06/02/2014

363. "TRAVELLERS IN SPACE AND TIME" The Apples in Stereo

travellersinspaceandtime.jpgEt nous pouvons poursuivre ces réflexions autour de la littérature de genre en constatant sans mal que la fantasy (héroïque ou pas, boardschool magique ou pas, avec des vampires qui scintillent ou des adoslescents qui se massacrent à coup de flèches enflammées ou pas) a supplanté la science-fiction dans tous les médias et, a fortiori, ce bon vieil assemblage de cellulose imprimée que nous continuerons à appeler des livres... Mais le fait est, indéniable, que la transposition du phénomène commercial à la société en général laisse bien envisager le pire... C'est la crise socioéconomique, il n'y a guère qu'une poignée d'ultramilliardaires réfugiés dans leurs tours d'ivoire (le chiffre est tombé : ils sont 85 à posséder autant de liquidités que la moitié de la population terrestre) et leur îles au sable tout aussi blanc qui peuvent se permettre de jouer à en simuler les effets; tous les autres, dont nous sommes, en souffrent et constatent bien qu'il y a cinquante ans d'ici, une famille de cinq pouvait correctement vivre avec un unique salaire alors qu'aujourd'hui, deux parents en équivalent temps plein et un enfant unique doivent jongler pour s'octroyer un éventuel petit plaisir consommatoire... Il me semble évident que nous trouvons dans la fantasy une évasion nécessaire, un imaginaire beaucoup plus facile à gérer, avec ce prérequis d'un bien absolu qui triomphe d'un mal absolu (certes, George RR Martin est parvenu à s'en éloigner mais il noie le poisson dans bien du sang et de la sensualité, obtenant à la fin une évasion un rien plus adulte mais tout aussi efficace)... La SF, face à cette déferlante d'épées votives, de parchemins magiques, de baguettes de sureau et de menottes en velours, doit, par définition, s'ancrer dans la réalité scientifique... Donc, échafauder des probabilités qui répondent à nos constantes physiques (même si, trou de ver ou pas, il devient de plus en plus improbable de se balader dans le temps; et pourtant, la terrible vision de la différenciation génétique future au sein de l'unique race humaine qu'a eue Herbert George en visitant ses Elohim et ses Morlocks vient toujours me serrer la gorge quand, par hasard, dans la file du Quick devant moi, je tombe sur une famille qui se balade la bouche ouverte et l'oeil éteint, dont la mère, agressivement analphabète, est obligée de pointer du doigt sur le tableau coloré ce qu'elle a envie de manger et qu'elle anonne sans respirer le texte qu'elle s'est répété dans la tête, empêchant la pauvre caissière acnéeuse de poser les sempiternelles questions contractuelles... grand ou moyen menu, coca comme boisson, ketchup ou mayonnaise ? Et la maman morlock de finalement décider de passer le relais à la seule de ses filles qui ne tombera pas enceinte avant ses seize ans)... Il est assez édifiant de relire quelques textes de SF des dernières décennies et d'y déceler, souvent, une vraie vision futuriste qui s'est, in fine, avérée... Car, de toutes manières, comme aurait pu le dire un quelconque critique littéraire trop prompt à la formule et qui, de toute évidence, ne pouvait pas s'attendre à servir d'exemple prétexte deux fois de suite dans ce blog de plus en plus sentencieux : "On ne lit pas la collection Darkiss comme on lit du William Gibson"... Mais, nonobstant les goûts, les couleurs, les arômes et les teintes, je dois bien avouer un faible, lié probablement à une certaine nostalgie, pour ces futurs redécouverts, à travers les médias... Nous sommes en 2013, bien sûr nous n'avons pas de voitures volantes ou de baskets qui se lacent toutes seules mais qui oserait affirmer que les 90 minutes de bouchons, chaque matin, sur notre ring capital, ne ressemblent pas aux ouvriers amorphes, sur les tapis roulants de Métropolis ? Qui pourrait dire, englués que nous sommes à nos écrans personnels, sur des appareils mobiles qui, de Shazam en Siri, deviendraient, pour certains, des amis plus précieux que des humains si, d'aventure, on les dotait d'un orifice à usage sexuel, qu'Hal 9000 n'est pas déjà là à lire sur nos lèvres, de son unique oeil rougeoyant ? Evidemment, les vrais robots dorment encore dans des labos souterrains cachés sous des hangars industriels couvertures et pourtant nos aspirateurs dansent et virevoltent tous seuls autour des pieds des meubles, autour des chats lourdauds endormis la gueule à moitié dans leur gamelle de pâtée (à ce moment-ci de cette chronique, vous devez être peu, mes lecteurs chéris, à entendre un renard jaunasse vous proposer de goûter à la pâtée du chat mais si c'est votre cas, je vous bisoute beaucoup)... Mais à la veille de l'avénement d'Homo Ciberneticus, tandis que nos coeurs sont suppléés depuis cinq décennies déjà par des boum-boums artificiels, que nos artères fonctionnent encore mieux en polymères et que la médication est véhiculée jusque-là où ça fait vraiment mal par des nanotubes de graphène, la question demeure : "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?"... Non, bien sûr, sans même devoir lire Philip K. Zgeg, nous savons tous, grâce au frère Scott qui ne se prénomme pas Tony que le test de Voight-Kampff est à même de confondre toutes les Sean Young qui s'ignorent, sous ces néons japonisants dans des voitures qui volent (on y revient, voilà tout de même un mythe futuriste qui s'écroule de plus en plus; au mieux, et c'est à souhaiter d'ailleurs, nos véhicules futurs se conduiront tous seuls avec une sécurité que ne pourrait jamais égaler cette irritabilité que ressent tout humain dès qu'il se place derrière le volant)... La vraie question, c'est : "What do you see when you dream about the future ?"... Et c'est donc l'interrogation lancée à nos oreilles par The Apples in Stereo sur ce disque du jour, leur dernière sortie en date même si l'objet date déjà de 2010... Mais qui, les qui donc, qu'on dit tout haut ?... Ces Pommes stéréophoniques, que j'ai découvertes, comme d'autres, au hasard du bac de démarquages d'un magasin rouge, sont en fait un groupe qui suit son petit bonhomme de chemin de longue date, depuis 1991, aux côtés d'autres, tous réunis sous l'ombrelle du label indépendant Elephant Six, basé à Athens, Georgia, ce qui pourrait n'être qu'un détail si nous (et vous aussi, qui lisez ce blog depuis un temps certain) ne savions/saviez que cet Athènes sans acropole mais où pousse un arbre qui est légalement propriétaire de son lopin (oui, oui, on apprend un tas de choses ahurissantes sur wikipedia) était la ville d'enfance de deux groupes appréciés par ici : The B-52's et R.E.M. (en même temps, qui n'aime pas R.E.M. ?)... Mais musicalement, on ne mijote pas ici tout à fait la même compote... Comme le titre du disque le laisse entendre, et comme notre longue et sinueuse introduction l'a introduit, nous voici partis pour une escapade dans le rétro-futurisme... Avec ce que ça suppose de synthétiseurs très synthétiques, de petits bruits suspects, d'envolées de mellotron et, surtout, d'une généreuse lampée de vocoder... Ah, la petite boîte qui donne une voix de robot, qu'est-ce qu'on peut pardonner comme mauvaise inspiration rien que grâce aux sonorités métalliques qui s'échappe d'un chant trituré par le vocoder (tiens, on pardonnerait presque l'album Trans de Neil Young mais ce n'est pas le propos, ici)... D'autant que la question s'évacue d'elle-même, les Apples in Stereo ne souffrent pas de mauvaise inspiration et, dès lors, expirent avec aisance une musique pop primesautière et acidulée qui soutient une voix passablemment androgyne... Le piano l'emporte peut-être un peu trop souvent à mon goût sur la guitare dans ces pépites aux excroissances spatiales mais tous ces stimuli provoquent les réponses bien documentées du meilleur pop-rock : sourire réflexe, dodelinement, chantonnement décomplexé, envie fréquente de se repasser le disque... L'apparente facilité d'écriture (et même s'il faut concéder quelques raccourcis accrocheurs dans la rythmique et les choeurs) ne peut pas non plus cacher le grand oeuvre de l'abeille ouvrière, un dénommé Robert Schneider (un nom de pas rock star comme il en existe peu), qui écrit, compose, produit ces Pommes-là depuis plus de vingt ans : le gaillard, dans son temps libre, construit des claviers synthétiseurs inédits et a développé une gamme chromatique à la progression logarithmique qu'il a lui-même qualifiée d'"octave non-pythagoréenne" et qui, sans radicalement forcer toutes les académies de la planète à revoir leur enseignement du solfège, rencontre un certain écho dans le milieu musical... Le futur en marche, donc, comme de nombreux titres de la plaque (riche tout de même de seize morceaux) le laisse entendre : "Dream about the future", "Strange solar system", "CPU", "Floating in space", "Time pilot", "Next year at about the same time" ne sont que quelques exemples de ce disque quasiment concept... Les réminiscences sont ici nombreuses, chacun, probablement, y trouvera celles qui correspondent à son background personnel (quoiqu'un pur fan de Cannibal Corpse risque de chercher longtemps), je peux facilement affirmer la plus évidente, et c'est encore le vocoder qui l'impose : on entend ici quelque chose non de Tennessee (ben ouais, il est question de pommes, pas de poires williams) mais bien de l'Electric Light Orchestra et c'est très logique (en plus d'être lumineux et électrique et orchestral) puisque le groupe lui-même ne revendique qu'une seule influence, celle des Beatles... Dont, au-delà de tout péché originel, la grosse pomme verte reste un symbole immuable et c'est une conclusion qui en vaut une autre.  

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01/10/2013

347. "CAR BUTTON CLOTH" Lemonheads

Uncdparjour Carbuttoncloth.jpgNous le savions mais nous pouvons confirmer plusieurs choses: Crna Gora est un lieu rare, sa riviera évacue les flonflons européens au profit d'une indolence balkanique toute pardonnable, ses plages n'ont pas besoin de sable fin, leurs galets sont d'un vert vif qui dialogue sans cesse avec le turquoise de l'Adriatique... Enfin, afin de boucler ce préambule particulièrement impudique, sachez, mes lecteurs toujours plus nombreux et avides, que le système du all-inclusive, dont on peut critiquer certains aspects, est idéal pour un enfant comme le nôtre qui, du haut de ses 27 mois, s'est pourléché plus que de sa part, faisant voler à parts égales, les saucisses, les frites, les crèmes glacées, les morceaux de pastèque, barbotant, flotteurs aux bras, dans des piscines de joie et d'éclabousse... Mais voilà, reprenons le cours normal de ce blog, puisque se plonger dans des piscines d'hôtel déplace des volumes d'eau équivalents à des poussées verticales et tout ça...  Archimède était un vieil aigri particulièrement désagréable à fréquenter, d'autant que son haleine de casu marzu (ah, vous aussi vous avez passé votre été à regarder les pitreries de Willy dans la forteresse maritime ?) vous retournait l'estomac et vous brûlait les sourcils... Mais étant donné le peu de documents écrits et de témoignages fiables nous venant de cette lointaine antiquité, nous préférons tous, autant que nous sommes, ne propager d'Archimède, au sein des générations futures (c'est un réflexe mémétique, ne vous en voulez pas), que son principe bien connu qui dit un truc du genre: "tout ce que tu fais déborder de ta baignoire et qui coule sur le sol de ta salle de bains, tu le dois au poids de tes fesses, va faire du spinning en cours collectif plutôt que d'embêter le monde avec ton blog pourri de l'intérieur par les asticots"... Une petite voiture (car), un bouton (button), un morceau de tissu (cloth), tous ces objets ont coulé dans l'eau, déplaçant x et y décilitres, par une poussée verticale égale au carré de la douleur musculaire après ladite heure de vélo-torture... Pas le dernier dans son genre pour jouer au kidult, Evan Dando (déjà croisé sur ce blog, notamment en 282 et en 322), choisissait donc, pour la pochette de son album de 1996, de raviver un exercice appliqué de sciences qu'il avait mené dans sa tendre enfance... En l'occurrence, plonger divers objets dans l'eau et constater lesquels flottent (aucun, on l'a vu)... Et somme toute, ce titre plutôt obscur, "Voiture, Bouton, Tissu", s'il fait directement référence à ce devoir de primaire, pourrait aussi adéquatement illustrer l'ambiance de la plaque... Dando sortait alors de cette période, de 1990 à 1994, qui avait été sa plus riche, tant créativement que financièrement, avec des chansons inspirées et un vrai kolé seré avec le succès grand public... Pour diverses raisons, il s'était alors distancié de ses musiciens de l'époque, concoctant une nouvelle mouture des Lemonheads pour ce "Car, Button, Cloth" qui présente tout à la fois les pétarades nerveuses d'une automobile, les élans authentiques d'un rond de bois troué et la douceur élimée d'un morceau d'étoffe... Il est temps d'un aparté à moi-même, car cette chronique me prouvera également que je ne rédige pas ce blog uniquement pour tes beaux yeux, toi, mon lectorat croquignolet, cet exercice, qui d'abord m'exulte tous les travers de cette réalité non-idéale, me permet également de redécouvrir des disques de ma grosse collection (dédoublée, les plus anciens fouineurs céans le savent, c'était dans le sous-titre de l'objet à son lancement, par la collection de mon amoureuse, fiancée, raison de vivre)... Et cette plaque de 1996 des Lemonheads, groupe, je le sais le sais-tu, dont j'étions très friand dans ces temps-là, m'avait, alors, pas mal déçu, par la chute globale de qualité par rapport aux deux sorties précédentes du groupe, par le changement radical de personnel et par les effets en dents de scie de l'agencement des chansons tout au long de l'album (on dit track-list en jargon de rockologue, mais vous le saviez, vous savez d'ailleurs déjà beaucoup trop de choses, je trouve, il serait peut-être temps que je consacre mon temps, mon énergie et mon charisme à la constitution d'un mouvement sectaire de type apocalyptique-survivaliste; de un, ça me ferait des rentrées d'argent faciles et régulières; de deux, ça m'éviterait d'avoir à raconter n'importe quoi à propos de secte apocalyptique-survivaliste pour essayer de tirer en longueur une chronique dont je sens bien qu'elle ne donnera rien de bon)... Et, à la réécoute, en préparation de cette nouvelle entrée (la trois-cent quarante-septième, ça commence à chiffrer, cette histoire), je découvre qu'avec quinze ans de décalage, c'est finalement l'aspect pot-pourri de ce disque qui me plaît le plus... On démarre sur quatre chansons (incluant les deux singles qui seront extraits de ce disque et que vous verrez en fin de texte, si vous crachez pas vos poumons à agiter vos bras en poussant des cris barbares, en pédalant en danseuse, après trois tours de molette) calibrées, mélodies entêtantes, compos efficaces, comme Dando pouvait en pondre treize à la douzaine, tout en renouant avec une certaine distortion, un bruit de fond qui faisait les choux gras des premiers albums des Lemonheads (quand ils étaient encore deux à auteuriser-compositer, on en a parlé en temps et heure)... Puis, l'auteur-compositeur passablemment lymphatique emprunte au répertoire de son ami australien Tom Morgan (du groupe Smudge mais on entre là dans les antichambres les plus obscures du folk-rock mondial, promis je me pencherai sur leur cas un jour, d'autant que leurs disques font partie de ceux de ma collection dont je sais pertinemment que je ne parviendrais pas à les remplacer si je venais à les perdre mais c'est sans discussion possible une gloserie que nous devrons tenir un autre jour) en offrant une version country sautillante de "The Outdoor Type" et une lecture particulièrement indie à grosses taches de "Tenderfoot"... En milieu de plaque, cassant le rythme, on s'enfonce dans "Losing your mind", un long blues fracturé sur lequel Evan, déjà pas le plus gros hurleur du rock, chante avec un filet plaintif qui ferait pleurer les saules les plus solides (et je ne parle pas du copain Baptiste, malgré son deux cent centimètres et ses cent vingt kilos)... Plus loin, la murder ballad traditionnelle "Knoxville Girl" donne lieu à une ruade réjouissante (qui rappelle aussi que le principal modèle de Dando a toujours été Gram Parsons, ce qui, tant qu'on est à parler de country-rock, nous oblige à envoyer des bisous à Linda Ronstadt pour ces prochaines difficiles années sans plus pouvoir chanter), à mille lieues du velours easy listening de "C'mon Daddy" qui suit... Entre les deux, un petit scud dont Evan Dando a toujours le secret: "6ix" (confer le titre du film de David Fincher) qui en deux minutes de bruit répète à l'envi "Here comes Gwyneth's head in a box"... Arrivée la fin du disque, cette nouvelle incarnation des Lemonheads donne libre cours à son énergie sur un long instrumental, au mystérieux titre de "Secular Rockulidge", qui enchaîne cassures de rythme et envolées de guitare... Et fournissait aussi la matière au terrifiant final des concerts du groupe en ce temps-là, comme lors de ce soir d'hiver, dans la salle VK, avec cet ami d'il y a vingt-cinq ans (qui ferait bien un petit coucou s'il passait par ici, ce n'est ni ton tour ni le mien de recevoir chez soi, comment faisons-nous si le troisième larron se trouve trop pris par ses responsabilités en tant que notable de son village ?)... Evan Dando, apparemment plutôt dépressif (ou alcoolisé ou les deux), avait fourni une prestation fiévreuse mais également asthmatique et a terminé ce concert, moment formateur de ma vie de jeune fan de rock, en relâchant lentement la tension des cordes de sa guitare, se retrouvant à jouer des notes totalement désaccordées et forcément fluctuantes, sur des cordes dont l'amplitude devait dépasser le corps de la guitare de cinq bons centimètres, tant vers le haut que vers le bas... des hauts et des bas, des notes fluctuantes, j'achèverai là cette chronique à l'inspiration, au final, aussi discutable que ce disque du jour. Discutable aussi, cette petite prestation live, passée à la postérité de la toile mondiale via le gros site de partage vidéo, du groupe en 1996 dans le talk show de milieu de journée de Jenny Jones, sorte de croisement moral entre la condescendance bienveillante d'une Oprah Winfrey et le sensationnalisme ordurier d'un Jerry Springer, bref, pas le contexte dans lequel on imaginerait les Lemonheads défendre les deux singles de leur disque contemporain. 
 

29/08/2013

340 "THE POP HITS" Roxette

uncdparjour roxette pophits.jpgGeorg Cantor n'a rien à faire sur ce blog, ni ses prénoms à rallonge (avec son Ferdinand Ludwig Philipp, l'homme devait passer pas loin de la syncope à chaque fois qu'il était appelé à la barre et que le juge lui demandait de décliner) ni ses travaux sur la théorie des ensembles... Ce n'est pas un secret d'état (secrets glacés secrets sucrés sous-marins soviets), Cantor est né à Saint-Petersbourg et je ne suis jamais parvenu à dompter la tempête mathématique... Je ne suis pas le pire en calcul mental (il m'arrive même de corriger l'apprentie de ma marchande de sandwichs quand elle a trop de mal à soustraire le change sur cinq euros quand mon jambon-fromage-mayonnaise-salade m'a coûté 2€70)... Je sais encore ne pas oublier mon report quand je me retrouve à devoir vite diviser une addition par le total de convives autour de la table (quoique, il y a bien longtemps que je ne suis pas allé au restaurant à plus de deux)... Je sais même presque me dépatouiller avec des taux de soldes fantaisistes, du style 60% sur un pull à autant et 10% en plus si on en achète trois... Mais cela dit, je n'ai jamais réellement appréhendé le monde du nombre, je coule dans la grande profondeur mathématique, ma brasse arithmétique ne me maintient que dans la pateaugeoire du minimum social... Et que ce soit dit, avec tant de décennies de recul et sans hargne ni ressentiment, je blâme tout de même mon professeur de secondaire pour son manque de clarté pédagogique... Quand, des étoiles dans les yeux et des boutons sur les joues, je demande "Monsieur, à quoi ça sert exactement une étude de fonction ?", il est clair, dans mon avide esprit adolescent, que la réponse que j'attends de la part de cette figure d'autorité éducative, n'est pas, roulement de tambour, ouvrez les guillemets: "Ben, à étudier une fonction"... Inutile de dire, dans ces circonstances, qu'on allait pas se faire expliquer le principe de l'indécidabilité et le théorème de Cantor qui pourtant, chacun à leur manière, peuvent fournir, un siècle après avoir été établis, un éclairage des plus intéressants sur notre vie de plus en plus dématérialisée (vous-mêmes, mes amours de lecteurs, si vous avez de la chair sur vos os et de l'azote dans vos poumons, vous n'êtes aussi que machines à décoder, tandis que le signal électrique qui fait scintiller vos moniteurs, écrans gsm, tablettes, prend vie via vos nerfs optiques, souriant, peut-être, aux singeries de plus en plus tarabiscotées que, de mon côté, j'ai mises en ligne par le truchement d'un traitement de texte, qui a transformé le sens de mes mots en bouillie binaire vaguement HTML)... Car ce qui se joue ici, c'est cette impossible bijection entre l'ensemble digitalisé d'Internet et l'ensemble "réalité concrète" de nos existences hors de la toile... Nous nous en sortirons tant que ce second ensemble restera supérieur au premier; s'il l'est par nature, en gardera-t-il pour autant la préséance ?... Aux infos en ce matin d'août 2013: "60% des ménages se présentent moins d'une fois par mois dans leur agence bancaire", l'enjeu est clair... Mais la leçon de Cantor, c'est aussi que, dès lors qu'il existe toujours un ensemble aleph-un au-delà de l'ensemble aleph-zéro, le tout est donc nécessairement supérieur à la somme de ses parties... Et c'est le phénomène qui se donne à écouter avec cette compilation de Roxette qui, clairement, parvient de justesse à transcender la médocrité cumulée des succès qui la composent... Car, et nonobstant (tiens, y'avait longtemps, un bon vieux nonobstant de derrière les fagots) la place toute particulière qu'occupe la Suède dans le patrimoine mondial de la chanson populaire, force est de constater que le duo formé de Per Gessle et Marie Fredriksonn n'a jamais révolutionné le genre... Vendu du disque, que oui, par contre... Mais tout cela, aussi, nous ramène à un monde avant notre dédoublement entoilé, quand Internet n'était qu'un outil militaire américain propice aux fantasmes cyberpunk les plus échevelés... Car, en ce temps-là, sans partage d'information mondial quasi-immédiat, il a fallu un disc-jockey américain en vacances en Scandinavie, qui entend une chanson à la radio, achète le 45 tours, le joue sur la radio de son université et, de fil en aiguille, crée ce qui ne s'appelait pas encore "un buzz"... La chanson en question s'appelait déjà "The Look" et reste le premier, et plus probant, repère dans ces dix ans de gros plébiscite qu'ont vécu les Roxette à partir de 1989... Sorti en 2003, et pour artificiellement maintenir ce parallèle avec les recherches de Cantor, cette compilation intitulée "The Pop Hits" annonce la couleur: on y retrouve l'ensemble Roxette-P, soit les morceaux les plus enjoués de ce duo qui n'a jamais, en parallèle (et sans coup de barre), rechigné à écrire, composer, interpréter des ballades plutôt mielleuses... Celles-là, donc, constituent un autre ensemble, étant donné Roxette-L, qui, sous le titre de "The Love Hits" reprend les morceaux les plus mous (pour la chatte à sa soeur) du répertoire de nos Ikéens... Mais le vrai constat, c'est que deux best of, pour thématiques qu'il soient, c'est beaucoup trop pour rendre compte de la véritable portée artistique de Roxette... Bien sûr, la nostalgie est irréductible et sa racine carrée n'est pas un entier ordinaire mais le fait est, plutôt inévitable à l'écoute quelque vingt ans plus tard, que Per Gessle était un guitariste correct mais un auteur-compositeur plutôt moyen, incapable de cacher ses réminiscences (de Tom Petty à Bon Jovi via The Romantics et tout le panorama du rock fm des 80's) en passant par certains accords à la limite du sale mot en p; il suffit d'écouter l'intro de "Dressed for success", troisième morceau de cette track-list puis d'enchaîner avec le début de "Rush Hour" de Jane Wiedlin pour se demander comment/pourquoi l'ancienne Go-Go n'est pas allée, à son tour, se faire décliner devant monsieur le juge... De plus, si ce disque, dont je suis bien incapable de me rappeler dans quelles circonstances je me le suis procuré (mais c'était forcément à tout petits prix, soldes, liquidations, etc.), vaut donc avant tout pour les quelques incursions soniques avec lesquelles il me rapporte à mon adolescence, "Joyride", "Church of your heart", "How do you do", "Sleeping in my car" au grand maximum... Car, au final, si l'on fractionne cette plaque, il est évident que l'équation n'a aucune inconnue: Roxette ont été amusants le temps qu'ils ont duré et peuvent désormais se ranger et quasiment se laisser oublier, comme un vieux cahier de maths.
(Merci à Pierre Berloquin pour certaines des pistes de réflexion poursuivies dans cette chronique).

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14/08/2013

335. "RUMOURS" Fleetwood Mac

uncdparjour rumours.jpgVous me croyez fier comme un coq et têtu comme un âne, particulièrement friand dès lors de cet exercice de libre association, de ricochets sémantiques et circonstanciés qui, cette fois, m'amènera à notre sujet du jour par le truchement des derniers artistes chroniqués sur ce blog entre volailles à crête dressée et équidés à longues oreilles... Or, Adam and the Ants sortirent leur premier album en 1979, intitulé "Dirk wears white sox", faisant référence à l'acteur américano-flamand Dirk Bogarde dont la petite nièce, une certaine Jasmine Van Den Bogaerde, entame de nos jours une carrière prometteuse sous le pseudonyme de Birdy qui est également un film de 1984, réalisé par Alan Parker (traitant notamment de la guerre du Vietnam) dans lequel jouent Matthew Modine et Nicolas Cage qui est le neveu de Francis Ford Coppola qui a réalisé Apocalypse Now (en 1979, année de sortie du premier album d'Adam and the Ants), un film qui traite de la guerre du Vietnam et dont l'une des scènes marquantes voit un escadron d'hélicoptères se détacher sur un soleil rougeoyant au son de la Marche des Walkyries, composée par Richard Wagner dans le cadre de sa Tétralogie de l'Anneau (des Nibelungen), oeuvre inspirée par des légendes germano-scandinaves qui ont également nourri "Le Seigneur des Anneaux", le magnum opus de John Ronald Reuel Tolkien qui était né en 1892 à Bloemfontein, ville d'Afrique du Sud, pays où sévissent également les garnements de Die Antwoord dont l'imagerie scénique vient parfois piocher dans "District 9", film réalisé et coécrit en 2009 par le Sud-africain Neill Blomkamp (film, par ailleurs produit par le Néo-zélandais Peter Jackson qui a fait fortune avec ses adaptations ciné des oeuvres de Tolkien) et dans lequel le rôle principal est tenu par Sharlto Copley qui a également interprété le rôle de Looping dans le remake long-métrage "L'Agence tous risques" basé sur la série télévisée du même nom, qui s'appelait, en VO, "The A-Team", titre également du premier single à succès de l'auteur-compositeur-interprète Ed Sheeran qui est naturellement roux, contrairement à David Bowie qui se teignait les cheveux en rouge à l'époque de son single "Starman", qui a été repris, le 27 juillet 2012, dans la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Londres, au même titre que "When I was a youngster", single du duo rap Rizzle Kicks qui sont originaires de Brighton, qui compte deux piers sur lesquels il est totalement habituel de côtoyer des goélands qui sont des oiseaux maritimes comme les cormorans, les fous de bassan (de Petite-Vallée, en Gaspésie, évidemment) ou les albatross qui est également un énorme tube instrumental, de 1968, du groupe Fleetwood Mac qui, en 1977, sortira donc cet indiscutable chef d'oeuvre qu'est "Rumours"... Oh, misère... Chapeau à vous d'être encore là, j'espère n'avoir pas réussi à me perdre moi-même en chemin... Des rumeurs, donc, qui, on le sait avec le recul et les nombreux témoignages historiques, sont celles qui percolaient dans la presse people d'alors et n'avaient guère tort quant à la désintégration sentimentale du Mac... Rétroactes; lorsque Peter Green, l'adorable lutin de ce conte de fées qu'était le blues anglais, décide de partir jouer tout seul dans la forêt, Mick Fleetwood (batterie), John McVie (basse, le mari de l'une) et Christine McVie (piano, la femme de l'autre) décident de s'exiler à l'autre bout de la planète rock, sur cette côte californienne bien moins graisseuse que la campagne londonienne... Là, via diverses péripéties que nous ne relaterons pas ici car franchement nous en ignorons pour ainsi dire tout, les trois Angliches s'acoquinent avec un duo (sur scène comme à la ville) d'auteur-compositeurs-interprètes bien éloignés des boogies de John Mayall, les cidevants Lindsey Buckingham (qui est un garçon, comme son prénom ne le laisse pas nécéssairement entendre) et Stevie Nicks (dont le prénom présente les mêmes atours unisexes)... Ce yin-yang post-hippie, biberonné à tout ce que les scènes musicales angeline et franciscaine ont pu offrir de meilleur, vont évidemment tirer le quintet nouvellement formé dans des contrées mélodiques beaucoup plus vaporeuses... L'album éponyme de 1975 marque l'enclenchement des boosters à poudre, la sortie de "Rumours", deux ans plus tard, place les Fleetwood Mac sur une orbite dont ils ne descendront plus, gageons que leurs cadavres lentement flétris (je vous rappelle qu'il y a bien trop peu d'air dans l'espace pour que les chairs pourrissent) dériveront ad vitam ad libitum assurance vivium et tout ce tralalam... Et pourtant, peut-être qu'au lieu de devenir le huitième disque LP le plus vendu de toute l'histoire de cette sainte calice de crisse d'osti d'humanité, "Rumours" aurait pu ne jamais voir la lumière des néons plafonniers des disquaires, moisissant, oublié, en bandes masters mal étiquettées, recherchées par d'ahuris saintgraliques archéorockologues dans les studios décatis de LA ou de Miami, écartant, au passage, une énième version du Old Ways 1 de Neil Young, crachant sur le Black Album de Prince, se taillant même des cure-ongles dans la bakélite d'un pressage test de Smile... Mais non, "Rumours" est paru, a conquéru, a tout vendu, a rendu ses géniteurs riches pour toujours... Et dieux savent que je me méfie des énormes succès commerciaux dans les matières culturelles (avec tout le respect qu'on peut porter à Marie-Claude Pietragalla, je peux sans tousser citer cinq artistes du corps bien plus forts qu'elle et pour lesquels personne ne remplira jamais le dixième des 984 places du Palace), force est de constater que "Rumours" mérite toutes ses accolades, tous ces succès, tout ce flon-flon... Et peut-être d'autant plus, on ne le dira jamais assez mais à force de l'insinuer sans jamais l'expliquer, les gens vont se lasser, d'autant plus que ce disque s'est enregistré dans des circonstances plutôt particulières... La maison de disques pressent que le succès planétaire est au tournant, elle veut que les choses fassent, qu'elles se fassent bien et, si possible, qu'elles se fassent vite... Et pendant ce temps, les Fleetwood Mac, qu'est-ce qu'y font ? (La banquise, nous répond Gustave Parking mais c'est un rien hors propos)... Qu'est-ce qu'y font, les Fleetwood et les Mac, les Buckinghman et les Nicks ? Ils s'engueulent, ils se déchirent, ils se disputent, ils se tapent, ils divorcent, ils ne veulent plus s'aimer (mais ils s'aiment toujours, c'est ça le noeud gordien dans ce mélo particulièrement entremêlé) et ils ont l'intention de le faire savoir aux autres: Lindsey chante en premier; la plage d'ouverture, "Second Hand News", annonce la couleur: "Je sais qu'il n'y a rien à dire / Quelqu'un a pris ma place"... "Dreams", énormissime tube de ce gigantesque disque, bouillonné dans son chaudron par la semi-sorcière Nicks, démarre pourtant sur une sentence prosaïque bien éloignée de la poésie habituellement expresionniste de Stevie: "Voilà, tu recommences / Tu dis que tu veux ta liberté"... Plus loin, Christine commet même un crime de lèse-masculinté, à travers "You make loving fun", un des autres tubes de la plaque; s'adressant à son petit ami, sur une ligne de basse jouée par son mari pas entièrement divorcé, elle sussure: "Oh, toi, tu rends l'amour si amusant / Et je n'ai pas besoin de te dire que tu es le seul à le faire"... Seule chanson écrite collégialement, collage, en fait, d'une proposition de Nicks et d'un bout de mélodie de Buckingham, "The Chain", hormis l'un des bridges les plus irrésistibles de toute l'histoire de la chanson populaire, avance, elle aussi, son lot de venin sentimental: "Ecoute le vent souffler, regarde le soleil se lever, cours dans l'obre, maudis ton amour, maudis tes yeux / Et si tu ne m'aimes pas maintenant, tu ne m'aimeras plus jamais et je peux encore t'entendre dire que tu ne briserais jamais la chaîne"... Mais à ce jeu fielleux, c'est bien Buckingham, clairement l'amoureux le plus dépité de la clique, qui remporte la timbale, avec les horreurs qu'il assène dans "Go your own way", la chanson la plus musicalement crispée de cet album qui ne mérite de toute manière pas l'étiquette péjorative de "soft rock": "T'aimer, ce n'est pas la bonne chose à faire / Si je pouvais, je te donnerais mon monde / Mais comment le pourrais-je si tu ne veux pas le prendre ?"... Pendant ce temps, Mick Fleetwood et ses deux mètres et quelques, assis derrière ses fûts, sans l'exutoire de l'écriture dont jouissaient les autres, subissait aussi l'éloignement de son épouse... Nul doute, dès lors, que les pépètes sonnantes et trébuchantes qui ont suivi ce succès, à l'appétit du public forcément creusé par les "rumeurs" de disette sentimentale au sein du groupe, ont permis de sparadrer les petits coeurs tout mous... Preuve en est que le Mac, à part Christine qui préfère ne plus battre le pavé par tous temps et se contente du piano de son salon, continue, comme le 9 octobre à venir déjà sold-out, à remplir des Sportpaleis d'Anvers dans le monde entier (enfin non, juste à Anvers, mais vous voyez ce que je veux dire)... La recette est là, et bon nombre de marmitons s'y sont attachés au fond de la casserole; car c'est le talent indiscutable de ces artistes (et tous les superlatifs qui ne suffiront jamais à rendre justice à la grâce de Stevie Nicks) qui leur permet de s'asseoir, musicalement, à mi-chemin de ces deux versants de la colline pop-rock californienne que sont les indolentes ballades au piano et les petits rocks plein de guitare... à mi-chemin des deux versants ? Au sommet, quoi !...

08/03/2011

322. "IT'S A SHAME ABOUT RAY" The Lemonheads

it's a shame about ray.jpgPour diverses raisons enfouies dans les brumes de mon adolescence, ce pur chef-d'oeuvre des Lemonheads, sorti en 1992 et l'un des dix premiers disques que j'ai acheté de ma vie, reste l'un de mes albums de chevet... Il y a, bien sûr, l'apparente facilité d'écriture d'Evan Dando, le gringalet chevelu, cerveau de l'opération... Il y a ce mélange des genres et des codes, avec une dose de folk, une pincée de punk, un soupçon de country-americana et un zeste de rockab pour un cocktail au final explosif... Des paroles simples mais pas simplettes, inscrites dans ce zeitgeist grunge (on est malheureux même en étant amoureux, on prend de la drogue mais on plane pas, ça souffre vraiment sous les éclats de rire qui sont eux aussi authentiques) qui valut aux Lemonheads, actifs dès 1986, d'être nassés avec les autres crabes seattliens (alors qu'Evan est originaire de Boston, sur la côte étazunienne la plus proche de chez nous)... Le look du Dando, à l'époque, a aussi pesé dans l'équation (ou résolu la balance ?): avec ses cheveux trop longs, pas assez propres, ses t-shirts informes sur sa musculature de mollusque, il incarnait aussi, à sa manière, cette génération Y, celle des rejetons des hippies qui avaient vécu un rêve et mal géré le réveil... Mais tout ça, aussi, est d'une autre époque et finalement, c'est à la plage titulaire de ce disque qu'incombe, au premier degré, de réussir une éventuelle transition... Car si c'est une honte ce qui se passe avec Ray, c'est tout autant une honte ce qui se passe avec Marine... Personne n'a pu louper "le sondage"... Et nonobstant (non, vraiment, je maîtrise le nonobstant, cherchez pas) le statut inhéremment (là, je suis moins certain de maîtriser, mais bon) conditionnel d'un sondage, force est de constater que la France a l'intention de verser pour de bon dans l'ultra-droite populiste si pas dans l'extrême le plus nauséabond... 1992, année de sortie du disque de ce jour, c'est aussi la signature du Traité de Maastricht... Qui pouvait penser que vingt ans plus tard, l'Autriche, les Pays-Bas (et où se trouve Maastricht, vous prie-je ?), une moitié du pays qui se sera appelé Belgique ainsi que partie de la Scandinavie et du pourtour méditerranéen connaîtrait de terribles pousées de fièvre haineuse, xénophobe, nationaliste... Tout de suite, deux erreurs que nos voisins (et possibles rattachés) français ne doivent pas commettre: premièrement, sous-estimer la beauté du diable de Marine... Alors que son père n'avait pour lui que l'odeur du Malin et pas le charme, on a déjà vu les exploits électoraux qu'il s'est offert... Deuxièmement, ne pas compter sur les leçons de l'Histoire pour que la situation se désamorce d'elle-même... La montée des fascismes italien, espagnol et, bien sûr, allemand était une conséquence directe du krach boursier de 1929... Le contexte est là aujourd'hui, et depuis l'effet domino de la crise des subprimes en automne 2008, les masses laborieuses s'appauvrissent tout en travaillant plus que jamais tandis que les planqués dans leurs tours d'ivoire étouffent de graisse et de fric, les forces progressistes sont muselées par un pouvoir certes démocratique mais plus que jamais en génuflexion devant le grand capital... La bête se réveille dans le Vieux Monde et, pire, si les gentils cow-boys devaient revenir avec leurs blue-jean's, leurs chewing-gums et leurs cigarettes au menthol, ils ne pourraient plus peser moralement... L'homme métis, élu par le peuple, honoré d'un Nobel de la Paix, n'a toujours pas retiré ses joujoux de mort d'Irak ou d'Afghanistan... Et, c'est bien pire qu'un sondage qui donne Eva Blondasse gagnante (car après tout, en démocratie, on a les dirigeants que l'on mérite), monsieur Obama vient d'annoncer, en ce 8 mars, Journée internationale de la Femme (un autre domaine dans lequel les victoires sociales du 20e siècle sont tout doucement rabotées, à vitesse suffisamment lente pour que ça passe inaperçu) que, c'est un peu le propos d'aujourd'hui, les leçons de l'Histoire ne servent à rien... Plus personne n'oserait encenser le travail rigoureux et méthodique de la Sainte Inquisition ou applaudir la productivité et la plus-value ethnique de la main d'oeuvre esclave dans les champs de coton, alors pourquoi entendons-nous une mouchette zinziner là où l'indignation devrait vociférer ?... En ce 8 mars 2011, Barack Obama, président des Etats-Unis d'Amérique, a officiellement annoncé (sources AP et AFP) la reprise des procès pour les prisonniers du camp de Guantanamo, balayant du même coup sa promesse post-électorale de fermer au plus vite cet ignoble outil de torture, de coercition et de négation des droits de l'Homme... Ce blog n'a jamais eu pour mission d'être polémique pour le plaisir mais quand ça suffit, ça suffit... Toutes proportions gardées, et du simple point de vue de respect de l'humain, la différence n'est tout de même pas bien grande entre les baignoires de Guantanamo et les douches de Dachau.

29/11/2010

312. "IN THE GARDEN" Bob Dylan & various artists

bob dylan in the garden.jpgEt pourquoi pas, après tout ?... Pourquoi pas présenter aujourd'hui un disque tout juste légal, survivance d'un temps où certains pays d'Europe (en l'occurrence, l'Italie mais l'Espagne appliquait aussi cette exception légale) permettaient l'édition de disques non-officiels nonobstant (tiens, y'avait longtemps, un bon nonobstant) cotisation adéquate auprès de l'organisme national de gestion des droits d'auteur patrimoniaux ?... Ainsi, le label KTS-Kiss The Stone s'était spécialisé dans les publications de concerts de tout ce que la planète musique populaire pouvait avoir de vendeur à l'époque (c'est-à-dire grosso modo des débuts du CD en tant que nouveau support normatif, à la mi-80's jusqu'à l'uniformisation de la législature européenne en matière de droits patrimoniaux, à la mi-90's)... Juste un détail en passant, nous ne sommes bien pas ici dans le milieu interlope du disque pirate et du bootleg mais simplement donc dans un produit paralégal venu d'un pays où il ne pleut pas mais où l'on voit souvent rejaillir le feu d'un ancien volcan, etc. etc. bref, en Italie, donc, on l'a déjà dit... Or, fin 1992, surgit cet enregistrement intégral du concert donné le 16 octobre au Madison Square Garden; grande fête new-yorkaise, nouba pleine d'invités, pour célébrer les trente ans de sortie de "The Freewheelin' Bob Dylan", deuxième album du folkeux mijuif, balise, s'il en est, dans la musique américaine et mondiale... Le tout avec un son d'enfer puisqu'on vous l'a expliqué deux paragraphes plus haut, nous ne sommes pas ici dans le milieu interate du disque pilope ou quelque chose dans le genre... Pour célébrer ces trois décennies du sieur Bobby Dylan au sommet de la pyramide des ACI de l'Oncle Sam, les organisateurs avaient donc rassemblé un fameux gratin et beaucoup plus de crème et de viande que de patates (c'est rapport au gratin dauphinois et c'est pas loin d'être mon aparté le plus nul de tout ce blog)... (et à partir d'ici, ça s'écrit tout seul) Le casting est pléthorique, que dis-je, gothesque, comment, absolument tout le bottin rockain est là, mon bon Jeeves (les fans de Wodehouse se régalent), alors ça donne, par ordre alphabétique et de manière exhaustive (histoire de gagner un max de place et donner l'impression qu'il y a vraiment beaucoup à lire sur ce blog) The Band, Johnny Cash, Rosanne Cash, Tracy Chapman, Eric Clapton, George Harrison, Richie Havens, Chrissie Hynde, Kris Kristofferson, Roger McGuinn, John Mellencamp, Pearl Jam, Tom Petty and the Heartbreakers, Lou Reed, George Thorogood, Johnny Winter, Stevie Wonder, Ron Wood, Neil Young et bien sûr, His Bobness lui-même, seul puis accompagné de ses plus proches... Petite note à moi-même: mon chou (bon, je me mèle pas de comment vous vous appelez dans le miroir alors, hein, merci), comprends-tu enfin mieux comment et pourquoi tes goûts d'adolescent (alors oui, en 1992, j'étais pas encore un adulte et prout à celui qui dira que je suis pas encore un adulte en 2010, prout, prout, prrrrtt) se sont forgé à contre-courant de tes congénères qui écoutaient alors Technotronic, Whitney Houston (and Iiiii Iiii aïe will alwayyyyys love yoou oouh), Roxette ou, même, Nirvana ? Oui, mon mignon (ah oui, je m'appelle pas le même quand je me questionne ou quand je me réponds, c'est un peu ça le principe, sinon à quoi ça sert de se parler, à part à inquiéter les gens, si c'est à voix haute, dans le métro, quoique, au jour d'aujourd'hui, avec ces téléphones portables en mini-oreillette, y'a des aliénés urbains qui sont juste en train de s'engueuler en direct avec leur copine, pour de vrai), je me comprends enfin... Et de vous quitter sur une ultime anecdote, peu intéressante mais simple prétexte à taper une photo (une tof, pardon, une tof) de plus sur cette page... Confronté à des échos venus du vieux-monde (ça, c'est chez nous) du succès de vente de ce disque, les boursocordonteneurs des USA (ça, c'est chez eux) se décidaient à sortir, un long dix mois plus tard, une version officielle de ce concert, que c'est bien sûr celle-là et celle-là seule que vous pouvez espérer trouver en boutique de nos jours, si vous le cherchez, ce disque ressemble à cela:

bob dylan 30th anniversary concert celebration.jpg PS: ça m'arrive d'être parfois un peu lent de corps, malgré un esprit vif comme le mercure (et probablement aussi toxique) et je viens donc seulement de me rendre compte que si on cliquait sur les photos, des fois on les faisait apparaître en plus grand dans une nouvelle fenêtre et je pense bien que c'est le cas pour cette pochette qui se constitue d'un joli collage des vedettes qui ont pris part à ce concert anniversaire en 1992... On regarde pas à la dépense chez skynet, c'est certain.

19/06/2010

294. "FROSTING ON THE BEATER" The Posies

FrostingontheBeaterNon, il ne faut pas voir ici les signes avant-coureurs d'un désordre psycho-alimentaire, à aligner ainsi deux chroniques évoquant de suite sucreries et pâtisseries... D'autant plus que, la pochette de leur disque est expressement trompeuse, lorsque The Posies sortent ce "Blancs en neige sur le batteur" en 1993, ils n'ont nullement l'intention de partager leur recette familiale de l'île flottante... Tout comme la fessée du singe, l'étranglement du poulet ou l'audition des marionnettes à doigt, "frosting on the beater" n'est que l'une des nombreuses paraphrases argotiques américaines pour décrire une activité masculine habituellement solitaire... De là à en déduire que les Posies ne sont que des gros branleurs, il y a un pas que la qualité d'écriture et de production de ce disque empêchent de franchir... Avec Don Fleming derrière les manettes, cette plaque permettait à l'époque aux Posies (et a fortiori leurs deux membres auteurs-compositeurs, Jon Auer et Ken Stringfellow) de presque se faire une place au soleil... L'anecdote n'intéresse que moi mais lors des vacances de Pâques 1994 sur la vlaamse kust, ces fameuses Pâques durant lesquelles on a trouvé un corps étendu, le crâne en miettes, dans le salon des Cobain-Love, "Dream All Day", premier single et plage d'ouverture du CD de ce jour, passait en boucle à la radio (mais là, je ne peux plus vous dire quelle station FM, ma mémoire, c'est pas non plus Robocop, merci)... Pour toujours donc, cette excellente chanson des Posies m'évoquera la mort de l'idole du grunge... Et en un sens il y a un lien car les Posies (toujours actifs aujourd'hui après des escapades solos ou chez d'autres groupes, REM notamment) sont également originaires de Seattle... Mais leur approche powerpop, à la fois, donc, mélodique et nerveuse, de la musique populaire les plaçait en porte-à-faux du reste de la scène d'exploitation grunge... Les Posies n'ont d'ailleurs guère hésité à fustiger l'engouement médiatique forcèment très ADD (attention deficit disorder, la maladie des enfants américains qui sont éduqués par leur TV plutôt que par leurs parents) pour cette triclée de grungeux ceci et grungeux cela... Ce sentiment doux-amer cristallise dans l'éblouissant "Flavor of the Month" (aussi sur ce disque-ci, bien sûr) sur lequel je vous quitte.

 

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17/05/2008

255. "COIL" Toad the wet sprocket 17/05/08

Toad the wet sprocket CoilEn teintes de bleu foncé, une créature plutôt humanoïde s'extirpe mollement d'une carapace d'escargot... Les tableaux de biologie (que ça nous parlerait de blastocytes, cette histoire, qu'on serait même pas étonné) dressés devant ce gastér-homme-pode dû au talent perturbant du dessinateur-graphiste Dave McKean, rappelent à qui le sait que Toad the wet sprocket était un groupe d'intellos, par des grosses têtes pour des porteurs de lunettes... Mais aussi, paru il y a onze ans, déjà, cet ultime disque de Crapeau la petite grenouille rainette (déjà rien que ça, si c'est pas un nom de groupe qui ne peut parler qu'aux quartocapillosécateurs), est de loin le plus électrique de toute leur carrière... Et, donc, probablement, le plus rapidement efficace... Originaire de cette bourgade californienne où les gens qui ne savent pas pourquoi ont le mal de vivre et vont comme des bateaux ivres (pffouu, la référence caca), le quatuor signait là un disque des plus plaisants, peut-être un chouïa moins prenant que ses plaques précédentes mais pas plus boudé par le grand public d'acheteurs... De 1989 à 1997, Glen Phillips (chant, guitare, auteur-compositeur principal), Todd Nichols (guitare, chant, auteur-compositeur auxiliaire), Randy Guss (batterie) et Dean Dinning (basse) n'ont que quatre fois placé un simple dans le top 100 américain... Il est évident, dans ces conditions, que la formation reste largement méconnue en nos vieilles contrées ouesteuropéennes... Et pourtant, des paroles malignes au profit de mélodies inspirées et de bien jolies voix, le tout avec une énergie toujours en partage, ça vaut la peine qu'on s'y arrête quelques instants... Par exemple, le temps d'écouter "Whatever I Fear", morceau d'ouverture de ce disque, dans une version live en solo acoustique de Glen Phillips de ce début 2008, glânée, tiens donc, sur le site de partage youtube.com

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Vidéo "Whatever I Fear" Glen Phillips live solo acoustic 2008

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01/04/2008

249. "HELLO DAD... I'M IN JAIL" Was (Not Was) 01/04/08

Hello, Dad... I'm in JailLes faux frères mais véritables amis d'enfance Don "Was" Fagenson et David "Was" Weiss ne sont pas nécessairement les personnalités les plus connues du grand public... En coulisses, par contre, c'est ahurissant, ça leur serre la main, ça se tape dans le dos, ça rit, ça glousse, ça crie, ça tousse, ça dit merci... Car au-delà de leur projet de groupe entamé en 1979, les Was se sont imposés durant les 80's au sein de la crème américaine des producteurs de disques... Ce "Salut papa, j'suis en tôle" est sorti en 1992, à la toute fin de l'aventure et brasse les mêmes recettes... De la musique sur laquelle se trémousser, des paroles peu sérieuses mais souvent très comiques, de la musique plus tendre, des paroles moins gugusses et pléthore d'invités... Bien malgré lui, et depuis toujours victimes des farces politisées des gauchisants Was (Not Was), Ronald Reagan se fait entendre à travers des samples sélectionnés... Kim Basinger, Ozzy Osbourne et G Love sont également de la partie, eux de leur propre chef... Cela dit, il vaut mieux ne pas aborder ce disque pour autre chose que ce qu'il est, à savoir une heure et fafiottes de disco-pop funky blanchisée, même si ce sont deux vétérans black (Sir Harry et Sweet Pea) qui se chargent de la plupart des devoirs vocaux, une musique, donc, pas très maligne mais au moins efficace, malgré une évidente redondance dans l'esprit et le modus operandi... In fine, se détachent la reprise du standard "Papa was a Rollin' Stone", le "I Feel better than James Brown" dont l'humour potache mais cruel a valu aux Was des petits soucis juridiques (à l'époque, Brown était en prison pour cocaïnomanerie, entre autres, et les représentants légaux de l'exsexmachine avaient assez peu goûté le clip parodique du groupe relatant les soucis de Mr JB) et "Walk the Dinosaur", autre single, appelé à devenir le plus gros tube de Was (Not Was) et dont la mélodie idiosyncratique résume à elle seule le style du groupe... A part ça, le syndrome du grand diseur/petit faiseur étale son ombre de passable médiocrité sur les douze plages de ce disque.

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