19/05/2014

369. "METAL MACHINE MUSIC" Lou Reed

metalmachinemusic.jpgNous avons foulé les trottoirs de la grosse pomme, pour la première fois; cette grosse pomme qui assomme, avec ses bandelettes de ciel qui s'aperçoivent entre les sommets des pics urbains, la fourmi est humaine dans cet enchevêtrement, son repos est dans la verdure centrale ou sur la ligne haute, réhabilitée... Si la ville ne dort jamais, forcément, ses habitants peuvent parfois se parer d'atours morts-vivants, au détour de la 42ème rue... Les temps sont carrés mais la nuit ne tombe pas, de cinq à sept et 24 sur 24, la lumière éclabousse, les néons vomissent leurs réclames, le magasin le plus paresseux ne fermera ses portes qu'au jour suivant... Ca tape du pied, ça frappe des mains, claquettes et hauts de forme devant les box offices... Le tapis volant aguiche les caméras, c'est la première, le gratin sera là pour en faire tout un fromage... Les mots du prophète sont écrits sur les murs du métro et les sons de Gotham ne laissent aucune place au silence... Mais la verticalité... Tant qu'à être touristes, prenons la nécessaire hauteur; du 86e étage, le panorama n'est pas exceptionnel, il coupe le souffle, purement... A l'est, le New Jersey aligne son rivage industriel et l'on comprend pourquoi on a mis les pieds dans la plus grande mégalopole de l'Ouest... Au nord, on distingue la verdure du park, les chromes du Chrysler se laissent lècher par le soleil... Au sud, c'est la carte postale immanquable, les éperons de verre et d'acier du district financier qui viennent érafler les chevilles des nuages, les jumelles n'ont même plus de fantômes à défendre, une nouvelle tour se dresse, frondeuse... Nous verrons, dans la lanterne magique, toute la paranoïa tressaillir comme une génisse à l'abattoir... Dans la nuit, un gamin de onze ans a franchi les sécurités et est monté au sommet du WTC One, alors que l'immeuble n'est pas encore ouvert au public... Mais la boîte à images crache tant d'horreurs : tous les médicaments miracles pour des maladies qui n'existent pas chez nous entraînent des effets secondaires délétères; nous devons saisir tous les avocats de tous les états si nous avons vécu un jour à moins de cent mètres d'une plaque d'amiante ou si nous avons fumé des cigarettes après avoir vu une publicité pour le tabac; pire, nous refusons tous de sortir de chez nous et de mener une vie normale si nous n'avons pas des implants capillaires sur la tête et des bagues en porcelaine sur les dents... A l'ouest, les Reines abritent leur aéroport puis, plus bas, Brooklyn se débrooklynise... Sur Park Slope, les arbres longent les trottoirs, les maisons sont en briques, la vie est presque réaliste... Mais nous parviendrons à nous glisser à l'arrière du décor, au bout de la 9e rue, sur Smith street, l'aérien de la ligne G surplombe le viaduc routier qui enjambe un quelconque canal aux rives chargées de casses métalliques... Sous le viaduc, le passage piétonnier longe un grillage fatigué... Nous y avons vu une chaussure attachée par les lacets... Plus loin, l'ombre d'un gamin noir qui rentre au crochet rouge à cloche-pied... Le subway est un léviathan polyglotte -le fatra sé on pwoblèm- à double vitesse, il avale la foule sans appétit et la recrache de loin en loin, machouillée... Son ventre de fer blanc abrite aussi bien des danseurs urbains aux acrobaties époustouflantes que des rebuts paysans à l'halitose inévitable, la mère aux cheveux en palmier, les enfants aux bouches édentées, les anti-bimbos en joggings roses élimés... En sortant des illusions touristiques de Little Italy, après s'être dépêtrés des restaurateurs chinois qui tentent d'écouler, en invectives mandarines, des sacs à main contrefaits, nous avons croisé une famille Amish... La serveuse de chez Bill's Bar and Burger est francophile, toute l'île de l'homme-chapeau-bronzage est francophile, l'enseigne d'un restaurant nous fait sourire, c'est le "Petit Poulet"; notre petit poulet nous manque mais nous savons que là, il nage au milieu des mantas et des requins, tout va bien... J'ai trempé ma viande dans du gravy au Jack Daniel's et les frites se cachent sous le chili con carne et le fromage fondu... Nous mangerons aussi des crèpes au lard dans du sirop, des beignets troués, des cafés à emporter, en gobelets surdimensionnés, sirotés dans le matin frais, entre Riverside et Broadway... Les amoureux d'art deco se tapent des mini-orgasmes à chaque coin d'avenue... Le lobby marbre et métal de l'ESB est sensationnel... James Eckhouse nous a souri... Les frontons du Rockefeller assènent leurs slogans modernistes, Zeus en pierre aux éclairs forgés nous annonce que "la science et la raison seront la mesure de notre époque", Atlas en bronze porte un globe évidé, un dragon en briques lego surgit du plafond de la boutique; et ces gens-là nous parlent du passé, eux aussi étaient persuadés que la crise, la vraie, le krach ultime n'arriverait que plus tard, c'est-à-dire jamais et, pourtant, eux aussi se sont défenestrés, ruinés... Plus bas, à l'extrémité du sentier large, là où la verticalité est la plus omineuse, le taureau n'arbore-t-il pas quelques gouttelettes de sang séché ?... Nous mangerons le picnic acheté chez Walgreen's dans un recoin tranquille de la High Line... Réhabilitée, on l'a dit, c'est un endroit auquel les touristes se doivent d'accorder un peu de temps, sur ce caillebottis par-dessus les rails rouillés... Parce que finalement, et hormis l'immanquable panorama, ici, les meilleures choses sont gratuites... Même si rien ne vaut son prix, de taxes cachées en pourboires à 18%... A 15 heures 30, le vendredi, la file est aussi longue sur les deux trottoirs; d'un côté, on s'aligne pour se faire servir par les gars halal, de l'autre, on attend la gratuité du musée... Au fond de la salle, un rien à l'écart de la foule du Moma, la ballerine incarne les notes que le violoniste vient piocher sur la portée peinte à même la grande toile; et juste à côté d'eux, comme pour rappeler que la création contemporaine reste inaccessible aux esprits les plus serrés, les deux artistes remplacent la laitue pressée par un câble à un bloc de granit... La foule, donc, est souvent bovine, quand la visite d'un musée aussi riche se transforme en diaporama au pas de course... Au Louvre, vous les voyez se monter dessus pour apercevoir le timbre-poste de La Joconde alors qu'à l'arrière de cette cimaise, le même Léonard s'étale sur des mètres carrés de Dernière Cène; imaginez-les donc, ici, se donner du coude dans les côtes pour faire semblant de se pamoiser devant la Nuit étoilée de Van Gogh alors que tout autour, sur les murs de cette salle, se donnent à voir une litanie de chefs-d'oeuvre, du Parc de Klimt à La Bohémienne Endormie de Rousseau en passant par les paysages de Honfleur, Gravelines et Pont-en-Bessin de Seurat... Chaleur de la salle, crétinerie de la foule, surprise de retrouver le pointilliste de mon enfance, j'ai vécu là le premier syndrome de Stendhal de ma vie... Au-delà de Nolita, sur East Houston st., nous avons osé franchir le seuil du marchand de salamis... Si Grizabella chante la mémoire, il ne s'agit pas ici du même Cats; le ballet  incessant des bouffeurs de pastrami donne le tournis mais aussi un rictus qui oscille sans cesse entre l'étonnement apeuré et le sourire moqueur... Nous nous sommes assis sous les photos de vedettes variées, quand vint notre tour, enfin; la viande marinée, avec tous ses secrets de fabrication yiddish, fond dans la bouche pas dans la main, personne, par contre, ne sait ce que cache la pâte collante du knish... Et toujours cette verticalité... Maya Hayuk a barbouillé un mur entier, les hipsters se prennent en photo... Dans le village, les lois de la physique volent en l'air; la ville s'organisait orthogonalement, dans cette progression mathématique qui empêche les piétons les plus distraits de jamais perdre leur chemin mais là, soudain, les rues ont des noms, elle tortuent et s'entrecoupent dans des angles aigus... Les galeries d'art s'étalent dans les lofts reconvertis des hangars où s'échinaient les emballeurs de viande; nous ne pouvions pas le savoir alors mais l'esprit fictionnel de Marnie Michaels flotte par-là... Les taxis sont jaunes, les camions de pompiers sont chromés, les bus scolaires sont boursouflés, le semi-remorque est tellement long que même totalement adossé au quai de déchargement, à l'intérieur du hangar, son tracteur dépasse sur la moitié de la rue et interromp toute la circulation... Klaxons, sirènes, crissement de pneus, freins hydrauliques, gyrophares, lointains grondements aéronautiques... Le soleil ne manque pas en cette fin mars, il y a un Flamand qui vend des gaufres dans sa petite cahute au pied du city hall; il tourne le dos au pont pris d'assaut par les touristes, sur cette promenade en planches qui surplombe le flux constant de la circulation automobile... Ca tape dur et nous tombons la veste, tout en gardant, là-bas, un oeil rivé sur Battery... Nous ferons demi-tour sous les câbles de 1883, Max, Caroline et Williamsburg attendront; à 17 heures 30, nous monterons sur le ferry, en direction de l'autre île... Les cinq boroughs battent chacun à leur vitesse, Staten Island n'est pas le plus trépidant mais depuis le pont du bateau, nous l'avons vu : Liberty n'a pas de culotte sous sa jupe au bronze aussi lourd à porter que le rêve qu'elle est censée défendre... C'est poser le pied à terre pour aussitôt reprendre la mer mais au final un seul borough n'aura pas enregistré notre tachycardie sur son ECG... Nous ne serons pas allés plus au nord que cette 103e où se tapit notre hôtel... De la petite chambre au septième étage, on entend les vapeurs du réseau aquatique, les sirènes des véhicules d'urgence, le boum-boum constant de la ville que tous les t-shirts coeurent... Monsieur Douglass a construit des HLM en briques rouges... Le yaourt glacé se vend au poids... La pollution lumineuse éteint la voie lactée mais le hall de Grand Central est si haut que des constellations brillent dans son plafond... Un container accueille les scories métalliques de travaux en cours; le tintamarre amène le promeneur de chiens sur les rives de l'infarctus... Les marchands de souvenirs étalent leurs petites lunettes rondes devant le Dakota... Les animaux figés rendent foi dans la taxidermie même si certains dioramas fleurent cette étrange nostalgie d'une époque qui n'a jamais totalement existé... Ils sont bien vivants, par contre, les canards du Reservoir, qui regardent les joggeurs tourner en rond, tous dans le même sens... Plus loin, derrière un rocher affleurant, par-dessus le tunnel où Jodie s'est mis les nerfs à vif, en bordure d'une tranchée autoroutière, les écureuils gris se poilent, quel que soit le jour de la semaine, ils envoient des bras d'honneur à Pancol... Sur le trottoir du museum, en guise d'au-revoir aux sciences naturelles, en promesse de revenir à cette bestiole que nous avons à peine eu le temps de gratouiller, nous mastiquerons un hot-dog suspect... Une heure souterraine nous attend, JFK est au bout... Les divertissements embarqués de Delta permettront d'apaiser cet inattendu déchirement (on reparlera des joies et déboires de l'in-flight entertainment lors d'une prochaine rubrique)... Dans notre lopin belge, à peine plus peuplé que la Nouvelle-Amsterdam, la grande ville reste accessible, Lou Reed pensait entuber sa maison de disques, en 1975, en livrant un double album de feedback chaotique... Il prétendra, jusqu'à sa mort, l'année dernière, avoir maîtrisé les intentions artistiques floues et le modus operandi discutable de ce Metal Machine Music... Par sa volonté partielle, néanmoins, il a posé le premier jalon du rock bruitiste, de toute la mouvance noise... Mais, surtout, sans nécessairement le savoir, il venait de figer la bande-son de sa ville... Ce New-York qui frappe les sens, alourdit l'estomac, oppresse la respiration, envahit le champ de vision, arrache l'oreille, hypnotise et émerveille.

15/11/2013

354. "BAT OUT OF HELL" Meatloaf

Bat_out_of_Hell[1].jpgUn jour, quand j'avais les cheveux (très) longs, j'avais été invité à un nouvel-an déguisé (que ça ne vous donne pas de fausses idées, je déteste ça; fêter le nouvel-an, c'est s'abaisser à une insupportable nomenclature héritée des Romains, qui nous rappelle chaque jour que la Révolution n'a pas réussi à imposer son calendrier citoyen; et se déguiser hors Carnaval et Soirées transformistes, c'est tout simplement pathétique) et, pris au dépourvu, j'ai gardé mon jean's, j'ai retrouvé un vieux t-shirt ignoble acheté sur un quelconque marché bruxellois par une tante dont je tairai le prénom (quand elle était petite, elle est allée à la mer, au cirque, à la ferme, en voyage, à la foire; si vous voyez c'que j'veux dire) sur lequel on trouvait, me semble-t-il, l'assemblage maladroit d'un aigle et d'une Harley-Davidson (de la plage); je me suis noué un foulard rouge autour du poignet, j'ai glissé un oreiller sous mon t-shirt pour me faire une grosse brioche et, blam, j'étais déguisé en Meatloaf... Puis finalement, je n'ai jamais trouvé de foulard rouge à me nouer autour du poignet alors je ne me suis pas déguisé, de toute manière, je l'ai dit, je déteste ça... A l'inverse, et pour des raisons que j'ignorerai toujours, je suis, comme au moins 43 millions autres acheteurs de disque (voire 42 999 998 autres acheteurs du disque car, chose rare, je possède deux exemplaires de ce CD, l'un acheté en seconde main à Bruxelles, au milieu des années 90, une version ancienne, assez amusante aujourd'hui car son livret contient en son centre un mini catalogue des sorties Nice Price du catalogue CBS, si vous vous souvenez de ces CDs moins chers avec un gros point d'exclamation jaunes collé sur le boîtier; et je l'ai racheté il y a peu pour quignon, dans une version low cost en pochette carton, en binôme avec l'album Dead Ringer, évidemment beaucoup moins bon du même Meatloaf mais dont la plage titulaire, en duo avec Cher reste un bon moment de portnawak et j'imagine d'ailleurs sans mal les docteurs Moreau de fond de classe, assis contre le radiateur, glousser comme des dindons anthropomorphes en essayant d'imaginer la progéniture mutante de ce couple bestial) je suis, donc, et toujours après cette parenthèse à rallonge, un fan idiobasique de cette chauve-souris issue des enfers... Cela dit, j'aime beaucoup plus les hérissons volants que les grosses motos chromées (d'ailleurs, que je sache, Pairi Daiza, pandi panda, n'a pas de Silver Phantoms dans ses enclos alors que l'on peut assister, dans le silence et le recueillement de la crypte, aux ébats et agapes des pipistrelles et autres renards ailés)... Plongeons-nous donc sans serre-nez dans cet incroyable disque, aussi bouffi mais aussi mystérieusement charmeur que son interprète principal, ce Michael Lee Aday, né sous le soleil implaca-a-able du pays du dollar, du pétr-o-ole,  dont la corpulence à mille lieues des standards du vedettariat hollywoodien lui vaudra cet indécrottable surnom de scène de Meatloaf (littéralement, Pain de Viande; un mets que je ne goûte guère, sauf, rarement, en tranches froides avec sauce et salade dans mes tartines s'il n'y avait plus de boulettes rôties dans les bacs de boucherie self-service du Delhaize; voilà, ce blog a déjà atteint son quota de révélations impudiques à propos de mon alimentation)... Hésitant toute sa carrière entre le chant et le jeu, Meatloaf va forcément vite tomber dans le milieu de la comédie musicale... Un passage remarquablement remarqué dans le Rocky Horror Show et sa déclinaison filmique (il y incarne, en insistant sur "carne", Eddie, le motard loubard -un archétype qui lui colle au cuir clouté- victime du dévolu et des expériences du Docteur Frank N. Furter) lui ouvrira tout un tas de portes, il rencontrera aussi un new-yorkais judéïque (si, ici, je commente "un de plus", malgré les pelletées de Woody Allen, Mel Brooks, Larry David, Larry King, Barbra Streisand et autres Tony Curtis, je serai appelé à la barre pour antisémitisme ou bien ?), le cidevant Jim Steinman... Celui-ci veut écrire des chansons et, nourri au revival des années 50 (monday, tuesday, happy days) de sa propre jeunesse autant qu'à sa propension aux délusions symphoniques, va se diriger vers ce genre... De son projet avorté Neverland (un truc avec du Peter Pan et de la science-fiction dedans), il gardera jalousement la certitude d'avoir écrit et composé trois plages exceptionnelles... De ces trois morceaux, il extrapolera un cycle musical de sept chansons qui donneront, vous l'avez compris, notre album du jour... Disque de records à plus d'un titre, Bat out of Hell va pourtant traîner, comme certains synopsis sur la côte ouest (dont les palaces, forcément, puisque nous étions à Dallas quelques lignes plus tôt, n'abritent que mensonges et passions), de nombreux, très nombreux mois, dans les coulisses des maisons de disques qui, clairement, ne savent pas quoi faire de cet objet à la fois fascinant et pas mal encombrant... Enregistré en 1975, le disque ne sortira sur le label indépendant tout juste fondé Cleveland records (toute une autre histoire centrée sur la personnalité très polka du serbo-américain Steve Popovich) qu'à l'automne 1977, en plein double contexte pas évident d'un typhon disco toujours rageur et d'un tsunami punk qui vient seulement de ravager ses premières digues... Et pourtant, on l'a dit, le succès sera rapidement au rendez-vous (et se maintiendra à travers les générations, le disque est devenu quatorze fois disque de platine en 2001), cinq des sept titres seront édités en singles 45 tours... Par une analyse rapide, peut-être une preuve par l'absurde, on peut imaginer à la fois pourquoi les grandes maisons de disques s'y sont cassés les dents et pourquoi le grand public y a trouvé son bonheur : Bat out of Hell est inclassable, trop sombre et alambiqué pour n'être que du glam, trop viscéral et rectiligne pour n'être que du prog, trop dansant et libidineux pour n'être que du hard, le style développé par Steinman, exponentialisé par Meatloaf, se situe quelque part à l'intérieur d'un cabaret boursouflé, où la prohibition concernerait les inhibitions et non la bibine, où les pianos majestueux et leurs saxophones courtisans tentent de mater des guitares retournées à l'état sauvage et des batteries en plein rut, le tout sous le regard lubrique de choristes qui sont, in fine, les seules à assumer leur évidente inspiration : tous les arrangements vocaux, dégoulinant de wapadoowap et de houuwoouhoou, proviennent en droite ligne de ces années cinquante qui, d'autant plus, percolent à travers les paroles... Car les textes se répercutent sur les labiales, les occlusives, les léche-babines d'un Meatloaf qui, plus que l'univers musical bigbangué ici, va justifier l'étiquette qui sera finalement apposé à l'objet : "Bat out of Hell", nous affirme le consensus, c'est de l'opera-rock, du symphonic rock, il y a, en tout cas, quelque chose de wagnérien dans ce déferlement... Car, de toute manière, dans baroque, il y a rock (c'est pas Armande Altaï qui va me contredire) et il est évident qu'on touche avec ce disque au pa-rock-xysme du rock-oco... Et pourtant, c'est bien cette grandiloquence capable de tourner au grand-guignol qui plaît ici... Transposez-les dans une dimension alternative muppet et l'on imagine bien Jim Steinman en Docteur Bunsen qui tortionne, de bonne foi, son Beaker de Meatloaf... La symbiose est totale, les suspicions de manoeuvres ferroviaires/maritimes vers l'arrière ont longtemps collé au cuir, au jean's, aux jabots de soie, aux chevalières de bronze de ce pseudo-couple auto-ravalé... Jimmy écrit et compose, il est agoraphobe, ses chansons sont plus grandes que lui; Michael le pain de viande interprète le tout avec une démesure herculéenne, il tranche les têtes de l'hydre d'un vibrato trop soupesé, il nettoie la crasse des écuries d'une cascade lyrique intarissable, il vous fait une compote moussue de ces pommes d'or qu'il a cueillies d'un cri achevé dans le soupir... Il ne fait aucun doute, l'Histoire est passée par là, que Meatloaf n'aurait eu qu'un succès moyen sans le chaudron débordant qu'était l'inspiration de Steinman; et que les chansons de Jim seraient restées dans leurs tiroirs à partitions sans la présence moite, le charisme femme-fontaine de ce chanteur hors-normes... Meatloaf n'a jamais été beau (et il était encore pire à regarder, dans ces relativement jeunes années-là) mais il prouvait, encore plus qu'Alice Sapritch à quatre pattes dans son four sale, que le charme n'a jamais été une question d'esthétique... D'ailleurs, il faudra une autre artiste en totale démesure, cette Galloise semi-naine avec sa voix cassée par une opération des amygdales loupée dans l'enfance, pour que d'autres chansons de Steinman n'atteignent le haut des classements... Mais retour au récit, le narrateur entame son voyage à l'envers, débutant d'emblée par le climax de l'histoire : il roule comme un possédé sur sa Harley, il arrache l'asphalte, il veut retrouver sa poulette, qui est "la seule chose dans ce monde à être pure et bonne et juste", tout en lui annonçant qu'au petit matin, il s'enfuira comme cette chauve-souris issue de l'enfer... Sauf que, sauf que cette chauve-souris, c'est son coeur à lui... Qui tape de travers dans sa poitrine, tandis qu'il agonise, tas de chair broyé à côté de la carcasse métallique, juste après avoir loupé un soudain virage... Liberté est alors laissée à l'auditeur d'imaginer que le reste du disque consiste en cette microseconde qui s'éternise juste avant de passer de l'autre côté, aux portes du premier cercle de Dante, le narrateur abandonne tout espoir et dresse le nécessaire bilan... Les chaudes nuits d'été, avec cette intro parlée qui résume bien l'esprit du disque (c'est à la fois pompant, poilant et passionnant), frissonnent encore des premiers émois de ces jeunes amants, même si l'on devine déjà l'ironie prédatrice du héros : "Et alors tu m'as ôté les mots de la bouche / Ca devait être pendant que tu m'embrassais / Mais je jure que c'est vrai / J'allais justement te dire que je t'aime"... Sans s'égarer dans la psychanalyse de bazar, on sent déjà que Jim Steinman veut, ici, régler des comptes avec une adolescence difficile, sans filles à embrasser et, forcément, encore moins à éconduire... Première respiration au piano seul, avec quelques cordes, "Heaven can wait", dont le titre se suffit à lui-même, si l'on accepte le drame qui se joue dans la narration globale du disque, prépare aux assauts sonores d'"All revved up with no place to go" où l'on épinglera, à travers le crescendo de la frustration sexuelle du narrateur, cette phrase tellement 1977, "Chaque samedi soir, je sens la fièvre qui monte" (ah, mince, ça tape des frères Gibb en bas de leur piédestal, ça)... Puis le drame se noue, la tension se couperait au cran d'arrêt, il est obligé de lui avouer, tandis qu'elle pleure toute la nuit : "Je te veux, j'ai besoin de toi / Mais en aucune manière je ne pourrai t'aimer / Mais ne sois pas triste / Deux sur trois, c'est déjà pas si mal"... Et l'on doute de plus en plus d'avoir envie de se retrouver projeté dans l'esprit de Steinman qui apparaît de plus en plus mégalomane et misogyne mais on n'a pas le temps de gamberger car nous voilà valdingué dans le moment le plus music-hall de la plaque, avec ce "Paradise by the dashboard light" construit en trois actes sur base d'un dialogue entre Meatloaf et Ellen Foley, le garçon et la fille vont passer à l'acte, dans la voiture... Surtout, on obtient ici les clés du drame ordinaire qui se joue : "Nous avions à peine dix-sept ans / Et plus beaucoup de vêtements"... Elle se donne à lui, elle veut des promesses d'infini (ou, au moins, du "pour la vie"), il voudrait continuer son quotidien de chien fou (à nouveau, Steinman doit surcompenser sa propre adolescence miteuse), il partira comme une balle, au petit matin, sur sa moto, avec les dégâts que l'on connaît depuis la plage d'ouverture... Il reste à écouter le garçon se lamenter, dans "For crying out loud", la dernière, longue et languissante chanson, portée par trois pianos; il est trop tard pour ce refrain mais il le crachera quand même, avec ses dernières gouttes de sang mêlé à l'essence de la bécane et au pire pathos post-adolescent : "Bon dieu, misère, tu sais que je t'aime"... Ouais, ben, fallait s'en rendre compte plus tôt, que moi j'dis, parce que là, c'est un chouïa trop tard... Que "Bat out of Hell" serve donc de leçon à tous les adolescents prompts à la promesse pour accéder à l'intérieur des petites culottes, vous ne l'emporterez pas au paradis, vous allez finir broyés dans la feraille, voilà la vérité... Bien, sur cette belle moralité bien troussée, il suffira d'aligner les noms des musiciens invités à plaquer leurs accords sur cette affaire pour conclure qu'au-delà des goûts et des couleurs (et je conçois sans mal que la grandiosité pompière de l'opération puisse irriter), on a affaire ici à un grand disque : Todd Rungren (qui produit l'ensemble et joue de la pétaradante guitare), Roy Bittan (meilleur pianiste du rock si Benmont Tench n'existait pas), Max Weinberg (aussi du E Street Band, à la batterie, évidemment), Edgar Winter (au saxophone albinos)... Il paraît que certains matins, sur la route de corniche de la côte californienne, on peut encore entendre le vroum vroum de la Silver Phantom, le crépitement des flammes, le boum boum de ce coeur qui s'est extirpé de la poitrine du jeune homme crevé... comme une chauve-souris issuuuue de l'enfeeeeeerrr !!!!

04/11/2013

352. "SOME GIRLS WANDER BY MISTAKE" The Sisters of Mercy

En avant-propos, une toute petite dédicace post-anniversaire à ma maman pour la rassurer : Praha sera encore là et tu y iras.

uncdparjour sistersofmercy.gifDu Pont Charles, pierres inégales jetées par-dessus une Vltava (vous pouvez dire Moldau, si vous êtes germanophile) languissante, au sanctuaire de Notre-Dame de Lorette, au Château et à sa ruelle d'Or multicolore, à l'église Saint-Nicolas et bien d'autres bâtiments et monuments historiques, le "petit côté" de Prague ne manque pas d'attraits touristiques... Au tournant des années 1994-1995, cela dit, l'attrait de Prague, pour des étudiants sans le sou, c'était principalement la vodka aromatisée à 50 francs belges le litre... Et sur la rive droite, dans la vieille ville où les richesses touristiques ne manquent pas non plus (mais où l'expurgation des symboles soviétiques était alors quasiment terminée), je les ai regardés, ces étudiants, se confire comme les cerises d'une wisniowka, changer de couleur comme l'herbe d'une zubrowka, finir blanc comme la krepkaya puis je suis sorti me balader tout seul, entre les grands bâtiments sales des longues avenues... Dans Nové Mèsto, pas nécessairement loin de la place Venceslas, il y avait un magasin de disques où, je m'en souviens comme si c'était le nouvel an 1995, j'ai acheté, quoi ça, pas possible, des disques... En même temps, ça tombe bien, ça aurait été encore plus malhabile d'invoquer ces vieux souvenirs s'il s'était agi d'un magasin d'émaillerie et que j'y avais acheté un magnifique chaudron pour y réchauffer de la soupe... Quoique, parfois, ce blog sent, comme les cantines d'école mal entretenues, le vieux potage rance d'une inspiration en berne et d'une prise de liberté impardonnable avec des souvenirs qui, déjà, flottent un peu au niveau de leur propre exactitude... Retour donc dans cet appartement pour jeunes voyageurs, partagés avec deux Australiens à peines nubiles, quelque peu terrorisés à la vue de ces ULBistes tout fiers d'avoir réussi leur bleusaille, débarqués en Bohême avec leur penne sur la tête... Donc, mes longs cheveux prouvaient bien que j'étais un apostat du folklore, j'ai tout de même bu ma part de vodka, le premier jour... Puis, je suis vraiment allé me promener tout seul dans la ville, guidé par mon seul élan asocial, bredouillant, au besoin, quelques mots d'allemand, seul sésame valable, à l'époque, au-delà de ce tchécoslovaque qui, comme toutes les langues slaves, chante à l'oreille autant qu'il arrache les cordes vocales... Bref, me voici, Bob malgré moi de ce convoi étudiant sans véhicule (sommes venus en train de nuit, expédition ridicule d'un monde avant Thalys, avec des changements de voie presque terrifiants, au milieu de la nuit, dans un Nürnberg embrumé, qui annonçait le racket kafkaïen, le matin suivant, du contrôleur de train tchèque), errant, Golem lancé sur les rails de ma vie d'adulte, dans ce Prague à tout le moins ensorcelant... Mais les vieilles pierres, c'est comme les ritournelles de Smetlana détournées pour une publicité Joyvalle, au bout d'un temps, on s'en lasse... Donc, magasin de disques, autres temps, autres moeurs, le rideau de fer était par terre mais le marché tchèque pas encore tout-à-fait déchaîné... A ce propos, puisque ce blog est belge, il est nécessaire de rappeler que c'est là qu'on a inventé la pils et que, pour cette seule petite lettre qui la tient éloignée de la pisse, cette bière jaune et fade, si le brasseur en brasse, le Tchèque en boit (punaise, c'est la plus tordue approche d'un calembour le plus éculé qu'il m'ait été donné de commettre depuis très longtemps)... Car, alors que nous savions, les étudiants savent ça d'instinct, que nous allions nous bourrer la gueule (enfin, je le rappelle, surtout eux, beaucoup moins moi) pour presque gratis, nous étions partis avec quelques victuailles et rafraîchissements dans nos sacs... Mais ils n'étaient pas pour nous, c'était pour offrir car on le sait, le Tchèque est sans provisions... Sans parler de son état mental discutable, au Tchèque barré... D'ailleurs dans les mariages pragois traditionnels, le gendre aussi s'habille en immaculé (voilà, celle-là vous la complétez vous-même et on termine là cette lamentable série)... Car le mot doit être lâché, pour continuer à avancer dans cette chronique, et le mot, c'est Popron... Un rapide coup d'oeil sur la toile mondiale nous révèle que le business existe toujours et l'aspect lêché du site officiel laisse supposer une bonne santé financière... Il y a, pour ainsi dire, vingt ans d'ici, le magasin Popron de Prague, dont on suppose qu'il était le plus grand de la chaîne, si ladite chaîne existait, ne payait franchement pas de mine (contrairement à quelqu'un qui offrirait un crayon de graphite à quelqu'un d'autre mais on avait dit qu'on arrêtait avec les apartés sans queue ni tête, comme un eunuque décapité, ah, oouh, mais euh, aaarrgh, ça suffit, maintenant)... Quelques rayonnages pas trop bien classés, un large espace pour la musique du cru et un petit espace pour le pop-rock international (c'est-à-dire, les territoires amis de l'Ex-URSS et, tout de même, le reste de l'Europe)... J'ai déjà raconté comment une petite chanson au violon sautillant sur des guitares distordues m'avait accroché l'oreille sur la télévision locale diffusée dans le poste qui se dressait contre un mur de la salle commune de cet appart' à touristes précité (toute cette histoire-là se redécouvre dans la chronique 185, pour les courageux qui veulent explorer les tripes refroidies de ce blog)... Je n'avais pas encore dit que dans les bacs à disques de chez Popron, j'avais acheté un autre CD, pour l'équivalent, si ma mémoire niquée ne me joue pas des tours (oui, des tourniquets, ah la la), de 150 francs belges... Pas cher, donc, mais tout de même le prix de trois bouteilles de vodka ou de sept chopes d'un litre de bière chacune, dans la cave d'une brasserie troglodyte, en plein centre-ville, pour le coup voilà un vrai bon souvenir de ce voyage d'étudiants-pochtrons, nous avions ri, rotant moussus, assis sur des bancs en bois, à quatre volées d'escaliers en-dessous du niveau du trottoir, de l'autre côté de la vitre, les alambics cuivrés n'auraient frémi rien que pour nous... Puis, moins bon souvenir, c'est janvier dans les plaines d'Europe centrale, on se les caille tellement qu'on craint pour sa fertilité, sommes obligés de porter à bout de bras celui-là qui, abusif autant que faire se peut, risque à tout moment de découvrir les joies du coma... Combien de kilomètres jusqu'à l'appart, combien de nouvelle terreur à offrir à ces deux Australiens ?... Il vaudrait mieux d'abord arriver jusque-là, sous la neige, avec les taximen qui injurient en tchécoslovaque, avant, à leur tour, d'offrir leur service au tarif du racket... C'est sans surprise que le lendemain, alcool glacé et trek glacial, nous marchons de guingois, ravagés comme les tombes du vieux cimetière juif, parlons avec des voix sépulcrales, comme Andrew Eldritch... Cofondateur, parolier, chanteur, programmateur de Doktor Avalanche (on voit ça après), Eldritch est, depuis 1977, le petit marionettiste malingre qui agite les fils et les tiges de ces Sisters of Mercy dont on peut sans souci dire qu'à l'instar de ces dames moitié dévotes moitié dévoreuses issues de la chanson de Leonard Cohen qui a inspiré leur nom (bien plus que l'ordre des Soeurs de la Miséricorde lui-même), elles soufflent le chaud d'une certaine prostitution artistique et le froid d'un évident intégrisme musical... Car le proverbe est là: "Oncques ne connut pire escouteur qui point d'entendre n'ait voulu" (c'est mon nouveau passe-temps, j'invente des proverbes en crypto-vieux français; faut peut-être que j'arrête de regarder Kaamelott sur toituyau en mangeant mon sandwich de mon temps de midi)... On peut aussi imaginer qu'Eldritch, et ses tout premiers complices Gary Marx, Craig Adams et Doktor Avalanche (après, on a dit), avaient également fait leur cet autre riche conseil: "Si ne fais ce que doit, nul pour toi n'y fera"... Et dans cette ambiance propre au punk britannique de "y'a pas besoin de savoir jouer de nos instruments pour en sortir de la musique" ("Peu s'en chaut du luth jouer quand de la bouche peut mélodier"), les Soeurs se sont lancées dans l'aventure rock, sans filet ni talent... Avec, "Les bois sont encore plus verts quand le chevreuil s'y terre", la volonté expresse de mettre en avant cette disette technique... Marx fera pling-plong sur sa guitare, Adams fera doumdougoudoum sur sa basse, Eldritch laissera carrément sa place de batteur au meilleur musicien du groupe, le fameux Doktor Avalanche, une belle boîte à rythmes omniprésente et surexploitée (merci Isaac pour tes trois lois) et assumera cette position de leader-chanteur pour laquelle, de toute évidence, il était né pour de laquelle l'occuper cette place au détail près que l'homme ne sait pas chanter, n'a pas de voix et se trouvera donc une tonalité infra-grave que n'aurait pas renié un Vincent Price shooté à l'anti-hélium... Par l'action combinée de ce manque de talent assumé, d'une hurlante disette de moyens et d'une volonté irrépressible malgré tout de prendre une place sur la scène musicale, les Sisters vont rapidement produire plusieurs singles dont, c'est la magie du rock'n'roll, l'impact va marquer son temps et durer dans l'époque... En commettant ce mélange inattendu de punk sans fièvre et de glam sans joie, Eldritch et ses frangines vont défricher tout le champ de ce qui, rapidement, deviendra le rock gothique... Affaire qui se veut à la fois de forme mélancolique et de contenu socio-tribal (il faut, dans ces débuts, imaginer, vraiment, des punks neurasthènes; beaucoup plus, pour synthétiser Bourdieu jusqu'à la pauvreté des slogans, des "évadés" que des "rebelles"), le mouvement gothique survit aujourd'hui, pour plus trop longtemps, à travers quelques cinquantenaires qui prennent plaisir à s'habiller en noir pour sortir le soir... Mais pour ces gens-là, ça doit être dit, et "porc sera qui s'en démordra", Andrew Eldritch, qui s'y caresse l'ego avec une évidente concupiscence, est une espèce de demi-dieu remonté de sa cave à chauve-souris pour marcher dans la lumière des spotlights, dans un perpétuel nuage de carboglace... Evacuons immédiatement cet aspect de l'entreprise (et ce, sans dulcolax), les Sisters of Mercy, aujourd'hui, sont, au minimum, pénibles en concert, au pire, totalement insupportables, noyant l'évolution de leur son primal (qui avait donc le charme de sa naïveté) sous des couches de synthétiseurs très lourdauds et des guitares à la Tokio Hotel (qui deviennent déjà une référence totalement dépassée, vous avez remarqué ?)... Mais il y a trente-cinq ans, ces lancinantes variations de froideur minimale, ce long gargouillis guttural, posés sur la justesse toute mécanique de Doktor Avalanche offraient un petit quelque chose de rafraîchissant, un mokito avec, peut-être trop de sucre de canne et pas assez de menthe mais juste tout l'alcool blanc qu'il faut pour être rapidement autosatisfait de s'agiter dans tous les sens sur cette musique idiote et arrogante... Car non contents de dédoubler leurs applaudissements en attendant le bus (ils bissent à l'arrêt) de l'Establishment, les Sisters d'alors s'offraient des reprises au-delà de leurs moyens, le séminal "1969" des Stooges ou, carrément, la meilleure chanson des Rolling Stones (oui, c'est Gimme Shelter, y'a même plus à en ergoter)... Tout en alignant des compos persos plutôt calibrées couplet/refrain/couplet/refrain/refrain sur 3 minutes 30 ("Alice", "Floorshow" ou "Valentine") et d'inexplicables instrumentaux ou semi-instrumentaux souvent trop longs ("Phantom" et ses huit minutes mâtinées de western spaghetti, "Kiss the carpet" et ses six minutes de distortion) ou totalement courts et dispensables ("Home of the hit-men", "Watch")... Sans oublier ce 45 tours ancien "Body Electric/Adrenochrome" qui extirpe l'interrogation au forceps: et si les Sisters n'avaient été conçues au départ que comme une vaste blague, une parodie agressive de Joy Division ?... Tout ceci se retrouve, dans un désordre chronologique sur le disque du jour, sous-titré, comme de juste "1980-1983"... Avec une volonté et une prétention sans limites, les Sisters of Mercy finiront par aller accrocher l'oreille du grand public avec leur "Temple of Love", devenu depuis inévitable dans toute soirée 80's qui se veut un rien sérieuse... C'est évidemment cette seule chanson, magnifiée par le prix de vente tout pays de l'est de cette mi-90's pragoise, qui justifie que cette plaque soit toujours rangée à sa place dans mes quinze et des cent disques compact, avec, aussi, le temps qui passe, qui fait que l'objet soit devenu le témoignage de cette semaine de brutalité étudiante alcoolique; disque, de plus, orné sur son verso de l'impression du label "popron", garantissant que le jour où je le perds, je ne peux jamais le remplacer à l'identique... Pour souligner tous les paradoxes causés par ce pseudo-groupe qui finira, un jour, par imploser dans sa propre bile, il faut évidemment épingler l'improbable discographie des Sisters : hormis la compilation présentée aujourd'hui et qui collecte leurs tout premiers singles, ils/elles ont sorti trois albums en trente ans et, ce, en 1985, 1987 et 1990... Depuis, ils continuent à offrir des concerts (offrir, tu parles, même gratuitement, je n'irais pas, même payé pour, je reste chez moi) à leurs hordes de fans avides; à vide; ah, vide!

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13/09/2013

345. "DEATH BY SEXY" Eagles of Death Metal

death by sexy.jpgNi panade californienne calibrée pour les auditeurs édentés des radios du tout-venant, ni culte finlandais mâtiné de rivalités intestines et de guitares lourdingues, non, la musique des Eagles of Death Metal, ce n'est ni du Eagles, ni du Death Metal... C'est, par contre, un cas d'école intéressant qui nous rappelle combien Henri-Désiré pouvait avoir autant de charme que de stock de charbon, combien Giacomo Girolamo avait de la sensualité et de la syphilis... Car Eagles of Death Metal est avant tout l'éjaculat d'un seul homme, Jesse "Boots Electric" Hughes (parfois Jesse "The Devil" Hughes), pas mal schizophrène dans son genre... Jesse Hughes est un homme que nous ne fréquenterions que sous la menace d'un grand black bas du front qui tiendrait un taser chargé dans une main et une batte de base-ball enroulée de fil barbelé dans l'autre... Hughes l'affirme lui-même à tire-larigot... alors, je me tape mes lunettes demi-lunes de petit professeur mesquin sur le bout du nez et je m'en vais vous expliquer que le larigot était une flûte, l'instrument de musique oui, pas le pain allongé, même si en l'occurrence, la métonymie de l'aspect pour l'objet est également en cause ici; une flûte, donc, dont la forme oblongue a pu, à une époque, rappeler celle des bouteilles de vin; quant à tirer, le terme subsiste dans le vocabulaire oenologique, lorsqu'on extrait le breuvage de son tonneau; par extension, toute action répétée à outrance devient à tire-larigot, en analogie aux bacchanales qui ont forcé la chrétienté naissante à superposer sur le sympathique dieu cornu païen l'image du satan violeur d'âmes... ce qui nous ramène à ce "Devil" Hughes qui n'a jamais tenu ses options politiques secrètes: "Je suis un Conservateur, mec. Bon sang, j'ai toujours voulu être un politicien Républicain"... Il se laisse d'ailleurs dire que Hughes a, plus qu'à son tour, participé à la rédaction de discours et de documents de l'Administration Bush junior... Depuis 2012, Jesse Hughes est également ordonné prêtre de la Universal Life Church, l'une des grandes organisations new age californiennes... A côté de ça, "Boots Electric" est donc le leader, guitariste, chanteur, onomatopeur (le refrain de "Don't speak", même si ce n'est pas le cas, sonne comme "Ah bang a bang hey oww") de ces Eagles of Death Metal aussi hautement jouissifs que le titre du disque le laisse entendre... "Nous vous livrons à la mort par le sexy" annonce le livret de cette plaque sortie en 2006... Derrière sa grosse moustache orange et ses fines lunettes de nerd, on imagine aisément ce "Boots" tout gamin, sauvé des petites brutes de ce quartier tranquille de Palm Desert (bourgade so-cal dont la devise à double sens est déjà tout un programme: "ressentez la chaleur") par "Baby Duck", celui-là même appelé à devenir son meilleur ami et, un gros vingt ans plus tard, son partenaire de jeu au sein de ces Eagles of Death Metal... Un caneton qui cache Josh Homme, homme-orchestre infatigable, grand animateur de cette scène musicale attachée à son désert de palmiers, chanteur, guitariste, producteur, gueule cassée, voix d'ange, moral élastique, célébré par le commerce et la critique à travers le groupe fondateur Kyuss et l'iceberg visible du stoner rock, les Queens of the Stone Age... Forcément omniprésent sur ce "Death by Sexy", on sent que Homme y apporte un contrepoids à la libido autodestructrice de Hughes (on saura plus tard que Josh a conduit, lors des sessions de ce disque, Jesse en cure, a payé pour toute la réhab, bref, a sauvé la vie de son poteau)... Objet finalement sans âge (ou alors un dix-sept ans particulièrement turbulent), "Death By Sexy" et les Eagles of Death Metal de manière générale, giclent un rock'n'roll qui n'hésite jamais à rappeler son étymologie (vraiment, faut vous le redire que dans l'argot renoi des 50's, "berce et roule" était un euphémisme pour la chose, cette dégueulasserie pleine de fluides corporels qu'on donne à bouffer à la bête à deux dos, le esse-euh-ixe-euh, voilà de quoi il s'agit)... Globalement teintée de distortion qui emprunte sans vergogne aux pionniers du rock sale (Motor City Five ou Stooges viennent à l'esprit), l'ambiance a aussi quelque chose de glam avec le mélange des deux voix, l'organe de Hughes à la fois viril et suraigü rehaussé par ce filet angélique qui triture les cordes vocales de Homme, on entendrait presque un T.Rex à ses débuts (et quoiqu'il advienne, on reste donc coincé dans cet incontournable 1969)... Pas avares, en tout cas, de réminiscences et de citations musicales, les EDM y vont sans scrupules aucuns, résumant ici en un riff ("I like to move in the night") toute la tétralogie new-yorkaise des Rolling Stones (la pochette du disque, déjà, évoque Sticky Fingers), crapahutant par-là ("Chase the devil") dans le même psychogarage qui colle aux basques d'un Jon Spencer, s'offrant carrément un exercice de style autoparodique avec ce "Eagles Goth" qui désosse sans ménagement les charognes vermoulues des Sisters of Mercy... 39 minutes, rallongées pour son édition européenne par un morceau bonus annoncé, sur la plaque, par un joyeux métacommunicatif "And now, a bonus track for Europe", pour 13 morceaux, on navigue donc dans des formats de chanson qui puisent aux racines du genre, ne dépassant qu'une fois les quatre minutes, flirtant rarement au-delà des trois minutes un quart... Pour renforcer ce feeling old-school (après tout, Boots Electric annonce dans le livret tout son idolâtrie de Richard Wayne Penniman), l'album s'ouvre, bang bang bang, sur ses trois singles, tous intenables et sautillants dans leur genre, "I want you so hard (boy's bad news)", "I gotta feeling (just nineteen)" et "Cherry cola" qui permettent aussi de dévoiler la longue liste de copains invités à ce masturbathon d'après beuverie; on y entend tout plein de rockeurs bien poilus, souvent rompus à l'ambiance de ces Desert Sessions chères à Josh Homme : Joey Castillo, Troy Van Leeuwen, Liam Lynch, Mark Lanegan et un Jack Black qui, pour sa part, n'est pas le dernier à souffler le chaud et le froid, à susciter tout à la fois sympathie et méfiance, entre rapace majestueux et fer fatal.

En cadeau, le premier single, en live pour Letterman mais sur le trottoir, boum papam.


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04/09/2013

342. "BALLAST DER REPUBLIK" Die Toten Hosen

uncdparjour ballast der republik.jpgParfois, le matin, je regarde un petit programme adapté à la prise de biberon... Nous sommes conscients que les écrans avant trois ans c'est pas très bon mais nous avons sur les mains un enfant qui manie déjà très bien la technique de la guerre lasse et puis, entre nous, son père aime bien aussi Thomas the Tank Engine, Balamory, The Gruffalo, Peppa Pig voire cette incroyable success-story de Studio 100 qu'on voudrait presque se naturaliser flamands rien que pour ça, avec, en tête, Bumba et toute sa clique circassienne, suivi de très près par Maya De Bij, Kabouter Plop et, depuis peu, Mega Mindy (mon fils assume sans problème de regarder des programmes avec des personnages féminins forts et courageux, ça sera un tombeur, un bourreau des coeurs, on le pressent)... Mais certains matins, c'est papa qui décide, alors on se met des chaînes étrangères dans les oreilles, de la BBC (avec au moment où ces lignes sont tapées, des filles qui sautent dans des bacs à sable, ça fait beaucoup rire, "papa, paaapa, la madame, elle est comique", sans se soucier ni des préoccupations de la compétition athlétique moscovite ni de la polémique homophobique), parfois des canaux néerlandais ou allemands (pour le flamand, il y a Studio 100, on l'a dit)... Et, il y a peu, sur le télétexte de la BRF (qui sont des planqués dans leur genre car, égalité linguistique oblige, ces gens qui couvrent un territoire de timbre-poste se retrouvent d'office embarqués dans tous les déplacements officiels du Palais et moi, qui gère l'info écrite de la plus grande ville de Wallonie, c'est Paris intra-muros à deux kilomètres carrés de différence, on vous le rappelle, je suis allé, en dix ans de carrière, en tout et pour tout, nulle part avec le roi ou le prince, eh bien c'est tout simplement dégueulasse; heureusement que je n'ai pas envie de passer mes journées à regarder nos souverains s'extasier devant des crevettes au curry, des bouts d'étoffe mal dégrossis ou des usines à la limite du respect de la vie humaine, sinon je serais vraiment pas content, bouh bouh boudin, tout seul dans mon coin)... Le télétexte de la BRF, donc, une chanson m'accroche l'oreille, je reconnais cette voix et cette énergie, qui se remontent de mes jeunes années, le track est entraînant, je m'en fais une note mentale pour plus tard, aller voir ça sur les sites de partage vidéos et tout ça... Mais, patâââtt, je me remets à zapper, je passe sur la ZDF (les abonnés Belgacom se font ici d'office deux réflexions auxquelles je réponds immédiatement: de un, oui, je zappe à l'envers sur la télé, ce qui énerve assez bien l'amour de ma vie qui préfère nettement pour sa part démarrer par les chaînes francophones, par ordre croissant pour ensuite sauter de E! jusque dans les canaux britanniques aux alentours du 240 alors que moi, je démarre du 333 et je pars à rebours pour finir sur la Une RTBF, comme ça vous savez tout. Et de deux, ce récit se déroule avant que Belgacom TV ne décide de nous supprimer les chaînes publiques allemandes pour y mettre ces vomissures commerciales débilitantes que sont SatEins et ProSieben) et donc (je sens une chronique boursouflée d'apartés et de parenthèses, moi, pas vous ? -Pas vous ?, qui est une expression colloquiale interrogative signifiant que l'on recherche l'approbation de son lectorat; ce qui est très différent de Pavot, une plante plutôt invasive qui, après divers traitements chimiques, donne de biens vilains produits et qu'il ne faut pas non plus confondre avec Pivot, qui est soit le joueur central d'une équipe de basket-ball soit le nom de Bernard qui a égayé nos soirées d'enfance avec ses lunettes en demi-lune et son air de tout savoir mieux que les autres) blam, ce coquin de sort qui nous essore, voilà-t-y pas que sur la ZDF y'a justement une interview de Campino Frege, le sauvage chanteur des cidevants Toten Hosen, c'est pas une coïncidence à faire se convertir le pape à la partouze, ça ou bien ? A moins, me diront les plus conspirationnistes d'entre-vous, que c'est déjà le cas et que le vatican n'est qu'un immense lupanar où les chairs tremblotent du soir au matin et que les fluides corporels s'échangent encore plus vite que les lettres d'indulgences... Résultat des courses, ce groupe punk/métal germanophone qui avait constitué l'une des bandes-sons salvatrices de mon adolescence ressurgissait dans ma vie, comme un geyser de bière blonde (ou une image de ce genre, je laisse toute liberté à mon relecteur de trouver mieux lorsque ces chroniques seront publiées su papier et s'arracheront par palettes entières, les femmes dans la rue se jetteront sur moi pour s'arracher ma vertu et tous ces trucs idiots; à cause de Balavoine, et de ce vers du "Chanteur", quand j'étais petit, je croyais que la vertu, c'était une espèce de vêtement, une chemise ou quelque chose de ce style)... Car je dois bien reconnaître qu'à part le best-of "Reich und Sexy II" sorti en 2003, je n'avais plus rien acheté des Toten Hosen (déjà qu'on trouve pas beaucoup, beaucoup leurs disques par chez nous) et, surtout, je n'en avais plus le goût ni l'envie... Je ne vais pas mentir, c'est aussi à ça que sert la toile mondiale, je gardais bien un oeil sur leur actu, une oreille traînant parfois sur une vidéo mise en ligne... Mais là, ce single brièvement entendu sur ce téletexte rédimé, m'enthousiasme comme ce grand gamin osseux que j'étais à seize ans (maintenant, j'ai aussi de la boudine sur mes os et quand je tape dessus, ça fait bien rire mon héritier qui, à son tour, tape sur sa boudine et ça fait bien rire son géniteur; oui, le bonheur, ça coûte pas cher)... Et finalement, pour la première fois de ma vie, j'ai posé un geste que la planète entière réalise à chaque seconde, j'ai demandé à la guerrière masectomiée de me fournir ce disque... Alors, tant qu'à faire, j'ai carrément exigé l'édition limitée avec un disque entier en bonus mais on verra ça plus loin... Le fait est, dès les premières écoutes, que les Pantalons Morts, qui en cette année 2012 célébraient leurs trente ans de production discographique, n'ont rien perdu de leur instinct ambivalent de bruit construit et de mélodies efficaces... Ca débite de la bûche, comme on dit, quand on a pas envie de dire que ça envoie du bois... Batterie, basse, guitares très électriques suffisent amplement mais des cordes et un rien de guitare acoustique viennent ajouter un peu de béchamel dans cette copieuse lasagne de seize chansons qui parvient, sans mal, à faire se secouer la tête d'avant en arrière (et parfois, même, j'oublie qu'il y a bientôt dix ans que j'ai les cheveux courts)... Reste à explorer ce que nos tintamarresques teutons veulent nous raconter et, là, premier aveu, mon allemand se rouille autant que les chars panzer évoqués dans la plage titulaire qui ouvre la plaque... Et quel titre, déjà... Ce ballast de la république, s'il laisse entendre que la classe politique déraille et que la populace se fait régulièrement éjecter des voies du progrès social par les diktats boursiers, s'il affirme, aussi, que le sous-marin de la solidarité risque, sous les torpilles de l'austérité européenne, de ne jamais parvenir à remonter à la surface, ce ballast fait également écho au "Palast", ce bâtiment dédériste, siège de la Chambre du Peuple, qui trônait sur la Schlossplatz berlinoise et dont la démolition ordonnée en 2006 (trente ans à peine après son inauguration) schlingue un rien la volonté révisionniste d'effacer les symboles de l'Est (symboles qui, par contre, émaillent toute l'imagerie du disque, de la pochette au livret illustré de collages particulièrement réussis)... Dans ce même morceau d'ouverture, Campino l'annonce, ironique: "Nous n'avons plus le temps pour la politique et la religion"... Assagis, ces vieux punks? Certes non; un rien résignés, la cinquantaine désormais bien tapée ? Peut-être... Dans "Europa", ce récit de boat-people en route pour nos rives, le narrateur livre ce refrain sombre: "Il n'y a aucun conte de fées ici / Aucun happy end pour tous ces gens / Et s'ils ne sont pas déjà morts / Ils mourront encore aujourd'hui"... Il y a aussi une évidente volonté, si pas de dresser le bilan, au moins de commander l'addition, avec, certainement, l'espoir que le garçon propose un petit digestif pour la maison... "Tage wie diese" et "Altes Fieber" (c'est elle, la chanson entendue sur la BRF), toutes deux sorties en single, professent le double amour du groupe, comme Claude François (ou presque, enfin), sa musique et son public: "Lors de jours comme ceux-ci, on se souhaite l'éternité / Lors de jours comme ceux-ci, on a encore tout notre temps / Nous faisons l'expérience de ce qu'il y a de mieux / Il n'y a aucune fin à l'horizon" dans la première; "Encore et toujours, il y a ces mêmes chansons qui font penser que le temps pourrait s'arrêter / Alors rien ne peut empêcher cette fièvre ancienne qui revient toujours nous submerger lorsque nous sommes ensemble", dans la deuxième; et picotin du troudbal, casaque verte à pois jaunes, dans la troisième... Intéressantes aussi, dans cette optique, les petites notes d'introduction dans le livret de cette plaque: "Où elles sont passées toutes ces années ? Prenons Helmut Kohl. C'est pendant qu'il était chancelier que nous avons commencé et il donnait l'impression qu'il serait une espèce de roi éternel. Depuis cette époque de squat et d'activisme, il s'en est passé des choses, la chute du Mur, le Onze septembre 2001, Internet, l'Euro"... Ce sentiment de fermer un chapitre, il se ressent d'autant plus dans l'ajout, dans la première édition de cet album, d'un disque bonus entier, voilà, on est plus loin, on voit donc ça...

uncdparjour diegeisterdiewirriefen.jpgIntitulé "Les fantômes que nous invoquons" (détournement d'un vers du Zauberlehrling de Goethe), cet exercice de style voit les Hosen s'atteler à la reprise de quinze morceaux dressant un panorama spectral de leurs influences et de leurs contemporains, parfois influencés... De ce côté-ci du Rhin, on n'y reconnaîtra guère que "Das Model" de Kraftwerk et "Rock Me Amadeus" de Falco... Les germanophiles épingleront des reprises d'Abwärts ou de Die Arzte mais le groupe va particulièrement loin dans son étude de cas... Ils y mettent aussi en musique un texte du 17e siècle, signé Graf Zirben, réinterprètent une fantaisie anti-nazi écrite en 1928 par le chansonnier Fritz Grünbaum (qui trouvera la mort dans les camps) et font même leur le "Die Moorsoldatenlied", en français "Le chant des déportés", écrit et composé en 1933, au nez et à la barbe de leurs geôliers, par les prisonniers de Börgemoor (et inutile de vous rappeler qu'en 33, dans les camps, les prisonniers étaient d'abord des opposants politiques avant d'être des citoyens raflés pour leurs origines ethniques, leurs options religieuses ou leurs choix sexuels)... Tout cela apporte ce supplément d'âme à un album qui n'en manquait déjà pas, le propos est cohérent mais pas dogmatique, c'est l'un des tout meilleurs disques de leur discographie riche de 15 albums studio et s'il m'avait fallu un ultime argument pour m'en convaincre, l'autre matin, j'ai demandé à mon fils quel disque il voulait écouter dans la voiture, sur le chemin de la crèche... Recta, il s'est dirigé vers la colonne de CD, a tendu ses petites mains vers la pochette blanche abritant les deux disques de cette chronique et d'un ton assuré, me tendant l'objet, il m'a dit: "ça !".

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24/02/2011

319. "MADE IN JAPAN" Deep Purple

deep purple made in japan.jpgEt donc vous voulez quoi ? Que je condamne l'immobilisme coupable des états riches et gras de l'Union européenne face à l'Histoire en marche au Maghreb et dans le monde Arabe ? Que je dise combien je conchie et vomis par tous les orifices les déclarations de monsieur le ministre Brie Pot-au-Feu du style "Nul n'entre sur le territoire européen sans y avoir été invité au préalable" ? Faudrait-il aussi s'insurger que certaines des armes qui sont en train de massacrer des civils enfin avides de leurs droits les plus fondamentaux seraient sorties des fabriques herstaliennes ? Depuis quand une arme sert à guérir plutôt qu'à tuer ? Quand a-t-on inventé des munitions qui tuent les méchants et font des bisous aux gentils ? Peut-on réellement accepter du premier président du monde libre qu'il juge "scandaleux et inacceptables" le bain de sang et les représailles du pouvoir kaddhafien envers la population libyenne tandis qu'il n'a toujours pas retiré, malgré promesses à répétition, d'Irak ni d'Afghanistan, ses troupes ingérentes aux nombreuses "victimes collatérales" ? Qui, enfin, a réellement entendu le rappel à l'ordre de Navanethem "Navi" Pillay ?... Mais comme vous tous, fidèles lecteurs et lectrices déglinguées, j'ai de toute manière bien plus important à m'inquiéter, sans même évoquer bébé dont la construction se passe selon le cahier des charges... Comme le savent bon nombre de travailleurs du tertiaire non-marchand, autant le début de l'automne, c'est l'ouverture de la chasse, autant la fin de l'hiver, c'est la saison des stagiaires... Alors quand débarque sur votre lieu de travail, une grande gamine qui ne jure que par le heavy metal mais qui ne connaît rien à l'histoire de la musique rock, l'envie de lui balancer Made in Japan dans les oreilles devient rapidement impérieuse... Live mythique (Tokyo et Osaka, les 15, 16 et 17 août 1972) mais aussi gloubi-boulga des cris et vocalises d'Ian Gillan, de la guitare attila le deux de Ritchie "Je me suis perdu dans mes cheveux" Blackmore, des claviers nappés de prog de Jon Lord et de cette section rythmique souvent "rock-étalon" parfois plus "boogie-bourrin" (Roger Glover au tagadam, Ian Paice au poumpoum), Made in Japan garde, pour les fans, une place à part dans la discographie des Profonds Pourpres... En sept plages pour 77 minutes (à 6'42'', Highway Star, en ouverture de face A, est quasi-instantanée face aux 19'54'' du Space Truckin' qui clôt la face B), c'est évidemment une musique matricielle qui se déverse ici... Rock dur et métal lourd, c'est entendu, avec ce parfait résumé, juste avant "The Mule", en milieu de plaque, d'Ian Gillan apostrophant son ingé-son : "Mets-moi tout plus bruyant que tout le reste"... Et l'appel des peuples à prendre leur propre destin en mains, il est assez bruyant ? Le silence obstiné du refus de nos dirigeants à assumer leurs rôles de garants des droits de l'homme est d'ores-et-déjà, lui, assourdissant...

15/02/2011

318. "BACK IN BLACK" AC/DC

acdc backinblack.jpgBien, aujourd'hui on fera vite car on a peu de temps... Alors, d'abord, nous sommes entrés dans l'année du Lapin et ça fait froid dans le dos comme nous l'explique Internet (ô, divinité panconsciente, grande crado du 21e siècle et au-delà, cause de et solution à tous nos problèmes, panacée spirituelle à la soupe de poulet de l'âme, mamelle de reine-catin et de lépreuse-medium, ô, réseau des réseaux, théorie des échelles et des supercordes, nous nous prosternons) : "L'année du lapin est remarquable par la tranquillité qu'elle offre. Les esprits se sont apaisés. La révolution, c'est du passé ! Les réformes sociales, ça peut attendre ! Les héros sont fatigués et prennent maintenant goût à la douceur de vivre. Il est bien peu probable qu'on puisse assister à de grands bouleversements en une année du lapin"... Quel programme détestable, pas de révolution, même pas de réformes sociales, on se prépare quand même un accord interprofessionnel qui va renvoyer la classe moyenne au 19e siècle et des réformes institutionnelles qui risquent de sentir le soufre et les bottes qui claquent... Nous avons aussi vu passer la Saint-Valentin avec honte (encore pardon, femme de ma vie, mère du ou de la futur(e) maître(sse) du monde de t'avoir offert du vide cette année)... "Au moins trois saints différents sont nommés Valentin, tous trois martyrs. Leur fête a été fixée le 14 février par décret du pape Gelase premier, aux alentours de 498." (C'est qu'on peut en apprendre des choses sans intérêt sur Pipipédia et même si on était en 498, Gelase c'est pas sérieux comme prénom)... Dans de telles circonstances, remplissons l'air ambiant avec du bruit à succès, en l'occurrence le retour au noir des australiens courant alternatif/courant continu (dont le nom évoque aussi, nous l'avions dit en son temps, des pratiques sensuelles plutôt joyeuses au sein de la communauté qui est pas mal gaie non plus)... Et non pas "gaye", ce qui nonobstant l'ange Marvin, n'a pas du tout le même sens dans les langues endémiques du sud de la Belgique... Back in Black (42 minutes pour dix chansons) reste donc l'un des tous grands succès du commerce de disques puisqu'avec un total actuel estimé à 49 millions de copies écoulées de par la planète, cette plaque est la deuxième plus grosse vente de l'histoire de l'Humanité, derrière, évidemment, le Thriller (inrattrapable au niveau des records puisqu'il vient de pulvériser la barre des 110 millions d'exemplaires) de Michael Jackson (qui aurait été, et aurait tété aussi, du coup, j'ignore de savoir si vous le savez de l'avoir vu dans les médias ces derniers jours mais Jacko, donc, aurait été castrat suite à prescription de violents médicaments anti-acné au début de son adolescence, ce qui explique sa voix aiguë, son absence de pilosité faciale et peut-être même ses déviances affectives envers les garçonnets mais il est certain que la famille Jackson va vigoureusement réfuter cette théorie médicale)... Sorti fin juillet 1980, Back in Black est donc aussi le premier disque d'AC/DC sans son chanteur-fondateur-animateur Bon Scott (décédé quasiment jour pour jour d'aujourd'hui, le 19 février 1980)... Et si les chiffres de vente et la longévité du groupe leur donnent tort depuis 31 ans, les puristes continuent (je serais tenté de dire "comme de juste") à préférer la folie enchaînée, comme une hyène au bout d'une laisse à clous, de Bon Scott, à la prestation gutturale très mimétique de Brian Johnson... Back in Black, et ses singles (la plage titulaire, Hells Bells, You shook me all night long, Rock 'n' roll ain't noise pollution) a donc marqué le public et l'industrie et reste malgré tout un repère indiscutable dans la discographie des kangouristes en costumes d'écoliers... Juste en conclusion, mon exemplaire de Back in Black n'est pas compris dans les statistiques de vente, ces fameux 49 millions, car c'est un pressage pirate (allez, Sony, EMI, ClearChannel, Mutt Lange, quelqu'un, n'importe qui, j'ai acheté un disque pirate, venez me jeter en prison, bafouez mes droits de l'homme, torturez-moi dans une baignoire, je cause la crise du disque à moi tout seul, Jérôme K., attends-moi, j'arrive) que j'ai acheté, pour l'équivalent de 20 francs belges (comme un beau billet vert avec Baudouin tout jeune derrière ses lunettes) dans une autre vie de bourlingueur, au sein du Sungei Wang Plaza du quartier de Bukit Bintang... Voilà, tout ça en vingt minutes, bravo, merci, bon carnaval, bonnes giboulées, à bientôt.

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02/11/2010

309. "IMPERIAL WAX SOLVENT" The Fall

thefallimperialwaxsolvent.jpgAllons-y allons-o d'abord, clap de début, synchronisation image et son, voici la suite de nos pérégrinations pêcheresses (et il n'est pas question de gueuze aromatisée, non) en terres limbourgeoises... Cela dit, en total aparté, mais en visant bien certains élus de ce niveau de pouvoir, le panneau autoroutier annonçant l'entrée en province du Limbourg affiche fièrement "De Limburgers heten u welkom"; n'y a-t-il pas là exemple à suivre pour remplacer les pourris panneaux sans slogans qui rouillent en bord d'E42 et d'A54, nous proposons "Les Hainuyers vous accueillent"... Bien, partis là-bas pour raisons musicales précises, un dimanche après-midi-soirée, n'avons rien vu d'Hasselt en tant que tel mais force est de constater que le complexe Ethias Arena/GrenslandHallen/Plopsa Indoor est impressionnant et pourrait/devrait inspirer les décideurs de la première métropole wallonne le jour proche où le Palais des Expositions va voler sa tronche à terre... Mais fi de toutes ses considérations politicoéconomicoculturelles, nous sommes là pour porter la mauvaise parole du Sinner's Day... Quoique, nouvelle considération il nous faut aborder... En l'occurrence, pourquoi ce nom ?... Faisons bref, le festival est programmé la veille de la Toussaint (All Saints' Day), tirez vos conclusions vous-mêmes, à défaut d'autre chose... Et donc, pour cette deuxième édition, le programme plutôt panaché proposait, entre autres, une prestation de The Fall... Largement absent des préoccupations du grand public (et c'est probablement tant mieux), ce non-groupe dont le turnover varie selon les humeurs de son leader, déclameur, auteur Mark E. Smith traîne pourtant dans l'ombre interlope de l'anti-commerce depuis 1976... Pire, porté par l'inspiration dont on ne sait où s'achève le génie et où commence la folie de son marionettiste, The Fall sort quasiment un album studio chaque année... Imperial Wax Solvent est leur dernier opus en date et il charrie toutes ces obsessions musicales de lancinement, de répétition, de bruit et d'atonalité qui assure d'office à The Fall une place au chaud, mais vraiment bien à part, dans le moindre panthéon du rock... Ce qui fait toute la différence, évidemment, c'est le continu crachat, la logorrhée irrépressible des textes de Smith... Entre poésie, surréalisme, références culturelles, commentaire social et un perpétuel liant de misanthropie, l'Oeuvre de Mark E. Smith impressionne (pour peu toujours que l'on comprenne un minimum l'anglais mais dans le monde d'aujourd'hui on ne va plus nulle part sans être trilingue)... Mais, et re-re-mais, c'est finalement sur scène que l'homme en impose le plus... En un sens... Aujourd'hui cinquantenaire bien tapé, le gaillard arbore fièrement une petite panse à bière en plus de son rictus dérangeant et de cette grosse mèche raplatie de cheveux gras qu'il ne quitte pas depuis trente-cinq ans... En se présentant sur la petite scène du Sinner's Day en pantalon en velours à l'entrejambe pendouillant, comme s'il avait fait, avec une chemise serrée, bleu délavé, Mark E. Smith a immédiatement fait fuir (littéralement, oui) une part du public... Quand il bouge, deux micros dans une main, l'autre crispée, le bras en arrière, l'index tendu vers le sol, imaginez un Michel Daerden un peu rachitique, coincé entre un ulcère de l'oesophage et des retours d'acide, imaginez, aussi, une espèce de Mr Bean dont la naïveté à fait place à la résignation, et qui ferait la sortie des écoles, offrant aux gamins des souris mortes plutôt que des bonbons... En un mot comme en cent, ne connaissant, il y a six mois encore, que la réputation de The Fall et pas leur musique, je sais, aujourd'hui, que je me suis trouvé un nouveau antihéros et je m'en remercie.  

01/11/2010

308. "L'EAU ROUGE" The Young Gods

L'eau rouge TheYoung Gods.jpgC'est la fin du suspense... que le Limbourg faisait partie de nos préoccupations de ce week-end car nous fûmes du festival indoor Sinner's Day, à l'Ethias Arena d'Hasselt... Là, vîmes moultes prestations musicales, par ailleurs bien inégales mais globalement jamais bancales (à part l'acharnement de Nina Hagen, qui fait quinze ans de plus que son âge, à écouler des gospels à la guitare sèche)... La faune était amusante, sa moyenne d'âge pas loin des plus de 40 balais et le noir, comme de juste, de rigueur dans le dresscode... Appréciâmes, l'âge mûr du public aidant, l'atmosphère de non-agression dans les travées... Le bruit et la fureur étaient avant tout sur les planches, surtout avec nos trois (plus si) jeunes dieux suisses, finalement plus francophones que prévu et qui, comme d'autres mousquetaires, étaient quatre sur scène... Champions du rock industriel, chantres de la cassure de rythme, les Young Gods ont offert l'une des très grandes prestations de ce tout jeune festival (c'était la deuxième édition) dont, cela dit, pour enthousiasmant qu'il soit, le concept porteur risque de rapidement tourner court... En effet, des groupes ou artistes de la période punk/post-punk/new wave qui sont encore physiquement, mentalement et artistiquement montrables en 2010 et des, il n'en reste pas tant... Mais bref, les Young Gods, eux, ont assurés, à notre grande satisfaction de pouvoir secouer nos cheveux en agitant violemment la tête sous les coups de boutoir de leur batterie, avec ces claviers grinçants, une guitare percussive, un chanteur guttural à souhait... Pour illustration, afin de garder un minimum de sens avec l'objet premier de ce blog, et en vous remerciant, leur deuxième album, aux textes entièrement en français, sorti en 1989 sur PIAS... Plus tard, nous parlerons d'autres beaux moments de ce Sinner's Day, là maintenant, il est surtout temps de souhaiter une bonne fête à tous les gens qui sont morts. 

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05/06/2010

287. "KILLING JOKE" Killing Joke

Killing-Joke-cdEt kablaaam dans ton tête mais keskisspassissi, c'est pas vrai ou bien... mais si, mais si, hosanna in excelsis deo, des fruits des entrailles et tout ça... ce blog est vivant, il est VIVAAAANT... Et la créature du bon docteur a décidé de rejouer immédiatement des coudes à coups de guitares-tournevis, de basse-rabot, de batterie-maillet... Le meuble construit par ces instruments n'a probablement rien de l'abstraction technologique prônée par les standards scandinaves du fais-le-toi-même mais tout de même, on peut s'asseoir sur le premier album (éponyme, vous l'aurez remarqué vous-mêmes) de Killing Joke sans craindre de voler ses fesses à terre... Ce qu'il y a, c'est que le dispositif qui presse et tord le fauteuil (mais oui, vous voyez, des fois on peut rester des heures à regarder la petite boîte en verre à se demander si oui ou non les montants en bois vont se fendiller ou pas à force de se faire triturer comme ça) n'est pas externe... Jaz, Geordie, Youth et Paul Ferguson (pas dur de deviner lequel des membres du groupe ne voulait pas de surnom) n'ont besoin de personne pour commettre une musique qui se plie mais ne se romp point... Il est à noter que, premier album oblige, Jaz Coleman n'avait pas encore l'envie de chanter à cette époque et, donc, les amateurs de jolies mélodies peuvent tout de suite passer leur chemin, les esthètes de la gutturalité et du râle vont, eux, se régaler... Bien sûr, on se vautre ici dans un pur post-punk, presqu'à mi-chemin entre la new wave et le rock industriel, ces silhouettes noires, vaguement délinquantes, qui viennent peut-être de peinturlurer un mur de béton nu, nous rappellent combien la crise actuelle ne date pas d'hier, combien le Royaume-Uni souffre des vomissures du capitalisme depuis longtemps, combien on veut continuer à croire que ça changera... Si les membres de Killing Joke ont vieilli (il n'y a que les cadavres qui restent jeunes, de toute manière), se sont d'une certaine manière faufilé dans le moule (le bassiste Youth a aujourd'hui un CV long comme le bras de producteur de gros succès du disque), ce premier billot reste sanglant, un bon trente ans après sa sortie... Vous en trouvez une version CD remasterisée de 2005 avec cinq bonus tracks pour pas cher chez vos bons fournisseurs, un disque solide et concret (tout digital soit-il mais ici et maintenant n'est ni le lieu ni l'instant pour débattre de la supériorité du vinyl), c'est quand même toujours mieux qu'un fichier meupeutroi ou que sais-je...

PS-vous constaterez qu'il n'y aura désormais plus d'indications précises de dates en titre d'article... de un, c'est moi le chef et c'est ma décision unilatérale, de deux, vous aurez compris qu'il s'agit aussi de camoufler toute future absence à long terme (quoi, qui vient de dire "genre, dix-huit mois" ?)

PPS-d'une certaine manière, des remerciements sont de circonstance, à Roxane sans qui rien de tout ça (et je dis tout ça, pas juste ce bête blog) n'aurait le moindre sens... à mon papa et ma maman pour d'évidentes raisons biogénétiques... puis aussi au "petit" Jérémy pour m'avoir rappelé que la rédaction de ce blog n'était pas qu'un acte nombriliste. Allez, dégagez maintenant et revenez plus tard.    

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