04/04/2014

367. "IN THE HELL OF PATCHINKO" Mano Negra

inthehellofpatchinko.jpgHormis une ridicule moustache (il n'y en a pas de plus ridicule que celle des Twin Twin, j'imagine aisément que tout le pot aux roses aura éclaté en mille morceaux au moment où ces quelques mots prendront vie en ligne sur le réseau des réseaux mais là, tout de suite, à la rédaction frénétique de ces quelques phrases, la version officielle reste qu'ils ont écrit leur rengaine plus d'un an avant que la francophonie ne commence à s'inquiéter de savoir où était passé le paternel de l'autre; mon avis, même si je n'ai aucun droit de le donner, c'est que nous ne nous préparons pas ici le second round de Jouret vs. Deprijck; je m'attends même à un règlement à l'amiable en coulisses, à savoir toute la famille Vanhaver leur tenant les bras dans le dos et Paulo tapant dans le bide des Twin Twin avec un rire tonitruant et des poings vengeurs) mais, donc, à part une éventuelle moustache, en écho aux trois poils sous le nez de Ron Mael, rien ne relie Richard Gotainer et sa chenille processionnaire au bouc vaguement guévariste d'un Manu Chao alors tout gamin... Quoique, on se convainc vite, à l'écoute de cet enfer dans le pachinko, qu'à leur grande époque, les concerts de la Mano Negra étaient des grandes fêtes qui se mangent entre amis, à l'instar des boîtes de couscous incriminées... Ici, tout de suite, je dois signaler que la conserve est bien cabossée; dans un élan autistique supplémentaire, j'ai décidé, il y a déjà un certain temps, de garder ce CD en son état de délabrement... Je l'ai beaucoup écouté, au fil du temps, il s'est peu à peu abîmé, à le traîner de PC de bureau en autoradio et aller-retour via l'un ou l'autre discman (pouah, la référence technologique de vieux con)... Les tututtes (si des francophones d'ailleurs que la Belgique passent par ici, qu'ils lisent "les petites dents", ça fonctionne aussi) en plastique noir qui sont censées tenir le disque en place à l'intérieur du boîtier ont toutes volé en l'air, comme des quenottes déchaussées par quelques crochets du droit trop impulsifs (à moins que l'on revienne se délecter de cette image certes violente mais tout autant jouissive de notre grand Bruxellois de classe internationale qui leur met leur branlée à ces trois petits Parisiens de classe à peine tout juste eurovision)... Mieux, le volet mobile du boîtier ne tient plus que par une de ses deux attaches, donc, c'est clair, il ne tient plus du tout... Bref, c'est le CD le plus déglingué de mes deux mille et tant et plus de disques et ça le restera, c'est ma décision, c'est ma prérogative (je suis obligé, suite à l'usage inopiné du mot prérogative, même si ça n'a strictement mais strictement rien à voir avec le disque du jour, de placer ici toute ma circonspection quant au bien fondé du mariage de Christina Jo Brown avec son frère adoptif; personne ne le souhaite mais si on vient nous dire dans quinze ans qu'elle est morte, comme sa mère, les yeux grand ouverts dans sa salle de bains, le flot de sang séché en-dessous des deux narines, personne ne s'en étonnera plus que ça; oui, les pauvres petites filles riches, ça existe)... En tout cas, direct, tout de suite, au premier pouet-pouet des trompettes joyeuses, dès le sautillement de la batterie et le roulement de la basse, dès la charge au galop de la guitare, on sait que le festin est là... La plage d'ouverture, un scud assez ska et totalement éponyme, est foutraque, en même temps, la Mano Negra était plutôt bordélique (c'est pour ça, mais oui, que je conserve ce disque dans un si mauvais état, voilà, bien sûr, c'est évident)... Sur disque, le choc culturel s'entend peu mais on pourrait s'imaginer bien des scènes de décalage cocasse entre ce peuple nippon réputé pour sa psychoraideur sociale, plutôt propre sur lui dans les travées du club Chitta de Kawasaki (2 novembre 1991) et le collectif débraillé, bariolé, sur scène, ces titis lumières qui ont tant rêvé d'être sud-américains qu'ils sont devenus, malgré eux et à grands coups de téquila, l'une des plus vraies légendes du rock hexagonal... C'est aussi, on le sait, la troisième assiette qui commence à coincer quand on est en mode goinfrage de couscous; les deux premières glissent toutes seules, entre cette semoule évidemment pétrie de sonorités brésilo-colombiennes ("magic dice", "indios de Barcelona", "el sur", "mala vida" pour les moments les plus probants), à la viande de guitares qui frisent le hard rock ("bring the fire", "killing rats"), aux légumes qui s'extirpent du bouillon forcément primordial de la musique keupon ("mad man's dead", "I fought the law", "darling darling") ou au poulet qui se rôtit aux feux du hip-hop ("king kong five", "the rebel spell")... On le comprend vite, sorti en 1992, ce live est quasiment le testament du groupe, qui par son titre portemanteau, évoque tout à la fois cette actualité du soleil levant, et par là le succès absolument mondial atteint par la clique des frères Chao, en donnant à imaginer ces salles de jeux verticaux à petites billes métalliques qui dévalent derrière des vitres, le bruit doit être insupportable dans les salles de pachinko, c'est évidemment l'une des étapes que nous ne voudrons pas rater quand, enfin, nous plongerons dans l'enfer aseptisé de la plus grand métropole terrestre; et tout à la fois, par le truchement de ce T venu s'inviter entre le C et le H (on se croirait dans une question de sélection de Slam avec ce Cyril Féraud certes trognon mais qui n'est quand même pas parvenu à vendre au public particulièrement passif de France3 un concept aussi efficace que Pointless, que tous les anglophones de Belgique feraient bien de regarder, chaque jour, 18h15 -heure de chez nous-, sur la BBC, voilà la conclusion d'une des plus inutiles parenthèses jamais rédigées sur ce blog), un T de trop qui, de suite, fait écho au titre de la première plaque du groupe, ce Patchanka qui doit encore trouver son chemin jusque dans notre collection de disques mais ça n'est pas le sujet (cela dit, si un fidèle lecteur de ce blog, vous êtes pas loin de douze par jour, les filles et les gars et les trans plus les inter et les asexués plus lui plus elle et tous ceux qui sont seuls, veut me l'offrir, c'est gentil mais c'est non car je ne donne pas mon adresse à n'importe qui et, clairement, pour sans cesse revenir lire les inanités de ce blog, a contrario du gaillard Rémy qui est devenu quelqu'un en faisant quelque chose, pour sans cesse me faire croire que ce que je raconte vous intéresse, vous êtes vraiment n'importe qui)... Avec 23 morceaux (enfin, c'est à voir, ce "Mano Negra" d'ouverture revient de loin en loin, par quatre fois, comme un jingle publicitaire entêtant qui nous dirait qu'il n'y a rien à faire; que tout est déjà prêt) pour 51 minutes de concert, on comprend vite qu'on n'est pas là pour se contempler, pour s'introspecter... La Mano tape sec, la Mano emballe vite... L'institutrice voudrait que le travail se fasse vite et bien (contrairement à d'autres maîtresses qui apprécieraient, à ce qu'on me dit, que ça dure longtemps et que ça soit sale; voilà, le quota graveleux de cette chronique vient d'exploser) mais Manu, Tonio, Santiago, Jo, Pierrot, Thomas, Daniel et Philippe avaient clairement le goût du fouilli fiévreux dans cette optique véritablement communiante mais faussement anarchiste... Il n'y a qu'un gag qui vise dans le mille dans la poussive parodie NegraBouch'Beat des Inconnus, et c'est quand Didier Manu Bourdon Chao interrompt les autres pour annoncer à la caméra : "Non, y'a pas de leader dans le groupe; j'écris les paroles et la musique, je chante et je produis les disques mais y'a pas de leader"... Une vérité de plus, dans cette entrée bloguesque bien bien décousue (cette fois, ça y est, le dernier morceau de navet ne veut plus se laisser déglutir, rajouter de la harissa ne fera rien à l'affaire, je l'avais dit que j'avais pris trop de pois chiches dans ma deuxième assiette), c'est que si Manu Chao a, par la suite, capitalisé cette percée mondiale réalisée par la Main Noire, il l'aura fait, on le sait, avec des disques particulièrement lisses et digestes... Pourtant, tout comme le naturiste revient au bungalow (et déjà un quart de siècle sans Desproges), le Manu, en concert, reste particluièrement habité par son alter ego de l'époque... C'est simple, à la sortie d'un concert de Manu Chao, on croise deux types de personnes : des moins de 30 ans étourdis d'avoir découvert l'énergie encore déployée sur scène et qui sourient et des plus de 30 ans ravis de constater l'énergie toujours déployée sur scène et qui sourient... Mais revenons à nos moutons, en l'occurrence, cet infernal chaudron extrême-oriental, Manu Chao hurle dans son micro "Que pasa, Kawasaki ?" et je souris... La troupe poursuit son joyeux saute-mouton, dans un coq-à-l'âne musical qui reste cohérent par ce liant jamaïco-cubain plutôt élastique, qui permet de passer d'une reprise de Chuck Berry ("county line") à un emprunt à Zachary Richard ("Madeline") en passant par un trad./arr. berbère, ce "sidi h'bibi" qui force la question : le meilleur morceau de rock français serait-il un chant arabe, interprété, au Japon, par des ibéro-parisiens ? J'en mettrais ma main au feu !... ah, merde, ça c'était Garbit et pas Saupiquet.

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18/03/2014

366. "LC" The Durutti Column

lc.jpgOn n'a pas construit Rome en un jour, qu'on dit... Et qu'on mettrait Paris en bouteille pour une messe avec le panache blanc que rallie le cheval de Napoléon qui avait mal à son bidon à cause des bonbons jaune acidulé qui portent son nom, qu'on dit aussi... Cela dit, par une pure vue de l'esprit, Rome s'est réellement construite en un jour, ce jeudi qui avait pourtant démarré calmement, à l'ombre du Palatin, devant la grotte du Lupercale, quand soudain, sans qu'on ne sache vraiment pourquoi (c'est souvent comme ça, les mythes fondateurs, on vous tape du coup de théâtre à foison, des deux ex machina en veux-tu tralala, mais pour la cohérence psychologique, va plutôt te faire voir chez Esope), Romulus a tiré sa bouche des tétines lupesques, a mis une claque à l'arrière de la tête à son frère, l'a repoussé de l'autre côté de la rivière et, blam, Rome, SPQR, Babaorum, Kirk Morris en jupettes qui kidnappe Mylène Demongeot, la pizza à pâte épaisse débitée en carrés, Audrey Hepburn en amazone à l'arrière d'une guêpe mécanique (ça va, vous êtes remis de la belle histoire de l'ichneumon de l'autre jour ?)... Rome s'est faite en un jour, vlan... Ce qui n'a aucun, mais alors absolument aucun rapport avec notre disque du jour, si ça n'est cette désarmante et inexplicable apparente facilité avec laquelle toute l'opération a l'air de couler de source... Et, bien sûr, le fait qu'un seul homme, cette espèce de poupon fluet allaité par une guitare-louve, répondant au patronyme discutable de Vini Reilly, soit à l'origine de tout cette Durutti Column (renseignements pris, ce nom évoque l'une des toutes premières troupes, menée par Buenaventura Durruti, qui avaient pris partie du bon côté de la guerre civile espagnole; pour autant qu'il y ait jamais un bon côté dans une guerre, on se comprend, il y avait là dans la péninsule ibérique des combattants qui voulaient renforcer le peuple et dynamiter les structures, ils étaient un rien mieux que ceux qui voulaient renforcer les structures et dynamiter le peuple)... Vini, donc, pianiste de formation qui décidera, en pur autodidacte, de jouer de la guitare; en gardant à l'esprit la large acception que peut prendre ce verbe... Car Reilly ne joue pas dans un esprit virtuose, il jouerait plutôt comme un enfant émerveillé ("fasciné par ses propres blessures", que Jean-Pierre me demande de vous dire) de découvrir l'arc-en-ciel sonore qui peut embellir une guitare-soleil pour peu que l'on pleure un peu par-dessus... Par le prisme des larmes, "quand sa guitare pleure gentiment" aurait pu nous dire George, Reilly se déverse, littéralement... Son style de jeu défie mon entendement, en même temps, je l'ai déjà maintes et maintes répété, je n'ai pas fait le solfège, moi (suivez mon regard): Vini donne à entendre un impressionnisme musical qui, par son enchevêtrement de notes de musique et sa tendance à la répétition et aux variations de micro-thèmes, peut également agiter le spectre de Seurat, dans un pointillisme musico-chromatique qui peut laisser sans voix... LC, deuxième album de la Durutti Column, est d'ailleurs pour ainsi dire instrumental, Reilly ne poussant des cordes vocales qu'à de très rares occasions (et notamment sur la plage d'ouverture, "Sketch for Dawn" -"Esquisse pour Aurore", à mettre en rapport avec d'autres titres de la plaque tels que "Portrait for Frazier", "Detail for Paul", "Self-portrait" ou "Favourite painting" qui prouvent bien que je ne raconte pas totalement n'importe quoi quand je vous dit qu'il faut aborder The Durutti Column comme de l'art pictural qui se regarde avec les oreilles)... Face à cet objet plutôt hybride et totalement métamorphe (même si, évidemment, le rond métallique brillant reste un compact disc quoi qu'on y fasse), j'imagine bien que les réactions doivent être mitigées, il n'y a pas d'unanimité dans l'art (rien que des consensus qui évoluent au gré des métasensibilités et de "l'inconscient collectif", tout ça c'est de la mémétique, j'ai pas le temps de m'y étendre; il paraît simplement évident qu'au-delà de la seule et unique approche esthétique qui offre un rien d'objectivité (nonobstant, parenthèse dans une parenthèse, je travaille sans filet, je vais vous perdre car je risque bien de me perdre aussi, l'impossibilité de comparer les oeuvres les plus disparates selon la même grille d'analyse), il n'est pas acquis que le culte de Dali survive à encore de nombreuses générations ni que les délires "bleus de gyne" (je suis très fier de ce jeu de mots car c'est un calembour particulièrement intellectualisant) d'un Félix Labisse ne reviendront jamais à la mode ni que les rats de Banksy soient réellement inscrits à la postérité la plus durable) et donc, je m'attends à ce que la mélopée coulante des "The Durutti Column" irritent d'aucuns autant qu'elle en fascinent d'autres... Il est établi que je suis un salopard d'intellectuel, je tire un plaisir évident à me laisser astiquer le cortex par ce genre de musique qui s'écrit bien loin des étiquettes et des petites boîtes... Par un détour du hasard, il se trouve que les disques de Vini reilly (et, à l'époque, de Bruce Mitchell, percussioniste présent sur de nombreux morceaux, ce qui maintient l'illusion que Durutti Column soit un duo, a fortiori, un véritable groupe) ont notamment été édités sur la succursale Benelux du label Factory (par ailleurs repère majeur de la musique des années 80, maison de disques mancunienne qui a édité Joy Division, New Order, Happy Mondays), ce qui explique que nous sommes l'un des coins du monde où il est le plus facile de se procurer ces quelques albums... Car, au final, s'interroger sur le fait que le grand public puisse apprécier ou pas les parti-pris musicaux et créatifs de Vini Reilly est un débat particulièrement spécieux (si pas stérile) puisque, pour ainsi dire, The Durutti Column est l'un de ces mots de passe que les rockologues utilisent entre eux pour se reconnaître (parmi toute une série de symboles, de gestes et d'autres idiomes -wlazic kobaïa- que je ne peux pas trop dévoiler ici car, à peu de choses près, allons-y, nourrissons des mythologies sombres et postmodernes, ces gens-là sont des espèces de frères à truelles qui marchent, le sourire suffisant aux lèvres, l'acouphène dans le tympan fêlé, l'oeil lourd et injecté, parmi cette foule sans visage qui se contente béatement de la bouillie commerciale régurgitée par la tsf)... A musique atypique, succès inégal, c'est logique... Et puisque nul n'est prophète en son pays, il se dit que Vini Reilly, qui a connu les salles vides dans son Manchester natal, pourrait encore facilement aligner des publics de mille et plus de spectateurs lusitaniens car, pourquoi-comment, c'est bien là-bas, dans le tout bout atlantique de cette péninsule mauresque que l'homme a obtenu le plus de reconnaissance financière... Enfin, force est de constater, par son long étalage instrumental (LC, vinyle de 1981, comptait déjà dix morceaux, la réédition digitale qui est aujourd'hui présentée explose de matériel : 17 extraits sur le CD1, 16 autres sur le CD2) et sa cohérence d'inspiration qui brouille sans cesse les pistes entre la maîtrise de partition et l'improvisation de l'instant, cet album oblige aussi à la comparaison avec une certaine idée de l'exercice de bande-originale de film... Un métrage plutôt long, partiellement redondant et pourtant toujours renouvelé, avec des couleurs joyeuses ("Messidor") et de bonnes doses de mélancolie pathétique ("The missing boy"), du trouble intérieur ("Enigma") et des amitiés franches ("For belgian friends")... Une définition de la vie, en quelque sorte.

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07/10/2013

349. "TRACKS AND TRACES" Harmonia & Brian Eno

uncdparjour tracksandtraces.jpgLa bière trappiste, à ce qu'on nous dit, à nous autres petits Belges, qui sommes de tous les peuples tellement les plus braves (d'ailleurs, ce week-end pour l'anniversaire de ma chérie -rejoyeux anniversaire, mon amour- nous avons entre autres vu la statue d'Ambiorix en vrai, il a une belle moustache) que nous continuons à nous mettre sur la tronche pour savoir dans quelle langue payer nos impôts, que nous nous faisons des croche-pattes pour se prendre les membres dans les fils barbelés au lieu de jouer à saute-mouton par-dessus cette frontière linguistique, tellement braves que le compte à rebours est lancé pour le scrutin annoncé forcément historique de 2014, qu'on nous abreuve déjà de sondages pour nous rassurer sur la vitalité des partis du centre-mou et la toujours probable évitabilité d'une hégémonie nationaliste, c'est la meilleure bière du monde, qu'on nous dit... Ce qu'on oublie de dire aux gens, c'est que la bière, comme la politique, la littérature de Burroughs ou les travaux de Brian Eno en musique d'ambiance, c'est un goût qui s'acquiert... L'amertume de la mousse, le désarroi du non-choix démocratique, le long et lent vase communicant entre la déliquescence des chairs et l'acuité des esprits, l'imbroglio saccadé à moitié étouffé d'où l'émergence d'une rengaine ressort de l'utopie, rien de tout cela ne vient naturellement à l'être humain qui, s'il avait le choix, passerait le reste de sa vie à boire du lait de coco, en lisant les formes laissées par le vent dans les grains de sable, tout en écoutant les crabes claquer leurs pinces, béat que le beau-frère du chef actuel ait été choisi par le chef actuel pour devenir le nouveau chef de la tribu (à bien y penser, la politique n'est peut-être pas un goût acquis)... Mais le bon sauvage est un mythe (et Rousseau était suisse, si ça c'est pas une preuve empirique) autant que le progrès est garant de bonheur... Cela dit, il faudrait être salement engoncé dans sa Stricte Observance (qui n'empêche, cela dit en passant, paf, une grosse claque sur ta tonsure, de remplacer le savoir-faire ancestral par des alambics automatisés, bande de rats, vas-y que je te crée des sous-stocks exprès et va pleurer dans ton supermarché pour avoir bouteilles en suffisance pour épater tes amis ton barbecue, mécréant avec ton bonnet guévariste, l'homme a créé la bibine, dieu a créé la ganja, j'ai vu sur le mur d'un quai de Seine une feuille de chanvre tellement mal dessinée qu'on aurait cru que le slogan voulait dire "légalisez les artichauts") salement engoncé, je disais, robe de bure et tartine au beurre, toutes les deux tombent du mauvais côté, pour ne pas apprécier la volonté de certains, scientifiques et artistes (qui sont souvent les deux facettes de la même pièce, la magie, c'est de la science qui reste à découvrir et l'art, c'est de la magie qui se laisse découvrir ou une formule du genre, vous broderez vous-même par autour) à faire avancer les connaissances, le grand héritage culturel de notre espèce parasite... La question de l'échelle est fondamentale pour avancer les yeux ouverts; et croyez-moi, les puces ou moustiques qui vous ont dérangé cet été ne sont rien par rapport à l'eczéma que nous filons depuis quelque millénaires à notre planète... Et donc, dans cette optique, il n'est possible que d'avoir du respect pour (ah ah, je vais m'amuser au moins une fois à écrire son nom en entier) Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle Eno... Tout à la fois petite abeille ouvrière et grand mamamouchi enturbanné de la musique d'ambiance, l'homme passe sa vie à slalomer entre les étiquettes, tantôt producteur du rock le plus vendeur (des disques de U2 et Coldplay) tantôt plasticien sonore particulièrement cérébral (nombreuses installations musico-spatiales dans les centres de création contemporaine), parfois, aussi, véritable ingénieur, à construire des machines et des programmes à même de produire de la musique par génération spontanée (rôle actif dans le développement de KOAN)... Tout est onde, même si notre petite fenêtre de conscience newtonienne nous coince dans du fini, ordonné, concret; tout est onde, et surtout, pour nous, singes qui parlons, l'onde est son qui vient frapper à nos tympans... Et, dans cette quête de la spatialité sonore, entamée au début des années 70, Eno sera celui qui théorisera, développera et fixera les codes de l'ambient music : une pièce musicale qui s'entend autant qu'elle s'écoute, qui accompagne son volume d'espace et est créée en fonction d'un rôle, qui, dans les mots du pseudo-mutant lui-même: "récompense l'attention plutôt qu'elle n'oblige à être attentif"... Mais tout ce bla-bla, s'il est toujours plaisant de jouer à l'intellectuel, n'a aucun intérêt puisque votre disque du jour n'est pas un album de Brian Eno... Il s'agit d'un disque d'Harmonia et, là, tout de suite, j'entends le grincement feutré de vos sourcils qui se relèvent, interrogateurs... Alors, Harmonia était un supergroup (là, quand même, je suis toujours heureux d'accueillir des néophytes dans les visiteurs/lecteurs de ce blog mais si vous ne savez pas ce qu'est un supergroup, je ne peux que vous conseiller d'un rien taper du gras autour de l'os de votre culture rock et de revenir reprendre votre lecture plus tard) composé de deux des trois membres de Cluster (regniiii le sourcil qui se lève) et d'un des deux membres de Neu! (re-regniiiiii), en l'occurrence les cidevants Dieter Möbius, Hans-Joachim Roedelius et Michael Rother (je jure devant dieu, diable, tous les séraphins et les succubes de la création que ce sont tous leurs vrais patronymes, juré, craché, ce sont des Allemands partiellement helvètes, c'est pour ça que ces gens-là ne s'appellent pas comme nous) qui étaient alors à la pointe de l'avant-garde musicale germanique, une scène-laboratoire particulièrement avide de recherches, tant dans le son produit que dans la manière de le produire... Nous rappellerons au passage que Rother et son complice de Neu! Klaus Dinger (dont l'énergie corporelle est retournée à l'état désordonné du flux quantique en 2008) étaient membres fondateurs de Kraftwerk, seul vrai succès mondial de toute cette scène allemande, un Kraftwerk que les deux lascars avaient quitté pour divergences d'opinion et de vision... Neu!, autant que Cluster, voulaient conserver une musique organique, humaine; hors de question qu'ils deviennent des sluga robotni... Et c'est cette chaleur qui frappe à l'écoute de ce disque d'Harmonia, enregistré en 1976 et qui, par hasard ou par malice, ne verra de sortie commerciale qu'en 1997, qui plus est, dès lors, sous la forme digitale d'un disque compact argenté et brillant, avec, carrément, un effet miroir tel que Vince Noir pourrait vérifier sa coiffure s'il était perdu sur une île déserte (le temps passant et l'âge de votre serviteur n'aidant pas, vous risquez de voir ce blog de plus en plus émaillé de références culturelles obscures, surtout dans une chronique qui parle de groupes allemands des années 70)... Ici, on s'intéresse à la réédition de 2009 sur le très intéressant label "Grönland", reconnaissable à son logo, un gros ours polaire tout tout blanc comme la neige, comme les marguerites, comme les robes de mariée... d'ailleurs, un peu d'éthologie ça ne peut pas faire de tort, vous savez que les ours polaires, à la pelisse blanche sur la banquise blanche, s'approchent de leurs proies potentielles, lentement sur trois pattes, en camouflant leur truffe noire de leur quatrième mimine toute blanche... Et en fait, j'ai bien tort de vous raconter tout cela puisque ce disque n'est pas un disque d'Harmonia... En 1976, et depuis un petit bout de temps, Brian Eno voyage dans les valises de David Bowie (à moins que ce soit l'inverse; Bowie dans les valises d'Eno, les valises d'Eno dans Bowie ?) et ce paquetage a pris résidence à Berlin, lombric qui continue à vivre après avoir été sectionné, ce qui n'est, pour le climat, pas un changement radical, le duo Enokenstein et sa créature Bowie Karloff venant de se cailler les billes de longues semaines sur les marbres glacés du château d'Hérouville (relisez le sujet sur Low, si ça vous chante, chronique 315)... J'imaginerais bien Brian, avec son front proéminent de mutant musical (et pourtant, la phrénologie, c'est aussi précis, utile et efficace que l'horoscope, l'étiopathie ou la prière), parti à l'Imbiss du coin se chercher une weisse Bratwurst (ah miam, la Thüringer; vivre dans Amsterdam pour la rundsvleeskroket, vivre dans Berlin pour la Bratwurst, vivre dans Londres pour la cheese & beans jacket potato; vivre dans Lijbôo pour les pasteis de nata; en fait, moi, je peux vivre partout si on y mange du gras, moi) et tomber sur Rother, Möbius, Roedelius avec de la sauce orangée aux commissures, en train de se goinfrer de Currywurst (ah miam aussi mais moins que la saucisse blanche à griller) et que l'un d'entre eux dirait aux autres: "Keine wurst mehr, es ist hohe Zeit für Musik"... Et le reste, c'est l'Histoire qui l'écrit d'elle-même; l'éphémère formation se baptise Harmonia76, chacun y assume son rôle (Michael à la guitare, Dieter aux synthés, Hans-Joachim aux claviers) et Eno y plaque des lignes de basse, des bip-bip tordus dont il a le secret et posera sa voix sur le seul morceau chanté de toute cette plaque particulièrement aérienne, onirique et vaporeuse... Nous sommes après tout dans de la musique d'ambiance, dont l'intérêt réside autant dans ce qu'elle donne à entendre que dans ce qu'elle ne dit pas... Et de ce magma maîtrisé, l'esprit humain tire forcément une mélodie, un rythme, un sens, c'est tout à la fois la force et la faiblesse du cerveau qui, lui, s'il avait le choix, continuerait certainement à jouer à touche-touche avec lui-même en écoutant de la musique atmosphérique commise dans les années 1970 par des Allemands irradiés, lirait les histoires abracadabrantes, cosmiques et interzonales, d'un pédéraste drogué qui se trouve en même temps être le plus grand auteur américain de tous les temps, se laisserait barboter, à coup sûr, amphibien houblonné, dans le petit bassin, sa pateaugeoire crânienne remplie de bière cistercienne.

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02/09/2013

341. "WARM LEATHERETTE" Grace Jones

uncdparjour Warm Leatherette.jpgIl était une fois, replongeons-nous derechef dans cette enfance dont les souvenirs se font de plus en plus poisseux, moi qui suis pourtant encore bien loin de ma midlife crisis, un artiste qui, en phase avec son époque, avait décidé de laisser éclater sa folie plastique à travers le médium de la publicité... Précedemment, une amazone nubienne post-moderne et passablemment androgyne avait pris d'assaut les podiums parisiens et, par sa seule présence, remué tout le landerneau de la haute-couture... Une muse peut être une égérie et vice-versa... Jean-Paul et Grace versèrent donc dans le vice (d'où sortira tout de même un petit Paulo) et s'en vinrent commettre ce spot pour la Citroën CX qui reste l'une des images les plus marquantes de mes jeunes années téléphagiques (si je le trouve sur toituyau, je le mets en fin de chronique, promis)... Publicité qui, pour le coup, sera censurée dans pas mal de pays (à moins que la censure n'ait touché l'une des publicités du même couple pour une marque de jean's avec des vrais morceaux d'interrogation raciale et de nudité dedans; peu importe, ça prouve surtout que Grace était tellement impresionnante qu'elle en devenait censurable)... Mais cette censure, de toute manière, n'a pas eu lieu dans cette France où André construisait ses voitures à amortisseurs hydrauliques, cette France qui aura été la première à accueillir et faire prospérer miss Jones, cette inimaginable ogresse multi-tâches qui, à peu près aussi vite qu'elle s'était mise à défiler, s'est mise à chanter et à faire l'actrice... Rapidement signée, grâce à son enfance jamaïcaine, sur le label Island, l'étonnante créature assumera des débuts plutôt disco avant d'embrasser, de ses longs appendices tentaculaires, la new wave naissante... Warm Leatherette, porté en studio par l'irrépressible duo rythmique, probablement le meilleur tandem basse-batterie de l'histoire, Sly Dunbar/Robbie Shakespeare va marquer, mais qui le sait alors ?, le début d'une trilogie d'albums qualifiée de "Compass Point trilogy", du nom des studios d'enregistrement construits, à Nassau, par Chris Blackwell (par ailleurs fondateur du label Island, n'oubliez jamais que tout est dans tout)... Ce disque-ci, que je me suis procuré plutôt récemment dans un bac de liquidation après tant d'années à me languir de posséder des oeuvres de Grace Jones, sera, surtout, celui qui va installer l'artiste dans son image définitive, les traits au couteau, les lunettes noires, la tête surmontée d'une petite touffe de cheveux, les longues tenues color block mi-robe mi-descente de lit, avec cette peau d'ébène à faire tomber en syncope bien des fabriquants de meubles (peut-être Robert Mailleux qui, selon nos sources, n'est pas allé dans les mêmes écoles de publicité que Jean-Paul Goude, cela dit)... Cette amazing Grace qui va dès lors manger des voitures au milieu du désert, qui va tout à la fois susciter le désir et l'effroi chez un James Bond vieillissant dans sa peau de Roger Moore, qui va même particulièrement secouer son époque et imposer d'autres canons, en posant nue pour Playboy... Musicalement, Warm Leatherette nage donc dans ces eaux que l'on imagine à la fois chaudes et troubles, au large des Bahamas, engrangeant le bon son plutôt que le mauvais argent, paradis fiscal dont on préférerait savoir les requins dans ces flots caribéens plutôt que dans les comités de direction... Des synthétiseurs particulièrement cinglants et des guitares froidement artificielles se téléscopent avec cette section rythmique reggae dont on a déjà dit tout le plus grand bien pour fournir un album pétri de reprises, à l'instar de cette supra-diva, totalement jouissif... Déjà, la plage titulaire, empruntée à l'éphémère non-groupe The Normal (fondateur du label Mute, c'est une toute autre histoire), place l'ambiance, avec cette nature morte tirée des obsessions de JG Ballard, entre fascination glauque et protubérances tumescentes... C'est Chrissie Hynde, probablement à son corps défendant, qui est ensuite invitée au festin, à travers une languissante et parfois martiale relecture du "Private Life" des Pretenders... Plus loin, Grace et sa clique vont prouver leur capacité à la transcendance avec une version de 9 minutes du "Love is the drug" de Roxy Music qui passe pas loin de l'apocalypse glam la plus complète (et qui, à moins d'être un acteur porno au self-control anormal, vous achève dans les râles de circonstance, au cas où vous seriez suffisamment aventureux, ou inconscient, pour utiliser Grace Jones en bande-son de vos galipettes, ça ne me regarde pas, chacun fait ce qu'il veut de ses fesses)... La troupe du Compass Point citera aussi Smokey Robinson ("The hunter gets captured by the game") et, touche parisienne oblige, Jacques Higelin ("Pars", qui ferme le disque)... Mais la reprise sur laquelle je me dois, moi, de terminer, c'est évidemment ce qui était un énorme manque à mon CV de fan ultime et dont, en même temps, l'ignorance me rassure sur mon taux finalement correct d'idolâtrie... En cause, miss Grace Jones chante ici sa version de "Breakdown", standard issu du premier album de Tom Petty and the Heartbreakers... Mais là où le fan en moi se rebiffe (et se rassure en même temps, je l'ai dit), c'est qu'il s'agit d'un tout petit peu plus qu'une reprise... En effet, dans cette version-ci, la chanson présente un troisième couplet; quelques paroles, en l'occurrence, qui ont été écrites par Petty lui-même, à la demande de la chanteuse dont on ignore si elle a utilisé la menace ou le charme pour obtenir cette faveur... Peu importe, cette sculpture faite chair l'a prouvé pas plus tard qu'au jubilé de diamant de Lizette (cela dit, ce genre de bonne blague mérite d'être répétée: soixante ans sur le trône, sacrée constipation), Grace Jones maîtrise les deux et c'est bien parce qu'elle fait peur autant qu'elle fait saliver que nous allons la regarder manger une voiture en plein désert.

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04/02/2012

330. "ENCORE!" Klaus Nomi

EncoreKlausNomi.pngJe ne surprendrai personne vivant dans ce petit pays fracturé en vous annonçant que nous nous réveillons sous la neige et sur le verglas... Plus surprenant, c'est que nous sommes à peine au tout début de février et que nombre de gens ont l'air surpris d'avoir froid... Alors aux dernières nouvelles, la Belgique, c'est pas un sauna (et tant mieux, parce que si c'était le cas, je ne vous dis pas les semaines de négociations pour savoir qui, quand, comment régler le thermostat)... Donc voilà, on se les caille... Alors, en ce matin de week-end, en plus d'une bonne flambée de bois, on se plonge dans un soundtrack de circonstance, à savoir cette compilation qui va nous permettre de parler d'un artiste que les moins de vingt ans bla bla bla... Et donc, à l'aube des 80's glorieuses, un impossible contre-ténor germanique, avec un look de monchichi tantôt féodal-bondage, tantôt rétro-futuriste à la robot de Metropolis, découvre les joies du succès grand public, grâce à sa voix ahurissante, qu'il vient poser sur des compositions mêlant sans gêne les codes du lyrique classique et les sons synthétiques de la new wave, moulinant à la fois des extraits du répertoire à travers des machines ou imprimant un vernis symphonique à des chansons toutes années quatre-vingt... Très, très vite, époque oblige, Klaus Nomi va mourir... Il sera, aux côtés de Rock Hudson, l'un des deux premiers sidéens médiatisés et stigmatisés (je vous rappelle qu'il faudra toute une décennie et le jeu oscarisé de Tom Hanks pour que le grand public comprenne qu'on peut boire dans le même verre qu'un séropositif)... Et ce "Encore!" sorti en 1983 est donc posthume, reprend les grands moments de la très courte carrière de l'artiste (Total Eclipse, Simple Man, Ding Dong) et propose deux inédits... La plaque s'ouvre évidemment sur ce qui reste la carte de visite de Nomi, une version épurée (violoncelle et clavecin) de l'air du "génie du froid" issu du semi-opera "Le Roi Arthur" d'Henry Purcell... Finissons-donc là-dessus, dans une somptueuse version live glanée sur the site de partage, puisqu'il fait bien moins quinze de l'autre côté du double vitrage.


 

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11/05/2011

325. "MUSIC FROM THE FILMS OF HAL HARTLEY"

Music_Hartley_518745.jpgIls sont toujours désagréables, ces moments où le monde a juste l'air d'être un manège dont le forain a coincé le moduleur de vitesse au maximum et s'est barré boire une bière à la barbapapa avec ses copains forains... Et donc, là, tout de suite et depuis plusieurs semaines, c'est fatigant d'être gavé de mauvaises réponses avant même d'avoir pu poser les bonnes questions... En l'occurrence, et c'est une donnée philosophique fondamentale, en quoi la mort d'un homme, aussi détestable soit-il, peut être considéré comme un acte de justice ? Et pire, d'autant plus si l'on croit à la loi du talion qui seule permet de répondre positivement à la première question, comment la mort voulue d'un seul homme peut-elle être un acte de justice face au décès aveugle de quelque 2700 personnes ? Enfin, et c'est certainement le plus insupportable dans la rhétorique guerrière déversée une fois de plus par "le camp des gentils", comment la mort d'un seul homme pourrait-elle réellement paralyser ce qui est censé être l'organisation terroriste la plus puissante de la planète ?... Mais si la disparition de l'ennemi mondial numéro 1 n'était déjà matière à exciter les penchants les plus patriotiques, nationalistes, xénophobes, arabophobes, forcément nauséabonds du "bon peuple", voilà-t-y pas que Dame Justice traumatise le royaume par une décision d'une froideur technique, au final trop opaque, et agite encore un peu plus le chaudron de la haine ordinaire... Ici, le principe démocratique éclairé veut que la Justice soit la même pour tous, du voleur de pain en guenilles jusqu'à l'affameur en costume-cravate, en passant, forcément, par l'ex-femme du catalyseur de tous les cauchemars belgo-honteux... La vraie question est: sur quels arguments la décision de cette libération anticipée a-t-elle été décidée ? Car asséner l'info au public sans la lui expliquer, c'est participer un peu plus à l'ambiance de défiance envers les institutions... Dans un pays dont plus du tiers d'une moitié a déjà préféré l'égoïsme d'extrême droite à la solidarité citoyenne, une Belgique qui s'enlise dans des réunions de négociations communautaires à répétition, dans le contexte plus large d'une crise socio-économique dont ne ressort que l'impunité renouvelée des organismes bancaires, dans un climat, donc, de découragement et de suspicion, quand la république voisine se prépare à offrir d'ignobles succès à la fille du faux borgne, on peut comprendre que d'aucuns n'ait d'autres solutions que de se réfugier dans les rassurants pixels de leur écran plat... Ouais, sauf que... Je n'ai pas besoin d'agiter mon 17 sur 20 à l'examen de Sociologie générale pour comprendre que le public votant à X-Factor se constitue avant tout de gamines de 13-15 ans... Que Maryvette Lair (qui ne gagnera pas mais qui est la seule véritable artiste complète de cette saison) se trouve en ballotage la semaine dernière était déjà difficilement compréhensible mais que Vincent Léoty (certes, un artisan-coiffeur de 30 ans sans pose de star mais un époustouflant chanteur, certainement le meilleur de ce cru 2011) soit éliminé dès le troisième prime est totalement ahurissant... Surtout lorsque ce limogeage se fait au profit d'autres candidats qui n'ont pour eux qu'un petit look et aucun talent vocal... Ou, du moins, passé les superficielles émotions procurées par ce nouveau télé-crochet, l'élimination d'un gars apparemment simple mais indéniablement talentueux aussi vite dans la compétition, prouve, aussi, d'une certaine manière, à quel point les maux de la société percolent à travers tout et pourrissent même les recoins les plus anodins du divertissement télévisé et musical... Resterait alors à se terrer le plus loin possible de cette inondation de daube, peut-être dans un monde de fiction si pas utopique, au mois quasiment idéal... Un monde où personne n'est vraiment idiot mais personne n'est vraiment heureux, un monde où personne ne parle peu mais où tout le monde écoute suffisamment, un monde où l'amour est équivalent à la somme du respect, de la confiance et de l'admiration, un monde qui est un endroit dangereux mais où personne ne meurt complétement, un monde, enfin, où, "un homme honnête a toujours des problèmes"... Un monde pas loin du nôtre mais certainement pas le même non plus, le monde qui vit, respire et désire dans les films d'Hal Hartley... Prix du meilleur scénario au Festival de Cannes 1998 et "godfather" du cinéma américain indépendant, Hal Hartley reste un de ces artistes parfaitement inconnus du grand public et totalement adulés par ceux qui ont la chance de connaître son oeuvre... Le natif de Long Island réalise, écrit, monte ses films depuis 1989, creusant un sillon cinématographique, plastique et philosophique sans véritable fausse note... Car en plus, sous le pseudonyme de Ned Rifle, Hal Hartley signe la musique de ses courts, moyens et longs métrages... Sortie en 1993 chez Phonogram, la compilation aujourd'hui présentée est un objet de collection à plusieurs titres... Tout d'abord, elle est totalement épuisée et virtuellement introuvable sous cette livrée rougeâtre (notez qu'une réédition, sous pochette bleutée, que vous trouverez en fin de cette rubrique, a été réalisée au début des années 2000 par Possible Films, la propre structure de production d'Hal Hartley); ensuite, c'est la seule trace sur disque des bandes-sons des premiers films du cinéaste; enfin, les chansons égrenées à travers les 14 plages sont, à l'exception de deux morceaux des (également longislandais) Yo La Tengo, les seules traces sur disques des obscurs Hub Moore & The Great Outdoors, Ether et The Brothers Kendall... Et donc, pendant les quelque 40 minutes que dure ce disque, c'est bye-bye les Ben Laden, Martin et autres Omega de mes deux... Bon, sinon, merci de demander, la grossesse se passe bien, et se termine dans pas longtemps, préparez-vous donc à une période d'inactivité d'un certain temps sur ce blog, ça vous fera des vacances, mettez-les à profit pour réfléchir à comment massacrer la bête immonde qui rouvre un oeil dans les tréfonds du vieux monde.

hartley.jpg 

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27/11/2010

311. "JEWELLERY" Micachu

micachu jewellery.jpgWeek-end de couenne après semaine sans bas de laine, les frimas sont là et les écueils, comme les noisettes des écureuils, sont rangés dans le tronc d'arbre jusqu'au retour de la disette... Heureusement, la vie c'est rien que des teintes de gris et dans le clair-tire-au-cassé, y'a les papattes qui poussent au bout du futur-né... Dans cette ambiance, entre galère et croisière, la bande-son se doit d'être un joyeux foutoir... Découverte l'année dernière, entre équinoxe et solstice, derrière les autres falaises, Micachu, alter-ego vaguement pokéballesque d'une certaine Mica Levi, manie ce difficile art du "je fais avec sérieux des choses qu'il ne faut pas prendre au sérieux"... Réellement solfégifiée, pouvant manier piano ou violon (c'est selon), Micachu a, en fait, jeté son dévolu sur une guitare-maison, aux cordes en nylon... Il en ressort des chansons courtes, aux compositions bancales et aux textes souvent sybillins, sur des mélodies parfois inexistantes, parfois répétitives jusqu'au vertige, plus rarement copié-collé du grand bouillon de l'inconscient musical collectif... Bref, Micachu, ça excite ou ça irrite mais ça refuse le camaïeu de gris... Sur une bonne partie de ce disque inaugural, la petite créature au F sur le passeport mais au "ça reste à prouver" sur le visage, s'offre le soutien des Shapes, une claviériste (qui écope du rôle ingrat de donner un semblant de structure aux puzzles démontés, rubik's cubes brisés que sont les morceaux de cette plaque) et un percussioniste qui, lui, par contre, ajoute avec allégresse au chaos quasi cacophonique de cette carte routière qui aurait été imprimée à l'envers et en deux échelles contradictoires... Mais le subterfuge tient bien sûr moins sur scène, on voit alors qu'il y a un truc, que le lapin est sorti du chapeau parce qu'il y avait un drap noir qui recouvrait les pieds du pupitre, que la femme sciée en deux cachait deux naines jumelles sous sa longue robe, que Micachu et ses Shapes sont grandement capables de jouer de la musique, qu'ils savent ce qu'ils font et qu'ils arriveront où ils veulent... Nombre d'esprits bougons, ankylosés ou simplement fades, se feront dépasser par la philosophie de Micachu... Car ce qui compte, ici, ce n'est pas de savoir si le verre est à moitié vide ou à moitié plein, c'est de constater à quelle distance les éclats s'envolent si on y balance un coup de batte de cricket.   

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02/11/2010

309. "IMPERIAL WAX SOLVENT" The Fall

thefallimperialwaxsolvent.jpgAllons-y allons-o d'abord, clap de début, synchronisation image et son, voici la suite de nos pérégrinations pêcheresses (et il n'est pas question de gueuze aromatisée, non) en terres limbourgeoises... Cela dit, en total aparté, mais en visant bien certains élus de ce niveau de pouvoir, le panneau autoroutier annonçant l'entrée en province du Limbourg affiche fièrement "De Limburgers heten u welkom"; n'y a-t-il pas là exemple à suivre pour remplacer les pourris panneaux sans slogans qui rouillent en bord d'E42 et d'A54, nous proposons "Les Hainuyers vous accueillent"... Bien, partis là-bas pour raisons musicales précises, un dimanche après-midi-soirée, n'avons rien vu d'Hasselt en tant que tel mais force est de constater que le complexe Ethias Arena/GrenslandHallen/Plopsa Indoor est impressionnant et pourrait/devrait inspirer les décideurs de la première métropole wallonne le jour proche où le Palais des Expositions va voler sa tronche à terre... Mais fi de toutes ses considérations politicoéconomicoculturelles, nous sommes là pour porter la mauvaise parole du Sinner's Day... Quoique, nouvelle considération il nous faut aborder... En l'occurrence, pourquoi ce nom ?... Faisons bref, le festival est programmé la veille de la Toussaint (All Saints' Day), tirez vos conclusions vous-mêmes, à défaut d'autre chose... Et donc, pour cette deuxième édition, le programme plutôt panaché proposait, entre autres, une prestation de The Fall... Largement absent des préoccupations du grand public (et c'est probablement tant mieux), ce non-groupe dont le turnover varie selon les humeurs de son leader, déclameur, auteur Mark E. Smith traîne pourtant dans l'ombre interlope de l'anti-commerce depuis 1976... Pire, porté par l'inspiration dont on ne sait où s'achève le génie et où commence la folie de son marionettiste, The Fall sort quasiment un album studio chaque année... Imperial Wax Solvent est leur dernier opus en date et il charrie toutes ces obsessions musicales de lancinement, de répétition, de bruit et d'atonalité qui assure d'office à The Fall une place au chaud, mais vraiment bien à part, dans le moindre panthéon du rock... Ce qui fait toute la différence, évidemment, c'est le continu crachat, la logorrhée irrépressible des textes de Smith... Entre poésie, surréalisme, références culturelles, commentaire social et un perpétuel liant de misanthropie, l'Oeuvre de Mark E. Smith impressionne (pour peu toujours que l'on comprenne un minimum l'anglais mais dans le monde d'aujourd'hui on ne va plus nulle part sans être trilingue)... Mais, et re-re-mais, c'est finalement sur scène que l'homme en impose le plus... En un sens... Aujourd'hui cinquantenaire bien tapé, le gaillard arbore fièrement une petite panse à bière en plus de son rictus dérangeant et de cette grosse mèche raplatie de cheveux gras qu'il ne quitte pas depuis trente-cinq ans... En se présentant sur la petite scène du Sinner's Day en pantalon en velours à l'entrejambe pendouillant, comme s'il avait fait, avec une chemise serrée, bleu délavé, Mark E. Smith a immédiatement fait fuir (littéralement, oui) une part du public... Quand il bouge, deux micros dans une main, l'autre crispée, le bras en arrière, l'index tendu vers le sol, imaginez un Michel Daerden un peu rachitique, coincé entre un ulcère de l'oesophage et des retours d'acide, imaginez, aussi, une espèce de Mr Bean dont la naïveté à fait place à la résignation, et qui ferait la sortie des écoles, offrant aux gamins des souris mortes plutôt que des bonbons... En un mot comme en cent, ne connaissant, il y a six mois encore, que la réputation de The Fall et pas leur musique, je sais, aujourd'hui, que je me suis trouvé un nouveau antihéros et je m'en remercie.  

25/01/2009

285. "THE ORIGINAL ONE-HIT WONDERS ALBUM" Various EMI Artists 31/12/08

the original one hit wonders albumIl compte peut-être bien autant de partisans (qui sont, je le rappelle, des gens qui se sont barrés en mangeant de la réglisse) que de détracteurs (dans le même état d'esprit de calembour abominable, ceux-ci ont misé des machines agricoles sur une partie de 421)... Ceux qui ont besoin d'un prétexte pour faire la fête l'embrassent sans retenue, les autres, conscients que la nomenclature de notre calendrier est creuse et vaine, s'en passent volontiers... Toujours est-il que tout le monde possède une opinion à propos du réveillon de nouvel an... Pour nous, un peu de mousseux partagé dans la foule, sous les explosions pyrotechniques multicolores des Van Cleemput, a largement suffi à notre bonheur... Et avant ça, par exemple dans l'auto-radio, en route pour la capitale (enfin, nous dans la voiture, c'est pas l'auto-radio tout seul qui se déplace), une compilation un rien fun reste toujours de bon aloi... Editée par EMI en 2006, disponible au début de l'été 2008 pour la somme antiastronomique de 1€ pièce dans le marché médiatique le plus proche, ce disque fourrage donc dans le grenier des "one-hit wonders"... Bref rappel si le concept vous échappe: une merveille au succès unique, c'est, comme le nom l'indique, un groupe ou artiste qui, nonobstant ou pas une éventuelle carrière respectable, n'a jamais placé qu'un seul tube dans les hauteurs des classements de ventes de disques... En Francophonie, le Chacun fait c'qui lui plaît des Chagrin d'Amour ou le "et l'amour qu'on faisait n'importe où" de Larusso sont de bons exemples... Mais ici, en l'occurrence, les vingt morceaux de la galette proviennent des charts britanniques et, à deux exceptions près, de la décennie couvrant 1977 à 1987... Survolons donc l'offre grâce à quatre pitites vidios glânées sur le célébrissime site de partage, histoire de souhaiter à tout le monde (nous sommes encore presque tout juste dans les temps), les bons voeux de circonstance pour cet an 9.
Seb&Rox

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05/12/2008

282. "LOVEY" Lemonheads 05/12/08

Lemonheads LoveyC'est vendredi soir, demain matin, le grand saint sera passé mais là tout de suite, il fait mauvais, mauvais, mauvais, avec de la pluie, du froid, de l'obscurité toute dégueulasse... Mais je ne vous apprends rien, c'est certainement la même chose de l'autre côté de votre fenêtre, un début décembre crasseux qui ne se sera même pas longtemps camouflé sous le blanc de la neige avant de laisser son gris tout récupérer... Gris aussi ce poing tendu vers l'avant qui sert de pochette à ce disque du jour... Sorti en 1990, Lovey (qu'on pourrait traduire par Mamour) était la première plaque des Lemonheads à voir le jour chez une maison de disques majeure (en l'occurrence Atlantic Records, une filiale de Warner) après trois albums parus à la fin des 80's sur l'obscur label Taaang (rien à voir avec le jus en poudre, non)... C'était aussi le premier LP guidé par le seul Evan Dando, devenu auteur-compositeur quasiment exclusif depuis le départ du co-fondateur Ben Deily moins d'un an plus tôt... Apparaît alors que Dando était des deux celui qui penchait le plus vers des chansons construites et mélodiques et ici, on entend déjà les succès qui viendront de 92 à 95... Assurément mineur dans la discographie du groupe qui, par consensus, est considéré comme l'un des jalons du rock américain alternatif des décennies 80 et 90, Lovey cache tout de même deux, trois perles dont "Half the time", "Ride with me", "Stove" ou "Left for dead (clang bang clang)" qui peuvent encore parfois surgir dans les setlists des concerts actuels d'Evan Dando et ses nouveaux complices... Cela dit, parce que ce serait un peu court pour passer sur quasiment un mois de silence bloggueur, je m'en vais vous laisser avec trois devinettes-calembours très très indignes et trop tordues pour vraiment faire rie mais bon, voici... 1) Quel peut bien être le rapport entre un buste du lider maximo réalisé par un potier et une maladie de saison transitoire ? 2) Et quid de cette tradition méconnue dans la ville au large des îles d'Or, tradition durant laquelle les gens attachent des pots de substance laitière à leurs cordes à linge ? Ah, on vous avait dit que nous avions reçu plein de gens en même temps dans notre maison ? 3) Pour finir, un petit monsieur-madame qui peut plaire aux auditeurs de Nostalgie ou de Classic21: Monsieur et Madame De Windt ont un fils, comment l'appellent-ils ?

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