28/02/2014

365. "KIMONO MY HOUSE" Sparks

kimonomyhouse.jpgMerci Guillaume... Merci pour ce nécessaire film, qui au-delà du large sourire et des francs éclats mérités (peut-être autant mérités que les césars que tu vas te prendre dans la boudine, ou que tu te seras pris, ou que tu aurais dû prendre à la place de ceux qui les ont pris à ta place, tout ça c'est selon les délais qui interviennent entre la  publication de ce texte, en ce 28 février de remise des concassages dorés, et la lecture par mes visiteurs de blog tout chéris; ce n'est pas à toi, Guillaume, qu'il faut apprendre que l'hiatus existe, tant rompu que tu es aux deux techniques, celle, quasi immédiate, de la scène, où tu brilles en Sociétaire, et celle, particulièrement temporisée, du face caméra où tu traînes tes crolles et ton air d'entre-deux comme cette cerise au marasquin à même de raviver les plus éventés des cocktails) ce film, disais-je, qui remet aussi les pendules à l'heure... C'est oeuvre publique et sociale que de parvenir, par le biais toujours lubrifié de l'humour fin, de faire entrer dans la tête des gens que les intervalles sont acceptables et naturels, entre le sexe et le genre... Nous sommes en 2014 et, enfin, notamment grâce à ton passage à table, nous pouvons être hommes et n'en n'avoir rien à secouer de la mécanique automobile et des enjeux dérisoires du blanchiment d'argent à grands coups de ballon rond... En légère digression, quoique je ne pourrais être plus dans le thème, nous sommes en 2014 et je trouve plus que jamais navrant qu'un acteur public de l'insertion professionnelle, en l'occurrence l'agence Actiris du boulevard Anspach, articule sa communication sur ce double relent sexiste qui met en scène un homme dont le futur professionnel est d'être pompier et une femme qui, grâce à Actiris, deviendra fleuriste... Clairement, si on m'avait donné les rênes pour mettre en scène cette enseigne coincée entre une librairie et l'entrée du Delhaize (vous voyez les lieux, non ? Sinon, franchement, allez plus souvent à Bruxelles, nous avons tout de même l'une des capitales les plus sympas du continent, la Barcelone du Nord que d'aucuns commencent à oser en dire), la femme se serait métamorphosée en plombière-zingueuse et le gars en infirmier-accoucheur... C'est le bon moment pour enchaîner sur la petite dérive impudique de ce blog : entre autres cadeaux de fin d'année (c'est pléthore d'entre autres cadeaux parce que clairement, avec et Saint-Nicolas et Père Noël qui sont passés, eu égard à ses origines transfrontalières et que si on m'avait écouté vu que le gamin est aussi un quart italien, la Befana serait passée aussi), notre fils a reçu une Barbie sur son scooter rose... Ce n'est même pas du militantisme, c'est lui qui a demandé (vous l'auriez entendu tanner ses parents avec peu de subtilité en chantant du soir au matin, en ce début décembre, "Saint Nicolas va m'apporter / Une baa'bie / Une baa'bie / Saint Nicolas va m'apporter / Une baa'bie pour m'amuser")... Et non, je n'imagine pas qu'il y ait là le moindre risque pour ses options sentimentales futures... Après tout, le consensus scientifique en est aujourd'hui arrivé à un total de 48 "cartes d'identité" hormonales-sexuelles différentes tandis que notre civilisation, qui, à l'échelle de la vie biologique, vient à peine de sortir de ses cavernes, n'a pas fini de construire des cathédrales (Barcelone, on vous a dit), n'a éradiqué l'esclavage que dans les textes de loi et, il y a moins de trois générations, transformaient encore tout un peuple (sans oublier, justement, au-delà des étoiles jaunes, les triangles rouges, bleus et roses) en cendres et en pains de savon, cette civilisation éclairée, donc, ne fonctionne toujours qu'en code binaire mâle/femelle quand il faut introduire de force les personnalités humaines dans les cases des documents administratifs... "Ca dépend, ça dépasse" mais c'est pourtant ça, la seule vérité de qui est quiconque, et la relativité du réel vaut pour tous, du premier des mollahs sûr et certain que conduire une voiture va mener la femme saoudienne aux flammes de l'enfer jusqu'au dernier des acteurs pornos qui ne se fait exister qu'en agitant sa protubérance priapique... Guillaume, ton film prend d'autant plus de sens, au-delà de toute éventuelle résonance intime qui serait propre au rédacteur de ces lignes (oui, tant qu'à valdinguer dans l'impudeur au point de flirter avec la séance analytique, moi, quand j'étais petit, j'étais tellement fluet et mignon et tout blond qu'on me prenait régulièrement pour une petite fille, voilà la vérité), qu'il dissèque un paradoxe incroyable... Nos sphères politiques d'Europe du Nord-Ouest ont décrété qu'il n'y avait plus de fatalité face au sexe avec lequel on était né et il faut se réjouir de ne plus condamner à une vie de souffrance la marge de personnes concernées par cette problématique en leur permettant de passer sur le billard (je sais que je vais souvent à contre-courant de l'opinion publique la plus répandue mais je le note ici comme je l'écrirais dans n'importe quelle autre tribune, après tout c'est mon blog et na, j'écris ce que je veux; une opération de modification des organes génitaux extérieurs me choque beaucoup moins que n'importe quelle intervention non-réparatrice de chirurgie plastique; le débat est large, certes, et dépasse grandement les prétentions déjà souvent exagérées de ce blog mais laissez-moi penser que la plupart des coups de scalpel à but purement esthétique sont totalement inutiles et répondent plus à un caprice conditionné par le zeitgeist qu'à un vrai besoin du patient) et pourtant, dans le même temps, la pression des rôles à assumer reste énorme et tous les discours, institutionnels, éducatifs, religieux, médiatiques, publicitaires (forcément, quelle chienlit, c'est là que le pire se perpétue), charrient sans cesse tous ces immondes clichés de qui, quand, comment, pourquoi être viril ou être une tantouze, être féminine ou ne jamais se trouver de mari... Qu'est-ce que je n'ai pas entendu, il y a peu, comme nouveau ramassis d'inanités, sous couvert de pseudo-jargon freudien plan-plan, voilà-t-y pas que les hommes (déjà, joies de la sociologie de comptoir, on parle des hommes pris en leur masse, tous les mecs sont pareils, amenons-les à l'abattoir en troupeau, ils trembleront tous des genoux avant de se prendre une décharge électrique dans la nuque) seraient plus enclins à la dépression nerveuse si primo, leur compagne ramènait un plus gros salaire à la maison et deuzio, ils assumaient une part importante des corvées ménagères... Et que voici donc une fois de plus un symptôme érigé en pathologie... Car c'est bien le décalage entre la pression sociale dûe à l'immobilisme des traditions et l'élan personnel de ces mecs qui n'ont aucun mal à lancer des lessives, charger des lave-vaisselles, baigner des enfants, passer des aspirateurs, qui est la cause de la potentielle dépression; pas, bien sûr, le fait de se construire une vie de famille équitable, dans laquelle les rôles anciens et dépassés sont explosés au profit d'un constant pow-wow qui responsabilise et valorise les uns et les autres... Merci donc Guillaume, pour ce film qui, sans artifices, fait pourtant beaucoup d'étincelles (ah, ah, il arriverait enfin ce twist tant attendu qui va nous mener vers l'exercice de la chronique musicale ?)... Ton alter ego, mon Gallienne, trouverait quasiment le bonheur dans sa pension un rien prout-prout d'Outre-Manche... Et comment qu'on dit "étincelles" en anglais, hein, hein, comment qu'on dit ?... Or donc, tout commence de l'autre côté de l'Atlantique ou, plus exactement, de l'autre côté du Pacifique mais alors, pour nous autres du Vieux Monde, ça nous prendrait de partir dans le mauvais sens et de bourlinguer à travers deux bons tiers de la sphère pour arriver jusqu'à Pacific Palisades sans passer par New York City et sans toucher des billets d'avion Delta/KLM à un prix défiant toute concurrence, mais je m'éloigne de nouveau de mon sujet... Fondé en 1968, le groupe Halfnelson change rapidement de nom, si rapidement que son premier album éponyme, sorti en 1971, sera aussi sec, en 1971 même, réédité comme premier album éponyme des Sparks... Quintet rapidement réduit à son noyau fratricide, les Sparks sont donc l'oeuvre incestueuse de Ron et Russell Mael et, l'air de rien, avec des débuts remontant au Los Angeles hippie-hippie-hey, Sparks est aujourd'hui l'un des plus vieux groupes toujours actifs... Ron a 68 ans, Russell en annonce 65, l'un traîne toujours sa garde-robe étriquée, sa petite moustache austère et son regard robotique, à écrire et composer sur ses claviers les ritournelles que l'autre, fashion star aux cheveux ondulants, s'amuse à balancer de son falsetto vicieusement androgyne... Et c'est ici, sur ce Kimono My House (confer le "Come on-a my house" popularisé par la maman du marchand de café toujours tant célibataire et dont la version par Della Reese fait actuellement vendre de la pâtée pour chat avec des morceaux de ménagère désespérée par en-dedans), sorti en 1974, troisième disque des Sparks, que se cristallise l'imagerie du duo... C'est ici aussi que naîtra une certaine confusion quant aux origines de la clique, car le succès leur aura toujours échappé dans leur eldorado natif, tout accueillis à bras ouverts qu'ils seront par une scène londonienne bien acquise et rompue à leur approche de la pop music... Car, comme s'il fallait s'apesantir deux secondes sur ce faux débat, si Sparks a connu le succès en Europe plutôt qu'aux States, c'est bien parce que leur musique n'a pas grand chose d'américain dans ce que ça entend de conquête héroïque, de charge virilisante, de suée à grosses gouttes... L'héroïsme, il est dans la grandiloquence de Russell, demi-marionnette démembrée au service de l'inspiration aux relents parfois scandinaves de son frère; la charge, c'est celle, érotisante, de ces mélodies qui se recroquevillent puis s'éparpillent dans tous les sens; la suée, elle sera parfois froide, elle refroidira d'ailleurs plus tard, quand les années 80 les verront batifoler avec des Moroder et des Faltermeyer tout synthétiques mais ça nous éloigne de ce printemps londonien de 1974... Après des passages remarqués dans The Old Grey Whistle Test (émission musicale sérieuse pas trop regardée) qui leur avait déjà valu accolades critiques et oeillades complices d'un public pointu, c'est le choc pour la masse britannique quand les frères Mael et leurs trois mercenaires (on l'a dit, depuis plus d'un an et la sortie de leur album précédent, les Sparks ne sont plus que deux et s'adjoignent pour leurs disques et tournées, les services payants de requins de studio) jouent dans Top of the Pops (émission musicale moins sérieuse mais que tout le monde regarde) et imposent, en une nuit, leur imagerie homoéroticosadique et le rythme fou de leur premier single, "This Town ain't big enough for the both of us"... Le 45 tours grimpera jusqu'au deuxième échelon du Top40 de Sa Majesté, figurez-vous et Sparks deviennent, peut-être malgré eux, les nouveaux fers de lance de la scène glam déjà bien fournie par les succès à répétitions de Marc Bolan et David Bowie et les nouveaux standards artistiques imposés par le Roxy Music, sans citer les brouettes de groupes d'exploitation (Glitter, Stardust, Sweet, Slade, Mud, Smokie, Rubettes, Quatro, Wizzard, et j'en passe alors que j'avais pourtant dit que je ne les citerais pas)... Car, si le haut perché de Russell et le mélange habile de piano et de guitare électrique sonnent irrémédiablement glamour, il reste malgré tout, en filigrane, quelque chose d'un rien américain dans les compositions de "Kimono My House"... Le single précité, et plage d'ouverture de la plaque, évoque, évidemment, l'Ouest Sauvage et ses duels au revolver; plus loin, "Falling in love with myself again" (là aussi, Guillaume, ton film prend des allures de salubrité publique car ce genre d'auto-déclaration, il y a quarante ans d'ici, sonnait radicalement tarlouze sans nécessairement l'être) vient boire à la mamelle intarissable de Kurt Weill; "Hasta Manyana Monsieur", sur la face B, ne pouvait pas trouver écho chez un public à la langue monolithique et "Talent is an asset", juste après, s'introduit par des clap-clap collectifs qui agiteraient presque les spectres négros des chanteurs de barbershop... A cela, en cannelle en poudre sur le bun tout chaud, ou si vous êtes plutôt salé, en paprika moulu dans la soupe au potiron, viennent se délecter les paroles, toutes signées Ron Mael, elles aussi, des paroles certes parfois secondaires dans l'énergie aérobique de certaines des compos mais des paroles tout de même signifiantes et, surtout, pétries de références plus ou moins grand public, avec un évident plaisir au name-dropping brutal... "Dance, laugh, wine, dine, talk and sing / But those cannot replace what is the real thing / It's a lot like playing the violin / You cannot start off and be Yehudi Menuhin" ou aussi "There you got your Rockfeller / There you got your Edward Teller / J. Paul Getty is a splendid fellow / But none of them would be in my family" et, enfin, en guise de conclusion car, vraiment, la leçon, écrite il y a quarante ans par les frères Mael, confirmée il y a quarante mois par Guillaume Gallienne, c'est que, pour toujours, tout est relatif et que, tant qu'à faire, le talent est un atout, et que, puis c'est tout, sa famille, il faut parfois s'en accommoder, ben voilà: "Talent is an asset / And little Albert has it / Everything's relative / We are his relatives and he doesn't need any non-relatives".

Écrit par Pierre et petit pain dans Glam blam blam | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

15/11/2013

354. "BAT OUT OF HELL" Meatloaf

Bat_out_of_Hell[1].jpgUn jour, quand j'avais les cheveux (très) longs, j'avais été invité à un nouvel-an déguisé (que ça ne vous donne pas de fausses idées, je déteste ça; fêter le nouvel-an, c'est s'abaisser à une insupportable nomenclature héritée des Romains, qui nous rappelle chaque jour que la Révolution n'a pas réussi à imposer son calendrier citoyen; et se déguiser hors Carnaval et Soirées transformistes, c'est tout simplement pathétique) et, pris au dépourvu, j'ai gardé mon jean's, j'ai retrouvé un vieux t-shirt ignoble acheté sur un quelconque marché bruxellois par une tante dont je tairai le prénom (quand elle était petite, elle est allée à la mer, au cirque, à la ferme, en voyage, à la foire; si vous voyez c'que j'veux dire) sur lequel on trouvait, me semble-t-il, l'assemblage maladroit d'un aigle et d'une Harley-Davidson (de la plage); je me suis noué un foulard rouge autour du poignet, j'ai glissé un oreiller sous mon t-shirt pour me faire une grosse brioche et, blam, j'étais déguisé en Meatloaf... Puis finalement, je n'ai jamais trouvé de foulard rouge à me nouer autour du poignet alors je ne me suis pas déguisé, de toute manière, je l'ai dit, je déteste ça... A l'inverse, et pour des raisons que j'ignorerai toujours, je suis, comme au moins 43 millions autres acheteurs de disque (voire 42 999 998 autres acheteurs du disque car, chose rare, je possède deux exemplaires de ce CD, l'un acheté en seconde main à Bruxelles, au milieu des années 90, une version ancienne, assez amusante aujourd'hui car son livret contient en son centre un mini catalogue des sorties Nice Price du catalogue CBS, si vous vous souvenez de ces CDs moins chers avec un gros point d'exclamation jaunes collé sur le boîtier; et je l'ai racheté il y a peu pour quignon, dans une version low cost en pochette carton, en binôme avec l'album Dead Ringer, évidemment beaucoup moins bon du même Meatloaf mais dont la plage titulaire, en duo avec Cher reste un bon moment de portnawak et j'imagine d'ailleurs sans mal les docteurs Moreau de fond de classe, assis contre le radiateur, glousser comme des dindons anthropomorphes en essayant d'imaginer la progéniture mutante de ce couple bestial) je suis, donc, et toujours après cette parenthèse à rallonge, un fan idiobasique de cette chauve-souris issue des enfers... Cela dit, j'aime beaucoup plus les hérissons volants que les grosses motos chromées (d'ailleurs, que je sache, Pairi Daiza, pandi panda, n'a pas de Silver Phantoms dans ses enclos alors que l'on peut assister, dans le silence et le recueillement de la crypte, aux ébats et agapes des pipistrelles et autres renards ailés)... Plongeons-nous donc sans serre-nez dans cet incroyable disque, aussi bouffi mais aussi mystérieusement charmeur que son interprète principal, ce Michael Lee Aday, né sous le soleil implaca-a-able du pays du dollar, du pétr-o-ole,  dont la corpulence à mille lieues des standards du vedettariat hollywoodien lui vaudra cet indécrottable surnom de scène de Meatloaf (littéralement, Pain de Viande; un mets que je ne goûte guère, sauf, rarement, en tranches froides avec sauce et salade dans mes tartines s'il n'y avait plus de boulettes rôties dans les bacs de boucherie self-service du Delhaize; voilà, ce blog a déjà atteint son quota de révélations impudiques à propos de mon alimentation)... Hésitant toute sa carrière entre le chant et le jeu, Meatloaf va forcément vite tomber dans le milieu de la comédie musicale... Un passage remarquablement remarqué dans le Rocky Horror Show et sa déclinaison filmique (il y incarne, en insistant sur "carne", Eddie, le motard loubard -un archétype qui lui colle au cuir clouté- victime du dévolu et des expériences du Docteur Frank N. Furter) lui ouvrira tout un tas de portes, il rencontrera aussi un new-yorkais judéïque (si, ici, je commente "un de plus", malgré les pelletées de Woody Allen, Mel Brooks, Larry David, Larry King, Barbra Streisand et autres Tony Curtis, je serai appelé à la barre pour antisémitisme ou bien ?), le cidevant Jim Steinman... Celui-ci veut écrire des chansons et, nourri au revival des années 50 (monday, tuesday, happy days) de sa propre jeunesse autant qu'à sa propension aux délusions symphoniques, va se diriger vers ce genre... De son projet avorté Neverland (un truc avec du Peter Pan et de la science-fiction dedans), il gardera jalousement la certitude d'avoir écrit et composé trois plages exceptionnelles... De ces trois morceaux, il extrapolera un cycle musical de sept chansons qui donneront, vous l'avez compris, notre album du jour... Disque de records à plus d'un titre, Bat out of Hell va pourtant traîner, comme certains synopsis sur la côte ouest (dont les palaces, forcément, puisque nous étions à Dallas quelques lignes plus tôt, n'abritent que mensonges et passions), de nombreux, très nombreux mois, dans les coulisses des maisons de disques qui, clairement, ne savent pas quoi faire de cet objet à la fois fascinant et pas mal encombrant... Enregistré en 1975, le disque ne sortira sur le label indépendant tout juste fondé Cleveland records (toute une autre histoire centrée sur la personnalité très polka du serbo-américain Steve Popovich) qu'à l'automne 1977, en plein double contexte pas évident d'un typhon disco toujours rageur et d'un tsunami punk qui vient seulement de ravager ses premières digues... Et pourtant, on l'a dit, le succès sera rapidement au rendez-vous (et se maintiendra à travers les générations, le disque est devenu quatorze fois disque de platine en 2001), cinq des sept titres seront édités en singles 45 tours... Par une analyse rapide, peut-être une preuve par l'absurde, on peut imaginer à la fois pourquoi les grandes maisons de disques s'y sont cassés les dents et pourquoi le grand public y a trouvé son bonheur : Bat out of Hell est inclassable, trop sombre et alambiqué pour n'être que du glam, trop viscéral et rectiligne pour n'être que du prog, trop dansant et libidineux pour n'être que du hard, le style développé par Steinman, exponentialisé par Meatloaf, se situe quelque part à l'intérieur d'un cabaret boursouflé, où la prohibition concernerait les inhibitions et non la bibine, où les pianos majestueux et leurs saxophones courtisans tentent de mater des guitares retournées à l'état sauvage et des batteries en plein rut, le tout sous le regard lubrique de choristes qui sont, in fine, les seules à assumer leur évidente inspiration : tous les arrangements vocaux, dégoulinant de wapadoowap et de houuwoouhoou, proviennent en droite ligne de ces années cinquante qui, d'autant plus, percolent à travers les paroles... Car les textes se répercutent sur les labiales, les occlusives, les léche-babines d'un Meatloaf qui, plus que l'univers musical bigbangué ici, va justifier l'étiquette qui sera finalement apposé à l'objet : "Bat out of Hell", nous affirme le consensus, c'est de l'opera-rock, du symphonic rock, il y a, en tout cas, quelque chose de wagnérien dans ce déferlement... Car, de toute manière, dans baroque, il y a rock (c'est pas Armande Altaï qui va me contredire) et il est évident qu'on touche avec ce disque au pa-rock-xysme du rock-oco... Et pourtant, c'est bien cette grandiloquence capable de tourner au grand-guignol qui plaît ici... Transposez-les dans une dimension alternative muppet et l'on imagine bien Jim Steinman en Docteur Bunsen qui tortionne, de bonne foi, son Beaker de Meatloaf... La symbiose est totale, les suspicions de manoeuvres ferroviaires/maritimes vers l'arrière ont longtemps collé au cuir, au jean's, aux jabots de soie, aux chevalières de bronze de ce pseudo-couple auto-ravalé... Jimmy écrit et compose, il est agoraphobe, ses chansons sont plus grandes que lui; Michael le pain de viande interprète le tout avec une démesure herculéenne, il tranche les têtes de l'hydre d'un vibrato trop soupesé, il nettoie la crasse des écuries d'une cascade lyrique intarissable, il vous fait une compote moussue de ces pommes d'or qu'il a cueillies d'un cri achevé dans le soupir... Il ne fait aucun doute, l'Histoire est passée par là, que Meatloaf n'aurait eu qu'un succès moyen sans le chaudron débordant qu'était l'inspiration de Steinman; et que les chansons de Jim seraient restées dans leurs tiroirs à partitions sans la présence moite, le charisme femme-fontaine de ce chanteur hors-normes... Meatloaf n'a jamais été beau (et il était encore pire à regarder, dans ces relativement jeunes années-là) mais il prouvait, encore plus qu'Alice Sapritch à quatre pattes dans son four sale, que le charme n'a jamais été une question d'esthétique... D'ailleurs, il faudra une autre artiste en totale démesure, cette Galloise semi-naine avec sa voix cassée par une opération des amygdales loupée dans l'enfance, pour que d'autres chansons de Steinman n'atteignent le haut des classements... Mais retour au récit, le narrateur entame son voyage à l'envers, débutant d'emblée par le climax de l'histoire : il roule comme un possédé sur sa Harley, il arrache l'asphalte, il veut retrouver sa poulette, qui est "la seule chose dans ce monde à être pure et bonne et juste", tout en lui annonçant qu'au petit matin, il s'enfuira comme cette chauve-souris issue de l'enfer... Sauf que, sauf que cette chauve-souris, c'est son coeur à lui... Qui tape de travers dans sa poitrine, tandis qu'il agonise, tas de chair broyé à côté de la carcasse métallique, juste après avoir loupé un soudain virage... Liberté est alors laissée à l'auditeur d'imaginer que le reste du disque consiste en cette microseconde qui s'éternise juste avant de passer de l'autre côté, aux portes du premier cercle de Dante, le narrateur abandonne tout espoir et dresse le nécessaire bilan... Les chaudes nuits d'été, avec cette intro parlée qui résume bien l'esprit du disque (c'est à la fois pompant, poilant et passionnant), frissonnent encore des premiers émois de ces jeunes amants, même si l'on devine déjà l'ironie prédatrice du héros : "Et alors tu m'as ôté les mots de la bouche / Ca devait être pendant que tu m'embrassais / Mais je jure que c'est vrai / J'allais justement te dire que je t'aime"... Sans s'égarer dans la psychanalyse de bazar, on sent déjà que Jim Steinman veut, ici, régler des comptes avec une adolescence difficile, sans filles à embrasser et, forcément, encore moins à éconduire... Première respiration au piano seul, avec quelques cordes, "Heaven can wait", dont le titre se suffit à lui-même, si l'on accepte le drame qui se joue dans la narration globale du disque, prépare aux assauts sonores d'"All revved up with no place to go" où l'on épinglera, à travers le crescendo de la frustration sexuelle du narrateur, cette phrase tellement 1977, "Chaque samedi soir, je sens la fièvre qui monte" (ah, mince, ça tape des frères Gibb en bas de leur piédestal, ça)... Puis le drame se noue, la tension se couperait au cran d'arrêt, il est obligé de lui avouer, tandis qu'elle pleure toute la nuit : "Je te veux, j'ai besoin de toi / Mais en aucune manière je ne pourrai t'aimer / Mais ne sois pas triste / Deux sur trois, c'est déjà pas si mal"... Et l'on doute de plus en plus d'avoir envie de se retrouver projeté dans l'esprit de Steinman qui apparaît de plus en plus mégalomane et misogyne mais on n'a pas le temps de gamberger car nous voilà valdingué dans le moment le plus music-hall de la plaque, avec ce "Paradise by the dashboard light" construit en trois actes sur base d'un dialogue entre Meatloaf et Ellen Foley, le garçon et la fille vont passer à l'acte, dans la voiture... Surtout, on obtient ici les clés du drame ordinaire qui se joue : "Nous avions à peine dix-sept ans / Et plus beaucoup de vêtements"... Elle se donne à lui, elle veut des promesses d'infini (ou, au moins, du "pour la vie"), il voudrait continuer son quotidien de chien fou (à nouveau, Steinman doit surcompenser sa propre adolescence miteuse), il partira comme une balle, au petit matin, sur sa moto, avec les dégâts que l'on connaît depuis la plage d'ouverture... Il reste à écouter le garçon se lamenter, dans "For crying out loud", la dernière, longue et languissante chanson, portée par trois pianos; il est trop tard pour ce refrain mais il le crachera quand même, avec ses dernières gouttes de sang mêlé à l'essence de la bécane et au pire pathos post-adolescent : "Bon dieu, misère, tu sais que je t'aime"... Ouais, ben, fallait s'en rendre compte plus tôt, que moi j'dis, parce que là, c'est un chouïa trop tard... Que "Bat out of Hell" serve donc de leçon à tous les adolescents prompts à la promesse pour accéder à l'intérieur des petites culottes, vous ne l'emporterez pas au paradis, vous allez finir broyés dans la feraille, voilà la vérité... Bien, sur cette belle moralité bien troussée, il suffira d'aligner les noms des musiciens invités à plaquer leurs accords sur cette affaire pour conclure qu'au-delà des goûts et des couleurs (et je conçois sans mal que la grandiosité pompière de l'opération puisse irriter), on a affaire ici à un grand disque : Todd Rungren (qui produit l'ensemble et joue de la pétaradante guitare), Roy Bittan (meilleur pianiste du rock si Benmont Tench n'existait pas), Max Weinberg (aussi du E Street Band, à la batterie, évidemment), Edgar Winter (au saxophone albinos)... Il paraît que certains matins, sur la route de corniche de la côte californienne, on peut encore entendre le vroum vroum de la Silver Phantom, le crépitement des flammes, le boum boum de ce coeur qui s'est extirpé de la poitrine du jeune homme crevé... comme une chauve-souris issuuuue de l'enfeeeeeerrr !!!!

13/09/2013

345. "DEATH BY SEXY" Eagles of Death Metal

death by sexy.jpgNi panade californienne calibrée pour les auditeurs édentés des radios du tout-venant, ni culte finlandais mâtiné de rivalités intestines et de guitares lourdingues, non, la musique des Eagles of Death Metal, ce n'est ni du Eagles, ni du Death Metal... C'est, par contre, un cas d'école intéressant qui nous rappelle combien Henri-Désiré pouvait avoir autant de charme que de stock de charbon, combien Giacomo Girolamo avait de la sensualité et de la syphilis... Car Eagles of Death Metal est avant tout l'éjaculat d'un seul homme, Jesse "Boots Electric" Hughes (parfois Jesse "The Devil" Hughes), pas mal schizophrène dans son genre... Jesse Hughes est un homme que nous ne fréquenterions que sous la menace d'un grand black bas du front qui tiendrait un taser chargé dans une main et une batte de base-ball enroulée de fil barbelé dans l'autre... Hughes l'affirme lui-même à tire-larigot... alors, je me tape mes lunettes demi-lunes de petit professeur mesquin sur le bout du nez et je m'en vais vous expliquer que le larigot était une flûte, l'instrument de musique oui, pas le pain allongé, même si en l'occurrence, la métonymie de l'aspect pour l'objet est également en cause ici; une flûte, donc, dont la forme oblongue a pu, à une époque, rappeler celle des bouteilles de vin; quant à tirer, le terme subsiste dans le vocabulaire oenologique, lorsqu'on extrait le breuvage de son tonneau; par extension, toute action répétée à outrance devient à tire-larigot, en analogie aux bacchanales qui ont forcé la chrétienté naissante à superposer sur le sympathique dieu cornu païen l'image du satan violeur d'âmes... ce qui nous ramène à ce "Devil" Hughes qui n'a jamais tenu ses options politiques secrètes: "Je suis un Conservateur, mec. Bon sang, j'ai toujours voulu être un politicien Républicain"... Il se laisse d'ailleurs dire que Hughes a, plus qu'à son tour, participé à la rédaction de discours et de documents de l'Administration Bush junior... Depuis 2012, Jesse Hughes est également ordonné prêtre de la Universal Life Church, l'une des grandes organisations new age californiennes... A côté de ça, "Boots Electric" est donc le leader, guitariste, chanteur, onomatopeur (le refrain de "Don't speak", même si ce n'est pas le cas, sonne comme "Ah bang a bang hey oww") de ces Eagles of Death Metal aussi hautement jouissifs que le titre du disque le laisse entendre... "Nous vous livrons à la mort par le sexy" annonce le livret de cette plaque sortie en 2006... Derrière sa grosse moustache orange et ses fines lunettes de nerd, on imagine aisément ce "Boots" tout gamin, sauvé des petites brutes de ce quartier tranquille de Palm Desert (bourgade so-cal dont la devise à double sens est déjà tout un programme: "ressentez la chaleur") par "Baby Duck", celui-là même appelé à devenir son meilleur ami et, un gros vingt ans plus tard, son partenaire de jeu au sein de ces Eagles of Death Metal... Un caneton qui cache Josh Homme, homme-orchestre infatigable, grand animateur de cette scène musicale attachée à son désert de palmiers, chanteur, guitariste, producteur, gueule cassée, voix d'ange, moral élastique, célébré par le commerce et la critique à travers le groupe fondateur Kyuss et l'iceberg visible du stoner rock, les Queens of the Stone Age... Forcément omniprésent sur ce "Death by Sexy", on sent que Homme y apporte un contrepoids à la libido autodestructrice de Hughes (on saura plus tard que Josh a conduit, lors des sessions de ce disque, Jesse en cure, a payé pour toute la réhab, bref, a sauvé la vie de son poteau)... Objet finalement sans âge (ou alors un dix-sept ans particulièrement turbulent), "Death By Sexy" et les Eagles of Death Metal de manière générale, giclent un rock'n'roll qui n'hésite jamais à rappeler son étymologie (vraiment, faut vous le redire que dans l'argot renoi des 50's, "berce et roule" était un euphémisme pour la chose, cette dégueulasserie pleine de fluides corporels qu'on donne à bouffer à la bête à deux dos, le esse-euh-ixe-euh, voilà de quoi il s'agit)... Globalement teintée de distortion qui emprunte sans vergogne aux pionniers du rock sale (Motor City Five ou Stooges viennent à l'esprit), l'ambiance a aussi quelque chose de glam avec le mélange des deux voix, l'organe de Hughes à la fois viril et suraigü rehaussé par ce filet angélique qui triture les cordes vocales de Homme, on entendrait presque un T.Rex à ses débuts (et quoiqu'il advienne, on reste donc coincé dans cet incontournable 1969)... Pas avares, en tout cas, de réminiscences et de citations musicales, les EDM y vont sans scrupules aucuns, résumant ici en un riff ("I like to move in the night") toute la tétralogie new-yorkaise des Rolling Stones (la pochette du disque, déjà, évoque Sticky Fingers), crapahutant par-là ("Chase the devil") dans le même psychogarage qui colle aux basques d'un Jon Spencer, s'offrant carrément un exercice de style autoparodique avec ce "Eagles Goth" qui désosse sans ménagement les charognes vermoulues des Sisters of Mercy... 39 minutes, rallongées pour son édition européenne par un morceau bonus annoncé, sur la plaque, par un joyeux métacommunicatif "And now, a bonus track for Europe", pour 13 morceaux, on navigue donc dans des formats de chanson qui puisent aux racines du genre, ne dépassant qu'une fois les quatre minutes, flirtant rarement au-delà des trois minutes un quart... Pour renforcer ce feeling old-school (après tout, Boots Electric annonce dans le livret tout son idolâtrie de Richard Wayne Penniman), l'album s'ouvre, bang bang bang, sur ses trois singles, tous intenables et sautillants dans leur genre, "I want you so hard (boy's bad news)", "I gotta feeling (just nineteen)" et "Cherry cola" qui permettent aussi de dévoiler la longue liste de copains invités à ce masturbathon d'après beuverie; on y entend tout plein de rockeurs bien poilus, souvent rompus à l'ambiance de ces Desert Sessions chères à Josh Homme : Joey Castillo, Troy Van Leeuwen, Liam Lynch, Mark Lanegan et un Jack Black qui, pour sa part, n'est pas le dernier à souffler le chaud et le froid, à susciter tout à la fois sympathie et méfiance, entre rapace majestueux et fer fatal.

En cadeau, le premier single, en live pour Letterman mais sur le trottoir, boum papam.


Écrit par Pierre et petit pain dans Glam blam blam, Krang Kerrang | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

20/08/2013

337. "THE WEIGHT OF YOUR LOVE" Editors

uncdparjour editors weightoflove.jpgC'est un dilemme facilement résolu mais qui laisse tout de même un drôle de goût en bouche, quand l'amour de votre vie vous offre en cadeau le dernier album d'un groupe que vous aimez bien mais dont le premier single vous avait laissé une impression plutôt mitigée... Ce n'est pas cette déesse faite chair qui chante, qui écrit et compose ce disque, ce n'est pas elle qui se met en jeu à travers ce présent... Et pourtant, qui n'aurait pas un peu peur d'avouer qu'au final, vous êtes déçu, que l'affaire n'est pas excitante, qu'Editors vous ont laissé tomber, que leurs intentions artistiques se sont dévoyées de vos propres balises esthétiques, que peut-être, ils ont déjà carrément commis le funeste "album de trop"... De ce côté, qu'on se rassure, Tom Smith et sa clique n'ont jamais tant eu de succès qu'aujourd'hui et ce ne sont pas leur placement en têtes d'affiches des plus gros festivals de l'été qui vont venir contredire cette bonne santé financière... Mais le fait est que "The Weight of your love" pêche, parfois en lettres et chiffres capitaux... Comme ce U et ce 2 invoqués de manière bien grossière (les "desire, desire" du refrain) sur "A Ton of Love", le mi-figue premier single précité... Comme ce R, ce E et ce M, dont, en interview, Editors semblent vouloir se réclamer, dont certains critiques croient entendre l'influence sur "The Weight", le poussif morceau d'ouverture qui personnellement nous frappe uniquement par les lampées faussement tremolo de Tom Smith entre un Lizard King d'outre-tombe et un King of Leon en mode strepsils... Reste, dans cette massive ouverture, cette phrase qui fait déjà craindre pour la suite : "Je me suis promis de ne plus parler de la mort, je sais que je deviens ennuyeux"... Car, certes, les premières plaques des Editors sont particulièrement plombées au niveau des idées morbides mais leur musique y correspondait, amenant une rare cohérence à leur production electro-gothique... En refusant ces étiquettes qu'ils s'étaient eux-mêmes cousus au revers, Editors se fourvoient probablement un rien... Car le changement est une vertu en soi mais ce qui en résulte reste toujours aléatoire, c'est l'histoire du diable que l'on connaît, de la proie et de l'ombre... Et quand "Sugar", le deuxième track, démarre, on sent qu'on va pas aimer non plus la réminiscence du jour; cette basse qui gratte et ces envolées de cordes arabisantes puent pas mal le faux-prog défendu par Muse (et le "It breaks my heart to love you" du refrain est de l'acabit de ce qu'on n'écrit plus une fois qu'on a fini sa puberté, normalement)... Puis, faut-il lui reconnaître au moins ce courage, Tom Smith, pour de plus en plus caméléon que soit sa voix, se frotte au ridicule le plus consommé en sortant sa voix de tête la plus aigüe sur "What is this thing called love"; et non, malgré de nouvelles nappes de cordes chantilly (dont Coldplay se ferait un festin), le flan ne tient pas... "Honesty" qui suit ne marque guère, on en viendrait presque à se réjouir qu'une chanson ne provoque pas de sentiment négatif... Mais on approcherait déjà de la moitié du disque sans grand'chose à tirer à part un sentiment diffus d'académisme par trop respectueux... La promo annonce un quatrième disque beaucoup plus libéré et foisonnant que les précédents, on a jusqu'ici une farandole des desserts sérieusement trop crémeuse, grasse, presqu'indigeste... Et puis, est-ce possible, l'épure de "Nothing" tombe comme un after eight glacé sur la pape qui alourdissait l'estomac, juste cette (belle) mélodie tenue par un filet de cordes aériennes et, surtout, Tom Smith, en équilmibre sur le câble entre puissance et retenue qui, enfin, chante d'abord comme lui-même... C'est indéniable, c'est même une évidence, c'est la chanson balise de cet album... Et ce qu'elle remet en place permet d'apprécier la suite... Le riff faussement americana, la batterie poum-tchac et la mélodie rebondissante, pour le coup on l'entend l'hommage annoncé à REM, sur "Formaldehyde"; et qui prépare à la folie, retenue du bout des dents et des médiators, de "Hyena" avec un Tommy au sommet de son art, qu'il pourrait être le meilleur chanteur rock de sa génération, malgré ce radical changement de look qui tendrait à prouver que le garçon en avait assez d'être mis en avant pour son physique... Et maintenant qu'on comprend enfin où le groupe a voulu en venir, le disque peut tirer ses dernières cartouches, qui seront d'ailleurs beaucoup plus noires et oppressantes ("Two-Hearted Spider" inciterait presque à se replonger dans ses manuels scouts pour être certain de ne pas louper son noeud coulant, la prochaine fois tandis que "The Phone Book" invite à la fête le spectre inattendu de Neil Diamond, plongé pour l'occasion dans l'introspection la plus morbide) que ces cinq premières chansons particulièrement dispensables... Et il n'y a à cela aucun déshonneur, quelques très grands albums (Let it bleed, The dark side of the moon, Highway 61 revisited, Low, Back in black, Bad, entre beaucoup d'autres), succès critiques et/ou commerciaux, présentent des face B bien supérieures à leurs face A... Il y aurait par contre une certaine malhonnêteté à utiliser "The weight of your love" (même ici, pochette noire, dans son édition limitée rehaussée de cinq titres bonus-trois inédits et deux sessions acoustiques) comme mètre-étalon de mon engagement sentimental... Ma chérie, si un jour je te dis, "je t'aime plus que le quatrième album des Editors", tu as le droit de m'envoyer mon bol de muesli à travers la tronche.

Écrit par Pierre et petit pain dans For the love of Liz, Glam blam blam | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

08/07/2010

298. "ABOUT LOVE" Plastiscines

plastiscines about loveAlors brûle, bébé, brûle car démarre aujourd'hui le liégeois festival des Ardentes où, plus tard cet après-midi, les Plastiscines vont prendre d'assaut la grande scène avec leurs cheveux à frange et leurs amplis Orange... Les plus fidèles lecteurs de ce blog savent que c'est comme ça et pas autrement, nous autres apprécions le quarté pas toujours gagnant de Marine Neuilly, Katty Besnard et Louise Basilien, rejointes depuis aux fûts par Anaïs Vandevyvere... Tout dépend aussi, si l'on veut parimutualiser la musique populaire, de savoir si la course se remporte par les ventes de disques ou par la qualité musicale du produit proposé... Car alors, c'est sûr, nos quatre petites bille-aïe-tee-scie-haitche n'ont pas marqué sur les deux tableaux... Ce "About Love", enregistré quasiment en stoemeling (lecteurs français, demandez traduction à vos amis réfugiés à Bruxelles pour évasion fiscale) aux étazunis en 2009, a péniblement atteint la 168e place du Top 50 mais voit les Plasti élever leur jeu et leur qualité d'écriture de telle sorte que le constat est inévitable: les gamines ont fini leur puberté, elles pensaient être des punkettes, elles seront des rockeuses crédibles, un rien glam dans l'allure et certains sons, évitant mieux les réminiscences par trop évidentes qui plombaient parfois leur LP1 (relire chronique adéquate) et s'offrent même, en fin de galette, une reprise de très bon goût, le pas trop célèbre "You're no good" interprété en son temps par Linda Ronstadt, icône country-rock qui peut inspirer nos quatre Parisiennes par sa capacité à avoir transcendé un physique des plus avenants pour n'assurer au final son succès que sur la qualité de son répertoire... C'est personnellement, et nonobstant le sourire de Kat, le regard de Marine, la prestance de Lou, tout le mal que nous voulons souhaiter aux Plastiscines... Let the music do the talking. 

Écrit par Pierre et petit pain dans Glam blam blam | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

02/11/2008

280. "THE KICK INSIDE" Kate Bush 02/11/08

Kate Bush The Kick InsideA deux jours du scrutin le plus médiatisé de la planète, scrutin au cours duquel un peuple sous-instruit et mésinformé s'en va choisir s'il va se laisser manger à la moutarde ou au gravy, célébrons tout de même la bonne nouvelle : George Walker quitte ces arcanes du pouvoir auxquelles, dans une démocratie saine, il n'aurait jamais eu accès... Et sans autre transition qu'une faiblarde homonymie, on s'en vient se pencher sur le premier disque de la britannique Kate Bush... Quand "le coup d'pied d'en-dedans" sort, au début 1978 (année, tant qu'on y est à courir deux lièvres à la fois, du mariage de doubleyou et de Laura, première dame, pour encore quelques semaines, du pays le plus endetté du monde), Kate va seulement avoir 20 ans (George en titre déjà 32 et, en 1978, il célèbre également sa réaccession au permis de conduire après deux ans de suspension pour conduite en état d'ivresse)...  Le premier extrait de l'album, le trés éthéré "Wuthering Heights" (que l'interessée avouera avoir écrit après avoir vu le film de 1970 avec Timothy Dalton et non après avoir lu le roman d'Emily Bronte avec laquelle pourtant Kate partage le 30 juin comme date de naissance, ce qui, vous vous en doutiez, n'est pas le cas pour George qui est né le 6 juillet, cela dit, à sept jours près, ça ferait presque froid dans le dos), ce premier single, donc, connaîtra un bien joli succès, premier du top 40 UK pendant quatre semaines et, fait historique, première fois qu'une chanteuse classait au sommet du hitparade une composition personnelle... En 43 minutes de long, le disque aligne 13 chansons dans un style pop-rock un rien cérébral, nourri de références littéraires et culturelles un rien éduquées (ça semble le bon moment pour rappeler que l'un des meilleurs souvenirs du double mandat de gamin Bush, c'est quand même quand il a failli s'étrangler en mangeant un bretzel) que les critiques rock auront vite fait de ranger dans la boîboîte marquée "art rock" que d'aucuns avaient ouvertes en 1967 pour y taper dedans le groupe résident des coeurs solitaires du sergent poivre... Un autre morceau, "the man with the child in his eyes", connaîtra également le succès et reste aussi impressionnant par un simple fait chronologique : Kate l'a enregistré avec l'aide de Dave Gilmour (oui, ce Gilmour là) en 1975 mais l'avait en vérité écrit deux ans auparavant, à peine adolescente, donc, à treize ans, vé la pitchoune, qu'elle jouait à l'élastique et du piano en même temps, si ça se trouve (on ne sait pas exactement ce que George faisait à treize ans mais dans ce début d'adolescence, ses parents et lui voient sa demande d'admission à la St John's School, établissement privé réputé, rejetée; c'est là que ceux qui voient toujours le verre à moitié plein se disent, pffou, heureusement qu'il ne voulait pas être admis à l'académie des beaux arts de Vienne)... Rapidement, malheureusement, Kate va souffrir du syndrome du "trop, trop vite, trop tôt" (alors là, vous inventerez vous mêmes vos blagues sur W, y'a du potentiel) et ses disques suivants seront plutôt boudés, à une "babooshka" près, elle ne renouera réellement avec un succès mondial qu'en 1985... Troisième du nom, de son côté, il lui faudra quinze ans de plus avant de se mettre le monde entier à dos (à l'exception, c'est vrai, il faut leur laisser, d'ailleurs laissons-leur, qu'est-ce qu'on en ferait, je vous le demande, d'une centaine de millions d'américains acquis à l'idée que Dieu a choisi leur terre pour phagocyter un maximum de ressources naturelles, imposer leurs valeurs et dicter leur conduite à des milliards d'humains peu consentants, jamais contents ces pauvres à qui on a pris le lait de coco pour leur trouer l'estomac au coca-cola)... Bref, et pour conclure car il est temps, la prochaine fois, buvez une Bush (si votre barman n'est pas manchot, il vous fera même une pêche melbush mais à ne surtout pas en abuser), écoutez Kate Bush mais, s'il vous plaît, éteignez CNN.

Écrit par Pierre et petit pain dans Glam blam blam | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

26/02/2008

243. "HEART STILL BEATING" Roxy Music 27/02/08

Roxy Music heart still beatingSorti en 1990, avec ce désagréable défaut de non-fluidité qu'avaient les CD live de l'époque présentant une seconde de blanc entre des chansons pourtant enchaînées, ce coeur toujours cognant devait probablement, dans l'esprit des décideurs commerciaux de Virgin, maintenir vivant le nom du groupe et l'intérêt du public pour les Roxies, quasiment une décennie après ce qui était alors une séparation pour de bon... Patchwork de la dernière tournée des restes de la formation (Ferry chante, Manzanera gratte, Mackay souffle), en soutien à leur dernier album Avalon, les quatorze morceaux de ce live proviendraient surtout d'un concert donné à Fréjus à la fin 82... C'est donc, selon toute évidence, de jolies tranches de pop raffinée mais burinée (on imagine très bien les membres du Roxy d'alors, orteils en éventail en bord de piscine de palace sur la riviera, leur sixième cocktail d'affilée entre les mains, des barreaux de chaise éteints dans le cendrier posé entre eux) qui se cachent derrière cette pochette mettant en scène la créature la plus sexuellement indéfinie d'une discographie aux couvertures pourtant chargées de poitrines gonflées et de poils pubiens apparents... Puisqu'alors Roxy Music n'était plus réduit qu'à trois de ses fondateurs, c'est forcément avant tout à la production léchée des chansons douce-amères de seconde partie de carrière que l'auditeur a droit plutôt qu'à la déferlante art/glam qui, dès ses débuts, permit au groupe de se creuser sa niche et de marquer l'histoire... Editions of You, A Song for Europe, Out of the Blue, Love is the Drug et Both Ends Burning sont ici les seuls morceaux à avoir été enregistrés par Roxy Music avant 1976... En toute logique, l'album Avalon est dignement représenté par la plage titulaire mais aussi les plus qu'agréables India et While my Heart is still Beating (qui, vous l'avez déduit vous-même, donne donc son titre au disque)... Il faut enfin aussi épingler leur mégatube Dance Away, un instrumental débridé de Manzanera très judicieusement intitulé Impossible Guitar et, last but not least, deux sublimes reprises, exercice toujours périlleux dans lequel Bryan Ferry n'a jamais réellement eu de concurrents, depuis son premier album solo These Foolish Things, paru en 1973 et dont nous reparlerons... Le mythique Like a Hurricane de Neil Young y prend une dimension quasiment liturgique et ce voyage de velours pimenté qu'est Heart Still Beating s'achève sur le monumental Jealous Guy dont, oserait-on l'affirmer, la version de Bryan Ferry doit aujourd'hui être plus célèbre que celle de son auteur liverpudlien... clop clop... clop clop... clop clop.   

Écrit par Pierre et petit pain dans Glam blam blam | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

19/07/2007

206. "COMING UP" Suede 28/06/07

suedeSous un design du célébrissime designer graphique et typographe mancunien Peter Saville (qui s'est au fil des décennies et depuis la fin des 70's forgé aussi sa réputation via les pochettes de disques), se cache peut-être bien le meilleur album de toute la courte histoire de la "Britpop"... Ce qui est d'autant plus amusant qu'il s'agit du premier album de la clique en suédine sans leur membre fondateur guitariste-compositeur Bernard Butler... Mais voilà, il en va dans la musique populaire comme dans toutes les autres facettes de la vie: "un mal pour un bien" n'est pas un proverbe sans sens... Or donc, Brett Anderson et sa section rythmique se mettent en quête, pendant quasiment deux ans de silence médiatique, d'un nouveau compositeur et trouvent l'adolescent Richard Oakes, qui devait probablement exciter bien plus que la fibre musicale de Brett Anderson... En s'adjoignant les services d'un claviériste, le groupe parvient alors à la fois à aérer et à raffermir ses sonorités à la croisée entre le glam plus bowie que bolan et un quelque chose des scarabeats... Abracadabra, la magie opére, moins travaillées, moins venues des tripes que celles de Butler, les mélodies de Oakes fonctionnent malgré tout sans le moindre mal et Brett Anderson s'en donne à coeur joie dans des envolées lyriques qui rappellent certes plus Marc Almond que Roy Orbison... Mais comme le disent nos potes anglo-saxons, "on ne regarde pas dans la bouche d'un cheval qu'on vous offre" et la seule chose qui compte, c'est que Coming Up donne envie de bouger, de danser, de se trémousser en eyeliner noir sur "Trash", "Filmstar", "Beautiful Ones" ou de se serrer collés dans des slows parfois contre nature sur "Saturday Night" ou "Lazy" pour ne citer que les cinq singles imparables de cette plaque hot, hot, hot de dix morceaux tout aussi marquants.  

Écrit par Pierre et petit pain dans Glam blam blam | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

24/04/2007

155. "THE VERY BEST OF" T. Rex 18/04/07

very best of t rexCette compilation bon marché s'offre un statut à part dans ma collection puisqu'il s'agit du deuxième CD que je me suis acheté de ma vie... Pour ceux que ce genre de détails croustillants intéresse, qu'ils sachent même que je l'ai acheté par correspondance via le catalogue Colruyt qui était, en ce début des années 90, une des sources de musique les moins chères dans mon monde... Tant qu'on en est à rebondir d'anecdotes en données triviales, saviez-vous qu'à l'époque de l'hégémonie du vinyle, l'entreprise familiale et flamande de la grande distribution possédait même son propre label de pressage de disques ?... Ce qui nous éloigne du sujet, je le concède, mais de toute manière, nous étudierons une prochaine fois l'impact de Marc Bolan sur la musique et le multimedia british... En seize morceaux, ce "the very best of" (sorti en 89 sur l'obscur label BR Music) survole sans mal tous les plus gros singles de la formation glam, avec une large portion de l'incontournable chef-d'oeuvre Electric Warrior (Jeepster, Get it on, Mambo Sun, Cosmic Dancer, Planet Queen, Girl, The Motivator & Monolith, soit la moitié de cette compile) et pour le solde, les tubesques Metal Guru, Telegram Sam, Children of the Revolution et Solid Gold Easy Action plus les passablemment dispensables Hot Love, The Groover, Jitterbug Love et Deborah... Seule absence de taille, celle de 20th Century Boy... De bien meilleures compiles de T. Rex ont été éditées depuis et de toutes manières l'oeuvre de Bolan ne s'appréhende correctement que via les albums studio du groupe mais pour toutes les raisons personnelles et nostalgiques précitées, j'aime beaucoup ce very best of.

Seb 

Écrit par Pierre et petit pain dans Glam blam blam | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

09/04/2007

146. "THE RISE AND FALL OF ZIGGY STARDUST AND THE SPIDERS FROM MARS" David Bowie 09/04/07

Bowie the rise and fall of Ziggy Stardust and the Spiders from MarsC'est en 1972 (35 ans déjà, hein) que le public vécut l'ascension et la chute de Ziggy Poussièredétoile et des Araignées de la planète Mars... Morphé dans son personnage le plus mythique, ce Ziggy filiforme et androgyne, le plus grand génie de la pop s'offrait son plus grand moment rock... A cela, crédit doit absolument être donné à l'araignée en chef, ce grigou de Mick Ronson, qui tant à la guitare, au piano qu'aux choeurs, a réellement donné vie à la vision de David B... Si cet album se retrouve sempiternellement dans les top 10 de toutes sortes, exercices peu périlleux dont la presse musicale, surtout britannique, est très friande ainsi que dans les innombrables classements de disques du nouvel eldorado qu'est devenu la toile mondiale, il y a forcément une raison... Rarement ailleurs que sur cet opus, les compos de Bowie possèdent à la fois l'étincelle mélodique, l'énergie du jeu et l'âme de l'interprétation... Le tout resiste tellement bien aux écoutes à répétition (depuis 35 ans, pensez, y a des gens qui doivent l'avoir écouté des milliers de fois, ce disque) que le débat s'est définitivement décalé... Plus personne ne peut se demander, nonobstant les goûts et les couleurs, si R&FofZS&SFM est un très grand album mais bien quelle est la meilleure chanson de cette oeuvre absolument majeure... Five Years, Soul Love, Moonage Daydream, Starman, Lady Stardust, Star, Hang on to yourself, Ziggy Stardust, Suffragette City ou Rock 'n' Roll Suicide ? Prenez le temps de réécouter une cinquantaine de fois l'affaire et vous me livrerez votre avis à ce moment là, d'accord ? 

Écrit par Pierre et petit pain dans Glam blam blam | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |