19/08/2014

372. "4 ALBUMS ORIGINAUX" Catherine Ribeiro + Alpes

Avant d'entamer cette chronique comme de juste (et à propos de juste, ils sont peu à être autant "parmi les nations" que Henk Zanoli, qui du haut de sa sagesse nonagénaire, vient de donner une fameuse leçon d'intégrité à ce petit monde pas assez démocratique beaucoup trop politique qui a perdu tant sa mesure que ses repères), je dois me plier à quelque exercice que je ne commets jamais sur ce blog : parler chiffres et chiffons... Car un rapide coup d'oeil au compteur là-haut, à gauche de cette page d'accueil, dévoile que l'on approche tout doucement de la barre des 200000 visites... A la moyenne, constatée depuis de nombreux mois, de croisière de 20 visiteurs uniques par jour, on peut même s'assurer qu'on l'atteindra ce total avant la fin de l'année... Et, nécessairement, avec l'aide de webrobots dévoués à la corporation des serruriers parisiens, ça risque même d'être avant la fin de l'automne... Dernière considération du genre, ce blog, fidèle à son intitulé, aura, sur cette année écoulée de reprise d'activités après un long silence, offert à vos esprits avides et vos yeux ébahis, quelque chose comme 41 chroniques inédites... Ce qui nous fait, à la grosse louche, une moyenne de 3 et quasiment un tiers à l'infini de textes nouveaux par mois... C'est donc une périodicité pas si déplorable que ça mais c'est aussi l'occasion d'avouer que j'ignore à l'heure actuelle quand, pourquoi, comment seront postées de nouvelles chroniques sur ce recoin discret de la blogosphère... Alors profitez-bien de ce qui vient...

catherineribeiro+alpes.jpgOn jouerait à cet exercice, malheureusement récurrent (mais heureusement pas trop) du contre-sort face aux petites et grandes misères du quotidien et ces inévitables caprices du coquin de malheur... Si la fortune se tient debout, à moitié nue dans un équilibre discutable, sur une roue à ailettes, la guigne s'étale, elle, comme une flaque d'huile à travers tout, comme des bouts de verre et de plastique, comme des éclats de bois suspects, comme tous les indices, en ce samedi de stress, qu'un véhicule est venu percuter notre porte d'entrée, au milieu de la nuit... Ils sont difficiles à décrire, ces sentiments mêlés de soulagement et d'embarras, à découvrir, plus tard, qu'il n'y a pas eu de délit de fuite mais que tant moi que toi que notre petit bout dans son lit de grand garçon, n'avons rien entendu lorsque le choc a ébranlé la rue, que la police a débarqué, que les voisins étaient sur leur pierre bleue, qu'à deux heures et demie du matin, nous étions endormis, paisibles, tandis que le drame se dénouait sur notre trottoir... Nous serons, plus tard, en cette même journée pénible, forcés de serrer les dents et de grincer des poings car quand la scoumoune s'acharne, elle n'y va jamais qu'à grands coups de cuillère à pot... Le petit est invité à son premier goûter d'anniversaire, youpie... Ce goûter d'anniversaire a lieu dans une de ces cours de récré couvertes et privatisées, dans la chaleur, le vacarme et un relatif laissez-aller, on youpit déjà beaucoup moins... Mais on ravale ses angoisses de jeune parent, on décide de laisser le fruit de nos entrailles gambader sans restriction dans cet enchevêtrement de plastique rebondissant, de cordes, de câbles, de machines de mort en tout genre, on est même convaincu qu'il est de notre devoir de laisser sa surveillance à une tierce personne, qu'il faut déléguer, que les enjeux sont clairs, qu'on va le laisser respirer, vivre sa vie fofolle de petit garçon turbulent, trop content de faire du château gonflable avec ses copains d'école... Coupons court au suspense, si on avait vécu aux Etats-Unis, on aurait sorti de notre poche revolver une armada d'avocats procéduriers qui nous auraient gagné des procès à tire-larigot, de dommages physiques en traumatismes émotionnels... Bref, nous allons quitter la table d'anniversaire, nous sommes des bambis toujours craintifs mais tellement fiers de garder l'équilibre sur l'étang verglacé, quand soudain, nous entendons la plainte, non, le cri, que dis-je, le hurlement de douleur, qui retourne le coeur et envoie la tension artérielle à travers le plafond... Le temps ralentit, tous les sens sont aux aguets, les réflexes mammifères reprennent le dessus, où est le prédateur qui menace notre enfant ? Et le voilà, il apparaît, aveuglé par ses larmes, la main serrée sur l'oreille... La panique ferait presque un croche-pied à l'angoisse tellement il refuse de retirer la main de son oreille... Et la vision tord les nerfs; son oreille est écarlate, éraflée, puis rapidement violacée... Elle gardera l'aspect d'un total hématome noir charbon pedant plusieurs semaines... Ce soir-là, invités chez des amis, nous sommes zombies, titubants sans même avoir rien bu, échangeant cordialités et sentences dans un demi-brouillard des sentiments... On se relève toujours, bien sûr, mais ce samedi-là, il fallut pas mal plus d'efforts que d'habitude... Et face à tant de malheur, qui peut dire si nous n'allions pas finir par balbutier nos demandes de répit en un sabir vaguement révélé mais totalement inventé, comme Patrice Moullet les annonait en 1970, sur "Sîrba", morceau d'ouverture de l'album éponyme "Catherine Ribeiro+Alpes" (éponyme ou presque, car un subtil "n°2" placé dans le coin rappelle que la clique montagnarde avait sorti un précédent album sous un autre nom mais, franchement, peu importe, ce n'est pas ce genre de détail qui nous intéresse ici)... Que la brutale poétesse d'origine portugaise apprécie ou pas plus que de raison le bon air de la montagne importait peu... Nous exerçons ici un retour en arrière, vers des contrées imaginaires, en des périodes où la liberté totale dominait de facto la pointe la plus avant-gardiste de la musique populaire... Au risque, on le verra, de verser au passage dans une pose intellectualiste qui confine au snob le plus déplacé... Mais, en fait, 1970 n'est pas encore assez tôt... Si l'eau pétillante, c'est fou; Périer, c'est Jean-Marie et l'homme, espérons que l'héritage lui suffise, laisse un milliard de clichés rock derrière lui et un seul que la masse retienne : cette postérisable à l'infini "Photo du siècle" et son opulente brochette de vedettes teenagers de l'époque (et Johnny subrepticement monté sur l'échelle, tout le monde connaît l'anecdote)... Car La Ribeiro vient de là, toute son oeuvre subséquente y puisera son énergie dans le rejet du moule formaté; oui, elle fut une yé-yé... Cherchez-là donc, dans l'attroupement, avec ses longs yeux aussi noirs que ses cheveux (ou l'inverse), elle est au dernier rang, coincée entre deux idoles qui, en ce 12 avril 1966, sont déjà, eux, en train de creuser leur trou loin des sirènes du seul commerce... Mais en quittant Paris pour le sud sauvage et enneigé, Kathy sait-elle qu'elle va imprimer la marche à suivre, mais aussi, qu'à cristalliser son époque à ce point, elle (et, donc, surtout, Alpes, cette communauté musicale à taille variable, qui orbite autour du Patrice Moullet précité) va mal résister à l'usure du temps, tout en gardant une charge fascinatoire réelle... Premier cas d'étude, donc, ce second album, sorti en 1970... C'est toujours l'appel des grands espaces cérébraux qui domine la musique d'Alpes et l'inspiration de Catherine... Pourtant, on veut l'imaginer commis avec ironie, son chant se pare de tous les tics radiophoniques sur "15 août 1970"... Catherine compte le R, le B et le O de commun dans son patronyme avec la soeur à Mijanou mais tout de même... La face B livrera ses premières leçons, avec ce "Poème non épique" qui soulève, en quasiment dix-neuf minutes de musique affranchie si pas déchaînée, toute une foultitude de questionnements... Le sens de ce que l'artiste déclame au long de cette lente descente dans la folie du dépit amoureux ne joue finalement qu'un rôle secondaire face au modus operandi... Bien sûr, on l'a compris, Catherine ne chante pas mais les mots jaillissent de ses cordes vocales avec un mélange étourdissant, parfois bégayé, qui laisse l'auditeur dans cette dubitation : est-ce que l'artiste récite de manière expressément naturaliste son texte écrit ou est-elle plongée dans une partielle ou totale improvisation ? Autre grande question, d'ordre notamment musical : ces enregistrements qui n'ont atteint que la critique de l'époque et une frange extrême de l'auditorat rock de l'Hexagone, peuvent-ils avoir traversé l'Atlantique et d'une manière ou d'une autre avoir influencé l'approche musicale des punks new-yorkais les plus sombres, en l'occurrence le duo Suicide (on peut relire la chronique 26 de ce blog, rédigée en des temps anciens, naïfs et simples, quand dix-sept lignes de texte suffisaient à racler le fond de ma pensée) car les coïncidences sont ici aussi troublantes que Lincoln assassiné au Kennedy theatre quand Kennedy est assassiné dans une cadillac Lincoln et des pyramides avec des yeux sur les billets d'un dollar qui se transforment en reptiles qui boivent du pétrole quand on les plie ou je ne sais pas quoi (enfin, si, Kennedy, maintenant, grâce à X-Men Days of Future Past, on sait enfin quoi) : le crescendo de hurlements dans ce "Poème non épique" renvoie inlassablemment aux cris apoplectiques d'Alan Vega sur "Frankie Teardrop" tandis que les boucles répétitives jouées par le Moullet sur sa lyre électrique annoncent la musique dronale et programmée par Martin Rev sur ses grosses machines... On sait qu'une bonne part de la scène punk new-yorkaise était francophile, nourrie, notamment, aux poètes romantiques (Patti Smith, Richard Hell, Tom Verlaine, David Byrne, Deborah Harry ont tous chanté en français dès leurs débuts et/ou revendiqué Baudelairimbaud comme source d'inspiration); j'ai ouvert le dossier, qu'un rockologue au chômage technique aille fouiller par là et me dise quoi... Quand débarque, après ça, la "Ballada das aguas" portée par deux guitares traditionnelles, on se rappelle qu'avant d'être totalement démente, Catherine Ribeiro est avant tout portugaise (l'un n'empêche pas l'autre, qu'on va dire, ce à quoi, que moi je dis, que ça peut même aider d'être les deux à la fois)... C'est, une fois n'est pas coutume, la copine digitale d'Hippolyte qui m'a fourni mon disque du jour, en ces débuts d'année où on peut s'accorder des cadeaux avec des étrennes qu'on a bien mérité parce qu'on a été bien gentils; l'intérêt étant que l'objet n'est pas bien cher puisque pour moins que le prix de deux places de cinéma (et ça, c'est aux tarifs de la campagne wallonne; pour mes lecteurs bruxellois, si j'en ai, ça fait pour moins que le prix d'une place de cinéma et d'un petit popcorn), on obtient un boîtier carton avec, dedans, quatre disques de Catherine Ribeiro+Alpes... "âme debout", sorti en 1971, fait suite au précédent et en amplifie les visées artistiques... On quitte pour de bon les travées de la musique identifiable pour aller s'aventurer bien au-delà de l'explosion psychotrope... La Riri est, plus que jamais, totalement habitée, si pas carrément hantée, dans son chant, avec pour seule ligne de conduite, la démesure la plus totale... Et d'attaquer par la plage titulaire, espèce d'incantation à qui, à quoi, à tu, à moi, où l'âme debout doit avoir pitié de tout et de tous, mais surtout de n'importe quoi, depuis celui qui "accepte l'idée de partir à la guerre" jusqu'à celle qui "se sent résignée chaque jour à l'usine" en passant par celui "qui se couche dans mon lit sans définir mes dimensions" (non, moi non plus, je ne suis pas convaincu de ce que cela veut dire) pour finir sur ceux "qui traversent la rue quand le feu est au rouge"... Une presque vraie chanson suit alors, qui raconterait presque l'histoire presque banale d'un presque couple solidement presque amoureux, si elle ne se terminait pas en étrange voyage ferré entre la ville imaginaire de Diborowska et l'éternité... Liberté un jour, liberté toujours, sans plonger dans les abysses philosophiques qui assènent sans contre-argumentaire possible que la liberté ne peut se définir qu'à l'intérieur d'un cadre contraignant, qu'on ne peut être vraiment libre qu'en réaction à un prérequis de non-liberté, les Alpes enchaînent alors quatre morceaux instrumentaux, ou à peine nourris de "lalala" par notre héroïne du jour, aux titres particulièrement conceptuels : Alpes 1, Alpes 2, Alpilles et Aria Populaire... Après ça, la chanteuse reprend le dessus et l'on est forcé d'accepter sa poésie rugueuse, dégoulinante de fluides corporels plus ou moins définis... La première strophe de "Le kleenex, le drap de lit et l'étendard" annonce déjà les couleurs (rouge globule, jaune pipi, vert crachat, on dirait le drapeau camerounais, tant qu'à parler de la Coupe du monde de football) : "Qu'as-tu fait de ma main, tu l'as fourrée dans ta bouche, caressé les doigts ourlés de fivre et maintenant tu craches le sang"; cette lente litanie portée par un orgue (à moins que ce soit un orguophone ou un harmoniumophone, on voit ça plus loin) dresserait presque l'inventaire de la provocation verbale de l'artiste du jour, qu'on arriverait presque à soupçonner d'être atteinte d'une version morbide du syndrome de La Tourette tant l'imagerie se décline dans un camaïeu de douleur et de démembrement (y'a sa concierge qui dérape sur un tesson de bouteille et qui atterrit en morceaux au pied de l'escalier, enzovoort)... C'est la seule grille de lecture de la face B d'"âme debout" : nous, humains, sommes des sacs à viande qui ne demandent qu'un rien pour se percer, ainsi "Dingue", qui conclut cette plaque inégale mais costaude, voudrait évoquer l'état mental de sa narratrice et pourtant, celle-ci termine avec son ventre qui explose et ses tripes qui lui dégoulinent sur les pieds, bon appétit... Après ce déferlement de viscères, dans ce chaudron musical à gros bouillons, je pourrais retrouver de l'appétit en remuant la louche dans la marmite suivante... Car "Paix", quatrième album de Ribeiro, Moullet et consorts (il y a une vieille mauvaise blague à faire avec la reine qui reste à l'intérieur mais vous la connaissez, je vais plutôt vous offrir ceci : il est revenu du futur pour réparer vos rideaux vénitiens, c'est le Terminastore !!!) sorti en 1972, offre, dès son instrumental d'ouverture, le bien-nommé "Roc alpin", quelque chose que les deux précédentes plaques n'avaient pas réellement fourni : une espèce de mélodie, construite, discernable, quasiment un riff de guitare (en fait, et qu'on ne traite plus jamais André Franquin de petit scribouilleur fantaisiste, il s'agit ici de cosmophone, une espèce de truc hybride conçu par Moullet himself qui poussera ses délires d'ingénierie instrumentale jusqu'au percuphone qui, comme son nom l'indique, était à la fois frappé et gratté, contrairement au martini de James Bond), quelque chose d'accrocheur, tout simplement, sans venir ni exciter les neurones, ni titiller les entrailles, juste en passant par l'immédiateté cardiaque de la musique... Du côté de l'inspiration, puisque Catherine se remet à libérer des mots plutôt que des "la-lala-lala" (écoutez donc ce "Roc alpin" et vous entendrez qu'en effet il est question de "la-lala-lala", nous sommes soudain entrés dans un album dont on pourrait croire qu'il est possible de retranscrire les partitions) dès le deuxième morceau de l'album (deuxième sur quatre -oui, seulement- pour tout de même 46 minutes de disque; pas de faux suspense, la plage titulaire monte à 15 minutes tandis que "Un jour... la mort" occupait, sur vinyle, toute la face B avec ses 24:43)... Largement considéré par le consensus critique comme le plus grand moment de la discographie commune de la petite franco-portugaise et de ses grands copains barbus, ce disque est aussi, et peut-être plus que les deux précédents où la démarcation restait claire et infranchissable entre le délire intime et la sentence universelle, celui qui est le plus empreint de son époque et celui qui en parle le mieux aux engeances d'aujourd'hui... "Paix", par sa suite d'exhortations ânonnées, dresse bien moins le bilan des velléités pangéennes de l'époque que le constat qu'en 1972, les enfants, fussent-ils vietnamiens, ont mieux à faire que de se soucier de politique mais continuent à crâmer sous les averses de napalm quand même... Il est obligatoire de dresser ici, à travers les décennies et par-delà le rideau de l'hypocrisie bon teint, d'autant plus en ces périodes de célébration du sang versé au nom d'une latitude de mouvement et de pensée qu'il n'y avait déjà pas besoin de menacer en premier lieu, le nécessaire parallèle entre la course terrifiée des enfants victimes de l'opération Ranch Hand (qui ignorent alors que leurs petites soeurs même pas encore conçues sont déjà condamnées par l'agent orange qui flotte dans la matrice de leurs mères) et le silence des gravats scolaires, après les explosions en cours dans la bande de Gaza... Notre Cathy, nonobstant d'éventuelles capacités prémonitoires dont elle se serait bien abstenue de parler, ne pouvait pas savoir que, main dans la main, joue contre joue, portefeuille à portefeuille, les deux nations qui se sont rêvées élues de dieu, continueraient sans cesse à ravager les populaces au nom de ce genre de mystère qui nourrit inlassablement les scénarios conspirationnistes les plus échevelés... Aurait-elle su tout cela à l'époque (et cela dit, elle s'est rapidement positionnée en faveur de la Palestine opprimée au fil de ses sorties médiatiques dans ces seventies triomphantes) que ça n'aurait tout de même rien changé, la Ribeiro Blanche-Neige, et ses trois nains d'Alpes, aurait conclu cet album de la même manière, sur ce "Un jour... la mort" qui, par une surenchère d'imagerie grandiloquante, quelque part entre la Hammer horror (ou peut-être, faisons-nous plaisir, un scénario posthume de Franju tourné en cachette, scène par scène, au long de toute sa vie, par Jean Rollin) et les caricatures pastel du "Réveillez-vous", quand l'âge d'or nous forcera à des banquets éternels entourés de singes et de tigres qui s'embrassent et se roulent dans les cornes d'abondance, -qui, disais-je, convoque la grande faucheuse et la petite électricité sensuelle ("Dites-moi la Mort, Chère femme, Belle Mort / Vous me serrez d'un peu trop près, trop fort / Je ne suis pas vraiment lesbienne, savez-vous ?", qu'elle nous dira notre chanteuse du jour vers la fin de cet interminable mais pas minable texte) dans le grand chaudron de la tentation du suicide... Je place cette anecdote ici, a posteriori, de toute façon je suis de moins en moins convaincu que quiconque lise jamais tout ceci jusqu'au bout, mais il existe sur toituyau une vidéo d'époque, extrait d'interview de la clique, assis tous les trois dans l'herbe au pied des montagnes, le micro chupachups surdimensionné du journaliste sous le nez et Catherine de concéder, entre soupir et sourire : "Je n'ai jamais pris aucun plaisir à chanter" (sa seconde partie de carrière, reconvertie en défenderesse du patrimoine, de Léo Ferré à Prévert en passant par Piaf, n'en laissera les observateurs que plus perplexes que jamais)... Puis, plus tard de deux ans, Ribeiro+Alpes commettront encore "Le rat débile et l'homme des champs", qui se trouve conclure ce boîtier pas cher que l'autre femme à l'arc à cheval m'a ramené pour mes étrennes (je l'ai déjà dit plus haut, j'ai mis trop de temps à écrire cette chronique, je finis par y radoter, c'est pathétique) mais, franchement, quand je vois toute la pénibilité (sans aucune prime professionnelle en compensation) que cette chronique m'a causé, n'espérez pas que je me plonge également dans cette ultime plaque... De toute manière, le fait est que je n'ai pas encore écouté cet album, bien d'autres, plus impérieux, sont arrivés jusqu'à mes lecteurs multimédias depuis (pour en savoir plus, restez branchés sur ce blog intermittent, ah la la, quel spectacle) mais un vif coup d'oeil aux titres des morceaux laisse envisager une certaine continuité dans l'oeuvre : depuis "L'ère de la putréfaction (concerto en quatre mouvements)" jusqu'à "Poème non-épique, suite", je m'attends à un déferlement de poésie bien poisseuse...

Et à propos de poésie, c'est aussi et maintenant l'endroit et le moment qui en vaut n'importe quel autre pour expliquer que sur les entrefaites de cette chronique boursouflée et de tout le temps que j'ai mobilisé à la rédiger, en petits morceaux, au fil des jours, en un puzzle de quelque 60 pièces, un patchwork finalement terne que je ne refilerai pas à mes générations futures, je peux tout de même, en pure impudeur, raconter comment, dans un samedi trop gris pour son printemps censé être triomphant (notez, l'été aura été encore plus automnal que cela), j'ai foulé les trottoirs de ma ville, cet insoluble cube, et j'ai marché sur mes mots, devant la façade noire et blanche... La sensation ne s'exprime pas, je suis simplement apaisé, je sais, désormais, avec toute la sentence et l'arrogance que ça peut sous-entendre, que je suis, même recroquevillé à l'intérieur de moi, un véritable poète...

27/01/2014

362. "LIEGE AND LIEF" The Fairport Convention

liegeandlief.jpgMe voici, en ce janvier vieillissant, une fois de plus et malgré moi, soumis à un rien de stress post-traumatique des examens universitaires, happé, dans mes moments d'inattention, par le vortex de mes souvenirs solboschiens... Dans ces années-là, un autre siècle, un autre millénaire, le jeudi en fin d'après-midi, nous nous entassions dans l'hémicycle dédié à l'inventeur du plastique pour écouter monsieur le professeur, à l'allure bien plus sinistre que son propos, nous conter les dédales du château kafkaïen, les vices de l'endoctrinement des salamandres de Capek, les modalités d'absorption du soma et les atermoiements d'Helmholtz Watson, entre autres joyeusetés... Utopie, contre-utopie, dystopie, les termes, alors vagues si pas méconnus, n'avaient soudain plus aucun secret, perdant au passage de leur mystique, gagnant, pour autant, en fascination... Des textes anciens de Thomas More aux détournements post-modernes de Huxley, Orwell ou Burgess, les valeurs sociétales et leur remise en cause ne faisaient plus aucun doute... Comme pourrait dire un chroniqueur littéraire qui aurait de l'esprit (il faut bien qu'il y en ait, c'est statistique) : "On ne lit pas William Gibson comme on lit la collection Darkiss"... Mais le fait est, en soudain clair-obscur sur mon air renfrogné, penché sur mon clavier azerty, que j'ai perdu le fil de mes idées... Bref, de sous-genre en exercice de style, j'aurais voulu vous entretenir de l'uchronie, une niche probablement encore plus méconnue que la dystopie... Entraînement mental qui amène à décrire des réalités proches mais divergentes, l'uchronie stipule qu'un événement, considéré capital mais parfois particulièrement trivial, modifié dans le passé plus ou moins proche a entraîné, au temps présent, l'émergence d'une société aux différences plus ou moins criantes... Sur le mode, bien connu des lecteurs de comics, du "what if ?", l'uchronie permet donc, très souvent, un commentaire social, économique, assurément politique... De nombreux récits uchroniques, parmi les premiers de ce sous-genre qui a pris de l'ampleur dans les années 60, partent d'un point de divergence évident; pour le vingtième siècle, on a beaucoup utilisé l'idée de "tiens, et si que c'était les Nazis /les Japonais /les Soviétiques, qu'y z'avaient gagné la deuxième guerre mondiale ?"... Les fans de la série télévisée "Sliders" (il doit bien en rester quelques-uns) auront tout de suite reconnu là l'un des ressorts narratifs utilisés pour justifier certains statu-quos dans les dimensions alternatives visitées par l'improbable quatuor (ainsi, de cet épisode qui explique comment les fusions d'entreprises au Texas se règlent au duel de cowboys, à l'arme à feu, en pleine rue car l'état à l'unique étoile a gardé son indépendance à l'issue de la guerre civile)... Juste pour remuer de la vieille misère politique, à coup de diamants offerts par des dictateurs cannibales qui auraient servi à financer des avions capables de détecter des nappes pétrolifères, je peux signaler que Valéry Giscard s'est essayé à l'exercice il y a peu, avec une uchronie qui conte la vie en France d'aujourd'hui alors qu'il y a deux cent ans, Napoléon serait revenu victorieux de sa campagne de Russie... Oui, l'uchronie n'a de véritable intérêt que si le parti-pris de départ n'en a pour le lecteur lui-même... Et tout cela, bien sûr, ne peut se confondre avec la simple anachronie... Elle aussi de racine étymologique grecque antique, l'anachronie évoque un temps bouleversé par un simple détail, une impossibilité technologique/ culturelle/ morale, telle que Léon Zitrone qui présente le JT en toge, 105 minutes avant l'an zéro, une ouvrière de chez Motorola qui sort de ses ateliers, en 1948, avec un GSM à l'oreille ou, bien sûr, six troubadours qui parcoureraient les chemins boueux de la lande d'Angle médiévale, avec leurs guitares électriques dans le dos et leurs amplis à bout de bras... Ah, ben, tout de même, nous y voilà... Mais, suis-je forcé de reconnaître, à l'issue de certaines des pires circonvolutions qu'il m'a été donné de rédiger sur ce blog, vous me les excuserez si l'entourloupe vous semble tressée avec une ficelle trop voyante... Bref, automne 1969, The Fairport Convention est établi comme le groupe le plus prééminent de la scène folk anglaise... Mais le club des cinq plus une fille va marquer d'une empreinte indélébile tout le panorama rockeux pour des décennies avec cet à-priori tout simple : ils allaient désormais traiter leur répertoire traditionnel comme si c'était du rock de l'époque; aujourd'hui, ça semble acquis, le processus n'a plus rien de surprenant mais il y a 45 ans d'ici, c'était d'autant plus perturbant que c'était le voyage inverse qui était initié par les précurseurs du prog... Ceux-là, d'abord des rockeurs, avaient décidé de teinter leur musique d'influences classiques et médiévales pour des résultats forcément inégaux et pompiers; ici, nous sommes d'accord, la Convention, forcément folkeuse, est venue aux sonorités électrisées, forte de sa maîtrise prérequise du répertoire trad... La preuve est éclatante, dès la première écoute (et tout autant après des dizaines et des dizaines, voici un disque dont j'ai bien du mal à décoller l'oreille), c'est cette recette qui fonctionne, cette approche qui a de la valeur... Venir au style quand on possède la substance plutôt que de tenter des greffons de suppléments d'âme sur un squelette qui ne tient debout que par la volonté d'être une vedette... C'est, et je ne parlerai probablement plus jamais de rock-prog après la sentence que je m'apprête à vous asséner (car je vais me faire déchiqueter dans les parkings souterrains par les fans de Marillion même si son leader historique possède une espèce de sixième sens; mais oui, Fish tique -ouilleouille, ça c'était mauvais), c'est, que je disais, toute la différence aveuglante entre des rockeurs qui jouent bien, voire très, très bien (Hackett, Emerson, Squire, Waters, vous connaissez la clique, vous écoutez Classic 21, j'parie) et The Fairport Convention qui se "contente" de jouer "vrai"... Tout ça s'attaque par une invective aux ménestrels en vadrouille ("Come all ye") qui permet à ce long playing pourtant si rock de s'ouvrir sur une ligne de violon... Forgées au feu médiéval de la tradition, les mélodies sont évidemment toutes aiguisées comme le métal, à tel point que les paroles, nourries de grammaire ancienne et de vocabulaire désuet, peuvent se laisser entendre sans s'écouter vraiment (ce qui, j'en conviens, va un rien à l'encontre de l'esprit même de la chanson traditionnelle qui, par essence, avait divers messages, informations, leçons de vie, édifications des masses, à faire valoir mais le fait est que ce disque, malgré le beau travail de restauration du label Island, garde son amplitude d'époque, à savoir un sous-mix flagrant qui, tout en rendant justice à la volonté de dénuement du groupe, ne fait pas couler l'écoute comme une source cristalline au coeur des collines celtes -bref, dans la voiture, le matin, à devoir faire attention aux autres automobilistes clairement bien moins réveillés que moi, tout en maintenant la conversation avec le petit bonhomme assis à l'arrière, je n'ai pas toujours la capacité, malgré mon bilinguisme avéré, de décrypter tous les récits développés dans les huit morceaux de ce disque)... Puis surgit, après cette ouverture signée par le groupe, un traditionnel particulièrement aérien, aux arpèges déliés : "Reynardine" qui, comme son nom permet de le deviner, met les jeunes filles en garde contre les divers sévices corporels, éventuellement érogènes, que leur réserve la créature titulaire, un renard-garou... Mais ce "Reynardine", c'est avant tout la confirmation d'une donnée rockologique que le grand public ignore copieusement (en même temps, si des renard-garous ça existerait, ils boufferaient le grand public avec délectation et des bons coups de canines au lieu de venir croquer nos poupoules au milieu de la nuit; si votre voisin, justement comme de par hasard roux de cheveux, revient tard aux petites heures du potron-minet avec, étonnament, des petites plumettes coincées entre les dents, ni une ni deux, je serais vous, je m'inquiéterais, des fois que les renard-garous, ça existerait, et tout ça) : Sandy Denny (morte en 1978, à 31 ans, des conséquences d'une bête chute d'escalier aggravée par des années d'abus de cocaïne) était l'une des plus grandes chanteuses de rock des années 60; décennie pourtant incontournable du rock, qui de Janis Joplin en Mama Cass, par Grace Slick et via Joni Mitchell, ne manquait pas de figures féminines imposantes et talentueuses... Sur la seule base de "Reynardine", Sandy Denny se hisserait sur le podium d'un éventuel top autant des chanteuses rock s'il me venait à l'esprit d'en compiler un et que, surtout, mon agenda trépidant veuille me laisser un créneau disponible... Bref, Richard Thompson à la guitare (le seul, pour le coup, qui poursuivra une carrière au succès commercial après ces fastes années de la Convention), Simon Nicol à la guitare, Dave Mattacks à la batterie, Ashley Hutchings à la basse et Dave Swarbrick au violon vont ensuite donner la pleine mesure de leur maîtrise sur leur revisite de "Matty Groves", un énorme standard anglo-saxon, trituré de toutes les manières au fil du temps, plus connu de l'autre côté de l'Atlantique sous le titre "Shady Grove" (et qui, tout en restant centré sur l'amour et le sexe, raconte alors une histoire bien moins glauque)... En quelques mots, dans ce récit d'adultère et de vengeance, on découvre comment la Dame des environs se trouve éprise d'un villageois qu'elle ramène chez elle, en l'absence de son époux et Seigneur, consomme dans les draps puis se fait trucider par le mari trompé qui, au final, fait enterrer sa femme avec son amant mais en demandant que l'on place sa dame au-dessus dans le tombeau, pour signifier, jusque dans la mort, son appartenance aristocrate... Cela dit, dans les cinq minutes que dure ce chant (auxquels les Fairports vous rajouteront bien volontiers une suite instrumentale de trois minutes qui sera le moment de la galette qui flirtera le plus avec les codes du prog), nous pouvons (en l'occurrence, "je peux" à moins que je n'utilise le nous majestif ou, qui sait, que je sois soudainement devenu schizophrène, atteint de trouble dissociatif de l'identité; en tout cas, je ne sais plus si je l'ai dit mais je le répète ici, la récente et particulièrement sous-estimée série "United States of Tara" fait pour toujours partie de mon top autant de séries préférées de tous les temps pour peu qu'il me vienne à l'esprit de rédiger un top autant consacré au séries TV dans la mesure où mon agenda trépidant ne me laisse aucun créneau bla bla bla, ça fait encore des lignes de gagnées à rédiger mes bêtises comme elles me sautent dans la tête), nous pouvons, qu'il écrivait (ah, bravo, je me parle à la troisième personne maintenant, toute la panoplie du n'importe quoi est donc bien là), nous pouvons épingler un rythme narratif tout médiéval : la résolution du conflit prend un seul vers (contrairement au poivrot du coin, mais ce n'est pas le sujet), Lord Donal plaque sa femme au mur et lui transperce le coeur; par contre, plus tôt, il nous faut un couplet entier pour décrire la course du servant qui a entendu les propositions salaces de Lady Donal au petit Matty Groves et s'en va "dans les champs de maïs lointains" prévenir son suzerain, le texte expliquera même qu'après avoir couru à travers la plaine, le servant est arrivé à une rivière, a enlevé ses chaussures et s'est mis à nager... Et la face A se termine avec calme et mélancolie sur une petite ballade inspirée, servie par les arpèges de Richard Thompson... Retour au traditionnel pur et dur sur la face B avec une sempiternelle histoire de Déserteur, dont la conclusion pacifiste n'a pas pris une ride... Vient alors un medley de quatre petits instrumentaux sur lesquels vous devriez voir notre héritier se gigoter, sur le carrelage devant la châine hi-fi, dans son siège auto, les bras qui battent, la tête qui opine rageusement, vous le connaissiez déjà fan de rock dur (relire chronique 342), vous le découvrez friand de jigue endiablée et de bourrée fiévreuse, c'est la magie de ce blog... De magie, qu'il en sera ensuite question à la pelle avec "Tam Lin", l'autre morceau le plus prog du disque, porté, lui, sur ses sept minutes vingt secondes, uniquement par la guitare électrique et la batterie... Si l'on ne savait pas que l'histoire de cet homme transformé en elfe par la reine des fées et dont une jeune fille tombe amoureuse puis enceinte de lui et va le sauver après qu'il se transforme en salamandre, en serpent, en que sais-je-encore puis en morceau de charbon ardent qu'elle doit balancer au fond d'un puits, était une véritable comptine écossaise ancestrale, on aurait aisément pu croire que les Fairports avaient eu, un soir ou l'autre, la main lourde en imbibant leur petits buvards... Mais donc, oui, cette histoire abracadabrante nous vient du fond des âges et a survécu jusqu'ici, prouvant à sa manière la suprématie acquise dans la culture de masse par l'approche fantastique sur l'approche scientifique (mais ça, c'est le débat de la prochaine fois)... Une dernière chanson, "Crazy Man Michael", signée Swarbrick et Thompson, achève d'entretenir la confusion entre répertoire et création et fournit les clés du concept : The Fairport Convention ici, sur cet album qui aura été leur troisième sortie de l'année 1969 (ah ça, on ne répétera jamais trop comment, à l'époque du vinyl, il était impensable qu'un artiste passe deux années entières sans sortir de disque alors qu'aujourd'hui, avec le format digital, le public serait presque surpris si une vedette sortait deux disques en l'espace de trois ans), décide de composer à la mode d'antan et de reprendre à la sauce du jour... Avec ces 45 ans de délai, et l'évidente influence qu'aura eu cette plaque, l'idée semble désormais passée dans le vocabulaire de base de la musique populaire mais c'est peu dire qu'à l'époque, ces messieurs les critiques étaient plutôt dubitatifs en découvrant ce parti pris inédit; ces messieurs les critiques qui étaient presque sinistres, à l'instar de ce professeur sépulcral dont le cours ex cathedra d'automne n'était guère rehaussé, de 17 à 19 h, par le soir déjà tombé, le froid déjà pinçant, l'hiver déjà imminent; derrière son éblouissante expertise de la littérature slave, nous lui trouvions des airs de vampire, nous ne pouvions pas savoir qu'il était un renard-garou...

10/09/2013

344. "BONGO FURY" Frank Zappa / The Mothers / Captain Beefheart

bongofury.jpgSnowden, Assange, Kerviel, même, pourquoi pas (mais en fait, non, pas du tout Kerviel, pour bouc-émissaire qu'il soit, le Jérôme a tout de même moins l'étoffe d'un héros du peuple et plus la pelisse mitée d'un escroc que les deux autres), va falloir vous bouger, les loulous, et créer un bouclier humain autour de ce blog (que, déjà, l'un ou l'autre pseudo-guerillero du décibel avait tenté de détourner sur les déserts de la Arènnbilande ou les glaciers de Shitmusicalia) parce que là, les alarmes de la CIA, de la NSA, du Pentagone et qui sait, peut-être même de l'ATF, de la FDA et du FCC vont se mettre à carillonner dans tous les sens... En effet, j'ai l'intention de dresser un inventaire assez simple: du glycérol, de l'acide sulfurique, de l'acide nitrique... Pour le compte, j'aurais dit Captain Beefheart, Frank Zappa, The Mothers of Invention, la nitroglycérine fait tout autant boum, mais plus dans les oreilles et les synapses que dans les rues d'Alep ou de Ramallah... On rit du malheur des peuplades qui confondent débat démocratique avec "pan, une pierre sur ta gueule" mais le fait est que chaque nouveau cadavre qui tombe dans les rues du Caire est un clou en plus dans le cercueil du progrès humain (cela dit, voilà, paraît-il, que l'Europe ne sait réellement quel camp mérite le plus son soutien, dans cette sale affaire; un conseil d'ami: dans le doute, toujours choisir ceux qui prônent le plus de distance entre la sphère politique et la sphère religieuse)... Et tout ça sans évoquer les millions d'enfants qui continuent à mourir, un peu partout, sous-alimentés ou harassés de travail ou les deux... Le monde va mal, la nouvelle n'étonne plus... Alors, pour encore parvenir à surnager, la tête hors du bouillon de cette marmite de misanthropie dans laquelle nous sommes tombés tout petits, soumettons nos pensées vagabondes à une troupe qui se plaçait là, les deux pieds dans le sol, les poings sur les hanches, le menton frondeur, face à la bêtise grouillante et l'égoïsme galopant de ces singes hurleurs qu'on appelle des êtres humains... Capitaine Coeur de Boeuf (Don Van Vliet, au moment de son décès le 17/12/2010, salopard même pas immortel) a vécu son dégoût de la banalité jusqu'au bout, en finissant par tout quitter en 1982, réfugié presqu'ermite dans sa créativité picturale et son bout de désert du comté de Humboldt... Francesco Zappatoni, Frances Zappagna, Francisz Zappatowski, à moins qu'il ne se soit appelé François Zappon (après tout, sa mère était franco-italienne, son papa, un moustachu, un sicilien) est parti plus tôt, contrairement aux trains nazis qui étaient toujours à l'heure (ce qui ne sera même jamais une consolation acceptable face au seul génocide industrialisé de l'Histoire), le 4 décembre 1993, avec une prostate hors-service, dans l'amour des siens et peut-être celui des chiens mais la page wikipedia qui lui est consacrée ne dit rien d'une éventuelle cynophilie particulière, on gardera uniquement à l'esprit la pochette de cet album de musique de chambre sorti en 1984... Un Zappa, donc, particulièrement anarchiste, passablement drogué, totalement surproductif, noyant dans la quantité la probable illusion d'un génie véritable... Frank Zappa, aussi, qui sera l'un des rares à lever la voix officiellement contre le projet de censure déguisée qu'était le PMRC fondé par Tipper Gore (la femme d'Al, en effet, je ne peux rien vous cacher) et son autocollant noir "Explicit Content"... Zappa affrontera le Sénat sur cette question en 1985 mais ce n'est pas le sujet de ce jour, juste une brillante illustration que le Frankie fallait pas trop venir le faire iech quand il était question de libertés fondamentales... Bref, deux Californiens cintrés, pressés au pur jus de rébellion authentique, copains de cochonailles, papes du psychédélisme le plus débridé... Inutile de dire que le mélange des deux, sur scène, dans leurs grandes années, était explosif (de la nitro, on vous a dit) et cette "Furie du Bongo" en est l'aveuglant argumentaire, qui a tout, aussi, du mindfuck (alors, plutôt que de perdre mon temps à vous expliquer ce qu'est un mindfuck, je vais plutôt vous inviter à vous faire des amis geeks, idéalement rompus à la culture alternative américaine et de leur demander, à eux, de vous expliquer directement... sinon, au pire, continuez à regarder The Big Bang Theory, y'a bien un moment où le sujet viendra sur le tapis) le plus pernicieux... Avec l'omniprésence des Mothers, le groupe protéiforme de Zappa, cette tournée de 1975 est la seule à avoir jamais réuni Don et Frank sur scène (l'un est un asocial de génie, habité mais fragile sous sa carapace psychorigide; l'autre, un garçon discret caché derrière une projection extravertie hyperactive, soyons avant tout heureux qu'ils se soient rencontrés et compris)... Les compères, on le sait, s'apprivoisaient de longue date; repartez dans les tréfonds de ce blog jusqu'à la chronique 12, c'est Zappa qui a produit Trout Mask Replica, et ce partage des planches donne toute la démesure de leurs talents hors normes et parfois contradictoires... Zappa, on le sait (et si vous ne le saviez pas avant, vous le saurez désormais après), affiche une écriture volubile, il compose comme il respire, après son nesquik du matin, il a déjà pensé trois nouvelles chansons, une partition baroque et l'ébauche d'un opéra... Beefheart n'en a que peu à faire de la musique concrète, des Stravinsky, des Varèse qui nourrissent son complice, sa musique à lui est d'abord un boogie carré, cassé et fracturé mais mené à son terme... Là où tous, Mothers en tête, se retrouvent, c'est dans ce long flot free jazz délirant mais toujours maîtrisé... Les mécréants qui ne jurent que par le "poum-tchac / poupoum poum-tchac", les couplet/refrain/couplet/pont/refrain/refrain et le chant tonal sont priés de laisser leur préjugés (et leurs posters des BB Brunes) à l'entrée s'ils veulent, plus tard dans la soirée, avoir le droit de plonger la première phalange de leur index dans le bol de punch... "Advance Romance", par exemple, et ses onze minutes languissantes, entre vieux blues embourbé et progression séquentielle, force les néophytes à revoir leur définition du rock... Puis, Beefheart, plus que l'autre qui chante mal exprès de son timbre d'enfant de choeur, est un poète, très beat, capable de déclamer, de dégueuler du texte au kilomètre de sa voix de papier de verre, laissant toujours planer le doute sur la quantité réellement écrite à l'avance... Deux fois sur ce disque, Van Vliet offre de ces proses rebondissantes, de cette logorhée qui, on l'a dit, tranche la chair du réel pour en montrer l'os carié... Peut-être, pour chichiter un maximum, que ce burrito brûlant perd un rien de saveur par l'adjonction, en plein milieu du défilé, de deux morceaux issus de sessions studio précédentes et qui cassent donc l'unité de l'enregistrement des 20 et 21 mai 1975 au QG Mondial Armadillo à Austin, Texas... Mais c'est vraiment pour chichiter tant que je peux car, en vérité, le Capitaine participait à ces sessions et sa présence percole tout du long, garantissant une vraie cohérence à ce disque qui, tout comme l'improbable évidence du couple Beefheart-Zappa, réconcilie tripes et neurones, couilles et coeur, raison et folie, croyances et certitudes... Si le diable concocte sa musique dans un chaudron, c'est évidemment dans celui-ci... Et quarante ans plus tard, il continue à l'écouler dans ces boîtiers si reconnaissables de Ryko Records, gestionnaires du catalogue de Zappa... Ce jewel-box est une marque déposée, il est teinté de vert, comme la plupart des drapeaux des républiques musulmanes... Installez les haut-parleurs géants, diffusez "Bongo Fury" à fond la caisse, maintenant, tout de suite, depuis la place Tahrir jusqu'aux rives du Barada.

06/09/2013

343. "IN THE COURT OF THE CRIMSON KING" King Crimson

in-the-court-of-the-crimson-king-an-observation-by-king-crim-4ec8c9076271d.jpgOn ne peut guère me taxer de royaliste mais le fait est que j'ai apprécié la manière dont Bébert (jusqu'au bout car on a pas fini d'en parler de son "big kiss" même si, là tout de suite, c'est la volée d'impudeur de la mère de la fille qui agite plutôt nos muscles génioglosses de petits belges) a quelque peu humanisé la fonction tout en grommelant de manière opportune face aux nouveaux nazillons anciens bonshommes tout ronds qui prendraient, à déchirer cette Belgique, le même plaisir qu'un sale gamin livré à lui-même, qui arrache les pattes d'une sauterelle et fait griller des fourmis sous sa loupe, dans le terrain qui divague, derrière chez son beau-père qui dit bonjour en arrachant la languette de la cannette de sa pils marque distributeur et qui dit au-revoir du plat de la main à travers la face... Comme beaucoup dans ce pays où l'on n'a le choix, en matière de restaurant à hamburgers (c'est clairement l'un de mes oxymorons préférés), qu'entre des arches dorées dont les pépites de poulet contiennent 48 ingrédients différents (du poulet, de la panure, du sel, du sucre, d'accord; mais les 44 autres, bord**, c'est quoi ?) ou une enseigne qui fut belge (ah, quelle fierté de participer à l'obésité modiale mais c'est comme le chocolat à l'éléphant, la bière au taureau, voire tous les services aux publics, tout ça passe aux mains des autres) et dont la définition de l'adjectif "géant" fait hurler au délire les liliputiens dont la famille et les proches ont été écrabouillés par les pieds patauds de Gulliver, il peut m'arriver, à l'étranger, de confier mon envie de gras mou tiède au Burger King... Je ne suis pas non plus très fan du mouvement musical défini comme "prog-rock", dont les envolées faussement lyriques, les circonvolutions mélodiques inutilement tarabiscotées et les boursouflures sonores largement indigestes me laissent toujours les oreilles lourdes et l'envie d'aller vite me refaire un marathon de la musique punk la plus crassement primaire... Et pourtant, tout pas royaliste que je suis, je me plais à traîner dans ces jardins-là, à la botanique un rien vénéneuse, à plier le genou de la révérence à la cour de ce roi écarlate... Premier album, coup d'éclat, chef-d'oeuvre peut-être, cette salve inaugurale de King Crimson se trouve, de longue date, dans le dessus du panier de tout classement personnel d'albums de musique dont je peux, de loin en loin, avoir envie de procéder à la rédaction... Or, c'est du prog, c'en est, avec des chansons qui cachent d'autres morceaux de chansons, des échappées instrumentales et narratives, bon sang, un disque de 44 minutes pour une track-list de cinq titres à peine (comparez ça avec du Ramones ou du Minor Threat et comprenez que le rock est une bestiole métamorphe qui peut, en vérité je vous le dis, revêtir toutes les apparences qu'elle souhaite, comme cette Putain de Babylone dont on reste obnubilé par le dessus féminin dénudé alors qu'il faudrait très clairement beaucoup plus s'inquiéter de la monture difforme qu'elle califourche)... Mais ce "In the Court of the Crimson King", c'est aussi un de ces jalons fondateurs, à même d'enthousiasmer l'archéorockologue que je peux être, parfois... Car avec des sessions studio entamées au tout début de l'année érotique, on peut difficilement accuser King Crimson d'avoir consciemment coulé leur musique dans le moule de ce qui allait devenir le prog-rock, que les choses soient claires: ce sont Robert Fripp (guitare), Ian McDonald (bois, vents, claviers, mellotron, choeurs), Greg Lake (basse et chant), Michael Giles (batterie, percussion choeurs) et Peter Sinfield (textes et illumination) qui ont dessiné les patrons, cousu les premiers modèles et démarché les revendeurs; créé, de toutes pièces, ce fameux mouvement de la musique populaire mâtiné à la fois de jazz rageur et de prétentions symphoniques... C'est ce côté totalement free qui en impose sur la plage d'ouverture, ce "21st Century Schizoid Man" qui illustre également la pochette du disque (et dont une anecdote méritera d'être racontée plus tard); c'est un brûlot de plus de sept minutes dans lequel Fripp donne toute sa démesure, c'est une torpille qui cache un escadron de F-16 qui, en explosant, révèle une flotte de porte-avions... Que le reste de la plaque soit tout de suite plus planant et cosmique ne gêne pas, après ce coup de boule d'entrée de jeu... Et là, si c'est Fripp qui gèrera tout le reste de la carrière du groupe, on constate sans conteste que c'étaient les autres membres originaux qui tenaient la barre... Ian McDonald est sensationnel dans son rôle de lutin forestier manieur de flûtes et de hautbois, il signe d'ailleurs seul la musique de deux des cinq morceaux du disque dont "I talk to the wind", porté par sa virtuosité traversière et cette ahurissante plage titulaire qui clôt la galette et qui établit le cadre de toute l'exploitation de style qui aura lieu dans les décennies suivantes: "In the Court of the Crimson King", qui mélange philosophie new-age et mythologie vaguement arthurienne, dans un magma certes discutable, se présente sous la forme d'un collage de la chanson de base et de deux interludes musicaux... C'est également le cas de "Moonchild", qui ouvre la face B et qui, construction de 12 minutes introvertie et tressée autour du silence, aura forcément semé les graines de bien des groupes qui, à défaut de donner dans le somptuaire orchestral, iront plutôt récolter dans les champs du minimal et de la note de musique excessivement soupesée... C'est aussi un "trois-en-un" pour "Epitath" qui, en milieu de disque, assène son lot de leçons: avant tout, Greg Lake est l'un des chanteurs les plus sous-estimés et injustement oubliés de la riche histoire du rock; son tremolo contenu tout au long de ce tour de force ajoute le plus adéquat des désespoirs à une composition qui, incroyable mellotron en tête, est la plus plombée de ce disque déjà sombre et névrosé... C'est grâce à la puissance fêlée de la voix de Lake qu'on croit à ce narrateur qui affirme: "Le trouble de l'esprit sera mon épitathe tandis que je rampe sur ce sentier brisé / Si nous nous en sortons, nous pourrons nous asseoir et en rire mais je crains que demain je ne sois en train de pleurer"... Et donc, comme souvent, ajoutant à ce manque de primesauterie, il y a cette pochette, peut-être encore plus mythique que le disque lui-même... (vous l'avez compris, c'est l'heure de l'anecdote)... Au recto, l'homme schizo, qui hurle de terreur, en constatant que son crâne se fond et se délite dans un cosmos passablemment coloré (de un, ah la la, les ravages psychotropes des précipités de lysergamides et de deux, thématique très 1969, qu'on y verrait aussi Dave Bowman passer de l'autre côté de Jupiter pour finir dans un grand lit au coeur d'une chambre rococo) et au verso, le roi écarlate en personne, deux doigts dressés dans une pose de l'enfant christique, au sourire carnassier et au regard pourtant si triste... Deux dessins, peintures, gouaches, acryliques, que sais-je, j'ai pas suivi des cours avec Szymkovicz, moi !, qui résument assez bien les ambiances de ce gros disque... Deux dessins signés Barry Godber, un jeune informaticien qui allait être terrassé par une crise cardiaque en 1970... L'artwork de cet album reste, à tout jamais, la seule création connue de ce garçon; en voilà, de l'anecdote particulièrement pas joyeuse, avec des morceaux d'infarctus dedans et de la mort, beaucoup de la mort car même les souverains doivent tous crever.

King%20Crimson%20-%20In%20The%20Court%20Of%20The%20Crimson%20King%20-%20Booklet.jpgKing Crimson - In The Court Of The Crimson King [Original Master Edition HDCD] - GATEFOLD2.jpg

Écrit par Pierre et petit pain dans For the love of Liz, Psykédélires | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

21/06/2008

261. "GREATEST HITS" The Byrds 21/06/08

the byrds greatest hitsMatinée calme d’un week-end tranquille, le chat câline et ronronne pour obtenir sa première ration du jour… Et dans la machine tourne un disque dont le jewelcase, avec l’angle de vue du capitaine barbu, ne permet quasiment plus, derrière la multitude de microrayures, de distinguer la photo de couverture de pochette… C’est que ces grands succès des Oyseaux se trouvent dans notre collection depuis des temps immémoriaux (ou, du moins, plus de quinze ans) puisqu’il s’agit très exactement du 21e CD que j’ai acheté dans ma vie… De manière atrocement personnelle (oui, aujourd’hui, on ne donnera pas dans le récit allégorique), ce disque m’a partiellement servi de port d’attache dans cette joyeuse épopée à la découverte de la musique populaire mondiale du XXe siècle… Car au-delà de leur valeur intrinsèque sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir plus tard, les Byrds (ici ceux des débuts, Jim McGuinn, David Crosby, Chis Hillman, Gene Clark et Michael Clarke) furent un magnifique carrefour des genres musicaux, une cristallisation accessible à tous de l’esprit hippycalifornien, surtout sur ces quatre premiers albums (de 1965 à 1967) qui fournissent le matériel de cette compilation… Des évidents mais imparables emprunts au songbook de Dylan (Mr. Tambourine Man, All I really want to do, Chimes of Freedom, My Back Pages) aux raffinées et ravissantes reprises (on allitère, y’a pas à dire) de Pete Seeger (The Bells of Rhymney, Turn ! Turn ! Turn !), les Byrds créaient, pas nécessairement avec la conscience du lucre, le folk-rock, hybride entre les sonorités un rien psyché d’alors et une qualité d’écriture que la formation elle-même était capable d’atteindre… Tant McGuinn que Clark, Crosby ou Hillman le démontrent ici sur les autres morceaux de la plaque (I’ll feel a whole lot better, Eight Miles High, Mr. Spaceman, 5D, So you want to be a rock‘n’roll star)… In fine, la réécoute de ce disque, initialement sorti en 1967, donc avant la meilleure période artistique du groupe, prouve déjà que les Byrds ont laissé une marque indélébile dans l’histoire du rock et qu’à terme, pas forcément tout tout de suite, même si leur nomination au rock‘n’roll hall of fame est un pas dans le bon sens, qu'à terme, donc, ils s’installeront, par consensus, dans le top 10 des groupes les plus importants de la musique populaire mondiale.

Seb

14/04/2008

252. "LOVE AND ROCKETS" Love and Rockets 15/04/08

Love and rocketsTrio méconnu, la bande de Love and Rockets n'est en fait rien d'autre que les musiciens de Bauhaus (groupe pas forcément plus connu, cela dit) moins le chanteur Peter Murphy... David J, Daniel Ash et Kev Haskins s'étaient lancés dans cette aventure d'amour et de fusées dès la moitié des années 80... Cet album éponyme, leur quatrième, est sorti en 1989 et surprend par son contenu encore plus que par son contenant, le travail op-art migraineux de l'artiste Spyros Horemis... Car les onze plages du disque se percutent dans des collisions inattendues, partagées sans collaboration commune entre des compos soit de Ash soit de J... Au final, la marmite exhale autant du gothique (contrées dont Bauhaus furent parmi les premiers cartographistes), de l'industriel ou de l'electro que du psychobilly, du blues sec et cassant et une touche de folk plaintif... La basse est maladive, les guitares sont noires et recroquevillées, la batterie ne fait pas tout ce qu'elle devrait pour garder l'édifice sur ses bases et pourtant il y a un petit air magique qui survole et transcende ce bilan faussement brouillon... A tel point que la mélodie entêtante de "So Alive", seul single à avoir cartonné à l'époque, de manière d'ailleurs désarmante et inattendue (numéro 3 du top 100 US), donne presque l'impression d'être déplacée mais certainement pas coupable, un peu comme un enfant flevolandais au milieu d'une cousinade pygmée.   

Écrit par Pierre et petit pain dans Bibibiiip, Krang Kerrang, Psykédélires | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

04/03/2008

244. "IN THE DARK" Grateful Dead 05/03/08

Grateful Dead In the DarkSorti en 1987, In The Dark est l'avant-dernier album studio du collectif hippie... Pour l'occasion, l'âge, et probablement la modération, étant là, la bande de cadavres reconnaissants sortait une plaque beaucoup plus léchée, plus country carrée et americana proprette que l'habituel déchaînement psyché-roots du Dead sur scène... Il n'en reste pas moins que l'expérience est la seule valeur qu'il est impossible de prétendre s'autoattribuer et Garcia, Weir, Lesh, Kreutzmann, Hart et les autres avaient, plus de vingt ans après leur débuts dans les caves de Haight-Ashbury, plus de talent dans leur petit orteil que tous les groupes vendeurs de cette fin des 80's avaient dans leurs gros panars... C'est donc un groupe qui n'a plus rien à prouver mais qui continue à s'amuser que l'auditeur retrouve dès les premiers accords de "Touch of Grey" qui ouvre le disque et a offert au Dead son dernier single à succès... Histoire de boucler la boucle, et alors que leurs amis et contemporains du Jefferson Airplane devenu Starship (et dans lequel Weir et Kreutzmann ont fait des apparitions) plaçaient leurs clips ("We built this city", "Nothing's gonna stop us now") sur les ondes hertziennes et câblées, les macchabées souriants avaient également droit aux honneurs d'MTV... Si vous vous en rappelez, le clip de "Touch of Grey" voyaient le groupe interpréter le morceau sur scène, avec pour seule (mais importante) astuce de mise en scène que chaque membre du Dead était remplacé par un squelette-marionnette à fils... Peu fourni mais pas court (sept chansons pour plus de quarante minutes), In The Dark se laisse donc écouter avec plaisir et sans effort et si un seul reproche doit réellement lui être adressé, c'est que les quatre morceaux (Touch of Grey, When Push comes to Shove, West L.A. Fadeaway et Black Muddy River) signés Jerry Garcia / Robert Hunter (les auteurs-compositeurs historiques du groupe) surclassent nettement les trois compositions collégiales qui complètent cette plaque... Et forcément, à la fin, le trépassé dit merci.

 

Écrit par Pierre et petit pain dans Psykédélires | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

28/07/2007

210. "SKELETONS FROM THE CLOSET THE BEST OF" The Grateful Dead 02/07/07

Grateful Dead Skeletons from the ClosetLa route dorée vers la dévotion sans limites commence ici... Sorti en 1974 chez les frangins Warner, ce premier best of officiel reprend donc onze des morceaux les plus emblématiques du Mort Reconnaissant... Collectif bien plus que groupe, le Dead est aujourd'hui, et depuis que Jerry Garcia a définitivement arraché son jack de l'ampli le 9 août 1995, pour toujours dans la postérité indissociable de la Californie hippie-libertaire et de l'acide lysergique diéthylamide... Forcément, pas de bad trips, sur cette compile rangée presque par ordre chronologique, de 69 à 72... Un morceau du premier éponyme, deux du palindromique "Aoxomoxoa", deux de "Workingman's dead", un de "Ace", trois de l'incontournable "American Beauty", un du live "Europe '72" et un de "The big ball" constituent la track-list de ces "Squelettes dans le placard"... Autant roots-country que psychédélique, le Dead, articulé autour du Jerry guitariste-chanteur, et de Robert Hunter, parolier en coulisses, a marqué la scène US mais aussi, à coup de roses, de squelettes, d'arabesques psychotropes, toute l'imagerie du rock mondial... La quat' de couv' du livret de ce CD cristallise cet état de fait : la somme du Grateful Dead vaut plus que l'addition de ses membres et devient un concept unique, invité à jouer à table, dans un petit restoroute, aux cartes avec un Brando jeune, en cuir noir, un Clark Gable hâlé en apparat mexicain et Errol Flynn en graduation gown... Vous le savez, le Dead est l'ami du diable mais ce n'est jamais qu'un samedi soir de plus... 

Écrit par Pierre et petit pain dans Psykédélires | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

23/04/2007

153. "DYLAN & THE DEAD" Bob Dylan and The Grateful Dead 16/04/07

dylan & the deadLes mathématiques sont censées dispenser des indices sur l'ordre établi des choses dans l'Univers... La rock 'n' roll music est censée établir le chaos comme moteur de l'Univers... Considérons cependant cette équation à zéro inconnue : Bob Dylan + The Grateful Dead = Un putain d'excellent album live... Enregistré en juillet 1987, édité en 1989, cette plaque célèbre une symbiose pas forcément évidente entre un auteur-compositeur-interprète assez direct et sans chichis dans ses prestations live et le plus grand groupe d'impro rock de tous les temps... La membrane poreuse fonctionne tellement bien qu'à la fin on ne sait plus si c'est le Dead qui accompagne Dylan ou Dylan qui chante dans le Dead... Seul gros indice, les sept morceaux retravaillés comme jamais, avec une maîtrise sans filet des plus rares (et probablement disparue dans le rock d'aujourd'hui), sont tous de Dylan... Le menu, pour ceux qui n'auraient pas encore suffisamment la bave aux commissures : Slow Train, I want you, Gotta serve somebody, Queen Jane approximately, Joey, All along the watchtower et Knockin' on Heaven's door... Un peu de tout, donc et de toutes les périodes zimmesques... Les acteurs : Dylan, Jerry Garcia, Mickey Hart, Bill Kreutzmann, Phil Lesh, Brent Mydland et Bob Weir... Je ne suis pas certain que cet album se déniche encore avec aisance chez les dealers de disques, donc n'hésitez pas quand vous le verrez, la somme en est réellement supérieure au total de l'addition. 

Écrit par Pierre et petit pain dans Psykédélires | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

18/04/2007

152. "BRIGITTE BARDOT SHOW" Brigitte Bardot 15/04/07

Brigitte Bardot ShowEn ce dimanche de marathon, quittons donc Paris d'esprit puisque de corps depuis la veille, sur une certaine idée de la France... Une idée qui s'eût exportée aux quatre coins de la boule... Bien sûr, aujourd'hui, quiconque un rien attaché à la démocratie et aux valeurs progressistes se rend compte que le plus grand drame biographique de BB, c'est qu'elle ne soit pas morte avant ses 30 ans... Mais on ne va pas réécrire l'Histoire tout comme on ne reconnaîtra pas à Brigitte un talent de chanteuse, déjà qu'actrice, c'est tout juste... Néanmoins, cet album, de 1968, cache quelques vraies pépites de la variété française la plus racée... D'abord, of course, les deux morceaux de Serge (arrangés par Michel Colombier, 'scusez), Harley Davidson et Contact, qui, respectivement, ouvrent et clôturent cet album hybride... A deux tiers recueil de chansons de La Bardot, ce BB Show est aussi pour le tiers restant un festival Francis Lai puisque cinq des quinze morceaux en sont des instrumentaux du père franciscain... Les huit sélections restantes sont issues des oeuvres laborieuses des compères Rivière et Bourgeois pour lesquels l'inspiration n'a jamais été une science exacte... Parfois ils frappent juste ("Le Diable est anglais" et sa grosse guitare, "Ce n'est pas vrai" et ses arrangements vocaux psychédéliques ou "Je reviendrai toujours vers toi", ballade très lente qui colle à la voix traînante de l'ex-symbol), parfois ils se vautrent lamentablement ("Ay que viva la Sangria" aussi inepte que son titre, "Gang gang" qui a peut-être bien été refusé par Sheila et "On déménage" qui fait passer les débuts yé-yé de France Gall pour du Nobel de Littérature)... Bref, le Brigitte Bardot Show est un exercice à ne pas prendre au premier degré, sous peine de lourde déception... Personnellement, je l'ai obtenu pour 0,90€ lors de la liquidation finale du magasin Music City de Charleroi, donc je n'ai pas été déçu. 

Écrit par Pierre et petit pain dans Psykédélires | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |