07/08/2013

332. "S.O.S." Die Antwoord

Uncdparjour Die Antwoord SOS.jpgJ'en ai vu des horreurs en tant de temps passé au front des concerts, dans les tranchées des plaines de festivals, dans les nids d'aigles de salles tout autant exigues qu'enfumées, ou, au contraire, totalement nues, sans aucun sac de sable ni croisillon de barbelés pour tenter d'échapper aux rafales de décibels vicieux et entortillonnés... J'aurai des attaques d'acouphène jusque sur mon lit de mort, peut-être, peu importe, est-ce même là le propos du jour ?... que nenni, mon valet de pique... Mais j'en ai vu des horreurs, j'ai vu Christophe Miossec suant d'alcool (à l'époque, ce n'était pas encore un complet pléonasme) se taper la tête sur son micro jusqu'à s'en pêter le front, le pompier de service fébrile à chercher l'aiguille et les sutures pour la sortie de scène... J'ai vu Till Lindemann, cette improbable engeance de la princesse Fiona et d'Andreï Chikatilo, sodomiser son claviériste avec sa prothèse pénienne avant de gicler sa simili-semence sur la foule... J'ai vu Loredana se réjouir d'avoir des "adeps" dans la foule de bovins motards d'une quelconque escale basse-sambrienne... J'ai vu la danseuse de Bonaparte, dans cette déjà très utérine Rotonde, effectuer une espèce de parade précopulatoire avec des abats sanguinolents... J'ai vu le petit Serge, sur le seuil de la mort, à ce point bafouiller les mots de l'autre Serge (déjà décédé et pas moins imbibé) que ce Maxim's a failli se terminer en dentier gigotant sur les planches de la plus belle salle de Wallonie... Oui, donc, c'est établi, j'en ai eu des visions d'angoisse, de dégoût, de misère... Et pourtant, il se peut que rien de tout cela ne soutienne la comparaison avec l'effroi causé par Watkin Tudor Jones et Anri Du Toit lorsque leurs surprojections jungiennes, aka Ninja et Yo-£andi Vi$$€r, ont révélé leurs gueules de monstres (zombie décharné au rictus de Jason Voorhees pour lui, lentilles opaques et crâne à l'iroquois post-lobotomie pour elle) en soulevant leurs capuches fluorescentes, sous le chapiteau Univers d'un Couleur Café 2013 qui a, en ces quelques centièmes de secondes de tissu rejeté en arrière, effacé les traces du chemin cool/green/conscientisé creusé depuis dix-neuf ans... Oh oui, jou ma se poes in a fishpasse jar, Die Antwoord font peur et le public de Die Antwoord fout les chocottes... Car, bien sûr, le parti pris de ce "foutjeuristek" mélange de rap et de rave est à la fois comique et navrant mais toute cette masse (majoritairement flamande, attrait linguistique de l'Afrikaans oblige) qui avale, de sa grosse langue ovine, la bouillie du trio sud-africain au premier degré, est absolument détestable... La tension (titre, par ailleurs, de leur second opus) était telle sous la toile de cette tente, pour ce cirque post-nihiliste de clowns démembrés, que j'avoue avoir quitté ledit chapiteau en plaçant quelques violents coups de coude dans les côtes flottantes des baudets plantés devant moi... C'est donc admis, Die Antwoord est une machine live d'une rare efficacité qui, in fine, se regarde plus qu'elle ne s'écoute... Pourtant, S.O.S, notre disque du jour, recèle quelques moments dignes d'intérêt, dévoile Tudor Jones comme l'un des grands rappeurs actuels, avec ce flow transcendé par le recours à cette langue mourante des sud-africains blancs, et fait exploser le baromètre mémétique à chaque fois que Du Toit ouvre la bouche... Totalement anormal, le filet de voix de Yo-Landi s'écoule comme l'impossible mixture entre un manga érotisant, le plus hystérique des muppet shows et un véritable manifeste de création plasticienne contemporaine... Car c'est là que se situe la faille (Ay, there's the rub, nous disait le prince danois): puisque Die Antwoord est un objet culturel construit, fruit d'une réflexion et d'une stratégie, il est important d'en comprendre les enjeux et la sémiologie... Dis comme ça, ça semble évident: Guernica est un tableau intéressant mais étrange quand on manque du contexte culturel; Guernica est peut-être le plus grand tableau du vingtième siècle quand on sait de quoi il traite (en vérité, le plus grand tableau du vingtième siècle ce serait La Trahison des Images de notre ami René si un certain Kasimir, dont on ignore si'l était un monstre gentil, n'avait pondu son Quadrangle)... Or donc, foin d'intellectualisation extrême, la lecture adéquate de la production musicale de Die Antwoord passe par la conscience, en filigrane, de cette vérité trop souvent tue: l'apartheid, pour ignoble qu'il fut, ne peut se résumer à des blancs riches et des noirs pauvres; et la fin du système n'a certainement pas amélioré la vie du quart-monde blanc qui continue plus que jamais à grouiller dans sa crasse et sa bêtise endémique... Intéressante aussi, sur cet album dont nous possédons la version internationale éditée en 2010 par Cherry Tree Records (soit un pressage avec moins de morceaux mais à un prix plutôt rikiki, constaté et acheté à 6€, par exemple, chez les Rouges), la chanson "Evil Boy" cache, derrière son apparente fixette priapique, un véritable réquisitoire contre la circoncision à vif, rite de passage de nombreuses tribus zoulous, xhosas et autres, qui laisse pléthore de jeunes hommes au mieux handicapés à vie du zgeg, au pire vidés de leur sang au fin fond de la brousse... Et bien sûr qu'il faut rebattre les oreilles de l'Occident avec les ignominies de l'excision vulvaire et bien sûr qu'il faut souligner que l'on ne parle jamais des rites équivalents masculins, qui sont tout autant barbares... Plus loin, Yo-Landi Visser se tranforme en "Rich Bitch" et, une nouvelle fois sous un vernis d'humour parodique, règle son compte au gangsta rap et à ses valeurs vomitoires (champagne au goulot, liasses de billet et armes à feu, voitures qui rebondissent sur leurs amortisseurs-verrins, jeunes femmes dénudées encore plus objectisées que les pitbulls aux colliers de diamants)... Et si les plus sceptiques d'entre vous doutaient encore du véritable contenu artistique de l'entreprise, je rappelerai simplement que le groupe travaille sur ses clips avec le photographe Roger Ballen, père malgré lui du Zef, ce courant culturel du Sud-africain blanc sans le sou précédemment invoqué, et que Leon Botha faisait carrément partie du posse, au même titre que Ninja, Yo-Landi Visser, DJ Hi-Tek et DJ Vuilgeboost... Ce Leon Botha décédé il y a deux étés, à l'âge record de 26 ans, plus âgée victime de la progéria de tous les temps, ce Léon Botha omniprésent dans les premiers visuels du groupe, ce plasticien hip-hop, petit lutin qui avait mangé Keith Haring et était occupé à le recracher pour baliser ce vingt-et-unième siècle qui fait de plus en plus peur... Ce Léon Botha, enfin, dont le visage anémié, stigmatisé par cette horrible maladie, a surgi, d'outre-tombe, par la magie de la vidéo, sur les grands écrans dressés de part et d'autre de la scène, sous ce chapiteau Univers qui, vraiment, ne pourra plus jamais être le même après avoir subi les assauts déguelasses, la saillie extatique de "Die Fokken Antwoord".

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02/11/2010

309. "IMPERIAL WAX SOLVENT" The Fall

thefallimperialwaxsolvent.jpgAllons-y allons-o d'abord, clap de début, synchronisation image et son, voici la suite de nos pérégrinations pêcheresses (et il n'est pas question de gueuze aromatisée, non) en terres limbourgeoises... Cela dit, en total aparté, mais en visant bien certains élus de ce niveau de pouvoir, le panneau autoroutier annonçant l'entrée en province du Limbourg affiche fièrement "De Limburgers heten u welkom"; n'y a-t-il pas là exemple à suivre pour remplacer les pourris panneaux sans slogans qui rouillent en bord d'E42 et d'A54, nous proposons "Les Hainuyers vous accueillent"... Bien, partis là-bas pour raisons musicales précises, un dimanche après-midi-soirée, n'avons rien vu d'Hasselt en tant que tel mais force est de constater que le complexe Ethias Arena/GrenslandHallen/Plopsa Indoor est impressionnant et pourrait/devrait inspirer les décideurs de la première métropole wallonne le jour proche où le Palais des Expositions va voler sa tronche à terre... Mais fi de toutes ses considérations politicoéconomicoculturelles, nous sommes là pour porter la mauvaise parole du Sinner's Day... Quoique, nouvelle considération il nous faut aborder... En l'occurrence, pourquoi ce nom ?... Faisons bref, le festival est programmé la veille de la Toussaint (All Saints' Day), tirez vos conclusions vous-mêmes, à défaut d'autre chose... Et donc, pour cette deuxième édition, le programme plutôt panaché proposait, entre autres, une prestation de The Fall... Largement absent des préoccupations du grand public (et c'est probablement tant mieux), ce non-groupe dont le turnover varie selon les humeurs de son leader, déclameur, auteur Mark E. Smith traîne pourtant dans l'ombre interlope de l'anti-commerce depuis 1976... Pire, porté par l'inspiration dont on ne sait où s'achève le génie et où commence la folie de son marionettiste, The Fall sort quasiment un album studio chaque année... Imperial Wax Solvent est leur dernier opus en date et il charrie toutes ces obsessions musicales de lancinement, de répétition, de bruit et d'atonalité qui assure d'office à The Fall une place au chaud, mais vraiment bien à part, dans le moindre panthéon du rock... Ce qui fait toute la différence, évidemment, c'est le continu crachat, la logorrhée irrépressible des textes de Smith... Entre poésie, surréalisme, références culturelles, commentaire social et un perpétuel liant de misanthropie, l'Oeuvre de Mark E. Smith impressionne (pour peu toujours que l'on comprenne un minimum l'anglais mais dans le monde d'aujourd'hui on ne va plus nulle part sans être trilingue)... Mais, et re-re-mais, c'est finalement sur scène que l'homme en impose le plus... En un sens... Aujourd'hui cinquantenaire bien tapé, le gaillard arbore fièrement une petite panse à bière en plus de son rictus dérangeant et de cette grosse mèche raplatie de cheveux gras qu'il ne quitte pas depuis trente-cinq ans... En se présentant sur la petite scène du Sinner's Day en pantalon en velours à l'entrejambe pendouillant, comme s'il avait fait, avec une chemise serrée, bleu délavé, Mark E. Smith a immédiatement fait fuir (littéralement, oui) une part du public... Quand il bouge, deux micros dans une main, l'autre crispée, le bras en arrière, l'index tendu vers le sol, imaginez un Michel Daerden un peu rachitique, coincé entre un ulcère de l'oesophage et des retours d'acide, imaginez, aussi, une espèce de Mr Bean dont la naïveté à fait place à la résignation, et qui ferait la sortie des écoles, offrant aux gamins des souris mortes plutôt que des bonbons... En un mot comme en cent, ne connaissant, il y a six mois encore, que la réputation de The Fall et pas leur musique, je sais, aujourd'hui, que je me suis trouvé un nouveau antihéros et je m'en remercie.  

26/07/2010

300. "THE STONE ROSES" The Stone Roses

The Stone Roses.jpgLe premier qui trouve à se plaindre parce que je lui présente une fois de plus un album éponyme sera aussi le premier à se plaindre parce qu'il se sera pris un aller-retour de phalanges en travers de la mâchoire... Bien, maintenant que toute agressivité inutile est évacuée, mordons à belles dents dans la galette du jour, quoique, des roses en pierre, ça risque de faire sauter les plombages... mais foin de considérations en dentisterie (cela dit, maintenant qu'on en parle, je m'en voudrais de ne pas souligner combien il est idiot que la garde du week-end soit assurée par le même praticien qui réalise les consultations en dentisterie à l'hôpital, 99% des gens ont autre chose à faire de leur samedi matin que de poireauter quatre heures dans une salle d'attente sous prétexte que les consultations se font sans rendez-vous), c'est plutôt de décalage culturel que nous allons parler en ce lundi... Car au-delà de toute considération artistique, sur lesquelles nous reviendrons plus loin, le premier point qui frappe (on avait pourtant dit que l'agressivité était évacuée et voilà-t-y pas que ça mord et ça frappe encore), c'est combien ce disque, le premier de la fulgurante comète que fut The Stone Roses, est encensé en ses contrées et radicalement ignoré en d'autres lieux... Ainsi, en quelques clics judicieux, vous pourriez comparer plusieurs top 100 d'albums rock compilés par des magazines, sites officiels et/ou blogs britanniques avec, par exemple, le top 500 présenté sur son site par le très US et pourtant référence mondiale magazine Rolling Stone... Les premiers vous annonceront sans coup férir que le début éponyme des Stone Roses est au minimum l'un des dix meilleurs albums de rock de tous les temps, à ranger aux côtés des plus grands moments des Beatles, Pink Floyd ou The Clash... Fouillez et refouillez bien ensuite le top 500 du Rolling Stone et, oui, vous ne trouverez nulle part mention du fruit des entrailles d'Ian Brown (chant), John Squire (guitare), Mani (basse) et Reni (batterie, choeurs)... Or donc, le plus objectivement possible, force est de constater que les critiques britanniques ont plus raison que la bible rock américaine... Quand il sort en 1989, "The Stone Roses" cristallise la scène naissante, très rock et un peu psyché-dance, issue de Manchester et que les besoins de petites boîtes et étiquettes aura tôt fait de baptiser "Madchester"... Quelques envolées psychédéliques, une ambiance générale assez tranquille, léchant les os des Beatles, évoquant des réminiscences d'Inde et de sitar, ne cachent pas non plus cette culture rave et ecstasy qui va donner tant de cauchemars à l'administration du PM John Major... Mais plus que tout, et au-delà de l'habile confusion des genres musicaux à laquelle se livre le quatuor mancunien, ce qui assure à cette plaque sa place au panthéon du rock, de la musique populaire et de la chanson anglosaxonne, c'est cette qualité trop rare, signe indéniable d'une pièce maîtresse, qui fait que l'album gagne en richesse, profondeur et portée à chaque écoute, après d'ailleurs, une première impression qui peut sembler dubitative... Cas d'école à plus d'un titre, le premier disque des Stone Roses continue aussi à être évoqué pour la difficulté, si pas la pénibilité, avec laquelle les gars sont finalement parvenus à accoucher d'un second (et donc ultime) disque, quelque six ans plus tard... Le jury rockologique n'a d'ailleurs toujours pas tranché le débat sans fin pour déterminer s'il vaut mieux, comme les Stone Roses, avoir réalisé un immense disque et puis avoir disparu malgré la demande ou, comme, disons, U2, avoir aligné une discographie globalement moyenne et être resté en place malgré une évidente lassitude.

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04/04/2008

250. "GIVE OUT BUT DON'T GIVE UP" Primal Scream 04/04/08

Give out but don't give upParfois dans la lumière, parfois en plein dehors, ça fait un bon quart de siècle que le quatuor écossais, dont seuls le chanteur Bobby "la crevette" Gillespie et le guitariste Andrew "Innes" Innes sont de la partie depuis 1982, s'agite tant sur scène qu'en studio... Oeuvre en perpétuelle évolution, Primal Scream a déjà, quand sort en 1994 leur sommet commercial aujourd'hui de la revue, donné dans tous les genres et participé, quasiment malgré lui, à l'éclosion de la scène rave anglaise de la fin 80's, un comble forcément pour des tartanisés historiquement liés au shoegazing (la brigade de contrôle de la clarté du propos me signale que la phrase précédente comprend un peu trop de jargon pour le grand public)... Après avoir à peu-près convoqué chaque esprit musical et son contraire sur ses trois premières plaques, Primal Scream, sous couvert d'un néon sudiste (mais bien sûr pas suprématiste), rajoute deux croix sur sa liste et ressuscite tant l'esprit des Stones triomphants d'aux alentours de 1974 qu'une grosse lampée de funk partiellement spatial mais totalement sexy... Il faut toujours aller regarder dans la source s'il n'y a pas des codes inactifs contenant des messages secrets (je dis ça pour ceux qui s'y connaissent, bien sûr) mais du coup on découvre, comme par enchantement, que La Crevette et ses potes ont reçu deux coups de main sur "abandonne-toi mais n'abandonne pas"... Les trois premiers morceaux du disque, par ailleurs singles remuants et r'n'b à l'ancienne, "Jailbird", "Rocks", "Cry myself blind", ont été produits par ce vieux chacal de George Drakoulias... Parsemés à travers ce disque aux statistiques très classiques (douze chansons pour une heure), trois autres plages, forcément beaucoup plus dreadlocks en couleur, lunettes à paillettes, soul et funky, ont été macérées par le George Clinton en personne... La sauce grumelle donc parfois entre ces tranches disparates et un reste d'album globalement moins inventif que ce que le groupe n'avait offert à ses débuts mais elle prend à chaque fois. C'est comme le haggis, de toute façon, tant qu'on y a pas gôuté, on peut pas réellement juger. 

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06/11/2007

225. "THE BEST OF EMF" Epsom Mad Funkers 02/11/07

The best of EMFJe vous laisse faire l'équation vous-mêmes : les EMF sont connus des masses pour leur unique succès tonitruant, ce tout premier single, "Unbelievable", dont on ne peut nier qu'il s'agit d'un des hymnes d'une génération dont je fais probablement partie... Mais ce best of compte 27 morceaux répartis sur 2 CD ! Est-ce à dire qu'on (enfin, en l'occurrence EMI records) se fout de nos poires ou les EMF sont-ils un groupe génialement méconnu ? La réponse, comme dans tous les grands dilemnes de la vie humaine est "oui et non"... Ce qu'il y a, surtout, c'est que le quintet british qui, comme son nom l'indique, mariait allégremment funk et punk, musique électronique bourgeonnante (période Madchester) et compos classiques mélodie/couplets/refrains, n'a jamais retrouvé le parfait mélange dansant et irrésistible du premier single précité... Sur ce meilleur de, où les tracks sont rangés chronologiquement, on sent rapidement la glissade dans une musique de plus en plus synthétique, froide et inutilement tarabiscotée... Comme si, pourrait-on dire pour abuser de comparaisons basées sur une culture générale que la plupart des lecteurs de ce blog devraient maîtriser, le père Delerm avait, à la suite de "La première gorgée de bière", écrit "The Naked Lunch"... En aparté, l'esthète en moi est également obligé de hurler contre les décideurs graphiques de chez EMI qui ont conçu la pochette et le livret de ce CD où gris électrique et orange fluo se bavent l'un sur l'autre, c'est totalement immonde... Donc, ce best of n'est pas nécessairement à conseiller à tout qui dans sa prime ou post adolescence s'est trémoussé comme un barbare sur "Unbelievable" mais si, comme votre serviteur, vous avez l'occasion de l'acheter pour moins d'un euro, alors pourquoi pas ?

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02/06/2007

179. "CYBERPUNK" Billy Idol 01/06/07

Billy Idol CyberpunkJ'ai honte... évidemment, que j'ai honte... vous avez été privés de nouveaux posts pendant quasiment deux semaines et qu'est-ce que vous vous prenez dans les dents comme remise à l'étrier ? Ben, regardez bien attentivement la pochette ci-contre... C'est moche, hein ? Faisez-moi confiance, le contenu est pire... Tout ça nous renvoie forcément à mon adolescence enfiévrée et aux clips en rotation lourde sur meuh teuh veuh... Printemps 93, le nouvel album de Billy Idol est annoncé par le clip assez réussi du premier single "Shock to the System"... Mais oui, dans ce mini-film, Billy, reporter free lance courageux, filme en secret des scènes de brutalité policière dans le LA "post Rodney King" et se fait surprendre par une brigade anti-émeute qui lui éclate la tronche tant et si bien que l'Idole fusionne avec son caméscope en une sorte de Camésco-Robocop qui se dresse en défenseur de la jeunesse angeline opprimée... Oui, dit comme ça, c'est naze mais à l'époque, le visuel du clip était excitant pour nous autres teenagers... En plus, le morceau était pas mal... Après l'achat de l'album, le constat est indubitable : non seulement ce premier single est la meilleure chanson de l'album mais elle en est probablement la seule écoutable sans devoir recourir à la drogue ou à la chirurgie... Régulièrement repris dans les "top autant" des plus mauvais albums de tous les temps, Cyberpunk mérite amplement son statut de gros étron toujours fumant même quinze ans après sa sortie... Il n'est même pas possible avec des mots propres et calmes de vous décrire les horreurs que recèlent cet album, citons simplement "Adam in Chains", le deuxième single de l'album, qui débute (même dans sa version édit radio !) par une déclamation monocorde de trois minutes issue d'un cours de relaxation-méditation ou la reprise du "Heroin" de la bande à Loulou à laquelle, en plus de l'orchestration electro-hard rock pompeuse qui traverse cette immonde plaque, Billy rajoute (avec quelle autorisation ?) une coda inédite (ahem) constituée du "Jesus died for somebody's sins but not mine" de Patti Smith... Vraiment, fallait pas inviter tout ce monde là à une telle mise à mort... Oh oui, si ce n'était pas suffisant, Cyberpunk se veut être un album concept... C'est-à-dire, dans l'esprit dérangé de William Broad, un patchwork dégueu de 13 chansons entrecoupées de sept snippets décousus et sans intérêt (de la propagande littéraire pour le mouvement cyberpunk dont l'heure de gloire fut plus de dix ans avant la sortie de cet album, des chuchotis et des gargouillis censés inquiéter l'auditeur et non le faire rire et, dans une tentative supplémentaire d'entraîner des gens dans sa chute, un extrait d'interview post-combat de Cassius Clay)... Allez, allez, alleeez... Deux points positifs tout de même pour terminer... Malgré une prise de conscience un peu tardive (été 94 quand les salles de la tournée prévue ne se sont jamais remplies) de la nauséabonde défécation mentale dont il venait d'asperger ses fans de la première heure, Billy Idol s'est reclus chez lui et n'a plus montré sa tronche pendant une grosse décennie... Enfin, Cyberpunk, à moins que les financiers de la musique populaire ne fonctionnent avec encore plus de déviance que ce que je ne crains, ne sera jamais (et ça veut dire jamais !) réédité en CD.

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17/05/2007

176. "MESSE POUR LE TEMPS PRESENT" Pierre Henry 09/05/07

Pierre Henry messe pour le temps présent et autres musiques concrètesAujourd'hui sociétaire de l'hospice de Lausanne, drapé dans sa mégalomanie et ses regrets (il fêtera bientôt, ou pas, les dix ans de sa condamnation pour le plagiat de la Chute d'Icare de Frédéric Flamand), Maurice Béjart prête, au mieux, à sourire, plus probablement, à soupirs... Et pourtant, sans refaire ici l'histoire de la danse contemporaine, nier l'impact fondamental du marseillo-bruxellois sur cet art au milieu du vingtième siècle, c'est comme de prétendre que les Rolling Stones sont un groupe de bal, d'ailleurs ils font celui de l'échevin des Fêtes et du 3e âge de Werchter le mois prochain... Mais la dâânse, dans ce blog, on s'en contretamponne un peu, pour tout dire... Quand Béjart a le cerveau qui bouillonne un peu trop en 1955 et que les premiers relents de délire messianique lui titillent les neurones, il a heureusement, le coup de bol de se trouver le Simon-Pierre adéquat... L'apôtre avec sa gueule de fort en thème et de nul en gym entre donc en scène... Pierre Henry compose alors déjà depuis onze ans et se lance dès la fin de la deuxième guerre mondiale, et sa rencontre avec Pierre Schaeffer, dans des recherches sonores et acoustiques au minimum technologiquement précurseuses, si pas totalement hérétiques... Brique par brique, avant même l'invention du magnétophone, et encore moins celle du synthétiseur, Pierre Henry, n'ayons pas peur des mots, invente la musique électronique... et puis, c'est tout... Sauf qu'alors, il s'agit de musique concrète, car constituée de sons récoltés dans la réalité puis triturés, découpés, remontés... Pierre Henry crée, sans vraiment s'en inquiéter, la séquence et la boucle, deux matériaux de base sans lesquels nous n'aurions aujourd'hui ni techno, ni hip-hop, ni nrj shit music only... Quel sort faut-il dès lors lui réserver ? Lui aussi aujourd'hui vieil homme indigne de 80 ans, quel regard porte-t-il sur son héritage ? Quand il devra laisser son testament, osons imaginer qu'il s'agira de la "Messe pour le temps présent"... Composée de cinq morceaux assez courts, truffés de sons concrets, autour de véritables jerks yé-yé composés par Michel Colombier, cette cérémonie judéo-païenne reste, quarante ans après sa conception, d'une incroyable actualité... Réédité en 97 (pour les trente ans de l'oeuvre, donc) chez Mercury/Philips, les cinq jerks éléctroniques de la messe pour le temps présent (Prologue, Psyché Rock, Jericho Jerk, Teen Tonic et Too Fortiche) sont compilés avec d'autres créations de Pierre Henry pour le ballet du 20e siècle... Antérieurs de quatre ans, les morceaux de La Reine Verte (principalement La Marche du Jeune Homme et Rock Electronique) sont ainsi d'autant plus époustouflants qu'ils ne sont composés que de musique concrète... La structure de ce CD est d'ailleurs assez amusante car plus on avance dans l'écoute plus on entre dans le domaine froid, barbare et hypermoderniste de la musique concrète: après "Fluidité et Mobilité d'un Larsen" (extrait du ballet Le Voyage), le disque se termine sur les neuf Variations pour une porte et un soupir qui, comme leur nom l'indique, voient Pierre Henry parvenir à sortir du son structuré et mélodique (parfois même mélodieux) du mélange trituré à coup de montage de bande magnétique entre les grincements d'une porte mal huilée et la respiration bruyante d'un humain... Tout cela est fondateur, c'est entendu mais ce n'est pourtant pas pour tout le monde... Frédéric Game, le sage, l'a dit: "Faire un film pour les intellos, c'est facile, on vous fait un gros plan d'un quart d'heure sur un oeuf, vous imaginez la poule, l'omelette, tout ça. Captiver les cons, c'est ce qu'il y a de plus difficile"...

Alors, pour vous garder encore quelques secondes de plus sur ce blog, voici des images qui bougent, whouah, c'est magique (et, bien sûr, c'est Psyché Rock).

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08/05/2007

165. "LADY NIGHT" Patrick Juvet 28/04/07

Juvet Lady NightWhooo whooo whooo Patriiiick discoooo aaaaaah aaaaah la laaaaa whooo whoooo New Yooooork discooooo Patriiiiick t'es trop beaaauuu prends mooooiii disco disco discoooooo whooooo my lady lady lady lady lady night oh my lady lady lady lady lady night... ladyyyy niiiiight... 1979, Jacques Morali (des Belolo-Morali coupables ad vitam aeternam de la folie Village People) produit, Eddie Barclay finance, Juvet *ahem* chante *ahem* et danse, même si, sur disque, ça s'entend beaucoup moins (et finalement, c'est peut-être mieux)... Pur produit de la disco touch française de l'époque, Lady Night est un album court (quatre morceaux incluant la plage titulaire, Swiss Kiss -qui nous rappelle les origines de l'androgyne surmaquillé-, Viva California et le medley Gay Paris/French Pillow Talk pour un total de moins de trente minutes) mais, forcément, et c'est heureux, sans temps morts... Donc, voilà, ça n'est pas autre chose qu'un pur divertissement coupable, le dernier disque de la période dorée de cet ahurissant Helvète qui, souvent malgré lui, rend le sourire avec son extravagance folle... Youppiiiiieeee Patriiiiick disco disco oh oh ooooooh

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04/02/2007

82. "THE REST, THE UNRELEASED! THE LAST" The Prodigy 04/02/07

Prodigy rest-lastIl y a une décennie d'ici et pendant un peu moins de trois ans, The Prodigy a probalement été la chose la plus excitante de la musique populaire... Après des débuts discrets au commencement des 90's, un premier album (The Prodigy Experience) très techno-rave-ecstasy (écoutez les singles Everybody In The Place et Out Of Space), le succès du groupe à géométrie variable (Liam Howlett, auteur-compositeur est entouré alors de trois à quatre chanteurs/agitateurs/MCs en studio, le tout réhaussé de deux à trois musiciens, guitare, claviers en concert live, tel qu'à Rock Werchter en 1996) commence à traverser la Manche à partir de leur second album (Music For  the Jilted Generation avec les singles No Good (start the dance), Voodoo People et Poison)... Penchant alors de plus en plus vers le drum 'n' bass et le big beat (mouvement dont d'aucuns vous diront qu'il sont les parmi les créateurs-précurseurs), The Prodigy décroche la timbale (et écorche les tympans sensibles au passage) en hiver 96 avec le single Firestarter, qui voient les danseurs/MCs Keith Flint et Maxim se réinventer en espèce de créatures cyberpunk un rien ravagées... L'album (Fat of the Land) qu'annonçait Firestarter cartonne dans le monde entier à l'été 97, le clip du single Breathe voit le groupe adopter une image moins sombre mais toujours un peu gothique (ce clip grouille de reptiles et d'insectes) et le clip de Smack My Bitch Up est purement et simplement interdit de diffusion avant 22 heures sur les chaînes musicales... C'est peu dire que Howlett, mais surtout Flint, ne se relévera pas de ce succès... L'album qui suit, sept ans plus tard, est conspué par la critique et boudé par le public... La compile présentée ici aujourd'hui, assurément du travail pirate qui se trouvait surtout en boutiques de seconde main, reprend tous les singles (à trois exceptions près) issus des trois premiers albums du groupe.

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15/12/2006

31. "DIFFERENT CLASS" Pulp 15/12/06

PulpDifferentClassDix ans, dix ans déjà (enfin, même quasiment douze en fait) que Jarvis Cocker et ses acolytes ont pondu leur chef-d'oeuvre. La quatrième de couv' du livret annonce la couleur: S'il vous plaît, comprenez-nous, nous ne cherchons pas les embêtements, nous ne demandons que le droit d'être différents, c'est tout. Par la force des choses et le temps qui passe, on en viendra bien à tirer les bilans qui s'imposent sur les années nonante... Tout classement qui ne placera pas Pulp dans le top 5 des groupes britanniques les plus importants de cette décennie devra immédiatement être repoussé de la main avec dédain ! La pose libidineuse sans vergogne du sieur Cocker fait évidemment beaucoup pour la cohérence artistique de l'ouvrage (il est particulièrement vicieux dans Pencil Skirt, Live Bed Show et Underwear) mais n'efface jamais les positions politiques fortes (et anarcho-syndicalistes) du groupe (Mis-Shapes, Common People). La musique, couche sur couche de rythmiques, claviers et guitares, à la fois organique et synthétique contribue évidemment à la première qualité de cet album: une accroche immédiate vers une richesse mélodique qui fait, et personne n'a le droit de me contredire, de Different Class l'un des plus grands albums pop de tous les temps. Et un excellent choix pour clôturer un premier mois d'existence de ce blog.