d'acheter le premier disque de Richard que vous trouverez sur votre route... Dépouillé, magnifié par l'écho solennel du lieu d'enregistrement un rien particulier, cet album aligne, de plus, les principales thématiques chères à cet artiste qui, au-delà de chansons qui rendent l'auditeur plus humain et intelligent, s'engage corps et âme dans la lutte et les causes justes en lesquelles il croit... Le racisme ambiant (galopant, plutôt) des grandes nations d'Amérique du Nord ("Les Yankees', "Miami"), les attaques incessantes contre l'environnement et l'équilibre du biotope ("Akinisi"), l'esprit libertaire et solidaire ("Le coeur est un oiseau", "The millwheel song") et, bien sûr, obligatoirement, l'Amour, salvateur plus que destructeur mais qui porte en lui autant les germes d'une renaissance que ceux de la disparition permettant cette renaissance ("On m'a oublié", "Dans ses yeux"), ce ne sont là que quelques-unes des clés qui permettent d'ouvrir la boîte de Pandore de Desjardins... Il est plus que temps, Richard, même si fidèle à ta ligne de vie tu n'en feras quand même qu'à ta tête et que ça fait plusieurs années que sauver la forêt primaire du Canada te prends tout ton temps, il est plus que temps pourtant que tu viennes refaire des scènes chez nous, vite, besoin, le monde va mal et la petite Belgique non plus.

Seb 

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25/03/2007

128. "LES SAISONS DU PARADIS" Thierry Romanens 22/03/07

Romanens Les saisons du paradisC'est jeudi, c'est Thierry et avec lui débute ici une trilogie album/concert, voici (pffouu, ça commence fort avec une allitération en I qui n'est pas des plus faciles à réaliser)... Donc, ce soir, prestation de Thierry Romanens dans un nouveau petit lieu des plus motivants et motivés de Charleroi, la Boîte à Pâquerettes... Accompagné de son inséparable violoniste Patricia Bosshard et d'un nouveau copain au clavier, Alexis, notre Helvète favori s'en est allé butiner dans ses trois albums (le deuxième album studio, sorti il y a un an en CH et six mois en France ne jouit toujours pas d'une distribution en Belgique) pour jouer à son sport musical favori: la corde raide entre l'émotion tendre et la franche rigolade, même si, public réduit et interconnecté oblige, on a versé par moments dans le one-man-show, ce qui ne gêna guère notre héros, Thierry ayant débuté sur les scènes comiques de Suisse avant de se rediriger vers la chanson... Les Saisons du Paradis, présenté aujourd'hui, est un titre en jeu de mots auto-référencé car cet album est en fait la captation d'un concert effectué sur les ondes de RSR La 1ère dans le cadre de l'émission "Session Paradiso" (capice le calembour ?)... Cette plaque contient tous les morceaux d'anthologie de ce début de carrière qui a notamment vu Thierry et ses deux complices d'alors (Wally Veronesi, à la guitare, s'est aujourd'hui lancé, après séparation en excellents termes, dans un projet solo plus rock) se produire par trois fois (Ferme de Martinrou, Eden en première partie de Gilles Vigneault et Théâtre Poche) dans la région de la première métropole wallonne (faudra penser à voir avec le bourgmestre si nous avons droit à une prime à chaque fois que nous tapons première métropole wallonne au lieu de Charleroi)... Okay, c'est l'heure de l'anecdote ultra-perso dont personne n'a rien à foutre mais qui est d'une importance vitale pour nous: c'est lors du troisième concert de Thierry Romanens, il y a deux ans au Théâtre Poche, que nous, Seb&Rox, nous sommes rencontrés pour la totale première fois de notre vie... Sur ces Saisons qui, heureusement, sont toutes ensoleillées mais pas caniculaires, fleuries mais pas chargées de pollens urticaires, aérées mais pas venteuses, ceci mais pas cela, on a compris, trouve-t-on donc, entre autres, les titres suivants, qui sont parmi nos préférés, Le Bonheur est un Salaud, La Retirette, Un tout petit moment, J'ai les clés, Ein Zwei Polizei, Petite Rouquine; on n'y trouve pas Rieur aux anges ou Spritzengefühl, qui étaient, eux, sortis sur le premier album studio de l'artiste, antérieur à celui-ci et absolument introuvable

Seb&Rox   

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21/11/2006

6. "LES MATINS HABITABLES" Marie-Jo Thério 20/11/06

B0007XT3OY.08 Jusqu'ici, le sommet artistique de la poétesse acadienne bien injustement méconnue reste son opus précédent ("La Maline") qui sera chroniqué en son temps. L'intérêt des "Matins Habitables" (à moins que cet album ne soit éponyme, qui peut savoir à part elle ?), c'est que c'est la première sortie européenne de l'auteuse-compositeuse-interprète de Moncton, Nouveau-Brunswick. Pas besoin donc de courir les bacs imports, celui-ci vous le trouverez peut-être même sans peine au MediaMarkt le plus proche. Pis tabernac' c't'ène bonne invitation dins l'univers de Marie-Jo puisque cet album recycle deux des plus beaux morceaux de "La Maline" (Café Robinson & Arbre à Fruits), l'un des rares morceaux qui valaient la peine sur son premier album (Moncton) et, surtout, l'album se clôture, avec pertes et fracas, sur "Evangeline" de Michel Conte, une chanson (magnifiée évidemment par Marie-Jo) au pouvoir inouï : j'ai beau être un grand garçon, propre sur moi, hétéro, épanoui, j'ai pas honte de le dire, je pleure, recta, comme ça, à chaque fois, à la fin du quatrième couplet.
Seb

 

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