09/12/2013

357. "BUSINESS AS USUAL" Men at Work

uncdparjourmenatwork.jpgLe koala est tout joli... C'est une petite boule de poils particulièrement trognonne, avec son regard eucalypté, ses promesses d'exotisme austral, de nonchalance toute marsupiale... C'est aussi, ce koala, (au-delà, et c'est la dernière fois que j'en parle, que c'est Leïla Aissoui qui devait gagner la saison 7 de Nouvelle Star) une preuve irréfutable de l'éclatante vérité de l'Evolution par sélection naturelle (et, en cadeau bonux, une forte présomption de plus de l'inexistence d'un quelconque démiurge) car cet animal, qui vit, depuis quelques pelletées de dizaines de milliers d'années, accroché du soir au matin aux troncs d'arbres, possède l'ouverture de sa poche vers le bas... Cela dit, si je voulais vraiment utiliser ce blog pour tenter de repousser l'obscurantisme et le dogme (et risquer l'ignoble paradoxe d'ériger mon copain Richard en idole d'un culte rationnel et scientifique; mais la question ne se pose même pas puisqu'approcher la réalité de manière scientifique présuppose la capacité à dépasser le dogme et puis, article premier des statuts de l'alma mater, Libre Examen et tout ce tintouin, y'a pas de risque de se fabriquer des veaux d'or avec des maîtres à penser de la trempe de Dawkins), je vous parlerais de l'ichneumon; car le fait est historique, Charlie-Charlot, Darwin lui-même, s'est détourné de la face du Seigneur lorsqu'il a découvert la procédure de couvée de cet hyménoptère cousin de la guêpe (qui est déjà à elle-seule une sale bestiole qui oblige à douter de la bienveillance de YHWH)... Vous n'êtes pas en train de manger en lisant ces quelques lignes ? Vous n'êtes pas sujet au syndrome de vomissements cycliques (alors, cette saison 9 de Grey's, elle a scotché sa mère ou bien ?) ? Vous avez le coeur accroché ? Car ce qui vient, c'est la vérité pure et dure de la nature, pas une astuce imaginée pour le director's cut de la saucisse (ça y est, mon esprit tape des mots à nouveau plus vite que mes doigts; cette saucisse se rapporte j'imagine à la série de films de goreporn dont forcément, le sixième épisode porte un nom de charcuterie et le septième un nom de sous-vêtement pair; Saw 6, Saw 7), pas le délire d'un Stephen King trop fier de la réussite grandissante de son fils sous pseudonyme, pas de la propagande pour nous faire croire que seuls les méchants pratiquent la torture et qu'on boit des cocktails à petites ombrelles dans la cour d'Abu Ghraib... Non, si vous ne la connaissez pas, l'histoire de l'ichneumon va vous dresser les poils mais tant pis... La bébête, sentant venu le temps de pondre la larve de son descendant, va, avec son dard, s'attaquer à une bonne grosse chenille toute charnue (vous voyez arriver le truc ?)... Pic, pic, picpicpic, madame ichneumon va systématiquement piquer la chenille sur précisément chacun de ses ganglions afin de la paralyser tout en la gardant en vie (vous sentez le crescendo horrifique ? entendez le lancinant violon tandis que l'ombre lève le bras derrière le rideau de douche ?)... Et là, paf, elle lui pond sa larve à l'intérieur... Déjà, c'est dégueu... La suite est délicieusement pire... La larve va s'épanouir au sein de la chenille, y trouvant toute sa subsistance, grignotant son hôte de l'intérieur (attention, révulsion totale en approche, même en étant conscient qu'il faut évacuer tout anthropomorphisme de ce modus operandi, ça reste supercrade; ah, le concept de super-héros tout pourri : supercrade, il élimine ses ennemis avec ses mycoses de pied et son halitose) selon une hiérarchie héritée de millions d'années de sélection naturelle, bouffant toute la viande, toutes les entrailles, sans toucher aux organes vitaux, s'assurant ainsi que sa chenille-placenta phénotypique reste bien fraîche et juteuse jusqu'au bout, jusqu'au moment de naître pour de bon, un ichneumon tout formé qui déchire le reste des chairs en s'extirpant de la chenille... Et si l'on pourrait presque imaginer le terrible single "Down Under" agir de même au sein de ce premier album des Men at Work, notre transition est plus sage, le groupe du jour étant tout simplement australien, au même titre que le koala ou l'ichneumon... D'ailleurs, cette possible transition, pour jolie qu'elle eût été (comme Remus et Romulus qui eurent têté aux mamelles lupines mais on verra ça plutôt la prochaine fois, tout en prévenant les trekkies que non, il s'agira bien des frères mythiques et pas des planètes du Quadrant Beta), aurait été (Abattue, ta tatie Tabatha t'a tâté le tutu) malhonnête et déplacée... Car bien sûr, "Down Under" est l'un des plus grands singles de la musique populaire des années 80 et on risque bien de ne jamais se lasser de l'écouter, que tout de même tout le disque tient un niveau qualitatif de taille... Déjà, la plage d'ouverture, "Who can it be now ?", avait également empoché le numéro un des ventes un peu partout sur le globe, portée par un gimmick au saxophone qui témoigne beaucoup plus de l'ambiance globale de la plaque que l'espèce de flutiau de roseau qui emprisonne les neurones sur ce "Down Under" dont il va encore falloir parler tout du long... Le second couplet de ce véritable classique se devrait d'être étudié dans tous les cours d'anglais de nos athénées royaux (désolé, possibles lecteurs de Francophonie, ce blog verse quelques secondes dans sa belgitude intrinsèque) : "I met a man in Brussels, he was 6'4 and full of muscles / I said "do you speak my language ?" and he just smiled and gave me a vegemite sandwich"... Nous n'entrerons pas dans les détails de quoi, comment, pourquoi une partie de la planète se goinfrerait de vegemite du matin au soir et qu'une autre partie est prête à tomber en syncope rien qu'en reniflant le pot de cette mixture (légumes et épices dans de la levure de brassin) mais par contre, par un soudain éclair de cohérence et d'auto-citation, je rappelerai que dans le clip de "Down Under", juste aussi remuant et irrésistible que la chanson elle-même, l'un des membres du groupe traîne derrière lui une peluche, pas n'importe laquelle, un koala tout trognon... Mais donc, et c'est ça la beauté (comme cette énorme île que nous n'avons toujours pas vue, comme la grande barrière, comme des mégalopoles bruissantes aux opéras en forme de conques, comme cette urne pleine de cendres -bloody aussies-, comme Uluru endormi au coeur de l'outback) de l'opération : je l'ai dit, je le répète, "Business As Usual" ne compte, à travers ses dix chansons (pour 38 minutes), aucun temps mort ("I can see it in your eyes", "Underground" ou "Johnny Be Good" auraient, par exemple, tout aussi bien pu être publiés en 45 tours)... De la mort, malheureusement, et au-delà de chenilles rongées de l'intérieur et de bébés koalas qui se brisent la nuque en tombant des eucalyptus comme des fruits gâtés, les "Men at Work" en ont eu une sale part l'année dernière : le membre fondateur, choriste, claviériste, flûtiste et, surtout, saxophoniste Greg Ham ne saxophonise plus rien du tout pour cause de cessation d'existence... Or, je l'ai déjà dit, c'est son bout de laiton qui imprimait l'identité du groupe autant que la voix d'entre mille (et, aussi, la gueule cassée au regard dévié) du chanteur Colin Hay... Sorti en 1981, ce premier album, on l'a déjà évoqué, va connaître un rare succès, en Australie forcément, au Canada aussi, Commonwealth oblige, mais aussi aux Amériques où le disque va notamment engranger un record pour l'époque : celui du plus de semaines classé numéro 1 (en l'occurrence 15) pour un premier album... Une fois n'est pas coutume, le consensus critique rejoindra même ce succès commercial : Men at Work recevront le Grammy du meilleur nouvel artiste (ou du nouveau meilleur artiste ?) en 1983... A l'écoute, trente ans plus tard, cette distinction reste amplement méritée, même si, mais c'est le poids de l'Histoire a posteriori et le propre de ces récompenses qui prennent des paris sur l'avenir, les gars au boulot ne dureront pas... Leurs grandes années passeront vite, le temps de trois albums, de 1981 à 1985... Le groupe se reformera au milieu des années 1990 mais vous le savez déjà, le ver était dans le fruit, la larve dans la chenille...

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07/08/2013

332. "S.O.S." Die Antwoord

Uncdparjour Die Antwoord SOS.jpgJ'en ai vu des horreurs en tant de temps passé au front des concerts, dans les tranchées des plaines de festivals, dans les nids d'aigles de salles tout autant exigues qu'enfumées, ou, au contraire, totalement nues, sans aucun sac de sable ni croisillon de barbelés pour tenter d'échapper aux rafales de décibels vicieux et entortillonnés... J'aurai des attaques d'acouphène jusque sur mon lit de mort, peut-être, peu importe, est-ce même là le propos du jour ?... que nenni, mon valet de pique... Mais j'en ai vu des horreurs, j'ai vu Christophe Miossec suant d'alcool (à l'époque, ce n'était pas encore un complet pléonasme) se taper la tête sur son micro jusqu'à s'en pêter le front, le pompier de service fébrile à chercher l'aiguille et les sutures pour la sortie de scène... J'ai vu Till Lindemann, cette improbable engeance de la princesse Fiona et d'Andreï Chikatilo, sodomiser son claviériste avec sa prothèse pénienne avant de gicler sa simili-semence sur la foule... J'ai vu Loredana se réjouir d'avoir des "adeps" dans la foule de bovins motards d'une quelconque escale basse-sambrienne... J'ai vu la danseuse de Bonaparte, dans cette déjà très utérine Rotonde, effectuer une espèce de parade précopulatoire avec des abats sanguinolents... J'ai vu le petit Serge, sur le seuil de la mort, à ce point bafouiller les mots de l'autre Serge (déjà décédé et pas moins imbibé) que ce Maxim's a failli se terminer en dentier gigotant sur les planches de la plus belle salle de Wallonie... Oui, donc, c'est établi, j'en ai eu des visions d'angoisse, de dégoût, de misère... Et pourtant, il se peut que rien de tout cela ne soutienne la comparaison avec l'effroi causé par Watkin Tudor Jones et Anri Du Toit lorsque leurs surprojections jungiennes, aka Ninja et Yo-£andi Vi$$€r, ont révélé leurs gueules de monstres (zombie décharné au rictus de Jason Voorhees pour lui, lentilles opaques et crâne à l'iroquois post-lobotomie pour elle) en soulevant leurs capuches fluorescentes, sous le chapiteau Univers d'un Couleur Café 2013 qui a, en ces quelques centièmes de secondes de tissu rejeté en arrière, effacé les traces du chemin cool/green/conscientisé creusé depuis dix-neuf ans... Oh oui, jou ma se poes in a fishpasse jar, Die Antwoord font peur et le public de Die Antwoord fout les chocottes... Car, bien sûr, le parti pris de ce "foutjeuristek" mélange de rap et de rave est à la fois comique et navrant mais toute cette masse (majoritairement flamande, attrait linguistique de l'Afrikaans oblige) qui avale, de sa grosse langue ovine, la bouillie du trio sud-africain au premier degré, est absolument détestable... La tension (titre, par ailleurs, de leur second opus) était telle sous la toile de cette tente, pour ce cirque post-nihiliste de clowns démembrés, que j'avoue avoir quitté ledit chapiteau en plaçant quelques violents coups de coude dans les côtes flottantes des baudets plantés devant moi... C'est donc admis, Die Antwoord est une machine live d'une rare efficacité qui, in fine, se regarde plus qu'elle ne s'écoute... Pourtant, S.O.S, notre disque du jour, recèle quelques moments dignes d'intérêt, dévoile Tudor Jones comme l'un des grands rappeurs actuels, avec ce flow transcendé par le recours à cette langue mourante des sud-africains blancs, et fait exploser le baromètre mémétique à chaque fois que Du Toit ouvre la bouche... Totalement anormal, le filet de voix de Yo-Landi s'écoule comme l'impossible mixture entre un manga érotisant, le plus hystérique des muppet shows et un véritable manifeste de création plasticienne contemporaine... Car c'est là que se situe la faille (Ay, there's the rub, nous disait le prince danois): puisque Die Antwoord est un objet culturel construit, fruit d'une réflexion et d'une stratégie, il est important d'en comprendre les enjeux et la sémiologie... Dis comme ça, ça semble évident: Guernica est un tableau intéressant mais étrange quand on manque du contexte culturel; Guernica est peut-être le plus grand tableau du vingtième siècle quand on sait de quoi il traite (en vérité, le plus grand tableau du vingtième siècle ce serait La Trahison des Images de notre ami René si un certain Kasimir, dont on ignore si'l était un monstre gentil, n'avait pondu son Quadrangle)... Or donc, foin d'intellectualisation extrême, la lecture adéquate de la production musicale de Die Antwoord passe par la conscience, en filigrane, de cette vérité trop souvent tue: l'apartheid, pour ignoble qu'il fut, ne peut se résumer à des blancs riches et des noirs pauvres; et la fin du système n'a certainement pas amélioré la vie du quart-monde blanc qui continue plus que jamais à grouiller dans sa crasse et sa bêtise endémique... Intéressante aussi, sur cet album dont nous possédons la version internationale éditée en 2010 par Cherry Tree Records (soit un pressage avec moins de morceaux mais à un prix plutôt rikiki, constaté et acheté à 6€, par exemple, chez les Rouges), la chanson "Evil Boy" cache, derrière son apparente fixette priapique, un véritable réquisitoire contre la circoncision à vif, rite de passage de nombreuses tribus zoulous, xhosas et autres, qui laisse pléthore de jeunes hommes au mieux handicapés à vie du zgeg, au pire vidés de leur sang au fin fond de la brousse... Et bien sûr qu'il faut rebattre les oreilles de l'Occident avec les ignominies de l'excision vulvaire et bien sûr qu'il faut souligner que l'on ne parle jamais des rites équivalents masculins, qui sont tout autant barbares... Plus loin, Yo-Landi Visser se tranforme en "Rich Bitch" et, une nouvelle fois sous un vernis d'humour parodique, règle son compte au gangsta rap et à ses valeurs vomitoires (champagne au goulot, liasses de billet et armes à feu, voitures qui rebondissent sur leurs amortisseurs-verrins, jeunes femmes dénudées encore plus objectisées que les pitbulls aux colliers de diamants)... Et si les plus sceptiques d'entre vous doutaient encore du véritable contenu artistique de l'entreprise, je rappelerai simplement que le groupe travaille sur ses clips avec le photographe Roger Ballen, père malgré lui du Zef, ce courant culturel du Sud-africain blanc sans le sou précédemment invoqué, et que Leon Botha faisait carrément partie du posse, au même titre que Ninja, Yo-Landi Visser, DJ Hi-Tek et DJ Vuilgeboost... Ce Leon Botha décédé il y a deux étés, à l'âge record de 26 ans, plus âgée victime de la progéria de tous les temps, ce Léon Botha omniprésent dans les premiers visuels du groupe, ce plasticien hip-hop, petit lutin qui avait mangé Keith Haring et était occupé à le recracher pour baliser ce vingt-et-unième siècle qui fait de plus en plus peur... Ce Léon Botha, enfin, dont le visage anémié, stigmatisé par cette horrible maladie, a surgi, d'outre-tombe, par la magie de la vidéo, sur les grands écrans dressés de part et d'autre de la scène, sous ce chapiteau Univers qui, vraiment, ne pourra plus jamais être le même après avoir subi les assauts déguelasses, la saillie extatique de "Die Fokken Antwoord".

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24/02/2011

319. "MADE IN JAPAN" Deep Purple

deep purple made in japan.jpgEt donc vous voulez quoi ? Que je condamne l'immobilisme coupable des états riches et gras de l'Union européenne face à l'Histoire en marche au Maghreb et dans le monde Arabe ? Que je dise combien je conchie et vomis par tous les orifices les déclarations de monsieur le ministre Brie Pot-au-Feu du style "Nul n'entre sur le territoire européen sans y avoir été invité au préalable" ? Faudrait-il aussi s'insurger que certaines des armes qui sont en train de massacrer des civils enfin avides de leurs droits les plus fondamentaux seraient sorties des fabriques herstaliennes ? Depuis quand une arme sert à guérir plutôt qu'à tuer ? Quand a-t-on inventé des munitions qui tuent les méchants et font des bisous aux gentils ? Peut-on réellement accepter du premier président du monde libre qu'il juge "scandaleux et inacceptables" le bain de sang et les représailles du pouvoir kaddhafien envers la population libyenne tandis qu'il n'a toujours pas retiré, malgré promesses à répétition, d'Irak ni d'Afghanistan, ses troupes ingérentes aux nombreuses "victimes collatérales" ? Qui, enfin, a réellement entendu le rappel à l'ordre de Navanethem "Navi" Pillay ?... Mais comme vous tous, fidèles lecteurs et lectrices déglinguées, j'ai de toute manière bien plus important à m'inquiéter, sans même évoquer bébé dont la construction se passe selon le cahier des charges... Comme le savent bon nombre de travailleurs du tertiaire non-marchand, autant le début de l'automne, c'est l'ouverture de la chasse, autant la fin de l'hiver, c'est la saison des stagiaires... Alors quand débarque sur votre lieu de travail, une grande gamine qui ne jure que par le heavy metal mais qui ne connaît rien à l'histoire de la musique rock, l'envie de lui balancer Made in Japan dans les oreilles devient rapidement impérieuse... Live mythique (Tokyo et Osaka, les 15, 16 et 17 août 1972) mais aussi gloubi-boulga des cris et vocalises d'Ian Gillan, de la guitare attila le deux de Ritchie "Je me suis perdu dans mes cheveux" Blackmore, des claviers nappés de prog de Jon Lord et de cette section rythmique souvent "rock-étalon" parfois plus "boogie-bourrin" (Roger Glover au tagadam, Ian Paice au poumpoum), Made in Japan garde, pour les fans, une place à part dans la discographie des Profonds Pourpres... En sept plages pour 77 minutes (à 6'42'', Highway Star, en ouverture de face A, est quasi-instantanée face aux 19'54'' du Space Truckin' qui clôt la face B), c'est évidemment une musique matricielle qui se déverse ici... Rock dur et métal lourd, c'est entendu, avec ce parfait résumé, juste avant "The Mule", en milieu de plaque, d'Ian Gillan apostrophant son ingé-son : "Mets-moi tout plus bruyant que tout le reste"... Et l'appel des peuples à prendre leur propre destin en mains, il est assez bruyant ? Le silence obstiné du refus de nos dirigeants à assumer leurs rôles de garants des droits de l'homme est d'ores-et-déjà, lui, assourdissant...

15/02/2011

318. "BACK IN BLACK" AC/DC

acdc backinblack.jpgBien, aujourd'hui on fera vite car on a peu de temps... Alors, d'abord, nous sommes entrés dans l'année du Lapin et ça fait froid dans le dos comme nous l'explique Internet (ô, divinité panconsciente, grande crado du 21e siècle et au-delà, cause de et solution à tous nos problèmes, panacée spirituelle à la soupe de poulet de l'âme, mamelle de reine-catin et de lépreuse-medium, ô, réseau des réseaux, théorie des échelles et des supercordes, nous nous prosternons) : "L'année du lapin est remarquable par la tranquillité qu'elle offre. Les esprits se sont apaisés. La révolution, c'est du passé ! Les réformes sociales, ça peut attendre ! Les héros sont fatigués et prennent maintenant goût à la douceur de vivre. Il est bien peu probable qu'on puisse assister à de grands bouleversements en une année du lapin"... Quel programme détestable, pas de révolution, même pas de réformes sociales, on se prépare quand même un accord interprofessionnel qui va renvoyer la classe moyenne au 19e siècle et des réformes institutionnelles qui risquent de sentir le soufre et les bottes qui claquent... Nous avons aussi vu passer la Saint-Valentin avec honte (encore pardon, femme de ma vie, mère du ou de la futur(e) maître(sse) du monde de t'avoir offert du vide cette année)... "Au moins trois saints différents sont nommés Valentin, tous trois martyrs. Leur fête a été fixée le 14 février par décret du pape Gelase premier, aux alentours de 498." (C'est qu'on peut en apprendre des choses sans intérêt sur Pipipédia et même si on était en 498, Gelase c'est pas sérieux comme prénom)... Dans de telles circonstances, remplissons l'air ambiant avec du bruit à succès, en l'occurrence le retour au noir des australiens courant alternatif/courant continu (dont le nom évoque aussi, nous l'avions dit en son temps, des pratiques sensuelles plutôt joyeuses au sein de la communauté qui est pas mal gaie non plus)... Et non pas "gaye", ce qui nonobstant l'ange Marvin, n'a pas du tout le même sens dans les langues endémiques du sud de la Belgique... Back in Black (42 minutes pour dix chansons) reste donc l'un des tous grands succès du commerce de disques puisqu'avec un total actuel estimé à 49 millions de copies écoulées de par la planète, cette plaque est la deuxième plus grosse vente de l'histoire de l'Humanité, derrière, évidemment, le Thriller (inrattrapable au niveau des records puisqu'il vient de pulvériser la barre des 110 millions d'exemplaires) de Michael Jackson (qui aurait été, et aurait tété aussi, du coup, j'ignore de savoir si vous le savez de l'avoir vu dans les médias ces derniers jours mais Jacko, donc, aurait été castrat suite à prescription de violents médicaments anti-acné au début de son adolescence, ce qui explique sa voix aiguë, son absence de pilosité faciale et peut-être même ses déviances affectives envers les garçonnets mais il est certain que la famille Jackson va vigoureusement réfuter cette théorie médicale)... Sorti fin juillet 1980, Back in Black est donc aussi le premier disque d'AC/DC sans son chanteur-fondateur-animateur Bon Scott (décédé quasiment jour pour jour d'aujourd'hui, le 19 février 1980)... Et si les chiffres de vente et la longévité du groupe leur donnent tort depuis 31 ans, les puristes continuent (je serais tenté de dire "comme de juste") à préférer la folie enchaînée, comme une hyène au bout d'une laisse à clous, de Bon Scott, à la prestation gutturale très mimétique de Brian Johnson... Back in Black, et ses singles (la plage titulaire, Hells Bells, You shook me all night long, Rock 'n' roll ain't noise pollution) a donc marqué le public et l'industrie et reste malgré tout un repère indiscutable dans la discographie des kangouristes en costumes d'écoliers... Juste en conclusion, mon exemplaire de Back in Black n'est pas compris dans les statistiques de vente, ces fameux 49 millions, car c'est un pressage pirate (allez, Sony, EMI, ClearChannel, Mutt Lange, quelqu'un, n'importe qui, j'ai acheté un disque pirate, venez me jeter en prison, bafouez mes droits de l'homme, torturez-moi dans une baignoire, je cause la crise du disque à moi tout seul, Jérôme K., attends-moi, j'arrive) que j'ai acheté, pour l'équivalent de 20 francs belges (comme un beau billet vert avec Baudouin tout jeune derrière ses lunettes) dans une autre vie de bourlingueur, au sein du Sungei Wang Plaza du quartier de Bukit Bintang... Voilà, tout ça en vingt minutes, bravo, merci, bon carnaval, bonnes giboulées, à bientôt.

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29/10/2010

306. "CARPE DIEM" Belinda

belinda carpe diem.jpgDonc, de la péninsule du Yucatàn, hotel all-in pur cinq étoiles bien trop de luxe pour nos inclinations à l'ascèse, sur la riviera maya dans l'état du Quintana Roo, nous ne pouvions pas ramener que des épices à pleurer du sang, des alcools à pisser des flammes, des sixcentaines de photos, une brouette inox de souvenirs plein la tête, il y avait, dans les bagages, un disque... Née pourtant sur le vieux continent, dans une autre péninsule, Belinda Peregrin est pour ainsi dire inconnue chez nous, au nord de l'Espagne... Quoique, un rien plus jeune et avant un coup de bistouri rhinoplastique, la demoiselle fut l'une des trois Cheetah Girls 2 Un Nouveau Monde DCOM (dès que vos petites soeurs arrêteront de courir en hurlant à travers la pièce, vous saurez qu'un DCOM, c'est un Disney Channel Original Movie comme, par exemple, High School Musical 1 & 2, Les Sorciers de Waverly Place Le Film, Princess Protection Program Mission Rosalinda, Camp Rock 1 & 2, Harriett La Petite Espionne, Une Superstar Malgré Elle, bref, bref, bref, on s'égare dans les méandres de la fabrique de petites souris aux oreilles surdimensionnées)... Tout ça pour dire que Belinda n'a pas nécessairement le plus crédible des curriculum vitae à faire valoir... Et de fait, sans charrier la miévrerie de Walt son usine à abrutir les titinenfants, le cidevant troisième album de la superestrella mexicana évite grandement de sortir des sentiers rebattus... Heureusement, en plus d'être the disque que nous avons ramené de là-bas, Carpe Diem a le bon goût de s'articuler en quasiment deux faces distinctes... Les morceaux 1 à 4 et 8 s'embourbent dans une ambiance synthédance toute actuelle, vide de sens mais riches de ces sonorités électroniques irritantes qui font remplies les panses de, par exemple, les Black Eyed Peas... Plus loin, les chansons 5 (le très amusant "Lolita", n'hésitez pas à écouter ça via vos sites de partages vidéo préférés),6,7 et 9,10,11 sont bien plus écrites, construites, charpentées sur une mélodie, du piano, des guitares... Bien sûr, la tête de veau, euh, les rognons de boeuf, hmm, la langue de Cervantes, disons, aidant, on pense, souvent, à Shakira... Comparaison certes flatteuse pour la petite Belinda dont, cela dit, le frais minois et les origines ethniques variées, peut laisser croire à une offensive internationale, en anglais donc, dans une paire d'années au plus tard.

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02/06/2007

180. "LET LOVE IN" Nick Cave and the Bad Seeds 02/06/07

Nick Cave and the bad seeds Let love inDeux choses... d'abord, quelqu'un a dit "la musique ne va jamais trop fort, c'est vous qui devenez trop vieux"... ensuite quelqu'un d'autre a dit, aussi, quand ça a été son tour de parler, "sexe et drogues et rock'n'roll"... bon, en 1994, le kangourou décharné est en plein dedans avec son huitième album studio... Let Love In, si "il laisse entrer l'amour", recrache aussi pas mal de rage et d'anxiété... Premier véritable signe que l'échalas australien, qui va d'ailleurs fêter ses 50 ans en septembre, est capable de percer le marché grand public tout en gardant son style, Let Love In reste un repère dans l'oeuvre pluridisciplinaire du gaillard (rock, chanson, cinéma, théâtre, littérature, poésie, comédie)... Les dix morceaux cidedans portent évidemment la marque gothico-edwoodienne de l'auteur-compositeur qui éclaircit et épure tant sa plume que sa guitare... De un, Nick ne va plus qu'à l'essentiel pour capter sans fioritures l'ambiance voulue, avec le mot juste et sans la lourdeur de références qui pouvait dans ses premiers albums crypter son propos; de deux, il n'exagère jamais son chant, ce qu'il fera pourtant par la suite plus vendeuse de sa carrière, et utilise sa voix sépulcrale pour ce qu'elle vaut... Le mélange habile de ballades tristes mais jamais mièvres (Nobody's Baby Now, I Let Love In ou Lay Me Low) et de morceaux à la hargne quasi-psychotique (Do you love me ?, Loverman, Jangling Jack, Thirsty Dog) assure à l'oeuvre finale une densité et une cohérence qui sont le signe des vrais, grands, éclatants talents... Accompagné de mauvaises graines qui n'auraient pu mieux pousser (les vieux complices, Mick Harvey également issu de The Bithday Party et, bien sûr, le teuton Blixa Bargeld, par ailleurs leader des imprononçables Einstürzende Neubauten accompagnés de Martyn P. Casey, Conway Savage et Thomas Wydler), Cave signe donc un disque Carlsberg : probablement le meilleur album de rock de tous les temps.

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22/03/2007

126. "CROWDED HOUSE" Crowded House 20/03/07

crowdedhouseCe n'est certes que le hasard (à moins que ce ne soit mon inconscient qui se joue de moi) qui place un premier album éponyme à la suite d'un premier album éponyme... Aujourd'hui, Goldorak dans Le festin des Loups... Ouh la la, y a mes interférences qui me reprennent... Aujourd'hui, donc, Crowded House dans Crowded House... Chez eux, sur la scène australo-néo-zélandaise, les Crowdies étaient quasiment assurés du succès avant même la sortie de ce premier album en 1986 puisque Neil Finn, chanteur-guitariste et Paul Hester, batteur, avaient fait partie de Split Enz, premier groupe néo-zélandais à faire parler de lui hors de l'Océanie, au tournant 70's-80's... Cette formation avant-gardiste, dont nous reparlerons, avait été fondée par Tim Finn, l'aîné de Neil, qui rejoindra Crowded House sur leur troisième album... Sur cette première plaque, c'est le bassiste Nicholas Seymour qui complète le trio... Le succès mondial du premier single, l'inusable soft "Don't dream it's over", annonçait avec vingt ans d'avance le statut inouï qu'allait atteindre les frères Finn sur leur île... Aujourd'hui, la maison de production de Tim & Neil pèse à elle seule pour 50% de l'économie musicale de Nouvelle-Zélande!!! Mais revenons en 86, ce qui frappe dès la première écoute de cet album c'est que "Don't dream it's over" n'est pas représentatif du ton des dix autres morceaux de l'album... Tout en restant accessibles et mélodieuses, ces chansons sont un rien plus nerveuses, surtout dans le chant de Neil Finn... Reste à souligner le côté davidlynchien et prémonitoire de la pochette de ce premier album... Après la séparation officielle du groupe en 1996, le batteur Paul Hester (avec des ailes dans le dos sur cette pochette) s'est lentement enlisé dans la dépression et malgré une deuxième partie de carrière positive en tant qu'animateur télé d'émission musicales, il s'est suicidé en 2005... Avec la perte de ce membre fondateur, la maison ne sera plus jamais bondée.

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19/03/2007

124. "LET'S KNIFE" Shonen Knife 18/03/07

Shonen KnifeKon'nichiha, honorés bloggers... Aujourd'hui, la fureur acidulée nipponne débarque sur nos chroniques... Il y a une décennie, la japanisation de la coolitude culturelle n'en était qu'à ses balbutiements... Mais les Shonen Knife y ont participé amplement avec ceci, leur cinquième album mais le premier à bénéficier (en 96, soit quatre ans après sa sortie au Japon) d'une distribution valable en nos contrées euroccidentales... A l'époque (car leur récente reformation les a vu changer d'effectif), Shonen Knife sont un trio 100% féminin, constitué de Naoko Yamano (chant, guitares), Michie Nakatani (chant, basse) et Atsuko Yamano (chant, batterie, percussions, claviers)... Au programme, 15 morceaux qui ne tordent pas vraiment le coup aux préjugés sur la j-pop... Pourtant, l'énergie est débordante et parfois même un peu rèche, les guitares sont passablemment barbelées, la basse déborde de partout et la batterie engage le tout dans un tempo général que n'auraient pas renié les Ramones... Les filles ont tenu absolument, sur cette plaque, à chanter en anglais et à écrire musiques mais surtout paroles elles-mêmes, ce qui donne quelques moments irrésistibles à la périphérie extrême-orientale de la langue de Shakespeare... Qu'elles chantent leur envie de voyager en fusée (Iko ho, Iko ho, everybody let's go, uka boo, uka boo, space walk uka boo), leur message d'espoir aux bisons en voie d'extinction (Bear up bison never say die, avec un fameux hommage au making Plans for Nigel de Coulding et Partridge), leur attachement naïf à la publicité pour l'anorexie de Mattel (Ooh aah aah bang bang bang twist Barbie Oh! Sexy girl!) ou leur irrépressible besoin de confiseries (I'm gonna eat jelly, jelly, jelly, jelly, jelly, jelly, jelly, jelly beans, you're gonna eat cherry, cherry, cherry, cherry, cherry, cherry, cherry, cherry drops), les Shonen Knife n'ont peur de rien et ont l'inspiration azimutée de toutes parts... Elles chantent aussi la pêche au bar, les promenades à vélo et un jingle publicitaire pour détergents à casseroles, entres autres joyeusetés... Ultra-colorées, survitaminées, très second degré aussi, les Shonen Knife réussissent un exploit faramineux avec cet album: elles m'arrachent des sourires à chaque fois que je les écoute alors rien que pour ça, arigatou.

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06/03/2007

111. "LIVE & OFF THE RECORD" Shakira 05/03/07

Shakira live & off the recordMademoiselle Shakira Isabel Mebarak Ripoll a déferlé au début des années 2000 de tout son talent et de toute sa personnalité pétrie de ses origines libano-colombiennes sur un monde qui n'avait rien demandé mais ne s'est pas fait prier non plus... Membre du cercle des plus grandes fortunes gagnées honnêtement en Colombie, Shaki a mis sur pied diverses fondations pour aider au développement sain et harmonieux des enfants colombiens... Après le carton mondial de son premier album en anglais, quoi de plus normal que de sortir un live ? Là où l'artiste s'est une nouvelle fois différenciée des autres filles teintes en blond de la scène pop grand public, c'est en faisant le forcing pour que ce live soit un produit peu cher... Pour moins de 15€, en jewel case, on pouvait se procurer Live & Off the Record en 2004, produit hybride, CD dix titres, DVD 15 titres plus de nombreux bonus... On se penche évidemment sur le CD, concentré du meilleur de Laundry Service, le précité premier album anglophone (Underneath your clothes, The One, Poem to a horse, Objection tango et Whenever, wherever) et de ?Donde estàn los ladrones?, le chef-d'oeuvre de Shaki, son dernier album hispanophone avant la déferlante mondiale (Ojos asi, Si te vas, Ciega sordomuda, Tù)... Pis en bonus, dixième morceau live, un inédit, il y a, dans une version shakirienne bien crédible, une reprise du Back in Black d'AC/DC... Le tout au Ahoy de Rotterdam, ce qui donne quelques apartés amusants entre un public néerlandais accompagnant de son lourd accent batave les intonations hispano-arabes de Shaki, qui a d'ailleurs bien du mal à prononcer Rotterdam sans s'emmêler... Et à la fin, la mangouste mange le cobra. 

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08/02/2007

85. "SHARP... LIKE A BOWLIN' BALL" Louis King 07/02/07

louisking3_smallBelle découverte de la Nuit du Blues 2006 (un festival musical et caritatif de Charleroi, Belgique chaudement recommandé pour son ambiance bon enfant et sa programmation éclectique, l'édition 2007 proposera notamment Slade et Nine Below Zero), Louis King a, avant tout, une allure... Fantôme d'Elvis déguingandé sorti d'un film de David Lynch sur le bush australien, Louis King a, en plus, une voix malléable et la maîtrise de sa guitare... Blues-rock, be-bop, rock'n'roll, Louis King se revendique également du psychobilly à la Stray Cats... Et vu la cinquantaine fringante qu'affiche ce vieux fennec, il est certain que la démarche est authentique et qu'il fût là aux débuts du mouvement, pour propager la parole rockabilliste à travers son Australie... Par dessus-le marché, Louis King a de l'humour, voici les notes techniques reprises dans le livret du CD: "Ce disque a été réalisé avec le processeur "Son qui arrache 2000". De manière à en apprécier pleinement les subtilités inhérentes, nous vous conseillons de suivre la procédure suivante. 1 Placez vos baffles à distance égale de votre lieu d'écoute et déplaçez tous les obstacles à l'acoustique (canapés et objets pointus) d'un côté de la pièce 2 Tombez la veste, enlevez vos chaussures. Assurez vous d'avoir suffisamment de choses à boire et à grignoter à proximité 3 Invitez vos amis ou vos voisins 4 Placez ce disque dans votre lecteur. Assurez vous que le volume soit en position optimale (le plus fort possible) 5 Maintenant dansez dans tous les sens comme des idiots 6 Hey, c'est fun!!"    

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