04/04/2014

367. "IN THE HELL OF PATCHINKO" Mano Negra

inthehellofpatchinko.jpgHormis une ridicule moustache (il n'y en a pas de plus ridicule que celle des Twin Twin, j'imagine aisément que tout le pot aux roses aura éclaté en mille morceaux au moment où ces quelques mots prendront vie en ligne sur le réseau des réseaux mais là, tout de suite, à la rédaction frénétique de ces quelques phrases, la version officielle reste qu'ils ont écrit leur rengaine plus d'un an avant que la francophonie ne commence à s'inquiéter de savoir où était passé le paternel de l'autre; mon avis, même si je n'ai aucun droit de le donner, c'est que nous ne nous préparons pas ici le second round de Jouret vs. Deprijck; je m'attends même à un règlement à l'amiable en coulisses, à savoir toute la famille Vanhaver leur tenant les bras dans le dos et Paulo tapant dans le bide des Twin Twin avec un rire tonitruant et des poings vengeurs) mais, donc, à part une éventuelle moustache, en écho aux trois poils sous le nez de Ron Mael, rien ne relie Richard Gotainer et sa chenille processionnaire au bouc vaguement guévariste d'un Manu Chao alors tout gamin... Quoique, on se convainc vite, à l'écoute de cet enfer dans le pachinko, qu'à leur grande époque, les concerts de la Mano Negra étaient des grandes fêtes qui se mangent entre amis, à l'instar des boîtes de couscous incriminées... Ici, tout de suite, je dois signaler que la conserve est bien cabossée; dans un élan autistique supplémentaire, j'ai décidé, il y a déjà un certain temps, de garder ce CD en son état de délabrement... Je l'ai beaucoup écouté, au fil du temps, il s'est peu à peu abîmé, à le traîner de PC de bureau en autoradio et aller-retour via l'un ou l'autre discman (pouah, la référence technologique de vieux con)... Les tututtes (si des francophones d'ailleurs que la Belgique passent par ici, qu'ils lisent "les petites dents", ça fonctionne aussi) en plastique noir qui sont censées tenir le disque en place à l'intérieur du boîtier ont toutes volé en l'air, comme des quenottes déchaussées par quelques crochets du droit trop impulsifs (à moins que l'on revienne se délecter de cette image certes violente mais tout autant jouissive de notre grand Bruxellois de classe internationale qui leur met leur branlée à ces trois petits Parisiens de classe à peine tout juste eurovision)... Mieux, le volet mobile du boîtier ne tient plus que par une de ses deux attaches, donc, c'est clair, il ne tient plus du tout... Bref, c'est le CD le plus déglingué de mes deux mille et tant et plus de disques et ça le restera, c'est ma décision, c'est ma prérogative (je suis obligé, suite à l'usage inopiné du mot prérogative, même si ça n'a strictement mais strictement rien à voir avec le disque du jour, de placer ici toute ma circonspection quant au bien fondé du mariage de Christina Jo Brown avec son frère adoptif; personne ne le souhaite mais si on vient nous dire dans quinze ans qu'elle est morte, comme sa mère, les yeux grand ouverts dans sa salle de bains, le flot de sang séché en-dessous des deux narines, personne ne s'en étonnera plus que ça; oui, les pauvres petites filles riches, ça existe)... En tout cas, direct, tout de suite, au premier pouet-pouet des trompettes joyeuses, dès le sautillement de la batterie et le roulement de la basse, dès la charge au galop de la guitare, on sait que le festin est là... La plage d'ouverture, un scud assez ska et totalement éponyme, est foutraque, en même temps, la Mano Negra était plutôt bordélique (c'est pour ça, mais oui, que je conserve ce disque dans un si mauvais état, voilà, bien sûr, c'est évident)... Sur disque, le choc culturel s'entend peu mais on pourrait s'imaginer bien des scènes de décalage cocasse entre ce peuple nippon réputé pour sa psychoraideur sociale, plutôt propre sur lui dans les travées du club Chitta de Kawasaki (2 novembre 1991) et le collectif débraillé, bariolé, sur scène, ces titis lumières qui ont tant rêvé d'être sud-américains qu'ils sont devenus, malgré eux et à grands coups de téquila, l'une des plus vraies légendes du rock hexagonal... C'est aussi, on le sait, la troisième assiette qui commence à coincer quand on est en mode goinfrage de couscous; les deux premières glissent toutes seules, entre cette semoule évidemment pétrie de sonorités brésilo-colombiennes ("magic dice", "indios de Barcelona", "el sur", "mala vida" pour les moments les plus probants), à la viande de guitares qui frisent le hard rock ("bring the fire", "killing rats"), aux légumes qui s'extirpent du bouillon forcément primordial de la musique keupon ("mad man's dead", "I fought the law", "darling darling") ou au poulet qui se rôtit aux feux du hip-hop ("king kong five", "the rebel spell")... On le comprend vite, sorti en 1992, ce live est quasiment le testament du groupe, qui par son titre portemanteau, évoque tout à la fois cette actualité du soleil levant, et par là le succès absolument mondial atteint par la clique des frères Chao, en donnant à imaginer ces salles de jeux verticaux à petites billes métalliques qui dévalent derrière des vitres, le bruit doit être insupportable dans les salles de pachinko, c'est évidemment l'une des étapes que nous ne voudrons pas rater quand, enfin, nous plongerons dans l'enfer aseptisé de la plus grand métropole terrestre; et tout à la fois, par le truchement de ce T venu s'inviter entre le C et le H (on se croirait dans une question de sélection de Slam avec ce Cyril Féraud certes trognon mais qui n'est quand même pas parvenu à vendre au public particulièrement passif de France3 un concept aussi efficace que Pointless, que tous les anglophones de Belgique feraient bien de regarder, chaque jour, 18h15 -heure de chez nous-, sur la BBC, voilà la conclusion d'une des plus inutiles parenthèses jamais rédigées sur ce blog), un T de trop qui, de suite, fait écho au titre de la première plaque du groupe, ce Patchanka qui doit encore trouver son chemin jusque dans notre collection de disques mais ça n'est pas le sujet (cela dit, si un fidèle lecteur de ce blog, vous êtes pas loin de douze par jour, les filles et les gars et les trans plus les inter et les asexués plus lui plus elle et tous ceux qui sont seuls, veut me l'offrir, c'est gentil mais c'est non car je ne donne pas mon adresse à n'importe qui et, clairement, pour sans cesse revenir lire les inanités de ce blog, a contrario du gaillard Rémy qui est devenu quelqu'un en faisant quelque chose, pour sans cesse me faire croire que ce que je raconte vous intéresse, vous êtes vraiment n'importe qui)... Avec 23 morceaux (enfin, c'est à voir, ce "Mano Negra" d'ouverture revient de loin en loin, par quatre fois, comme un jingle publicitaire entêtant qui nous dirait qu'il n'y a rien à faire; que tout est déjà prêt) pour 51 minutes de concert, on comprend vite qu'on n'est pas là pour se contempler, pour s'introspecter... La Mano tape sec, la Mano emballe vite... L'institutrice voudrait que le travail se fasse vite et bien (contrairement à d'autres maîtresses qui apprécieraient, à ce qu'on me dit, que ça dure longtemps et que ça soit sale; voilà, le quota graveleux de cette chronique vient d'exploser) mais Manu, Tonio, Santiago, Jo, Pierrot, Thomas, Daniel et Philippe avaient clairement le goût du fouilli fiévreux dans cette optique véritablement communiante mais faussement anarchiste... Il n'y a qu'un gag qui vise dans le mille dans la poussive parodie NegraBouch'Beat des Inconnus, et c'est quand Didier Manu Bourdon Chao interrompt les autres pour annoncer à la caméra : "Non, y'a pas de leader dans le groupe; j'écris les paroles et la musique, je chante et je produis les disques mais y'a pas de leader"... Une vérité de plus, dans cette entrée bloguesque bien bien décousue (cette fois, ça y est, le dernier morceau de navet ne veut plus se laisser déglutir, rajouter de la harissa ne fera rien à l'affaire, je l'avais dit que j'avais pris trop de pois chiches dans ma deuxième assiette), c'est que si Manu Chao a, par la suite, capitalisé cette percée mondiale réalisée par la Main Noire, il l'aura fait, on le sait, avec des disques particulièrement lisses et digestes... Pourtant, tout comme le naturiste revient au bungalow (et déjà un quart de siècle sans Desproges), le Manu, en concert, reste particluièrement habité par son alter ego de l'époque... C'est simple, à la sortie d'un concert de Manu Chao, on croise deux types de personnes : des moins de 30 ans étourdis d'avoir découvert l'énergie encore déployée sur scène et qui sourient et des plus de 30 ans ravis de constater l'énergie toujours déployée sur scène et qui sourient... Mais revenons à nos moutons, en l'occurrence, cet infernal chaudron extrême-oriental, Manu Chao hurle dans son micro "Que pasa, Kawasaki ?" et je souris... La troupe poursuit son joyeux saute-mouton, dans un coq-à-l'âne musical qui reste cohérent par ce liant jamaïco-cubain plutôt élastique, qui permet de passer d'une reprise de Chuck Berry ("county line") à un emprunt à Zachary Richard ("Madeline") en passant par un trad./arr. berbère, ce "sidi h'bibi" qui force la question : le meilleur morceau de rock français serait-il un chant arabe, interprété, au Japon, par des ibéro-parisiens ? J'en mettrais ma main au feu !... ah, merde, ça c'était Garbit et pas Saupiquet.

Écrit par Pierre et petit pain dans Black-beur, Outside the box, Safety Pin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

04/09/2013

342. "BALLAST DER REPUBLIK" Die Toten Hosen

uncdparjour ballast der republik.jpgParfois, le matin, je regarde un petit programme adapté à la prise de biberon... Nous sommes conscients que les écrans avant trois ans c'est pas très bon mais nous avons sur les mains un enfant qui manie déjà très bien la technique de la guerre lasse et puis, entre nous, son père aime bien aussi Thomas the Tank Engine, Balamory, The Gruffalo, Peppa Pig voire cette incroyable success-story de Studio 100 qu'on voudrait presque se naturaliser flamands rien que pour ça, avec, en tête, Bumba et toute sa clique circassienne, suivi de très près par Maya De Bij, Kabouter Plop et, depuis peu, Mega Mindy (mon fils assume sans problème de regarder des programmes avec des personnages féminins forts et courageux, ça sera un tombeur, un bourreau des coeurs, on le pressent)... Mais certains matins, c'est papa qui décide, alors on se met des chaînes étrangères dans les oreilles, de la BBC (avec au moment où ces lignes sont tapées, des filles qui sautent dans des bacs à sable, ça fait beaucoup rire, "papa, paaapa, la madame, elle est comique", sans se soucier ni des préoccupations de la compétition athlétique moscovite ni de la polémique homophobique), parfois des canaux néerlandais ou allemands (pour le flamand, il y a Studio 100, on l'a dit)... Et, il y a peu, sur le télétexte de la BRF (qui sont des planqués dans leur genre car, égalité linguistique oblige, ces gens qui couvrent un territoire de timbre-poste se retrouvent d'office embarqués dans tous les déplacements officiels du Palais et moi, qui gère l'info écrite de la plus grande ville de Wallonie, c'est Paris intra-muros à deux kilomètres carrés de différence, on vous le rappelle, je suis allé, en dix ans de carrière, en tout et pour tout, nulle part avec le roi ou le prince, eh bien c'est tout simplement dégueulasse; heureusement que je n'ai pas envie de passer mes journées à regarder nos souverains s'extasier devant des crevettes au curry, des bouts d'étoffe mal dégrossis ou des usines à la limite du respect de la vie humaine, sinon je serais vraiment pas content, bouh bouh boudin, tout seul dans mon coin)... Le télétexte de la BRF, donc, une chanson m'accroche l'oreille, je reconnais cette voix et cette énergie, qui se remontent de mes jeunes années, le track est entraînant, je m'en fais une note mentale pour plus tard, aller voir ça sur les sites de partage vidéos et tout ça... Mais, patâââtt, je me remets à zapper, je passe sur la ZDF (les abonnés Belgacom se font ici d'office deux réflexions auxquelles je réponds immédiatement: de un, oui, je zappe à l'envers sur la télé, ce qui énerve assez bien l'amour de ma vie qui préfère nettement pour sa part démarrer par les chaînes francophones, par ordre croissant pour ensuite sauter de E! jusque dans les canaux britanniques aux alentours du 240 alors que moi, je démarre du 333 et je pars à rebours pour finir sur la Une RTBF, comme ça vous savez tout. Et de deux, ce récit se déroule avant que Belgacom TV ne décide de nous supprimer les chaînes publiques allemandes pour y mettre ces vomissures commerciales débilitantes que sont SatEins et ProSieben) et donc (je sens une chronique boursouflée d'apartés et de parenthèses, moi, pas vous ? -Pas vous ?, qui est une expression colloquiale interrogative signifiant que l'on recherche l'approbation de son lectorat; ce qui est très différent de Pavot, une plante plutôt invasive qui, après divers traitements chimiques, donne de biens vilains produits et qu'il ne faut pas non plus confondre avec Pivot, qui est soit le joueur central d'une équipe de basket-ball soit le nom de Bernard qui a égayé nos soirées d'enfance avec ses lunettes en demi-lune et son air de tout savoir mieux que les autres) blam, ce coquin de sort qui nous essore, voilà-t-y pas que sur la ZDF y'a justement une interview de Campino Frege, le sauvage chanteur des cidevants Toten Hosen, c'est pas une coïncidence à faire se convertir le pape à la partouze, ça ou bien ? A moins, me diront les plus conspirationnistes d'entre-vous, que c'est déjà le cas et que le vatican n'est qu'un immense lupanar où les chairs tremblotent du soir au matin et que les fluides corporels s'échangent encore plus vite que les lettres d'indulgences... Résultat des courses, ce groupe punk/métal germanophone qui avait constitué l'une des bandes-sons salvatrices de mon adolescence ressurgissait dans ma vie, comme un geyser de bière blonde (ou une image de ce genre, je laisse toute liberté à mon relecteur de trouver mieux lorsque ces chroniques seront publiées su papier et s'arracheront par palettes entières, les femmes dans la rue se jetteront sur moi pour s'arracher ma vertu et tous ces trucs idiots; à cause de Balavoine, et de ce vers du "Chanteur", quand j'étais petit, je croyais que la vertu, c'était une espèce de vêtement, une chemise ou quelque chose de ce style)... Car je dois bien reconnaître qu'à part le best-of "Reich und Sexy II" sorti en 2003, je n'avais plus rien acheté des Toten Hosen (déjà qu'on trouve pas beaucoup, beaucoup leurs disques par chez nous) et, surtout, je n'en avais plus le goût ni l'envie... Je ne vais pas mentir, c'est aussi à ça que sert la toile mondiale, je gardais bien un oeil sur leur actu, une oreille traînant parfois sur une vidéo mise en ligne... Mais là, ce single brièvement entendu sur ce téletexte rédimé, m'enthousiasme comme ce grand gamin osseux que j'étais à seize ans (maintenant, j'ai aussi de la boudine sur mes os et quand je tape dessus, ça fait bien rire mon héritier qui, à son tour, tape sur sa boudine et ça fait bien rire son géniteur; oui, le bonheur, ça coûte pas cher)... Et finalement, pour la première fois de ma vie, j'ai posé un geste que la planète entière réalise à chaque seconde, j'ai demandé à la guerrière masectomiée de me fournir ce disque... Alors, tant qu'à faire, j'ai carrément exigé l'édition limitée avec un disque entier en bonus mais on verra ça plus loin... Le fait est, dès les premières écoutes, que les Pantalons Morts, qui en cette année 2012 célébraient leurs trente ans de production discographique, n'ont rien perdu de leur instinct ambivalent de bruit construit et de mélodies efficaces... Ca débite de la bûche, comme on dit, quand on a pas envie de dire que ça envoie du bois... Batterie, basse, guitares très électriques suffisent amplement mais des cordes et un rien de guitare acoustique viennent ajouter un peu de béchamel dans cette copieuse lasagne de seize chansons qui parvient, sans mal, à faire se secouer la tête d'avant en arrière (et parfois, même, j'oublie qu'il y a bientôt dix ans que j'ai les cheveux courts)... Reste à explorer ce que nos tintamarresques teutons veulent nous raconter et, là, premier aveu, mon allemand se rouille autant que les chars panzer évoqués dans la plage titulaire qui ouvre la plaque... Et quel titre, déjà... Ce ballast de la république, s'il laisse entendre que la classe politique déraille et que la populace se fait régulièrement éjecter des voies du progrès social par les diktats boursiers, s'il affirme, aussi, que le sous-marin de la solidarité risque, sous les torpilles de l'austérité européenne, de ne jamais parvenir à remonter à la surface, ce ballast fait également écho au "Palast", ce bâtiment dédériste, siège de la Chambre du Peuple, qui trônait sur la Schlossplatz berlinoise et dont la démolition ordonnée en 2006 (trente ans à peine après son inauguration) schlingue un rien la volonté révisionniste d'effacer les symboles de l'Est (symboles qui, par contre, émaillent toute l'imagerie du disque, de la pochette au livret illustré de collages particulièrement réussis)... Dans ce même morceau d'ouverture, Campino l'annonce, ironique: "Nous n'avons plus le temps pour la politique et la religion"... Assagis, ces vieux punks? Certes non; un rien résignés, la cinquantaine désormais bien tapée ? Peut-être... Dans "Europa", ce récit de boat-people en route pour nos rives, le narrateur livre ce refrain sombre: "Il n'y a aucun conte de fées ici / Aucun happy end pour tous ces gens / Et s'ils ne sont pas déjà morts / Ils mourront encore aujourd'hui"... Il y a aussi une évidente volonté, si pas de dresser le bilan, au moins de commander l'addition, avec, certainement, l'espoir que le garçon propose un petit digestif pour la maison... "Tage wie diese" et "Altes Fieber" (c'est elle, la chanson entendue sur la BRF), toutes deux sorties en single, professent le double amour du groupe, comme Claude François (ou presque, enfin), sa musique et son public: "Lors de jours comme ceux-ci, on se souhaite l'éternité / Lors de jours comme ceux-ci, on a encore tout notre temps / Nous faisons l'expérience de ce qu'il y a de mieux / Il n'y a aucune fin à l'horizon" dans la première; "Encore et toujours, il y a ces mêmes chansons qui font penser que le temps pourrait s'arrêter / Alors rien ne peut empêcher cette fièvre ancienne qui revient toujours nous submerger lorsque nous sommes ensemble", dans la deuxième; et picotin du troudbal, casaque verte à pois jaunes, dans la troisième... Intéressantes aussi, dans cette optique, les petites notes d'introduction dans le livret de cette plaque: "Où elles sont passées toutes ces années ? Prenons Helmut Kohl. C'est pendant qu'il était chancelier que nous avons commencé et il donnait l'impression qu'il serait une espèce de roi éternel. Depuis cette époque de squat et d'activisme, il s'en est passé des choses, la chute du Mur, le Onze septembre 2001, Internet, l'Euro"... Ce sentiment de fermer un chapitre, il se ressent d'autant plus dans l'ajout, dans la première édition de cet album, d'un disque bonus entier, voilà, on est plus loin, on voit donc ça...

uncdparjour diegeisterdiewirriefen.jpgIntitulé "Les fantômes que nous invoquons" (détournement d'un vers du Zauberlehrling de Goethe), cet exercice de style voit les Hosen s'atteler à la reprise de quinze morceaux dressant un panorama spectral de leurs influences et de leurs contemporains, parfois influencés... De ce côté-ci du Rhin, on n'y reconnaîtra guère que "Das Model" de Kraftwerk et "Rock Me Amadeus" de Falco... Les germanophiles épingleront des reprises d'Abwärts ou de Die Arzte mais le groupe va particulièrement loin dans son étude de cas... Ils y mettent aussi en musique un texte du 17e siècle, signé Graf Zirben, réinterprètent une fantaisie anti-nazi écrite en 1928 par le chansonnier Fritz Grünbaum (qui trouvera la mort dans les camps) et font même leur le "Die Moorsoldatenlied", en français "Le chant des déportés", écrit et composé en 1933, au nez et à la barbe de leurs geôliers, par les prisonniers de Börgemoor (et inutile de vous rappeler qu'en 33, dans les camps, les prisonniers étaient d'abord des opposants politiques avant d'être des citoyens raflés pour leurs origines ethniques, leurs options religieuses ou leurs choix sexuels)... Tout cela apporte ce supplément d'âme à un album qui n'en manquait déjà pas, le propos est cohérent mais pas dogmatique, c'est l'un des tout meilleurs disques de leur discographie riche de 15 albums studio et s'il m'avait fallu un ultime argument pour m'en convaincre, l'autre matin, j'ai demandé à mon fils quel disque il voulait écouter dans la voiture, sur le chemin de la crèche... Recta, il s'est dirigé vers la colonne de CD, a tendu ses petites mains vers la pochette blanche abritant les deux disques de cette chronique et d'un ton assuré, me tendant l'objet, il m'a dit: "ça !".

Écrit par Pierre et petit pain dans Krang Kerrang, Safety Pin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

05/08/2013

331. "ADAM ANT IS THE BLUEBLACK HUSSAR IN MARRYING THE GUNNER'S DAUGHTER"

Uncdparjour Adam Ant 1.jpgPour sa nénième résurrection, ce blog se devait de dérouler le tapis rouge (en l'occurrence, le tapis bleunoir, on y reviendra) à un véritable ressuscité, môssieur Stuart Leslie Goddard... Et qu'on dirot què s'appeloriot Adam Ant... Silencieux pendant quasiment vingt ans, à peine vu dans de quelconques téléfilms ou épisodes de séries, la fourmi vient (ou presque, la plaque est sortie le 21 janvier dernier) de publier son premier album depuis 1995... La question, c'est keskilafait pendant tout ce temps ? Ben, ressuscité, on vous a dit... Adam Ant a titubé entre la vie et la mort, au fil de la montagne russe que reste ce méconnu et sous-estimé désordre bipolaire, dont lui-même ne prendra conscience qu'après des lustres sans lumière... Bien sûr, Adam n'a pas passé ces derniers vingt ans assis entre deux ours blancs, ce n'est pas sakondi... De ses propres mots: "J'ai été un robot, j'ai subi une expérience décorporée. On m'a prescrit du sodium valproate (Epilim/Depakine) pendant sept ans. Je n'arrivais plus à dormir, plus à faire l'amour. J'ai perdu mes cheveux, je ne pouvais plus lire par manque de concentration. Je n'ai plus tenu de guitare ni écrit de chanson et j'ai pris du poids, beaucoup. J'aurais aussi bien pu être mort"... Sauf que là, il y a ce "Adam Ant est le hussard bleunoir (ah, on y est revenu) qui épouse la fille du cannonier" qui nous prouve assez joliment que l'homme est vivant... Partiellement concept, passablemment old school et parfaitement réalisé "à l'ancienne", ce LP a atteint la 25e place dans ce pays où Adam fut prophète... Car bon sang de jambe de bois, c'est bien cela le sujet, si sir Goddard est aujourd'hui ressuscité, c'est qu'il fut le messie d'une pop-punk anglaise du meilleur acabit, pleine de rythmiques tribales et de guitares délayées... Sexy à en bouffer son certificat d'hétérosexualité, Adam a été, de 1980 à 1985, au sommet de la chaîne alimentaire des charts british, avec ses fourmis complices puis en solo... Années formatrices autant que formatées durant lesquelles, guidé et salivé dessus par Malcolm McLaren et Vivienne Westwood (pas nécessairemment dans cet ordre, d'ailleurs mais chacun à droit à un hommage dans cette nouvelle galette), il se façonnera son alter-ego, moitié Jack Sparrow avant l'heure, moitié Dick Turpin (un célèbre bandit de grand chemin du 18e siècle auquel Adam empruntera le look "loup et tricorne") baptisé depuis "le Hussard bleunoir" et devenu une véritable marque qu'Adam utilise notamment pour sa ligne de vêtements et son label de disques... Car si vos yeux, chers lecteurs enamourés et tout autant détransis de retrouver ce blog en pleine activité, vos yeux, donc, voulaient remonter quelques lignes, vous reliriez "parfaitement réalisé à l'ancienne"... Oui, ce disque a quelque chose d'artisanal, Adam y a mis ses billes, ses boules et sa boudine, pour un résultat qu'il faut qualifier d'adéquat... Le relatif succès obtenu dans le classement des ventes UK le prouve: malgré une atmosphère qui brinqueballe et un mixage des voix en dents de scie (tantôt au fond d'une cave moite tandis que les musiciens jouent sur le seuil du manoir, tantôt couvrant le tout comme vingt centimètres de poudreuse sur le toit en pente), l'artiste renoue aussi avec une véritable inspiration et livre quelques pépites, de celles forcément que le hussard bleunoir a trouvé dans la carcasse d'un bateau-pirate... Le propos de l'album en son début est limpide: oui, Stuart Leslie revient de loin mais garde la niaque ("Cool Zombie", "Stay in the Game") et assume ce passé à la fois psychiatrique et superstar, notamment dans cette plage titulaire qui demande un rien d'explication de texte... Car les épousailles avec la fille de l'armurier n'ont rien de quelconques noces, "marrying the gunner's daughter" était une des nombreuses pratiques d'humiliation et de punition dans le monde de la flibuste; qui consistait à attacher quelqu'un au fût du canon, ce qui est déjà fort désagréable en soi, surtout lors des coups et des tirs, et d'ensuite profiter de cette immobilisation douloureuse pour infliger divers sévices à la victime (ah, ces pirates, suintant la romance par tous les pores)... Adam l'annonce, par le truchement de la troisième personne, comme s'adressant au reflet dans le miroir: "En épousant la fille de l'armurier, tu me connais, je vais trop loin / Comme une génisse à l'abattoir, le voici, le hussard bleunoir / Etre attaché à un canon, c'est pas si marrant mais c'est tout ce qui lui restait / Il a été numéro un et, juste pour le fun, il s'est mis à la roulette russe"... Musicalement, les guitares sont toujours aussi délayées, la batterie tribale refait surface de loin en loin, Marco Pirroni, la fourmi numero uno de l'époque, a contribué à quelques mélodies mais des claviers et des tchictchic électroniques se laissent aussi entendre... Bref, les fans d'avant resteront des fans de maintenant; pas sûr qu'Adam séduise une jeune génération, en même temps celle-là se goinfre trop au Redfoo ou au Maître Gims pour encore y comprendre quoi que ce soit au rock'n'roll... Quant aux vingtenaires qui brûlent des cierges à Matthew Bellamy, Chris Martin, Tom Smith (on en reparle bientôt), Ricky Wilson (pas feu le génial guitariste bombardier, évidemment) ou Tom Meighan, je ne peux rien pour eux mais je peux anticiper la critique: oui, je vous semble être un vieux con et oui, je n'en ai rin n'à fout' de votre avis de blanc becs... Car c'est là que se trouve tout le véritable enjeu de ce comeback, Adam Ant était un pu*biip* de chanteur, maniant l'ironie jusqu'au fond des cordes vocales, capable de s'envoler dans un falsetto à la maîtrise académique comme d'autres prêtent serment sur la constitution sans avoir les doigts qui tremblent... Et Adam Ant reste un excellent chanteur qui s'offre quelques moments de bravoure ("Vince Taylor", "Darlin' Boy" et, surtout, le refrain de "Cradle your Hatred")... Au final, cette résurrection n'a rien du gaspillage de karma... Je suis content de retrouver Adam Ant en forme, vous êtes content de retrouver un blog qui ne sent plus le formol, kedmantlepeup'      

Écrit par Pierre et petit pain dans For the love of Liz, Safety Pin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

28/01/2012

329. "COMPLETE DISCOGRAPHY" Minor Threat

minor_threat_cover_blue.jpgCelui qui affirme que s'occuper d'un bébé, même aussi calme, gentil et éveillé que le nôtre, ce n'est pas un équivalent temps plein, c'est un sale gros menteur... J'en veux pour preuve le silence persistant de ce blog, que ne parviennent pas à briser les longues et bruyantes lamentations des fans en manque... merci donc aussi à ceux d'entre-vous qui insistent et reviennent par ici même quand il ne s'y passe plus rien... Ce sont les vases communicants, j'imagine, au moins d'activité en ligne, au plus de montagne russe dans le monde réel... Donc, en six mois, en plus de grandir, de sourire, de ravir ses parents, notre héritier nous a tout de même joué quelques tours pendables... Comme de choisir son tout premier jour de crèche pour déclarer sa première maladie; c'était grandiose, entre le personnel d'accueil inquiet de la forte fièvre et des plaques rouges sur le visage et une puéricultrice aux urgences de l'hôpital incapable de diagnostiquer la rougeole; on a dégusté la dose de stress sans grand plaisir... Sinon, mes marquises, tout va très bien... Bébé aime beaucoup la musique, toutes les musiques, et continue à vivre selon son rythme d'une nuit complète de neuf heures et, en journée, des siestes particulièrement courtes et minimalistes... Un peu comme du Minor Threat donc, forcément, venez pas croire qu'on ne maîtrise plus le concept fondateur de ce blog, non mais... Quintet punk hardcore, les Minor Threat ont animé les nuits américaines (et à plus forte raison celles du District de Columbia) de 1980 à 1983... Une carrière bien météorique mais qui a marqué le landerneau car il est certain que personne avant eux ne jouaient aussi vite des chansons aussi concises et il est acquis que personne ne le pourra plus jamais, sans soutien électromécanique... Si le nom et l'esprit de Minor Threat ont survécu, c'est aussi parce que le groupe a construit sa petite niche dans le bouillon punk, celle du "Straight Edge"... Redevenu populaire par des chemins détournés (notamment ceux de la superstar du catch CM Punk, qui s'en réclame), le "Straight Edge" veut aller au-delà de la musique et propose une ligne de vie à même de plaire à nombre d'américains culs-serrés; à savoir, pas de bibine, pas de fumette, pas de touche-touche en-dehors du mariage, juste, comme seule défonce, cette musique qui va trop vite et fait trop de bruit... Oui, donc, pour que vous compreniez bien à quel point Minor Threat commettait des objets musicaux proches du bouchon de champagne qui éborgne dès qu'on enlève la colerette, le disque aujourd'hui présenté propose réellement pas loin de toute la production exhaustive du groupe, soit 26 chansons en 47 minutes... Disons qu'on se quitterait avec le morceau "Straight Edge", qui est le manifeste de leurs idées de base (ou basiques, c'est selon)... La maison n'est pas responsable des éventuels saignements d'oreilles.


Écrit par Pierre et petit pain dans Safety Pin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

25/01/2011

316. "ELASTICA" Elastica

elastica elastica.jpgIl y aurait beaucoup à dire et si peu de temps pour reprendre sa respiration, risquant de voir les plus faibles tomber en syncope le cerveau trop peu perfusé, que nous allons plus que probablement nous rendre (mais sans drapeau blanc) à l'essentiel... Même si, ne nous voilons pas la face (en tout cas ni niqab ni burka), Michel de Nostredame lui-même n'avait pas la moindre idée de ce qu'il racontait... Or donc, pour comprendre Elastica, sa percée fulgurante des deux côtés de l'Atlantique au printemps 1995, son record glâné à l'époque de "premier album d'un groupe rock à s'être vendu le plus vite au Royaume-Uni" et, surtout, sa disparition aussi rapide à l'été 1996, il faudrait aussi se lancer dans une longue analyse mémétique qui dépasse allégremment le cadre bon enfant de ce blog léger, agréable, primesautier et diablement sexy (tout moi, quoi)... J'esquisserai plutôt, tel un action painter fébrile, le portrait de ce groupe à grands traits... A savoir, la leadeuse (et principale auteure-compositrice) Justine Frischmann avait été, au tout début de la décennie, amante de Brett Anderson et cofondatrice, avec lui, du groupe Suede... Lorsqu'elle quitte Anderson pour Damon Albarn (âme de Blur, aujourd'hui chef des Gorillez), leur couple devient le chouchou des tabloids britanniques... En ce même temps (nous sommes donc en 1993-94), NME (l'hebdomadaire New Musical Express) décide d'aligner sa force de presse et de promo derrière un petit groupe de bands émergents, dont forcément Elastica, qui se retrouvent affublés de la grotesque étiquette "New Wave of New Wave"... Trois premiers singles ("Stutter", "Line Up" et "Connection", pas loin d'être les trois meilleurs morceaux de la plaque) égrénés de 1992 à 1994 finissent d'exciter le public, qui passe donc massivement à l'acte d'achat quand le disque arrive "enfin" (on peut aussi soupconner une tentative de créer le manque de la part de la maison de disques, Deceptive Records, fondée par un DJ de BBCRadio1) dans les bacs... Quid, dès lors, après l'ascension, de la dégringolade ?... Le contexte dépasse les seuls Elastica (trois filles et un gars) et touche toute la "New Wave of New Wave" : le 14 août 1995, Blur et Oasis sortent de manière concomitante le premier single de leurs albums respectifs, la rivalité que la critique veut y déceler ne laissera plus la place à d'autres groupes que ceux étiquettés "Britpop"... Surtout, la véritable New Wave (les groupes Wire et The Stranglers en tête) va attaquer Elastica de front, pour suspicion de plagiat; les tribunaux ne se saisiront jamais de l'affaire (tout est réglé à l'amiable par transactions pécuniaires) mais la réputation du groupe s'égratigne salement... Enfin, Annie Holland, la brightonienne bassiste de la bande (c'est pas de l'allitération, ça ?), dont le frais minois de petit chaperon rouge a certainement participé au succès multimédiatique du quatuor (dont les trois autres ont, franchement, plus l'allure du grand méchant loup), décide de rentrer chez elle, revoir son pier, son aquarium, sa famille et ses amis... Pont d'chance (comme on dit chez nous), cette défection tombe juste avant le départ du groupe en tournée américaine via le festival Lollapalooza... Et re-enfin, pour de vrai, après c'est vraiment fini, on voudrait croire que c'est le seul argument qui a réellement entraîné la disparition d'Elastica mais le public d'il y a quinze ans est globalement le même qu'aujourd'hui et le public d'aujourd'hui il écoute les Black Eyed Peas et il vote pour M.Pokora aux NRJ Music Awards, mais, donc, mais, surtout, on espère, mais, avant tout, l'album éponyme d'Elastica n'est pas bon... Pas bon du tout... Enérgique, d'accord, nerveux, oui, incisif, peut-être... Mais mélodieux, inspiré, durable, ça non, alors, misère que non, pas bon, pas bon, même Nostradamus, sur ce coup, pourrait vous le dire. 

Écrit par Pierre et petit pain dans For the love of Liz, Safety Pin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

06/01/2011

314. "LONDON CALLING" The Clash

London calling.jpgQui peut donc croire qu'il aura fallu plus de trois cent entrées à ce blog avant qu'on finisse par y parler de The Clash ?... Hey, meilleurs voeux et tout ça, en tout cas, santé, bonheur, travail, patrie, exploration spatiale, science des particules, éthologie méméticienne, et, au pire du pire, 365 raisons (minimum, car il y a tout de même trois repas chaque jour et le moral ça varie avec le taux de remplissage du stoumaque, tout le monde sait ça) de pas se faire sauter le caisson... Et, par dessus le marché (Camden, Portobello ou Spitalfields, c'est à vous de voir), un beau disque des Clash (que personne ne peut croire qu'il aura fallu plus de trois cent entrées à ce blog avant qu'on finisse par et pourtant c'est comme ça)... Un beau disque qui est tellement beau que vous le retrouvez régulièrement dans le top 10 des meilleurs albums de tous les temps, voire, pour les plus aventureux qui découpent leurs classements par tranches temporelles, dans le top 1 des disques parus à partir de 1979... Car force est de constater que peu de plaques ont résisté à l'usure du temps, et surtout de l'écoute, autant que l'opus magnum des Clash, leur troisième disque, ce London Calling paru à l'époque sous la forme d'un triple LP... Trente-deux ans plus tard, des roulements de basse de l'intro de la plage titulaire qui ouvre ce long voyage jusqu'à l'arrivée en gare du Train in Vain qui clôt la copieuse galette (des rois, d'ailleurs, vous n'aurez pas loupé l'épiphanie qui est aujourd'hui ou demain, c'est selon que vous saurez résister à l'appel de la frangipane ou non), l'inventaire dressé par le quatuor filerait presque le vertige... C'est qu'en 1979, les racines punk hardcore sont définitivement enterrées profond dans le sol et l'arbre robuste ne cache pas la forêt des inspirations diverses plus que jamais azimutées par Joe, Mick, Paul et Nicky... Rockabilly, ska, reggae, jazz, cabaret, new wave et hard rock ne sont que quelques-unes des balises posées dans ce long mais jamais écoeurant disque dont on se demande, en toute objectivité, s'il est possible d'y apporter une critique négative... Il faut espérer que oui, sinon c'est ma bonne résolution d'être encore plus désagréable et associal que l'année dernière qui va direct voler en l'air... Allez, mettons fin à cette première chronique (qui a mis la barre assez bas pour me laisser une marge de progression durant l'année) de la cinquième (déjà ? misère, mais c'est qu'on vieillit tous en route vers la mort !) année (enfin, ça ne sera officiellement qu'en novembre prochain) de ce blog avec un petit exercice de comparaison de pochettes de disques... Paul Simonon est en train d'exploser sa basse bardé de lettres roses et vertes, c'est acquis, The Clash s'est inspiré de la pochette du premier album d'Elvis pour le label RCA... Il est amusant (enfin, c'est moins amusant qu'un gros baudet qui fait son malin puis qui trébuche et s'étale mais c'est amusant assez en ce début janvier tout plein de maladies) de noter que le groupe Big Audio Dynamite avait été fondé par Mick Jones après la première dissolution de The Clash... Et que Katherine Dawn a toujours vécu dans le culte du King... Et que Tom Waits, euh, non, rien.

elvis presley 1.jpgBAD F-punk.jpgreintarnation.jpgrain dogs.jpg

Écrit par Pierre et petit pain dans For the love of Liz, Safety Pin | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |

02/11/2010

309. "IMPERIAL WAX SOLVENT" The Fall

thefallimperialwaxsolvent.jpgAllons-y allons-o d'abord, clap de début, synchronisation image et son, voici la suite de nos pérégrinations pêcheresses (et il n'est pas question de gueuze aromatisée, non) en terres limbourgeoises... Cela dit, en total aparté, mais en visant bien certains élus de ce niveau de pouvoir, le panneau autoroutier annonçant l'entrée en province du Limbourg affiche fièrement "De Limburgers heten u welkom"; n'y a-t-il pas là exemple à suivre pour remplacer les pourris panneaux sans slogans qui rouillent en bord d'E42 et d'A54, nous proposons "Les Hainuyers vous accueillent"... Bien, partis là-bas pour raisons musicales précises, un dimanche après-midi-soirée, n'avons rien vu d'Hasselt en tant que tel mais force est de constater que le complexe Ethias Arena/GrenslandHallen/Plopsa Indoor est impressionnant et pourrait/devrait inspirer les décideurs de la première métropole wallonne le jour proche où le Palais des Expositions va voler sa tronche à terre... Mais fi de toutes ses considérations politicoéconomicoculturelles, nous sommes là pour porter la mauvaise parole du Sinner's Day... Quoique, nouvelle considération il nous faut aborder... En l'occurrence, pourquoi ce nom ?... Faisons bref, le festival est programmé la veille de la Toussaint (All Saints' Day), tirez vos conclusions vous-mêmes, à défaut d'autre chose... Et donc, pour cette deuxième édition, le programme plutôt panaché proposait, entre autres, une prestation de The Fall... Largement absent des préoccupations du grand public (et c'est probablement tant mieux), ce non-groupe dont le turnover varie selon les humeurs de son leader, déclameur, auteur Mark E. Smith traîne pourtant dans l'ombre interlope de l'anti-commerce depuis 1976... Pire, porté par l'inspiration dont on ne sait où s'achève le génie et où commence la folie de son marionettiste, The Fall sort quasiment un album studio chaque année... Imperial Wax Solvent est leur dernier opus en date et il charrie toutes ces obsessions musicales de lancinement, de répétition, de bruit et d'atonalité qui assure d'office à The Fall une place au chaud, mais vraiment bien à part, dans le moindre panthéon du rock... Ce qui fait toute la différence, évidemment, c'est le continu crachat, la logorrhée irrépressible des textes de Smith... Entre poésie, surréalisme, références culturelles, commentaire social et un perpétuel liant de misanthropie, l'Oeuvre de Mark E. Smith impressionne (pour peu toujours que l'on comprenne un minimum l'anglais mais dans le monde d'aujourd'hui on ne va plus nulle part sans être trilingue)... Mais, et re-re-mais, c'est finalement sur scène que l'homme en impose le plus... En un sens... Aujourd'hui cinquantenaire bien tapé, le gaillard arbore fièrement une petite panse à bière en plus de son rictus dérangeant et de cette grosse mèche raplatie de cheveux gras qu'il ne quitte pas depuis trente-cinq ans... En se présentant sur la petite scène du Sinner's Day en pantalon en velours à l'entrejambe pendouillant, comme s'il avait fait, avec une chemise serrée, bleu délavé, Mark E. Smith a immédiatement fait fuir (littéralement, oui) une part du public... Quand il bouge, deux micros dans une main, l'autre crispée, le bras en arrière, l'index tendu vers le sol, imaginez un Michel Daerden un peu rachitique, coincé entre un ulcère de l'oesophage et des retours d'acide, imaginez, aussi, une espèce de Mr Bean dont la naïveté à fait place à la résignation, et qui ferait la sortie des écoles, offrant aux gamins des souris mortes plutôt que des bonbons... En un mot comme en cent, ne connaissant, il y a six mois encore, que la réputation de The Fall et pas leur musique, je sais, aujourd'hui, que je me suis trouvé un nouveau antihéros et je m'en remercie.  

09/08/2010

302. "JUST WHAT I NEEDED - ANTHOLOGY" The Cars

the cars anthology.jpgLes toutes premières notes écrites dans le livret accompagnant ce double CD rétrospective vous livrent immédiatement les clés pour appréhender l'oeuvre des Cars: "Fin des années 70, début des 80, aux USA, les fans de rock étaient divisés en deux grands groupes, sans vraiment de terrain d'entente... Soit vous écoutiez des groupes punk, comme The Clash, Talking Heads et The Cars, soit vous écoutiez des groupes mainstream comme Aerosmith, Queen et The Cars"... Et c'est forcément ce statut de cul entre deux chaises qui permet à la bande de Ric Ocasek (principal auteur-compositeur, guitariste rythmique et chanteur), plus de trente ans après ses premiers succès, un bon vingt ans après son ultime séparation, de continuer à s'assurer une place à part et méritée sur le grand échiquier du rock mondial... Car après tout, si on y pense, une pièce qui pourrait, en pleine partie d'échecs, changer de mode de déplacement, genre le cavalier qui descend de son cheval et qui au lieu de continuer à faire des variations de L pourrait partir en diagonale, serait hautement menacante pour l'adversaire... Si les Cars n'ont jamais conquis la planète (leur album Heartbeat City, en 84, n'est quand même pas passé loin), cette anthologie prouve que c'est certainement plus une question de tempérament que de talent... Et aussi, bien sûr, le fait que le quintet de Boston n'a jamais affiché des physiques de vedettes, l'un trop petit, l'autre trop grand, tous trop maigres, avec des lunettes, des coupes au bol, des oreilles décollées... Mais une fois de plus, "Just what I needed" démontre, de manière extensive, que The Cars n'avaient qu'à laisser parler leur musique... En quarante morceaux, classés chronologiquement, ce riche double CD couvre donc les six albums du groupe et propose une petite poignée de (enfin, tout de même huit) morceaux inédits, démos, chutes de studio jamais poussives... Sortie en 1995 chez Elektra, cette compile reste assuremment une manière simple et bon marché de se remettre aux voitures, nonobstant (ouais, j'l'ai 'core placé) la relative difficulté avec laquelle certains albums des Cars sont désormais disponibles dans le catalogue de Warner... Allez, vroum, vroum. 

09/06/2010

290. "THE UNDERTONES" The Undertones

undertonesEt allez, hop, encore un album éponyme, tiens... Aujourd'hui, nous irons faire un tour à l'ombre des murailles de la ségrégation religieuse et de la haine absurde et ancestrale... Si en cette première décennie du troisième millénaire, le cessez-le-feu a l'air d'être réellement au finish, en 1975, l'Ulster perforé n'était pas loin d'inonder de sang et d'acide tout le système digestif du Royaume-Uni... C'est dans ce contexte peu propice à la liesse que cinq adolescents décident, comme d'autres, ailleurs et en d'autres temps, de se lancer dans l'aventure musicale... Signe des temps oblige, les frères O'Neill, chacun sa guitare, sortent rapidement des sonorités qui, en passant par le garage US et le glam UK, devront bien être qualifiées de "punk"... Mais là où les Undertones détonent immédiatement, en plus de leurs origines bien éloignées de Londres (même s'ils viennent de Derry, que les Loyalistes préfèrent appeler Londonderry) et des autres centres urbains anglais, c'est à travers l'incroyable voix, un rien aigüe, parfois chevrotante, mais toujours puissante, de leur chanteur, Feargal Sharkey, une espèce de créature de pas loin de deux mètres de haut (ou pas, j'ai pas trop le compas dans l'oeil, mais bon, allez, je vous le fais à 1m88, alors) dont le visage ne s'est jamais départi d'un étonnant air poupon, joues en avant et yeux rétractés... Ce premier album sort en janvier 1979 et aligne avec une facilité qui doit encore énerver aujourd'hui des pelletées de groupes rock aspirant à un rien de qualité, pas moins de quatorze plages, toutes plus nerveuses, cohérentes, mélodiques et accrocheuses les unes que les autres et, véritable cerise du gâteau, avec des paroles qui, pour toutes efficaces, ne sont jamais simplettes... Probablement encore trop méconnu au-delà de la Manche, ce disque se retrouve cependant dans à peu près tous les classements de meilleur ceci ou plus indispensable cela lié à l'histoire du rock british... De plus, ce qui fait toujours plaisir, la réédition CD de 2009 (trentième anniversaire, donc) présentée ici propose, au total, 31 morceaux (vous ferez le calcul vous-mêmes, mais c'est du fameux bonus, mieux qu'un cow-boy en plastique dans un pot de détergent)... Dans le rab, jamais écoeurant, servi au-delà du LP, on retrouve évidemment l'imparable "Teenage Kicks", single emblématique du groupe, que le regretté DJ John Peel n'avait pas eu peur, tout au long de sa carrière, de qualifier de "meilleure chanson de tous les temps"... Chacun jugera (vous, c'est grâce au clip d'époque récupéré sur le site de partage vidéo Dailymotion), les temps changent, les goûts évoluent, cela dit, le riff de "Teenage Kicks" a quelque chose d'éternel.

Écrit par Pierre et petit pain dans Safety Pin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

29/06/2008

263. "PERMANENT 1995" Joy Division 29/06/08

Joy Division Permanent 1995Imposé, par le très seyant single des Wombats, dans le bagage musicoculturel de la nouvelle génération en phase de découverte de l'histoire du rock, Joy Division est évidemment bien plus que le sujet de namedropping du morceau actuel précité... Cela dit, et parce que le morceau des Wombats est vraiment enthousiasmant, et que comme ça on en aura tout dit pour l'instant, il n'est pas si facile de danser sur du Joy Division... Déjà, comme rappelé précédemment (relire chronique 241), il y a un bête film frayeurs/popcorn d'Hollywood dans lequel on affirme qu'emprunter des disques de Joy Division à la médiathèque de son unif' vous catalogue d'office comme étudiant suicidaire... Ensuite, le nom du groupe, tout autant que sa musique et la voix de son chanteur font froid dans le dos et dans le devoir de mémoire... Pour vous tous, et désolé d'aborder des sujets pareils un dimanche matin mais je n'ai pas dormi de la nuit, alourdi de fièvre, irrité de toux, poisseux de vapour rub, qui espériez que l'horreur des camps nazis d'extermination se limitait à des latrines communes jamais nettoyées et des douches sans eau et sans porte de sortie, vous découvrirez avec dégoût supplémentaire que ces usines à génocide comportaient bien souvent un baraquement, la "division de la joie", dans lequel les jeunes filles déportées étaient entassées pour répondre aux caprices sexuels et violents des officiers nazis... Références ignobles, musique lourde, noire, froide, le quatuor Mancunien ne partait pas forcément gagnant... Mais c'était sans compter sur l'incroyable maestria musicale de Bernard Sumner (guitare, synthé), Peter Hook (basse) et Stephen Morris (batterie) et l'inspiration, certes tordue, mais indéniable de Ian Curtis (chant, guitare)... Aujourd'hui, pas un ouvrage se voulant un rien renseigné sur l'histoire de la musique populaire et a fortiori sur l'histoire du rock n'ose affirmer le contraire; Joy Division est un de ces rares mais si précieux chaînons manquants, qui en mêlant l'air du temps et des velléités artistiques toutes personnelles, atteignit à cet état de grâce : personne n'avait fait leur musique avant eux, personne n'est parvenu à réellement la refaire depuis (même si Editors essaient tant qu'ils peuvent)... Fossoyeurs du punk, sages-femmes de la new wave/cold wave, la troupe a, de plus, rapidement acquis son statut mythique, après seulement deux albums complets et quelques EPs, dès le matin du dimanche 18 mai 1980, lorsque Ian Curtis, après avoir été rompu par la mère de sa fille, après une escapade d'autodéni sur le sol du royaume avec sa petite amie belge, après une énième crise d'épilepsie, se suicide par pendaison dans sa cuisine... Réalisée par les survivants, depuis devenus le fleuron de l'electrorock, New Order (et donc décidemment fans de références glauques), la compilation Permanent 1995 commémore également les 15 ans de la disparition de Curtis... Les quinze morceaux les plus connus, les plus emblématiques du groupe s'y retrouvent, comme un testament forcément posthume, une petite boutique des horreurs où d'aucuns, dans leur genre, sont déjà venus acheter une plante carnivore incontrôlable... Paul Young (désolé, je fais dans l'ordre de la track-list) a resaucé avec ses airs de guimauve "Love will tear us apart", Bauhaus s'offre parfois "Transmission" en concert, Therapy? s'est fait un hit avec sa version d'"Isolation" et Nine Inch Nails avait gratifié la bande-son de The Crow de sa version de "Dead Souls"...  Et sur ce, parce qu'aujourd'hui on va à Couleur Café, je vais me retartiner un peu de vapour rub sur les bronches et mettre un disque un rien plus joyeux dans la machine.

Seb

Écrit par Pierre et petit pain dans Bibibiiip, For the love of Liz, Safety Pin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |