15/01/2014

361. "LIQUID LOVE" The Experimental Tropic Blues Band

uncdparjour luiqidlove.jpgC'est une histoire belge, il en faut... Mais ce n'est pas l'une de ces histoires où les murs s'effritent, les bébés boivent la bière brune au biberon, il y a des cacas devant les portes d'entrées et nous allons à l'église avec des boules quiès... C'est l'histoire de trois garçons (forts sympathiques et plutôt liégeois, l'exclusion mutuelle n'est pas de mise) qui ont cru à leur rêve, avec leurs tripes (leurs "bites électriques") et leurs instruments de musique... "Des parkings souterrains de Droixhe aux studios de New-York", qu'on aurait écrit en arial black en sous-titres des images tournées pour l'occasion si on avait travaillé pour "confessions de tellement l'instant vrai de ma vérité intime"... Mais là, on écrit seulement en verdana (pour le repos de vos yeux, merci de dire merci) pour le plusse mieux blog de ce coin discret de la toile mondiale... L'histoire, quelle que soit la police (de doo doo doo de da da da), est la même : les Tropics ont réussi, ils sont beaux, ils sont grands, ils sont sexys, ils sont bruyants... Il s'appellent, pour de faux, à la cité, de manière passe-partout, pour ainsi dire reversés dans ce chaudron où les journalistes judiciaires vont piocher les prénoms d'emprunt; à la scène, larger than life, les trois larrons de ce crucifiant Experimental Tropic Blues Band charrient des pseudos flamboyants, auto-baptisés aux fonts emplis de lave, de sang et de sueur du plus méchant rock'n'roll qui soit... Devil D'Inferno tape sur de la peau; The Boogie Snake gratte des cordes en métal, souffle dans un rectangle en métal, chante et hurle dans une boîte en métal; Dirty Coq fait de même, mais avec des cheveux châtains courts, contrairement au serpent qui avait encore, il y a peu, une longue queue de cheval toute blonde... Tous les trois, mais ça c'est du détail inutile qui veut juste jeter de la poudre aux yeux et faire croire que je suis un intime du groupe, têtent à la même bouteille de whisky avant de monter sur scène... Car, "this record was made with the help of the French-speaking Community of Belgium" oblige, TETBB, c'est tout de même avant tout une histoire de concerts plus que d'enregistrements studios (même si je ne manque d'anecdotes poudre aux yeux ni sur les uns ni sur les autres)... Par exemple, et tant qu'on évoque les pseudonymes de nos petits boulets sauce lapin, vous saurez désormais que le leader malgré lui, ledit Dirty Coq, s'est précédemment appelé Dirty Wolf et, encore avant ça, Psycho Tiger... Je ne dois normalement pas vous l'apprendre, il y a dans la langue américaine (nonobstant l'imminence statistique de l'anglais à devenir la seconde langue parlée sur le territoire désuni derrière l'espagnol) certains mots tabous, censurés d'un biiip sonore dans les médias audiovisuels, des mots qui partagent pour la plupart la caractéristique de n'être composés que de quatre lettres de long... Loin de moi l'idée de m'offrir une transgression à bon marché en étalant ici la litanie de ces four-letter words, il suffit de savoir qu'ils sont pour ainsi dire tous liés à l'imagerie de la sexualité cracra pour que vous les imaginiez sans mal... L'un d'eux signifie le phallus et se prononce comme le mari de la poule... Jon Spencer (tiens, le voilà, j'aurais dû le citer plus tôt, cette chronique aurait eu plus de sens d'emblée), qui a donc supervisé, arrangé, mixé, tripatouillé, produit le disque du jour, cet amour liquide qui sous-entend déjà des tas de choses à propos de fluides corporels gélatineux, s'est tapé une bonne barre de rire (comme y disent les jeunes d'aujourd'hui) en découvrant le training de la marque Le Coq Sportif que Dirty Wolf avait sur le dos en studio... Ni une ni deux, Spencer (qui, à travers sa Blues Explosion et le duo Heavy Trash -mené de poigne velourée dans un gant de crin avec son complice slash apprenti slash disciple slash amant slash guitariste Matt Verta Ray également aux commandes du CD d'aujourd'hui-, s'impose comme l'autorité ultime en matière de rock garage) décrète la rebaptisation (oui, ce mot n'existe pas et oui, je m'en fous) du Loup Cradingue en Coq (mais donc, c'est plutôt Sgueg qu'il faut lire) Cradingue... Au-delà de ça, rares prétendants au titre officieux de meilleur groupe de rock issu de la Fédé W-B (j'en connais bien l'un ou l'autre, des femmes mortes qui se laissent conduire dans le Hainaut ou des géants verts à la consonne doublée sur Bruxelles, mais vraiment, ils sont peu, peu, peu -et avec tout le respect qu'on peut avoir pour les vahinés des uns et les dictaphones bon marchés des autres), les Tropics ont sorti, en cette année 2012, une plaque hot, hot, hot, témoignage enfin fidèle (il fallait un vieux roublard comme Jon Spencer à la console pour tirer cette substantifique moëlle) de la fureur et de la frénésie qu'ils déploient sur les podiums d'un peu partout (comme vous lirez ces lignes, ils auront achevé leur saison 2013 sur des scènes allemandes, jusqu'à Berlin, et françaises, même Clermont-Ferrand, pour dire)... Ca démarre avec ni plus ni moins qu'un gros direct du droit dans la mâchoire; "The Best Burger" et ses 150 secondes de bruit déliré (on sait qu'il y a là de la batterie, du piano et, vraisemblablement, des paroles construites) sont tout à la fois l'ouverture du disque et son single d'accroche... Ne me demandez pas mon avis, je ne suis pas objectif, surtout quand je me fantasme grand copain du trio, mais c'est là le meilleur single de rock de toute l'année 2012 en Belgique... Puis, paff, zoom, kablam (en grosses lettres dynamiques et colorées comme dans une scène de bagarre entre Adam West, Burt Ward et Cesar Romero), les Tropics prennent leur monde à contre-pied, en enchaînant trois morceaux beaucoup plus carrés (à défaut d'être propres) : "Keep this love" viendrait quasiment brouter dans les champs de la country avec un harmonica sautillant qui sent bon l'orange blossom special; "Worm Wolf", avec sa rythmique funky, tire le prince Roger Nelson de son repos, transformant le kid en zombie vermoulu; "Eat Sushi", comme son titre l'indique, est un instrumental démembré vaguement japonisant, comme la pituite collante d'un godzilla qui aurait abusé du saké la veille au soir, c'est une mauvaise idée de s'enfiler une gorgée de distillat de riz pour chaque bille du pachinko qui passe à côté du but; "Can't change", avec son chaloupé en crescendo et les tremolos fiévreux dans les voix de nos gaillards, ressemble à s'y méprendre à une chanson d'amour, si l'amour, c'est se percuter sans parler entre deux poubelles industrielles dans une ruelle qui pue les entrailles de poisson... Un demi-disque sans protubérances incontrôlables, ça n'est pas suffisamment garage et "Nothing to prove", qui suit, remet les pendules à l'heure (roooo-daaaa-niiii-aaaaah), en deux parties... La part 1 est un irrépressible collage bruitiste qui mène, une minute plus tard, à la part 2, où s'agitent des lambeaux de chanson dans un foutoir particulièrement roboratif... Puis "Do it to me", avec sa métrique toute synthétique, confirme ce que l'on savait déjà : l'Experimental Tropic Blues band est un énorme groupe de rock par sa propre valeur mais aussi parce qu'il sait à quelles sources revenir s'abreuver de loin en loin (et puis, quand on enregistre un album de garage à NYC, on devrait tout simplement être contractuellement obligé d'aligner au moins une réminiscence de bon aloi aux brûlots vomis par Alan Vega et Matin Rev, il y a déjà 35 ans de cela; c'est, on l'a dit, sur le phénix premier album de Suicide que le rock a sauvé son âme en s'immolant le corps)... On en viendrait déjà à approcher de la fin du disque, "Break Up" défile comme une crise d'épilepsie : on en sort sans souvenirs clairs mais avec la sensation que quelque chose a mal tourné pendant qu'on était plus vraiment là... "Sex Games" fera sourire par son monologue libidineux de fin de compo, en français dans le texte (la Fédération a mis des sous dans cette histoire, ne l'oublions pas, je ne peux m'empêcher de penser que si la ministre Fa li la La la la avait su pour quel objet brutal et jouissif elle avait dénoué les cordons, elle serait partie en hurlant à l'exorciste)... "Holy Piece of Wood", de loin le plus long morceau de la plaque, à presque cinq minutes, pourrait passer pour un éventail, un récapitulatif, de tout ce que le groupe est capable de variations dans les limites techniques est philosophiques, qui frisent parfois l'ukase, du rock garage... Et voilà "Fantasyworld", qui clôt l'affaire; si la plage d'ouverture assommait d'entrée, on peut s'imaginer sans peine avoir titubé tout au long de l'ébourriffante écoute de cette galette, on s'est écroulé, on a voulu se relever, "Fantasyworld" et ses refrains choraux place un coup de matraque téléscopique juste à l'arrière du crâne : on est plus désormais qu'un tas de chair autrefois humaine, on tremblote, en recroquevillement foetal, sur le trottoir de la musique grand public, on balbutie, péniblement : "le rock vrai, c'est plus fort que toi" et on trace, sans force, du bout du doigt, avec ces décibels sanglants, dans le caniveau où l'on trouve la meilleure musique : "l'Experimental Tropic Blues Band m'a tuer".      

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17/05/2011

326. "WATER" Arno & The Subrovnicks

water.jpgNon vraiment, la fulgurance de mes métaphores m'a souvent fait peur, comme si en tordant les mots, j'avais accès à une réalité mieux cachée... Et donc, il est bien clair que l'attraction foraine n'a plus de technicien qui la surveille, quand le Festival de Cannes laisse la place aux fesses triviales de Kahn... Allez, fendons-nous de notre rapide analyse de la situation: si les faits reprochés sont entièrement vrais, il sera plus que jamais temps de s'interroger sur la manière dont l'exercice du pouvoir tord le cerveau et brouille le sens commun (car on veut tout de même croire que l'inculpé ne soit pas simplement un pervers mêlant des envies de domination sexiste et raciale)... Si les faits reprochés sont entièrement faux, il s'agit donc d'un coup piégeux et une seule question s'impose: à qui profite le crime ?.. Et là, vu qu'on plonge dans la théorie du complot, ça fait froid dans le dos car les scénarios ne sont pas légion et incluent forcèment l'élection présidentielle de l'année prochaine... Si le but était de déforcer le camp socialiste pour l'empêcher d'accéder au second tour, ce qui se profile est ignoble: les Français inscrits sur les listes électorales (car, on vous le rappelle, nos voisins ne jouissent pas du devoir démocratique de voter... et non, ce n'est pas de l'ironie) risquent fort d'avoir le choix entre un président sortant ultra-droitiste et excessivement impopulaire et une louve des SS à la blondeur bonne aryenne et au programme bon à rien... Alors, on ressent de plus en plus l'envie, nonobstant (hopla) la situation inextricable du Fédéral belge, de reprendre à son compte la récente sortie médiatique de Charles "Arno" Hintjens, interrogé au JT du service public, sur son avis à propos de la classe politique: le majeur bien dressé, lâchons, rauques et hargneux, un "Fuck them all" bien senti... Et nous revoici donc sur les traces de la vieille éponge ostendo-bruxelloise, dont nous avons déjà dit, dans ces colonnes, tous les sentiments contradictoires qu'elle nous inspirait... A la rentrée scolaire 1994 ("Bleu, gueule en terre"), Arno commet l'un de ses tout derniers grands disques... Rassurant sur sa vision de lui-même, il répond au succès panfrancophonique de "Idiots Savants", sorti l'année précédente, par cet incisif "Water" dans lequel, pour commencer, il ne chante en français que sur un demi-titre... Mieux, Nono se place en retrait derrière l'éphémère groupe des Subrovnicks qui, au-delà du ridicule jeu de mots, regroupe en fait des complices de longue date, à savoir Ad Cominotto aux claviers et Rudy Cloet à la batterie... Un rien métallique, un peu funk-soul, ce "Water" est forcément de la meilleure eau, avec un Arno qui ne ménage pas sa voix, ne serait-ce que parce qu'à l'époque il pouvait encore se permettre de tirer sur la corde vocale... Et les petits morceaux de bravoure se suivent tout en ne se ressemblant que de loin en loin sur cette plaque peut-être peu digeste (treize morceaux pour pas loin d'une heure d'écoute) mais qui possèdent ses grands moments: une reprise des plus adéquates, "Hot Head" de Don Van Vliet, grâce à laquelle Arno prouve enfin qu'il doit bien plus au capitaine coeur de boeuf qu'à Salvatore Adamo; le fiévreux "Freddy" et ses gargarismes finaux; le tortillant "Watch out boy" et ses gimmicks synthés sans époque; un très rêche "Rock them out" co-écrit avec Roland Van Campenhout et, bien sûr, l'apothéotique "Mathilda" qui, en 6 minutes et demie et une cassure centrale de tempo, met fin, avec aussi des choeurs dynamités par BJ Scott, à ce qui, défiant le passage du temps aussi bien que la houle et l'écume de la mer du nord illustrant le livret de ce disque, reste, et comme si cette phrase n'allait jamais finir, et prouve ma théorie de l'adéquation nécessaire entre médiocrité artistique et succès grand public, l'une des galettes les moins bien vendues de la discographie d'Arno et pourtant, l'un de ses sommets d'inspiration, malheur quelle énorme dernière phrase, quelles circonvolutions, qui sait encore ce que j'ai voulu dire, pas moi, toujours, il est temps que ça cesse, il est parti où, ce forain, à la fin ?

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30/10/2010

307. "BOBBEJAAN" Bobbejaan

bobbejaan.jpgC'est en mai dernier que Bobbejaan Schoepen a rangé ses éperons pour de bon... Je pourrais utiliser son image pour souligner une fois de plus la perte que subit ce petit pays à se déchirer de l'intérieur car qui, de ce côté de la maudite frontière linguistique, sait le poids historique de Bobbejaan ? Qui peut dire jusqu'où sa longue et riche carrière l'a mené ? Qui connaît autre chose de lui que son parc d'attractions du côté de Lichtaart ? Mais mon rôle n'est pas de fustiger les Flamands pour leur repli identitaire ni de culpabiliser les Wallons pour leur manque d'ouverture vers la culture néerlandophone (Bruxellois et Germanophones échapperont, ce jour, à ma vindicte)... La chose va de soi, le sieur Schoepen était un monument, le premier countryman de tout le continent européen, un homme autant respecté à Nashville qu'à Sint-Niklaas, à Antwerpen qu'à Austin... Mais il était aussi un reliquat de cette autre Belgique qui n'existera décidemment plus, un artiste capable de manier les deux langues et prêt à l'effort plus mental que physiologique que demande le bilinguisme... Pis surtout, c'est ça qui nous intéresse aujourd'hui, Bobbejaan s'est offert une sortie digne de ce Johnny Cash qu'il avait connu quand chacun était tout jeune... Ce dernier disque éponyme, sorti en 2008, évoque déjà par sa pochette les enregistrements American Recordings de l'Homme en Noir... Ici, dans le rôle de Rick Rubin, c'est Daan qui supervise l'opération, prêtant ses talents de guitariste, chanteur et producteur à cette plaque qui voit aussi défiler quelques guests triés sur le volet: Geike "Hooverphonic" Arnaert et Axelle Red, notamment, autre Limbourgeoise particulièrement bilingue... Bien sûr, il y a un côté testamentaire à l'objet, Bobbejaan y réinterprète quelques-uns de ses standards (Je me suis souvent demandé, De lichtjes van de Schelde) et pioche aussi dans le répertoire quasipublic (Le temps des cerises)... Mais l'ambiance de camaraderie presqu'intime teintée du respect, sans être plombée par celui-ci, que l'on devine tout du long prouve sans aucun doute que le vrai patrimoine de Bobbejaan Schoepen ne réside pas dans l'alignement des montagnes russes.

PS: vous le découvrirez bien assez tôt mais il y avait une autre raison à parler d'une personnalité limbourgeoise en ce dernier week-end d'octobre...

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20/07/2010

299. "MASTERWORKS ALLES VAN" Clement Peerens Explosition

masterworks cpex.jpgTandis que la fête nationale, oups, sorry, la fête fédérale s'approche à grands pas (si j'en crois mon calendrier, le 21 juillet, c'est même carrément demain), il peut être de bon ton de se rappeler que si des sentiments nationalistes les agitent, nos frères flamands n'en sont pas moins tiraillés par des querelles de clochers plus ou moins correctes... Et si l'on en croit Clement Peerens, notre presque rockstar du jour, il existerait deux sortes de Belges du nord: les Anversois et les Boeren (vous traduirez vous-mêmes, après tout vous êtes censés faire du néerlandais à l'école dès la cinquième primaire)... De notre côté de l'immonde frontière linguistique, nous aurions tort de nous moquer puisqu'il est quasiment certain que jamais Liégeois ni Carolorégiens ne seront d'accord sur des sujets aussi fondamentaux que le football, les sauces à frites ou la manière d'appliquer les préceptes du capitalisme social... Mais tout cela nous éloigne du scénario que nous nous étions promis de vous dévoiler aujourd'hui : c'est un cas fréquent, si pas courant, un canular un rien bon enfant dont le succès partiellement inattendu dépasse son créateur... ce frankenstein heavy metal patoisant, c'est donc le CPeX, soit Clement Peerens Explosition, du nom de Clement Peerens, vrai-faux critique rock anversois créé sur les ondes de StuBru au début des années 90 par le faux-vrai critique musical Hugo Matthysen... De fil en aiguille, il semblait logique que le Clement se mette à défendre son propre répertoire, des chansons courtes, lourdes de guitares hard rock, portant des textes humoristiques, écrits et chantés, donc, en antwerpenaar... D'ailleurs, un conseil, vous risquez de filer des coliques au babelfish si vous cherchez à traduire en ligne les historiettes du CPeX... Vous me ferez donc confiance si je vous dis que ça parle avec mysoginie feinte de femmes parfois peu recommandables ("dikke lu", "foorwijf", "smeerkeis", "'t is altijd iets met die wijven") et avec déchéance partiellement vécue de divers excès bibitiques ("boecht van den Aldi", "als ik er ene geef", "pinokkio", "zagen")... Et en plein milieu des années 90, tout seul dans mon kot, coincé sur le FM100.6, j'écoute de afrekening, semaine après semaine, pendant un bon trimestre, c'est toujours le même morceau qui truste la première place, la créature a brisé ses chaînes, Clement s'est mis en couple avec "une occase qu'a déjà au moins 32, 33 ans" et qui s'inquiète de savoir si sa nouvelle robe lui fait un gros pèpète... C'est le "vinde gij mijn gat (niet te dik in deze rok)" qui vous attend en fin de chronique et ouvrait à l'époque l'un des rares EPs sortis par CPeX... Alors, quand Play It Again Sam sort à l'été 2008 cette compilation long format, c'est peu de dire que le public néerlandophone se rue sur les bacs, début 2009, la plaque est triple disque d'or... Pas mal pour ce qui n'était censé être qu'une espèce de blague, alourdie par le recours au dialecte anversois... Mais là où la bestiole s'agite toute seule, c'est dans les compositions, finalement toutes d'une qualité certaine, brassant beaucoup du côté d'AC/DC ou Motörhead, un peu chez The Cure et, petit inédit amusant, chez Deus, avec une version excessivement crétine de "The Architect"... Bon, ben voilà, bon défilé, bonne drache, merci la Belgique, à plus tard, peut-être.




 

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30/08/2008

274. "NO BYE NO ALOHA" The Ideal Husband 30/08/08

Ideal Husband No Bye No AlohaS'il faut évoquer Bruxelles et son Bozar, pourquoi ne pas aussi parler du Botanique (ne serait-ce que pour l'équilibre linguistique ?)... Ce Bota où, lors des Nuits de mai dernier, nous étions allés voir la petite parisienne avec ses SoKettes (finalement bien décevante dans ses travers jeanfoutres) et étions revenus éblouis par le tour de chant de force de The Ideal Husband qui avait assuré la première partie... A moins qu'il ne s'agisse de ce Bruxelles du 20e siècle, celui de cette vie antérieure d'étudiant qui dort aujourd'hui dans des cartons remisés... Car alors, je m'étais laissé, comme d'autres, séduire par la pop un rien électro d'une certaine Sandrine Collard et retrouve le sourire quand je me remémore ces parties de cache-cache dans le noir... Or, avec tout ce que ça sous-entend de vision belge du monde, cette même Sandrine qui triturait alors ses synthés et sa boîte à rythme, sort, dix ans plus tard, un disque de quatorze chansons hawaïennes sous cet amusant pseudonyme du Mari Idéal... Pour l'occasion, histoire d'immédiatement cimenter le côté guiness book de l'affaire, la Collard ne s'est entourée que de deux complices: la diaphane, néerlandophone et ancienne danseuse (en création contemporaine pas en macumba club) Louise Peterhoff pour toutes les voix (dont d'ailleurs une pointe d'accent ne cache pas qu'elle n'est pas d'Honolulu) et un certain Benjamin Clément qui ne chipote pas, le gaillard joue, sur ce disque, de la lapsteel guitar, de la contrebasse, de la basse, du bratsh, des guitares et du ukulele... Et le parti-pris fonctionne, pour peu qu'on goûte aux rythmes du Pacifique, le voyage est doux mais profond et prouve donc que Sandrine est une grande ACI de notre pays... Sur scène, cela dit, le charme est encore plus envoûtant, la marionnettiste demeure en coulisses, laissant au groupe alors renforcé (ils sont au moins six sur scène) le soin de capturer le moment, de l'enfermer dans une bulle, d'y vivre tous ensemble le temps du concert et de faire souffrir le public (enfin, moi, en tout cas) quand cette bulle explose à la fin.

Seb

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12/08/2008

271. "50,000 DEAD GIRLS CAN'T BE WRONG" Driving Dead Girl 09/08/08

driving dead girlC'est une quasi-certitude, il doit y avoir des coins du monde, et pas si loin d'ici, où la loi interdit de conduire un véhicule en présence d'un cadavre de jeune femme... On appelle pourtant ça la place du mort... Nos cinq Montois, convoqués ici pour raviver en trombe l'esprit d'un week-end au cours duquel nous les avons vu en vrai presque comme dans leur salon si leur sofa était un soundstage en plein parc communal de Baudour, ont deux caractéristiques à faire valoir: ils ne sont pas morts et ils ont trouvé leur place... Rescapés de la glorieuse aventure des Massacrés Belges, les Driving Dead Girl poursuivent leur route depuis un bon cinq ans désormais, eux qui doivent pourtant être déjà mitrentenaires... Du début, restent un chanteur et un guitariste, le lineup du groupe s'étant secoué au fil du temps comme un pois sauteur dans une chorégraphie clubmed... Sorti en 2006, ce premier album aligne sept titres, pas plus, à peine vingt minutes de musique... Mais c'est peut-être aussi la concision de l'ensemble qui lui donne son impact... Car si cette pochette noire cachant une cadillac grise derrière deux dead girls qui se remaquillent ne vous avait pas mis l'Allemagne au bout du pied, euh, la Prusse à l'orteil (oui, tôt le matin, on fait pas mieux que ce qu'on peut), Driving Dead Girl a nourri son inspiration de grands ancêtres protopunk (il y a définitivement des tics d'Iggy dans le chant de Dimitri) et de toute la scène psychobilly (même si, juste avant de reprendre New Kind of Kick sur scène, le groupe se défend, avec un brin d'ironie, d'être fan des Cramps)... Jamais brutal pour le plaisir, peut-être parfois et paradoxalement un peu trop propre malgré un niveau de production subpro, "50,000 dead girls can't be wrong" (la référence à Elvis, figure centrale de la mythologie psychobilly, n'aura échappé à personne) est un objet efficace et accrocheur dont nous ne pouvons que conseiller l'achat (ça soutient les initiatives locales) et surtout la consommation (ça nettoie les oreilles engluées de variété mollassonne).

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19/07/2008

266. "JONGE HELDEN + LE CHAGRIN EN QUATRE-VINGTS + EXTRAS" Arbeid Adelt! 18/07/08

Arbeid Adelt! jonge helden + le chagrin en quatre-vingts + extrasLes plus audacieux auront cliqué sur le lien musical de ce mois de juillet et découvert une obscure page wikipédia rédigée dans la langue majoritairement parlée dans ce pays... Cela dit, si cela doit évoquer la nouvelle crise que viennent de subir les hautes sphères du Royaume, rassurons-nous, braves gens, chacun aura droit à ses vacances... Sans tomber dans l'analyse politique déplacée, on se demande quand même ce que le trio tisane-trappiste que sa majesté vient de sortir de sa manche va pouvoir inventer dans les quinze jours à venir... Rebondissons alors sur un trio beaucoup plus joint-genièvre en les personnes de Max Georg Alexander, David Salamon et Luc Van Acker... Originaires d'Oostende, comme d'autres, les Arbeid Adelt! ont marqué la scène belge au début des années 80, tout comme ces autres Oostendais précédemment évoqués... Marqué, pour l'image, par un design de bakélite et de tadelakt (aujourd'hui, on apprend des mots) forcément kitschs à souhait, les gaillards produisaient une musique en droite ligne des grands pionniers de la musique synthétorganique, Kraftwerk et Suicide pour citer deux références évidentes... Le choix immédiat de Marcel Van Thilt (aka Max Alexander) d'écrire et de chanter en flamand n'a fait d'eux de "jeunes héros" que partiellement... "Jonge helden, ze willen sterven" annonce-t-il sur la plage titulaire de leur premier album... Il a fêté ses 50 ans l'année dernière, CQFD... De sept morceaux emballés, pesés, "Jonge Helden", sorti début 1983, présente un attrait évident et immédiat, des sonorités pas gentilles mais efficaces, une production glacée à souhait signée Jean-Marie Aerts (puisqu'on parlait précédemment d'Ostendais semi-automatiques)... En autant de chansons, "Le Chagrin en Quatre-Vingts", sorti fin de la même année, détruit tout l'éclat et le mordant... On le sait, pourtant, boire trop froid après avoir mangé trop chaud, ça fait sauter l'émail des dents... Ce qui semblait bancal d'un fait exprès jouissif sur leur premier album devient faussement maîtrisé et soudain bien moins comique sur leur second... Reste, pour mettre un terme aigre-doux à cette compilation qui risquerait presque de devenir une allégorie sur cet état-plus-trop-nation, quatre morceaux "Extras", extraits (extras, extraits... hmm, 10 fois de suite le plus vite possible, bon exercice maxillaire) de leurs belles années 1983-1987... Epinglons-en simplement "Décoiffée", texte et chant en français, qui permet de se rappeller qu'avant de s'aller se balader con dios, Dani Klein et Willy "Willy" Lambregts ont pris part aux derniers moments d'Arbeid Adelt!... Le disque, qui, et c'est toujours regrettable, n'est pas écoutable le mercredi après-midi au bureau à cause d'une copy control technology de mauvais aloi, se termine bien justement sur le seul mini-tube du groupe, leur reprise du "Death Disco" d'autres grands pionniers de l'electro-rock que nous ne pouvons citer suite à des soucis de limitation de leur image publique... Et n'est-ce d'ailleurs pas une simple question d'image publique qui vient encore de faire tréssaillir le quotidien des Belges ?

Seb

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21/06/2008

262. "L'ETAT C'EST MOI" Marka 21/06/08

Marka L'état c'est moiCertes, la matinée fut calme et le chat bien moins câlin une fois qu'il a mangé... Ce n'est pas une raison pour passer sous silence la sublime sensation du solstice estival (ah, moi aussi j'allitère, na)... Aujourd'hui, du coup, il va faire soleil jusque très tard et Jack Lang l'avait dit, il faut en profiter pour chanter et danser... La Fête de la Musique, par chez nous, ça sera avec le copain Marka, place de l'Hôtel de Ville vers 21h... Alors, on se met dans l'ambiance avec "L'état c'est moi", son album de 2003, enfin presque... En fait, il s'agit d'une version améliorée (quatre chansons en plus) pour le marché français de son disque "Avant/Après" sorti chez nous en 2001... Un peu funky caraïbes par moments, cet album propose notamment le single "Je Parle" et la reprise/adaptation "Resterais-je ou m'en irais-je ?" (des Clash, bien sûr)... Monsieur Laurence Bibot signe ou cosigne chaque chanson, à part la reprise précitée, particulière avec son ambiance guitare/trompette... Thierry Robberecht, le complice de longue date, est ici sollicité aux côtés de l'accordéoniste Aldo Granato et de Claude "Solaar" M'Barali... Le MC signe trois textes:  la plage titulaire, "13e mois" et "Reine et roi" qui, comme l'indique la première phrase "j'étais cool, assis sur un banc, voilà dix ans." est une espèce de suite à "Caroline"... Toujours à cheval entre la tendresse réaliste et l'humour fictionnel, Serge évoque dans "Comment te le dire", son épouse et sa fille avant d'affirmer dans "La norme" : "j'ai fait deux gosses virgule trois / avec une femme que je n'aime qu'une fois par moi"... Mais nous, Marka, on l'aime tout le temps, et surtout tantôt.

Rox

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03/06/2008

259. "ULTRATERRESTRE" Plastic Bertrand 03/06/08

ultraterrestreOn ne connaît pas vraiment Roger Jouret, c'est sûr... Mais Plastic Bertrand a toujours obtenu le bénéfice du doute... Celui qui trouvait qu'elle était "tout petit la planète" se découvre, plus de vingt ans plus tard, dans la peau d'un "ultraterrestre"... Sorti judiciairement vainqueur du long combat contre vous savez qui à propos de vous savez quelle chanson, Plastic a toujours, c'est vrai, flotté dans l'imaginaire belge... Lui qui, finalement, n'est Bruxellois que de naissance, avec des parents d'un peu partout, comme devrait de toute façon l'être le moindre quidam... Bref, après avoir pris tous ces gants, il faut pourtant cesser de ménager l'artiste : cher Plastic, tu as commis ici un album inommable, inécoutable, dont la seule ligne de défense serait que tu l'as fait exprès uniquement pour la déconne... Déjà, ça commence par une reprise bancale du monumental "Svalutation", devenu pour l'occasion "Plasticubration" et s'ouvrant sur cette vérité : "Ciao, Adriano, tua canzone e infernale", mais passons... Arrêtons nous sur trois morceaux de paroles ineptes, choisis parmi tant d'autres : "Oh my god, j'vais comme un monday / le sky est bleu, adieu lundi" (It's c'est la vie), "I'm a playboy, total destroy / attachez vos ceintures, là on décolle / me gusta la chica / ich liebe meine Pussy" (Playboy) ou "je suis le fiel, tu es le miel / ensemble on ira au septième ciel / et quand je plonge au fond de tes yeux / je flippe comme un dauphin qui se rejoue le Grand Bleu / à oilpé sur le canapé" (Canapé)... Le tout baigne dans des beats eurodance (tendance teutonne Snap/Sash/Scooter) et du groove hip-hop (tendance 10 qu'on Aime) qui évoquent beaucoup plus 1992 que 2004 et nous rappellent malheureusement qu'il n'y a que quand ça planait pour lui que Plastic fut plus précurseur que suiveur... L'unique talent, peut-être, de notre ami, c'est d'avoir jusqu'au bout l'air de croire à ce qu'il fait, de ne jamais apparaître cynique et calculateur, même si ce disque est sorti au cours de la résurgence médiatique liée à son statut de directeur de la Star Ac' belge (mais oui, voyons, sur ClubRTL, avec Mélanie Martin's en gagnante et le serveur du Nautilus à Charleroi en bouffon de service)... Dès lors, parce qu'il est possible que Plastic ne soit vraiment rien d'autre qu'un grand gamin émerveillé de 55 ans (qui nous fait quand même une très bizarre imitation de Benny B sur "Alone in London"), nous allons devoir lui pardonner, encore... mais c'est plus que probablement la dernière fois parce que des "tous, touchez-vous, là où vous le voulez, vous", ça n'a qu'un temps.  

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08/06/2007

183. "LES PLUS GRANDS SUCCES DE" Paul Severs 05/06/07

Paul SeversPaul Severs est plus fort que Jacques Brel... Oui, oui... Jacky après Marieke et 't Vlakke Land, il lui restait pas des masses de cartouches pour séduire le public néerlandophone... Paul, lui, il a depuis toujours (et ça, ça veut dire 41 ans de carrière non-stop) construit son répertoire en mode bilingue... Paul Severs est l'un des derniers à incarner une espèce de nation idéale où l'union non seulement fait la force mais rapproche les deux communautés plutôt que de les enliser dans un processus de confédéralisme sans raison ni efficacité... Personne d'autre en Belgique n'a un agenda de concerts qui annonce "woensdag, feestent in Heist-op-den-Berg voor de Appelmoes fiesta / vendredi, chapiteau à Ressaix pour la kermesse aux moules"... Alors, bien sûr, les chichiteurs, les pisse-vinaigres feront valoir que les chansons de Paul Severs ne sont pas très bonnes... Bah, il les écrit lui-même, parfois aidé pour les versions francophones mais sans plus... Et ses chansons ne sont pas nulles, elles sont naïves et populaires comme la vraie variété doit l'être, celle qui ne considère pas le public comme une vache à lait mais bien comme un acteur entier et indispensable de la relation artisticommerciale... La postérité se chargera de toute façon d'offrir à Paul la place qui lui revient,  exactement à mi-chemin, peut-être un demi-cran en retrait, entre Adamo et Will Tura... Le clan Severs (un mariage bilingue, comme quoi c'est pas du flan et des enfants et beaux-enfants engagés aussi dans la carrière difficile mais noble de l'animation de bals de villages), c'est tout de même un vrai répertoire, étalé, on l'a dit, sur quatre décennies... Slow, rock, twist, disco, dance, Paul passe tout à la moulinette, sans vergogne et sans complexe... Et encore une fois, pourquoi en aurait-il ? Il a, après tout, écrit de très gros succès, ne citons que les versions françaises qui se trouvent sur la compilation présentée aujourd'hui: "J'ai tant besoin de toi" (plus d'un million d'exemplaires vendus pour la version Crazy Horse), "Pour une nuit près de toi" dans les 70's, "Viens donc à la discothèque" (45 tours d'or en Belgique francophone), "La nuit bleue" dans les 80's et "Regarde-moi dans les yeux", "Si on dansait", "Tu es mon idole", "Oh petite fille", "Toutes les filles" lors de son omniprésence dans le show TV 10 Qu'on Aime dans les 90's... Alors, moquez-vous si vous voulez mais il en remontre n'importe quel jour à vos Calogero ceci, vos Raphaël cela, vos Patrick Fiori gni gni gni, vos Florent Pagny gna gna gna car Paul Severs, au moins, lui, il a le bon goût de ne pas se prendre au sérieux même si au Nord du pays il possède déjà cette respectabilité à laquelle a droit, par ici, un Fredo Barracato, par exemple, et rien que pour ça, sans même juger de la qualité (excellente si vous l'écoutez dans le bon état d'esprit) de son oeuvre, ça le rend meilleur que beaucoup d'autres. 

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